‹ Le XIXme siècle et sa deviseChapitre 28 sur 32 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

D\\ pouvoir spirituel, consultatif ou général du pays, autrement dit, de la Convention industrielle et libérale ou, si mieux vous aimez, des Etats généraux du travail.

Article 1«-'. — Parce qu'il est de la plus ur-

gente nécessité que la France... abominée par tous ceux qui tremblent de lui voir prendre l'initiative de la transformation sociale, qui doit nous conduire, nous et tant d'autres peuples, à la civilisation exclusivement humanitaire et scientifique, c'est-à-dire éminemment républicaine, pacifique, industrielle et libérale qui, finalement, doit triompher de tous les reliquats des régimes plus ou moins guerroyants, théocra tiques et mihtaires... Parce qu'il est, dis-je, de la plus urgente nécessité que la France se fortifie, au plus vite, de l'union, à r inférieur, et du bon vouloir, à Vextérieur^ de tous les hommes qui, déjà, ne rêvent plus que perfectionnement universel par le travail ;., . parce qu'on ne doit demander, au suffrage de tous, que ce qu'il peut donner;... parce qu'il faut toujours interroger ce suffrage de tous de manière à faciliter le plus possible ses réponses;... et parce que les anarchistes (avec leurs doctrines égahtaires et leurs cou tûmes dispersives d'individus n'attachant, théoriquement, aucune importance à la propriété matérielle) ne sont pas plus à même de comprendre et, partant, de codifier le monde industriel et hbéral que les monarchistes, avec leurs habitudes et préjugés autoritaires de cidevant seigneurs terriens éminemment centralisateurs, pour ne pas dire accapareurs ....

tous les ouvriers, patrons et inventeurs appartenant aux professions qui tirent (de la terre, de l'air ou des eaux) les matières premières indispensables à l'existence de notre société, plus tous les réalisateurs, entrepreneurs et ingénieurs, qui plient à nos besoins ces susdites matières premières, plus tous les commis, commerçants ou courtiers qui en trafiquent, plus enfin tous les financiers (changeurs, banquiers et spéculateurs) qui déterminent la circulation de toutes les marchandises, en jouant sur leur signe monétaire^ leur représentation commerciale ou quelque chose de plus abstrait encore : la plus-value causée par leur utile déplacement... en trois mots, tous les théoriciens, patriciens et praticiens de chaque profession industrielle se réuniront, à époque fixe, . de leur plein droit et pleine autorité, aux locaux ordinaires (bourses, halles, marchés, places publiques, cafés ou, faute de mieux, cabarets) de leurs délibérations commerciales ;

Afm d'examiner, par professions ou groupes de professions plus particulièrement solidaires, le mérite de ceux qui se proposent de les guider (en qualité de conseillers, syndics, prud'hommes ou notables, peu importe le mot î) vers les meilleurs choix à faire de leurs députés à la convention industrielle et libérale.

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Articles 2, 5, 4, 5, 6 et 7, à copier, mot pour mot, sur les articles 2, 5, 4, 5, 0 et 7 de la Charte de la commune.

Messieurs, une série d'articles concernant la classitication des ditrérentes industries, l'orjj'anisalion des buœaux électoraux de chacune d'elles, le dépouillement de leurs votes, la proclamation solennelle de leurs conseils respectifs, la publication des listes élaborées, aussi bien par ces derniers que par les électeurs qui jugeraient convenable d'en dresser d'autres, et cœtera, etcœtera... et surtout, surtout les règles à suivre pour que l'élément ouvrier, l'élément patron et l'élément théoricien se trouvent aussi bien représentés dans la convention elle-même qu'aux divers conseils de prud'hommes, syndics ou autres... une série d'articles, dis-je, concernant toutes ces intéressantes matières devrait prendre place ici.

Mais, parce que de pareils détails exigent des connaissances plus nombreuses et plus spéciales que les miennes, j'abandonne le soin de les traiter à des praticiens plus compétents que moi; et me contente d'ajouter, en guise (le complément à l'article premier, que les professions libérales ^à fm d'être représentées, elle aussi, à la convention) devront, de leur côté, manœuvrer comme leurs inséparables

compagnes industrielles de civilisalion moderne.

En conséquence, pour ce qui les concerne, nous devrons nous exprimer à peu près ainsi :

Article jwemier bis. — Toutes les corporations qui s'occupent de l'homme, en tant qu'être vivant, agissant et pensant... à savoir: toutes celles qui tâchent, pendant qu'il est mineuVy d'entraîner son corps et son cœur, ses membres et son caractère, son intelligence et tout son entendement, successivement vers le bon, l'utile et le beau ; plus toutes celles qui travaillent, d'une façon ou de l'autre, durant qiCil est adulte^ à maintenir, tournée vers ce même triple but, son activité professionnelle aussi bien que civile ou civique ; plus toutes celles aussi qui s'efforcent, alors qiCil prend de rage, de le faire persévérer en cette même voie, en charmant ses dernières années par les abstractions les plus hautes ou les compositions esthétiques les plus élevées... bref, nos éducateurs et hygiénistes de toutes sortes, plus nos magistrats et légistes de toutes espèces, plus enfin nos philosophes et artistes de toutes catégories devront se réunir pareillement, de leur propre mouvement et pleine autorité, et cœtera, et cœtera ; pour se faire, en proportion onvenable, représenter par leurs praticiens et théoriciens.

Je dis représenter en proportion convenable ; parce qu'il importe énormément qu'il y ait, à ces futurs Etats généraux du travail beaucoup plus de véritables penseurs, de véritables administrateurs et de véritables réalisateurs, que d'hommes habiles seulement à faire taire leurs antagonistes à force d'ergoter, iingiiibus aut roslro, en écrivaillant ou avocassant.

— Soit ! direz-voiis. Mais comment obtenir cette élimination, si désirable, de brouillons politiques ne sachant que griffer ou mordre ?

— En peuplant, tout simplement, ce troisième grand pouvoir national, à raison d'un député par dix mille électeurs de sa profession.

Par ce moyen ; comme nous sommes, en France, uu peu moins de 9,000,000 de travailleurs libres, pouvant participer au vote, et que, sur ce nombre, il faut compter deux fois plus d'agriculteurs que d'industriels, quatre fois plus d'industriels que de commerçants, deux fois plus de commerçants que d'hommes appartenant à des professions libérales, et autant de rentiers que d'individus de cette dernière catégorie ; nous aurons, pour codifier nos modernes travailleurs, 514 producteurs de matières premières, 257 fabricants, 64 à 65 négociants, o2 à 00 hommes de professions hbérales

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seitlemeiU et, seulement, 52 à 55 rentiers qui, certainement, seront plus capables de prendre de bonnes et sages résolutions que de faire de belles phrases.

Plus capables de prendre de bonnes et sages résolutions que de faire de belles phrases ! C'està-dire, plus capables de nous socialement organiser (en 1871-12 ou 13) que n'étaient aptes à, politiquement, le faire (en 1789-10 ou 11) les 16 médecins, 212 avocats, 216 vilains (cultivateurs, manufacturiers, marchands, et cœtera, et cœtera) et 825 privilégiés de cape ou d'épée, qui sortirent si bien nos grands-pères de roture. Mais !

Mais leur donnèrent une Constitution si mauvaise, que presque tous ceux qui la voulurent défendre en moururent.

Messieurs, par le fait du mode électoral que nous vous proposons, il y aura, dans notre troisième grand pouvoir national, autant d'administrateurs, de rentiers, d'ingénieurs et de courtiers d'affiiires (c'est-à-dire, de gens riches, plus sensibles à l'ordre qu'au progrès) que d'inventeurs, d'ouvriers, de savants et d'artistes (c'est-à-dire aussi, de gens pauvres, plus sensibles au progrès qu'à l'ordre.

Donc toutes les fois que, sur une question

industriello-soeiale, il y aura vote passionné ; il y aura, par cela même, suffrages égaux, et, par suite, décision nulle.

Par conséquent, nous pouvons espérer que toute résolution, faisant loi, sera le résultat d'un examen tout à fait scientifique, ou d'une expérimentation bien plausible.

— Eh bien! quand, pour cette convention industrielle et libérale, il s'agira, non plus de fonctionner comme Etats généraux du travail, mais, bel et bien, comme corps accidentellement politique; ou comme équitable conseil d'Etat; ou bien encore comme haute Cour de justice, devant mieux faire qu'un Tribunal révolutionnaire, une Cour prévôtale, une Commission mixte, ou tout autre Judicature ad hoc... Quand, en un mot, pour ce troisième grand pouvoir national (à la fois consultatif, général et spirituel) il s'agira d'atteindre un quelconque de ses trois autres grands buts ; trouverons-nous encore, dans son origine et sa composition, les mêmes conditions de sagesse et d'impartialité ?

— De sagesse ? Oui certainement !

Car toute question imprévue devant, pour qu'il y ait progrès, être résolue en faveur de l'avenir; les pionniers de la civilisation industrielle et libérale sauront mieux que les rétro-

grades (monarchistes ou anarchistes) décider en ce sens.

— Et d'impartialité ? Oui encore!

Car ces susdits pionniers (par cela même qu'ils n'ambitionnent que trop faiblement le pouvoir temporel; par cela même qu'ils ne pourront être ni vainqueurs ni vaincus; par cela même, enfin, qu'ils ne seront ni les choisis du pouvoir central ni les élus du pouvoir local)... ces mêmes pionniers, dis-je, seront, mieux que n'importe qui, à même de prononcer entre les tendances (naturellement trop dispersives) des représentants de clocliers et celles (non moins naturellement trop compressives) du représentant exécutif de la patrie.

Deux mots encore. Messieurs, et je termine.

Vous nous avez chargés de vous ébaucher un projet de réorganisation sociale pouvant, sinon parer à toutes nos difficultés présentes, du moins faire patienter bien des aspirations et calmer bien des regrets 5 en utilisant (c'était là votre expresse recommandation) le mieux possible les qualités bonnes et mauvaises des vieux partis, qui finissent, et des classes nouvelles, qui s'élèvent.

Eh bien ! ces qualités (tant bonnes que mauvaises), nous les avons consciencieusement

étudiées, non-seulement chez les divers individus, à leurs différents âges, mais encore chez les différents groupes sociaux à leurs diverses époques de développement; et précisément parce que nous les avons consciencieusement étudiées, nous venons (pour atténuer celles-ci autant que pour exalter celles-là) vous proposer un mode électoro-gouvernemental qui, somme toute, peut se résumer ainsi :

Ne jamais demander, à qui que ce soit, que ce qu'il peut donner ;

Et tant honorer toutes les supériorités sociales.... (toutes les opulences de cœur, de caractère ou d'esprit ; toutes les habiletés manuelles, administratives ou intellectuelles; toutes les forces artistiques, iioancières ou

scientifiques) tant honorer, dis-je, toutes

les supériorités sociales que, d'elles-mêmes et comme à l'envi les unes les autres, elles emploient leur surplus de valeur personnelle à diriger les pensées, les gestes et les faits de tous; vers une résultante nationale si belle, si utile, et, surtout, si bonne aux moins richement doués du moment, que ces m.oins richement doués ne puissent faire qu'une chose : vénérer ceux que leur âge individuel, celui de leur famille ou bien encore l'opportunité de leur profession permet qu'on choisisse pour chefs temporels ou spirituels.

Je dis leur âge individuel, celui de leur famille, ou bien encore l'opportunité de leur profession ; parce que chaque génération, ayant ses besoins et son œuvre, doit, par cela même, être mieux guidée par les éminents de telle, telle ou telle catégorie que par ceux de telle, telle ou telle autre.

Messieurs, comme vous avez pu très-facilement vous en apercevoir, l'ébauche politicosociale que nous vous proposons a, pour bases, la biologie, d'abord; la sociologie, ensuite; et la morale, enfin. La biologie, la sociologie et la morale! C'est-à-dire l'anatomie et la physiologie de Pêtre humain, destiné à vivre, agir et penser ; plus l'analyse et la synthèse (la statique et la dynamique) de l'organisme social, où il lui faudra s'acquilier de ces trois fonctions ; plus enfin la triple connaissance des rôles qu'il devra successivement (en tant que mineur, adulte et vieillard) jouer en ce milieu vivant lui-m.ême, pour le quitter en donataire plutôt qu'en débiteur, en riche bienfaiteur plutôt qu'en pauvre obligé, en créateur providentiel plutôt qu'en humble créature.

Donc, s'il est faux que chacun de nous soit un animal entretenu, matériellement, par la plante viscérale, qu'il emporte partout, et gou-

verné, moralement, parce que renferme la tête qui le surmonte ;.... s'il est faux que (pour être, agir et connaître, en ce monde), nous ayons trois systèmes nerveux (l'un végétatif, l'autre locomoteur et le troisième sensoriel) respectivement surmontés d'un ministère (plastico-ventriculaire) nous faisant des chairs avec des aliments, d'un ministère (péri-cérébello-équilibreur) nous faisant des mouvements avec des impulsions, et d'un ministère (cortico-cérébromental) nous faisant des résolutions avec des impressions; s'il est faux que, dans ce dernier, il y ait (en arrière, au milieu et en avant) la région du sentiment, du vouloir et de l'intelligence, du cœur, du caractère et de l'esprit;.... s'il est faux que dans la résolution de l'enfant (comme dans celle du nègre, qui n'en sait pas plus long que lui, ou dans celle de l'ouvrier, qui a manqué de loisirs pour beaucoup apprendre) la passion ne tienne pas plus de place que la persévérance ou le savoir; autrement dit, si, pendant le travail encéphalique de l'être humain, encore tout naïf, la région postéro-sentimentale du cerveau n'est pas plus congestionnée que la moyenne ou que l'antérieure;..,, si....

Notre vénérable président me fait, aussi judicieusement qu'amicalement, observer que

je sors de mon sujet, en entamant mie jastification beaucoup trop paternelle

Le picopo de Korororéka^ interrompant. .. .... et surtout beaucoup trop scientifique.

Uaitre A -\- B, reprenant la parole. En conséquence, je n'ai plus qu'une chose à faire: vous remercier de ne m'avoir jamais interrompu durant le cours de cette longue exposition.

Donc, salut, et fasse l'humanité que nous nous retrouvions bientôt, en des temps meilleurs I

FIW.

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