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CHAPITRE DEUXIÈME

Du pouvoir exécutif, temporel ou central de la patrie.

Art. 1". Parce qu'on doit, au suffrage universel, des conseils d'autant meilleurs et d'autant plus nombreux qu'on lui pose un problème social plus difficile à résoudre ; et parce que les chefs et sous-chefs d'intendance sont, évidemment, à un point de vue plus élevé que celui des hommes qui ne gouvernent que des départements, des arrondissements ou autres localités plus petites; ces intendanciers et sousintendanciers se réuniront, de leur propre mouvement et pleine autorité, à une époque fixée par la loi, en la salle des actes et délibérations civiques et civils de l'intendance la plus centrale; afin d'examiner publiquement le mérite de ceux qui se proposent de gouverner iemporellement, gratuitement et lemporairement, tous leurs compatriotes, en obtenant d'eux les dignités de chef et sous- chefs du pouvoir exécutif.

Articles % 5 et 4, à copier, mot pour mot,

sur les articles ^, 5 et 4 de a Charte de la commune.

Messieurs, le conseil est donné par les hommes les mieux, placés pour bien juger la question. Toutes les localités françaises ont eu le temps d'apprécier les choix proposés par les intendanciers, sous-intendanciers et autres notabihtés officielles ou non. On n'a plus qu'à voter sur une question grave, très-grave, si grave qu'elle peut déterminer la perte de la France !

Eh bien ! ferons-nous en cette occasion comme dans toutes les précédentes ; où nous rappelant le mal épouvantable que peut faire à notre pays et même au monde un parleur comme Robespierre ou un sabreur comme Bonaparte; chercherons-nous dans le vote lui-même une manière de plus de conseiller encore les électeurs ?

Ne l'oubhons pas. Le suffrage universel a deux fois étranglé sa mère la RépuWique ; et, pour ce motif, nous avons décidé que plus serait grave la question à lui soumise, plus nous le ferions fréquemment et bien conseiller.

Or le choix du pouvoir exécutif est certainement la question la plus difficile qu'il puisse avoir à résoudre.

Donc, après lui avoir donné, si je peux ainsi dire, la qualité de l'avis ; donnons-lui en la quantité, si tant est que cette quantité ne soit pas elle-même un complément de qualité.

Je m'explique.

Il est incontestable que tout individu (dont la famille a puisé dans le repos des campa{>nes, les éléments nerveux de la supériorité intellectuelle, admmistrative ou manuelle dont il est doué) s'achemine, de son iiameau, de son village ou de sa petite ville vers le chef-lieu de sa commune, de son canton, de son arrondissement, et cœtera, voire même de sa patrie ; suivant qu'il a besoin d'un théâtre moins ou plus grand, pour donner l'essor aux qualités de son esprit, de son caractère ou de son cœur. Et non moins incontestable il est que la marche inverse est suivie par les fils des familles, qui périclitent en un miheu social trop épuisant, quand ils ne veulent pas mourir à la peine.

On peut donc dire d'une façon générale, qui ne saurait offenser moralement qui que ce soit, que le niveau mental (pratico-intellectuel surtout, c'est-à-dire politique) est bien plus élevé dans les capitales (\\ie dans les grandes villes, dans celles-ci que dans les petites, et dans ces dernières que dans les simples villages, bourgs ou hameaux.

Eh bien! parce qu'il en est ainsi, et parce que le bon sens et la probité patriotiques nous ordonnent de tamiser nos élus d'autant mieux que nous leur contions une fonction plus haute en même temps que plus dangereuse ; nous rédigerons, par exception et comme il suit, l'article 5 du chapitre second de notre future Charte nationale :

Article 5. Gomme le suffrage universel a seul pouvoir de nommer et consacrer ceux qui se croient dignes de gouverner temporellement tous leurs compatriotes, et parce qu'on ne saurait eutourer de trop de contrôles une élection si importante ; afin que les plus petites localités ne méconnaissent pas le vote des hommes les plus éminents qu'elles auront produits ; les électeurs de la capitale (tant qu'il y aura capitale en France) procéderont au vote, aussitôt que le délai nécessaire aux méditations de chacun sera écoulé.

Trois jours après le vote de Paris, voteront les électeurs des 16 autres chefs-lieux d'intendance ; ceux des chefs-lieux de département deux jours après, en feront autant ; puis en feront encore autant, après un laps de temps convenable, ceux des chefs-lieux d'arrondissement ; puis ensuite ceux des chefs-Heux de canton ; et finalement ceux des communes.

Par ce moyen fort simple (basé sur cette considération toute morale, que les supériorités émigrantes des plus simples localités doivent conseiller leurs concitoyens, moins heureusement doués qu'eux)nous parviendrons, j'espère, à faire tomber cette jalousie si funeste des campagnes contre les villes.

Je dis si funeste ; parce que depuis le début du grand drame politique et religieux (dont 89, lS30 et 48 sont pour nous les trois premiers actes), tout pédagogue ou démagogue qui n'a pas craint d'ameuter la quantité des votants contre la qualité du vote (en mentant effrontément aux campagnes), a toujours réussi à s'emparer du pouvoir central et à devenir monocrate, sous un nom ou sous un autre, à notre plus grande bonté et pour nos plus plus grands malheurs î

Article 6. Identiquement copié sur celui de la commune.

Messieurs, plusieurs articles concernant les conditions d'éligibilité à la dignité de chef ou sous-chef du pouvoir exécutif, l'inviolabilité ainsi que la responsabilité inhérente à cette fonction, la nature de son mandat, sa durée, et cœtera, et cœtera, devraient prendre place ici. Mais, comme je dois m'abstenir de tout

détail secondaire, crainte de surcharger l'en semble du plan que je vous expose; j'ajourne à plus tard l'examen de toutes ces questions. Donc, c'est à titre de simple renseignement que j'ajouterai (sans en donner, pour le moment, aucun motif biologique, historique ou sociologique), premièrement que nul ne pourra exercer la très-paternelle fonction de chef ou sous-chef du pouvoir exécutif, s'il n'est ou n'a été père de famille, l'adoption pouvant d'ailleurs servir de correctif à la nature ; et secondement, que nul aussi ne pourra tenir cet emploi plus de sept années consécutives.

C'est assez vous dire que fixer à une demigénération politique la durée du mandat d'un chef de pouvoir exécutif, et ne la renouveler qu'une seule fois, par une rarissime exception, me paraissent choses éminemment sages et, partant, républicaines, en un temps où tout s'use énorment vite, parce que tout progresse avec une rapidité vertigineuse.

Messieurs, j'en arrive à la partie la plus neuve et certainement la plus scabreuse du plan constitutionnel que je vous propose...

A peine cette phrase était-elle achevée, que ce cri de commisération unanime ; « Reposez-

vous! reposez-vous! » assaillit maître A-^B, de telle sorte qu'il fallut absolument suspendre la séance.

En sortant, j'offris le bras à Luciier, et, chemin faisant, nous causâmes et entendîmes causer comme je vais le rapporter.

— Wl —

Ego. — Parce qu'on aura décrété l'application du mode électoro-gouvernemental qui vient de nous être exposé; s'ensuivra-t-il, Mylord, que les bons administrateurs, les hommes ayant su loyalement faire fortune viendront s'offrir au suffrage universel ?

Et parce que, s'y étant offert, ils auront été acclamés; s'ensuivra-t~il aussi que (lorsqu'ils fonctionneront au lieu et place des maires, adjoints, préfets et sous-préfets choisis par un monocrate quelconque) nos affaires en iront mieux ?

Lucifer. — Oui, nos affaires en iront mieux, beaucoup mieux ; si ces bons administrateurs nous gouvernent.

Et, oui encore, ces bons administrateurs s'offriront au suffrage universel et seront acclamés ; si nous-mêmes sommes bons citoyens, c'est-à-dire véritables républicains et non purs révolutionnaires

Si nous posons en principe que le

monde industriel et libéral se compose, premièrement, d'inventeurs plus habiles à manœuvrer, les lois des choses que les choses ellesmêmes ; secondement, de réaHsateurs plus habiles, au contraire, à manœuvrer ces choses

elles-mêmes que leurs lois ; et, troisièmement, d'administrateurs plus habiles, eux aussi, (à l'inverse de ceux-là et de ceux-ci) à manœu* vrer ces susdits réalisateurs, plus ces susdits inventeurs, plus encore, le capital ou le crédit (c'est-à-dire le signe social de leurs inventions et réalisations, faites ou à faire) que la matière et les lois qui président à ses transformations.....

Si, dis-je, nous posons en principe que les trois éléments constitutifs du monde industriel et libéral, qu'il s'agit de gouverner, sont ainsi faits ; et que, par conséquent, la terre ne nous donnant rien sans labeur, c'est à son tiersélément, sachant organiser le travail, à gouverner ses deux autres collègues.

Sachant organiser le travail, voulant dire : sachant lui assurer des fournisseurs de matières premières et des acheteurs de produits définitifs ; après avoir, au préalable, su combiner, dans l'usine, la force intellectuelle de l'inventeur à l'habileté manuelle du réalisateur; en n'employant jamais. ..remarquez bien ce point essentiel... en n'employant jamais, pour opérer ce quadruple phénomène, que Voffre, comme lien moral, et le représentant social de ce travail lui-même, V argent om le papier ^ comme engin matériel.

E^o, — Ainsi

Lucifer, — Comme il ne s'agit pas (en

matière de gouvernement central, exécutif ou temporel), de faire converger, vers un même but, des idées purement abstraites ou bien des actions exclusivement mécaniques, mais bel et bien des efforts humains, intellectuels et manuels, déterminés par des volontés; le pouvoir ne revient pas du tout à ceux qui (de par la nature de leur esprit ou de leurs sentiments) ne savent, ne peuvent ou n'aiment seulement que manœuvrer des idées ou des choses ; mais bel et bien à ceux qui (de parla trempe de leur caractère) aiment, peuvent ou savent plier les volontés des autres à la leur.

Ego. — Donc, dans le mode électoro-gouvernemental que nous propose maître A + B, les pouvoirs temporel, spirituel et matériel de la commune, du canton, de l'arrondissement, et cœtera et cœtera..., seront composés, respectivement, le premier, d'industriels prouvant, de par leur fortune faite, qu'ils savent gagner de l'argent et, le second comme le troisième, de savants et d'ouvriers prouvant, de par la médiocrité même de leur avoir, qu'ils sont incapables d'en faire autant.

Lucifer. — Oui ! Absolument comme, dans la famille en plein état normal, les pouvoirs temporel, spirituel et matériel sont respectivement composés, le premier, d'un adulte en

pleine vigueur productive, au physique ainsi qu'au moral; le second, de grands parents, exclusivement habiles au conseil ; et, le troisième (numérique et végétatif par excellence) d'une femme ne pouvaut pas toujours travailler... extérieurement... et de plusieurs enfants ne pouvant pas encore le faire.

Toute société humaine, grande ou petite (qui n'est point emménagée de telle sorte que chacun y joue son rôle à sa place et à son tour, et que toujours le passé y conseille le présent, dans un sens favorable à l'avenir) ne peut que vivre d'une façon précaire et finir mal.

Ego. — Oui, mais dans la famille, que vous prenez pour type, l'adulte, en pleine vigueur productive, au physique ainsi qu'au moral, nourrit a lui seul tout le monde

Lucifer. — A la condition d'être payé de son temporel et temporaire dévouement à tout le monde, par la vénération de tout le monde à lui.

Ego. — Donc les industriels enrichis doivent administrer gratuitement les pauvres qui ne savent travailler qu'à la façon des savants ou des artistes....

Lucifer — .... et ces pauvres leur en savoir

ffre.

Dévouement de celui qui donne (parce qu'il

a su acquérir) à qui n'a pas ; et vénération de qui n'a pas su acquérir fparce qu'il n'est pas né administrateur) à qui lui donne : tel est tout le secret moral du régime que nous propose maître .1 + B.

Ego. — SoiV. Mais à quoi bon, copiant le passé, transformer en dignitaires ces futurs administrateurs de tous grades et ces futurs conseillers de tous rangs.

Lucifer (visii3lement impatienté). — Jeune homme, celui qui veut légiférer les hommes doit, tout d'abord, se donner la peine de les bien connaître.

Eh bien, cette peine, maître ^+jB, soyez-en sur, se l'est consciencieusement donnée ; avant de poser en principe qu'il fallait, pour administrer un pays, aspirant à devenir exclusivement industriel, pacifique et libéral, des hommes d'origine éminemment libérale, industrielle et pacifique c'est-à-dire des gagneurs d'argent. — El, parce qu'il se l'est consciencieusement donnée, tout naturellement il a divisé, en deux grandes catégories, ceux de ces gagneurs qui aspirent aux fonctions publiques : savoir la catégorie du gagneur d'argent chez qui l'orgueil prime l'amour du gain, et la catégorie du gagneur d'argent chez qui l'amour du gain prime au contraire l'orgueil.

Ou, si vous préférez d'autres mots, la caté-

gorie de l'administrateur qui , pressentant l'avenir, cherche, dans la fortune, les moyens d'obtenir, de ses ex-collaborateurs, de nobles et souhaitables distinctions le mettant à même de les aider en leur vie civique et civile, comme ils l'aidèrent en sa vie individuelle, domestique et industrielle: et la catégorie toute contraire du thésauriseur insatiable qui (ne comprenant rien au mouvement actuel et, partant, n'estimant encore et ne voulant imiter que les détestables croquants du passé) n'aspire à la richesse que pour acheter, de nos ci-devant oppresseurs, des titres et privilèges qui le mettent à même de gagner plus que jamais; en opprimant et pressurant plus que jamais aussi, ses anciens auxihaires de travail.

Tels sont, entre autres bourgeois éminemment traîtres à la civilisation moderne, les hauts financiers, les grands entrepreneurs et les venais écrivains ou bavards, qui aidèrent les restaurations monarchiques de 1804, de 1815, de 1850 et de 1852.

Ego. — Conclusion?

Lucifer. — Conclusion î

Ou bien, disciples enthousiastes des savants, généreux et philanthropes Voltaire et Diderot, vous aurez pour le véritable administrateur et le vrai savant (c'est-à-dire, le travail qui s'offre et la science qui démontre) encore plus d'hon-

neurs et de vénération que vous n'en avez eu jusqu'à présent pour le militaire et le théologien, c'est-à-dire aussi, la force qui s'impose et la superstition qui affirme ; auquel cas, vous vous laisserez gouverner et sauver, au temporel, aussi bien qu'au spirituel, par des hommes comme Danton et Condorcet, Gambon et Lavoisier, que vous défendrez contre les égalitaires d'en bas aussi bien que d'en haut, pendant qu'ils travailleront pour vous et de tête et d'argent.

Ou bien, partisans farouches du sophiste, envieux et misanthrope Rousseau (variante guindée ou variante voyou, variante Robespierre ou variante Marat, variante bourreau ou variante hurlante), vous prendrez en suspicion et haine toute espèce de supériorité ; détournerez de vous toute capacité administrative plus ambitieuse qu'avare ; et tomberez fatalement, à force de vociférations et de violences, dans la dépendance de misérables renégats pohtiques et religieux (comme les Foucher et les Talleyrand), qui vous vendront, de plus en plus et de plus en plus cher, à des impérialistes, des légitimistes ou des constitutionnalistes valant tous de moins en moins.

Valant tous de moins en moins î C'est-à-dire vous volant et, qui pis est, laissant voler de

plus en plus par de prétendus administrateurs plus avares qu'or(>;ueilleux.

Ego. — Heureux! si, aux scandaleuses filouteries de ces indignes compatriotes, ne succède pas le brigandage de l'étranger.

Lucifer. — Ah, mon cher enfant! Si nous avions tous pu changer d'habitudes et de manière de voir, aussi vite que de position sociale; si, parmi les bourgeois et les ouvriers politiquement libres depuis 89 et 48, on comptait déjà plus d'âmes civiques, jeunes et généreuses que de vieux cœurs égoïstes et jaloux; si le peuple (au lieu d'écouter encore trop aisément les propos égalitaires de ses plus abjects flatteurs; et de ne réserver, à ses plus dévoués serviteurs, comme faisaient nos plus mauvais rois, à leurs sujets les plus fidèles, que soupçons, calomnies, trahisons et suppHces) imitait déjà nos plus grands monarques et comblait d'honneurs et de dignités les vrais gouverneurs d'hommes et d'afïaires qu'aurait appelés au pouvoir la certitude de sa reconnaissance ; nous pourrions nous aussi (comme nos pères du bon vieux temps, acclamant l'élu du droit divin) crier: Noël! Noël! sur le passage des plus hauts dignitaires du suffrage universel. Noël! Noël! C'est-à-dire, espoir de rédemption noble et belle, de par la vigueur de notre caractère entin régénéré ; et non point rachat

infâme, de par la bassesse de notre cœur cinq milliards de fois dégradé.

Mon fils, quand nous en serons là...; quand nous aurons pour chefs des hommes plus jaloux de gouverner leurs concitoyens que de régner sur leurs semblables; plus soucieux de bien mourir que de bien vivre ; plus préoccupés de mettre, au service de tous, un surcroit de savoir et de fortune que d'en jouir personnellement; quand, en deux mots, ce nouvel et tant souhaitable adage <i Richesse oblige » promulgué par des faits exemplaires, aura cours et pouvoir social, comme jadis avait cours etpouvoirla formule qu'ontsibien oubliée les nobles modernes et leurs imitateurs.,..; au heu de la diplomatie tortueuse, mensongère, violente et même criminelle de princes ne rêvant encore que conquêtes et ne dénouant que trop souvent leurs intrigues de cabinets (voire même d'alcôves) sur des champs de bataille; nous^n'aurons plus qu'une politique aussi belle que bonne et véridique : celle des peuples s'efPorçant, d'un commun accord, de s'enrichir par le travail et la paix, en ne faisant jamais (grâce aux habitudes et préjugés de tous leurs élus) que des transactions aussi libérales qu'industrielles et aussi avouables qu'avouées.

Alors plus de ces cataclysmes politiques revenant, tous les quinze ou vingt ans, bouleverser tout à couples fortunes des Etats et des particuliers ; en rallumant la guerre par la guerre, la haine par la haine et la sauvagerie par la sauvagerie !

Plus de ces...

Qu'avez-vous donc, jeune homme?

Lgo. — Pardon, mille et mille fois pardon, Mylord, si je cesse de vous écouter. Mais il y a, devant nous, deux bons bourgeois qui se disputent si fort, au sujet de maître Â-{-B, qu'en vérité je ne... saurais. . accorder,., toute l'attention... que je...

Lucifer. — Eh bien, prêtons l'oreille à ce qu'ils disent, et voyons un peu ce qu'il pensent.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Yoilà ce que nous entendîmes.

Premier Bourgeois, — ...Non, non, n'en croyez rien. Depuis bientôt un siècle, nous avons eu, pour nous gouverner, tantôt un roi, fils de princesse aristocratiquement fécondée; tantôt un comité directeur, enfant de coterie démocratiquement inspirée; tantôt un président issu d'une assemblée bourgeoise, trèssoigneusement purgée de toute influence ouvrière; tantôt, au contraire, un empereur sorti d'un plébiscite, on ne peut plus surchargé de manœuvres campagnards, arcîii-campagnards de toutes catégories!... Et, pour en ilnir, pas un seul de ces gouvernements ne nous a plu jusqu'au bout ; pas un seul ne nous a tirés d'embarras ; et pas un seul n'a bien fini.

Donc nous sommes ingouvernables.

Second Bourgeois. — La belle conclusion d'homme... opulent, ne voulant pas se mêler des affaires pubhques.

Premier Bourgeois. — D'homme opulent, citoyen!... puisque de citoyen on se traite pour le quart d'heure... Mais vous-même, êtes-vous donc si pauvre?

Tenez, voisin! au heu de nous fâcher, ce qui nous conduirait certainement à déraisonner dans peu d'instanls; parlons, au contraire, aussi posément qu'on peut le faire en ce temps de complet désarroi.

Savez-vous ce qui me plaît, dans l'un quelconque de ces gouvernements que nous avons, successivement, renversés comme, successivement, nous en renverserons bien d'autres?

Second Bourgeois. —Non!

Premier Bourgeois. — C'est qu'en somme ils sont tous armés d'une seule, même et bonne logique irréfutable ; tandis que celui de votre maître  -{- B en est complètement dépourvu.

Second Bourgeois. — Seule même et bonne logique:... irréfutable! qui nous a conduits à faire tomber tous ceux qui ne nous ont pas suffisamment aplatis ; et à nous faire plus que suffisamment aplatir, avec tous ceux que nous n'avons pas fait tomber.

Voyons, Monsieur... puisque, posément et raisonnablement, vous me proposez de parler... examinons sérieusement les choses.

En dernière analyse et avec un peu d'abstraction, qui trouvez-vous, au plus haut degré, de l'un quelconque de ces défunts et tant regrettés gouvernements? Un autoritaire absolutiste... (simple ou multiple, individu ou comité, n'est-il pas vrai?)... Un autoritaire absolutiste disant, ordinairement d'une façon trèspolie, Je veux^ ou même Nous voulons, aux innombrables fonctionnaires qu'il s'est choisis ou fait choisir.

Premier Bourgeois. — Précisément; et c'est

ce qui me plaît; vu qu'on sait immédiatement à quoi s'en tenir.

Second Bourgeois. — Soit ! et au plus bas échelon de cette longue échelle gouvernementale; qui trouvez-vous pareillement? Un autre autoritaire absolutiste, n'est-il pas vrai aussi, gendarme ou garde champêtre, disant, d'une manière presque toujours désagréable, Je voulons aux citoyens, à lui parfaitement inconnus, qu'il juge convenable d'apostropher.

Premier Bourgeois. — C'est la vérité.

Second Bourgeois. — Puis, sur les perchoirs intermédiaires de cette si longue hiérarchie administrative, des ministres, préfets, souspréfets, maires, adjoints, commissaires de police, ofiiciers de paix, et cœtera, et cœtera... disant, eux aussi, à leurs subordonnés respectifs, je veux ou nous voulons^ avec une aménité généralement d'autant moindre qu'ils sont eux-même moins importants.

Premier Bourgeois. — Je ne saurais le nier.

Second Bourgeois. — Donc, je veux... C'està-dire : obéis passivement et fais passivement obéir; sous peine de prison et même de mort par le chassepot (si tu es soldat) ou de jeûne et même de mort aussi, non par le feu mais par la faim, si tu es soldé... ;e veux, dis-je, est le mot commun fatidique; i'àme de cette seule, même et bonne logique irréfutable si regrettée.

Premier Bourgeois. — Regrettée! Pas précisément.

Second Bourgeois. — Eli bien, mon cher ami, combien (entre nous soit dit) avez-vous gardé de bons commis, en votre importante maison, et combien de bonnes affaires avez-vous faites et renouvelées avec vos acheteurs et vendeurs, chents et fournisseurs en employant ce je veux, si parfaitement efficace ?

Pour mon compte, dans mes chantiers (où n'entrent jamais que tailleurs de pierre, terrassiers, maîtres charpentiers, forgerons, maçons et autres personnes, généralement moins finement gantées que celles qui vous fréquentent), je n'ai jamais vu supporter ces deux mots si cassants, que par des ouvriers encore plus mous de bras que de caractère, ou de misérables embaucheurs très-justement dénués de crédit.

Premier Bourgeois. — Je vous crois sans peine ; mais où voulez en venir?

Second Bourgeois. — A vous dire que (de par le principe de la souveraineté du peuple, qui va se propageant, chaque jour davantage, en France ainsi qu'à l'étranger) les citoyens électeurs se considèrent de plus en plus comme les simples clients pohtiques, les subordonnés purement volontaires des administrateurs, petits ou grands, qu'ils veulent bien honorer

de leur confiance; et que, par conséquent, le temps viendra bientôt, s'il n'est déjà venu, de substituer la logique du voulez-vous, du 5'// vous plaît, de l'offre (en un mot), à celle du. je veux ou je défends, du quos ego ou du veto, de l'ordre, pour tout dire pareillement d'un seul mot.

Premier Bourgeois. — Substituer!... signifiant?

Second Bourgeois. — Sustituer! signifiant mettre de riches dignitaires bénévoles (élus par le suffrage universel, qui saura bien leur faire sentir qu'ils sont amovibles et responsables), au lieu et places des trop rechignants chefs de service salariés que ne manque jamais de nous imposer un pouvoir central... toujours trop centralisateur.

Premier Bourgeois. — Et pour quelles raisons s'il vous plaît?

Second Bourgeois. — Mais pour celles que je viens d'énoncer et pour celles-ci encore , si les deux précédentes ne vous suffisent pas : depuis quatre-vingts ans, pas un seul de nos pouvoirs centraux (quel qu'ait été son origine et son nom), n'a jamais été chez nous (par luimême et ses employés), que malveillant et calamiteux au pays .. malveillant et vaniteux d'autant plus que nous avons toléré qu'il fût plus immuable, plus irresponsable et plus scan-

daleusement salariée en même temps que plus scandaleusement salariant.

Premier Bourgeois. — Est-ce tout.

Second Bourgeois. — Non, ce n'est pas tout; carje dis,maivei liant et calainiteiix, d'autant plus que nous avons toléré qu'il fût plus inamovible et plus irresponsable; parce que (grâce à la servilité de ses chefs de service, passivement plats envers lui, mais activement arrogants envers le public) ces susdits pouvoirs centraux, sans aucune espèce d'exception, n'ont jamais, depuis le poilcier Robespierre, qu'aspiré à la dictature; et, jamais non plus, disparu que par la guerre étrangère ou civile ; faute de lois et de tribunal capable d'empêcher qu'il n'amenât l'une ou l'autre de ces deux calamités.

Non, ce n'est pas tout encore; car j'ajoute : aussi scandaleusement salarié que salariant; parce que ces susdits pouvoirs centraux nous ont, sans aucune exception, coûté beaucoup trop cher pour ce qu'ils valaient par euxmêmes ; et beaucoup trop cher, surtout, pour ce que valaient leurs mouchards de plus en plus nombreux.

Et non, ce n'est pas tout enfin; carje'me sers des mots salariés rechignants, parce que le système de corruption et de créatures, qui présidait invariablement au choix des chefs de service de ces susdits pouvoirs centraux, n'a

jamais fait qu'une chose: mécontenter ceux qui faisaient, en réalité, presque toute la be-

sogne.

Premier Bourgeois. — Ainsi vous croyez à la logique de l'offre et, qui plus est, vous la jugez plus puissante que celle de l'ordre.

Second Bourgeois. — Vous l'avez dit ! J'y crois, et cela quatre et même cinq fois plutôt qu'une.

Car je crois à cette logique de l'offre : premièrement, parce que je lui dois, en tant que simple particulier, de bons amis et d'aimables connaissances, y compris la vôtre, voisin, y compris la vôtre; et, sous ce rapport, vous y croyez aussi bien que moi.

Secondement, parce que je lui dois, en tant que père de famille, une bonne femme et de bons enfants; et, sous ce nouveau rapport, voisin, vous y croyez encore tout aussi bien que moi.

Troisièmement, parce que je lui dois, en tant que chef industriel, une belle fortune; et sous ce troisième rapport, voisin, vous y croyez, pareillement, non pas tout autant mais beaucoup plus que moi.

Quatrièment, parce que (grâce au bon souvenir de mes ci-devants ouvriers, clients et fournisseurs qui déjà m'ont offert l'écharpe, que vous avez dédaignée) je pourrai peut-être

un jour, en tant que citoyen, utiliser, en faveur des autres, mon superflu de richesse et de savoir administratif, comme' dit maître A -]- B,

Iremicr Bourgeois. — Si, comme dit aussi maître A-j-B, ces autres, vous voyant plus orgueilleux qu'avare, ne se montrent pas immédiatement plus désintéressés, par jalousie, que sages, par intérêt.

Second Bourgeois. — Cinquièmement enfin, en tant que patriote (aimant mon pays et ma nation d'abord 5 puis le restant de la terre et de l'humanité, ensuite), je crois à la logique de Voffre; et la juge, sinon plus puissante du moins préférable à celle de Vordre; -parce que j'ai toujours vu nos discordes civiles et nos guerres avec l'étranger résulter des abus de cette dernière, tandis qu'il me paraît impossible que sa rivale (maniée par des hommes qui n'auront constamment connu qu'elle) puisse jamais produire autre chose que ce qu'elle a toujours produit : à savoir, des transactions, tant intra qu'extra-nationales, aussi avantageuses à ceux qui les proposent qu'à ceux qui les acceptent.

Premier Bourgeois. — Tudieu! voisin, comme vous mordez aux nouveautés!

Second Bourgeois. — Que voulez-vous ; aux grands maux les grands remèdes!

La centralisation administrative, les monopoles industriels et la réglementation mentale

nous ont (à 2, 5,4, 5 reprises différentes) amené tant de calamités publiques (après nous avoir civiquement, civilement et individuellement tyrannisés pendant 5, 18, 15 ou 20 ans) que j'opte, ma foi, pour le système tout contraire : celui de

Premier Bourgeois — La concurrence

en matière de chefs et conseillers politiques.

Second Bourgeois. — Celui de la concurrence politique, si vous voulez. Puisse-t-elle (en faisant appel à ce qu'd y a de justement estimable dans l'orgueil et !a prévoyance des hommes, qui sont véritablement administrateurs) nous être, à tous, aussi avantageuse en affaires gouvernementales qu'elle l'est, au public, en matières industrielles et en matières scientifiques.

Je dis : aussi avantageuse ; parce que sans elle, nous prélèverions de tels bénéfices et débiterions des choses si imparfaites que nos clients deviendraient bien vite des pauvres d'argent et nous abandonneraient; absolument comme nous abandonnerions les vrais savants et deviendrions, bien vite aussi, des pauvres d'esprits, si l'intérêt de leur vanité ne les contraignait à ne nous livrer que de bonnes et utiles vérités.

Premier Bourgeois. — Ah, voisin, voisin! Quel optimiste vous faites et quelles déceptions

VOUS VOUS préparez; en considérant comme possible, dès aujourd'hui, ce qui ne le sera certainement que dans plusieurs générations ; en admettant...., vous m'écoutez bien, n'est-ce pas? en admettant que nous parvenions à quitter la funeste pente autoritaire, sur laquelle ïiour^ rei^lacent, fafafement, tous les démocrates qui ne rêvent que changer tout, immédiatement et radicalement ; sur laquelle nous maintiennent, systématiquement, tous les aristocrates qui ne désirent, au contraire, rien, absolument rien modifier ; et sur laquelle enfin aident toujours à nous replacer, aussi fatalement que systématiquement, tous les gagneurs d'argent (comme dirait maître yi 4-^) plus avares qu'orgueilleux qui, sortis des affaires, n'ambitionnent plus qu'une chose : clirysahder, en leur fortune, au risque de passer, de l'état de maigre bœuf de labour, à celui de cochon gras parasitaire. Car, d'instinct, tous ces gagneurs d'argent préfèrent et préféreront, longtemps encore sinon toujours, n'importe quel exécutif et n'inporte quel régime absolutistes, à toutes les nouveautés personnelles et gouvernementales qui pourraient leur offrir de nobles exemples à suivre.

Second Bourgeois. — Ah voisin, cher voisin, vous dirai-je à mon tour, vous (dont le pessimisme voit si nettement l'abominable avenir

que nous laisserions à nos enfants, si dès maintenant nous ne cherciiions pas à combattre les ultra rouges, les ultra-blancs et, qui pis est, les ultra indifférents, pour ne pas dire tricolores), ne ferez -vous donc rien pour les vôtres et pour les nôtres?

Croyez -moi! Si, depuis 75 ans au moins, la bourgeoisie s'était donné, pour capter la confiance de ses employés et les mener à bien!... non la dixième, non même la centième, mais seulement la millième partie, ou moins encore..... de la peine qu'ont prise les démagogues de toutes couleurs pour mener, à qui mieux mieux, et les uns après les autres, le peuple à son plus grand mal ; il serait déjà

Premier Bourgeois (prenant amicalement les mains de son confrère) — .... Gomme vous et moi, plus républicain que révolutionnaire j et nous pourrions, aujourd'hui même, avec certaines chances de succès, nous prêter, vous et moi encore, à l'expérimentation d'un système que je ne connais qu'aux deux tiers; mais qui déjà me sourit, parce qu'il me semble devoir rendre à peu près impossibles tout abus de pouvoir, tout favoritisme et toute influence de coterie.

Sur ce, parce qu'il se fait tard et que je tiens à ce que nous nous séparions aussi bons amis

qu'auparavant; pardonnez -moi mon pessimisme comme' je vous pardonne votre optimisme; pardonnez-moi surtout..., car, sous beaucoup de rapports, je suis tout à fait de votre avis... pardonnez-moi l'opposition que je me suis permis de vous faire...

Second Bourgeois (avec empressement) —

A cause de ce misérable mot d'opulent

que je regrette, voisin, que je regrette bien sincèrement je vous l'assure...

Premier Bourgeois — Et.

Une bonne double poignée de main, accompagnée de deux profonds saluts, servit de couronnement au précédent colloque.

De la quadruple mission qu'il importe de confier au pouvoir spirituel, consultatif ou général de la nation. — Sixième Séance du club des Constituants, 10 mai 1871.

Hier soir, au moment où nous tournions la rue des Trois-Etoiles, les deux bons bourgeois que nous avions suivis, dans la nuit du 3 au 4 mai, nous barrèrent littéralement le passage,

« Messieurs, nous dit le premier, jugez notre » différend.

» Je soutiens à mon ami, qu'il y a en Europe > huit ou neuf maisons impériales , royales ou )' princières, doublées de neuf ou dix familles fi- » nancières, agioteuses ou tripoteuses, qu'il fau B absolument exterminer, si nous voulons être...»

.. Enfin tranquilles ! fit immédiatement Lucifer, en prenant la parole.

« Et lui prétend que cette expéditive solution » serait aussi belle que bonne ; si pendre tous ces » gros bonnets, laut et court, se pouvait faire ; î sans coûter encore beaucoup de sang et risquer » de prolonger leur crédit. » ■

Là dessus, le second bourgeois prit un air de triomphe si narquois, que le premier se fâcha tout rouge.

Nous parvînmes à les réconcilier; mais en nous attardant.

Voilà pourquoi je ne vous envoie que la fin du discours de maître A-^ B.

En résumé donc, abstraction faite des

noms dont ils s'appellent et des personnes qu'ils désirent prendre pour drapeaux ; tous ces différents partis se réduisent à trois : celui qui n'admet encore qu'une logique : celle de r ordre; celui qui tend à n'en admettre plus qu'une aussi : celle de r offre; et celui enfin qui n'en n'admet plus ou tend à n'en plus admettre du tout.

— Eh bien, dans le système de réorganisation politique et sociale que nous proposons; comment chacun d'eux se conduira-t-il ?

— Suivant ses intérêts, suivant ses habitudes et suivant ses préjugés ; la chose est bien certaine !

— Donc, pour savoir le rôle qu'ils joueront; voyons comment sont et pensent les personnes qui forment et animent chacun d'eux.

Le premier de ces trois partis (celui des monarchistes, aristocrates, rétrogrades, autoritaires, etc., etc. peu importe le nom!,... qui censément est le plus vieux de tous) renferme : premièrement y tous les hommes, d'origine ancienne ou moderne, mais principalement ancienne, qui, de bonne foi ou non, prennent l'immobilité pour l'ordre; et croient qu'on peut encore obéir et commander comme aux temps féodaux ; secondement, tous les personnages qui désirent peut-être, avant et par-des-

SUS toutes choses, jouir du budget des finances, des honneurs, des monopoles, privilèges et autres sources de bénéfices assurés ; grâce à l'aristocratiaue protection d'un pouvoir central proclamant et soutenant, par ses engins fort temporels, le mérite fictif ou réel, que ces susdits personnages peuvent tenir de lui, d'euxmêmes, ou de leurs aïeux ; froisièmement, enfin, les individus qui, ne voyant qu'eux en ce monde, abominent, systématiquement comme d'instinct, toute espèce d'innovation, même bonne ; crainte d'avoir à se modifier.

Le second parti, celui des anarchistes, démocrates, progressistes (soi-disant, révolutionnaires, égalitaires, et cœtera, et cœtera... réputé le plus moderne, bien qu'il nous vienne, ou mieux , revienne des anciens barbares Francs, Germains ouGaulois, sinon Hellènes ou Pelages... le second parti, dis-je (qui n'est pas plus tolérant et pas moins absolutiste que celui de ses adversaires, de nom comme de fait) renferme : premièrement, tous les hommes (d'origine antique ou récente, mais surtout récente; qui, de bonne foi ou non, prennent tous leurs caprices gouvernementaux, pour des inspirations libérales, et tous les changements qu'ils leur suscitent, pour de réels progrès : secondement, tous les individus qui pensent

qu'en nos temps modernes on ne doit pas plus commender qu'obéir; troisièmement, tous les personnages qui, sans le mériter aucunement, désirent peut-être (avant ei par-dessus tout) être iinancièrement et digniiairement alimentés par un exécutif égaiitaire justifiant très-commodément ses préférences, à leur égard, en niant officiellement et légalement toute espèce de supériorité sociale; quatrièmement enûn, tous les ultra-vaniteux dont la science infuse pose en principe que, jusqu'à ce jour, les hommes n'ont fait que se tromper ; que l'inexorable logique des événements, qui en a tant martyrisé, ne les a mis sur la voie de rien ; que tout, absolument tout, est à refondre dans les institutions que la pratique et le sentiment leur ont fait créer; et que, par conséquent, il ne faut respecter quoi que ce soit du présent ou du passé, afin qu'il ne reste et que jamais plus il ne se reproduise la momdre hiérarchie ni la moindre distinction dans l'avenir.

Je passe au dernier de ces trois grands partis, le plus récent de tous à coup sûr, puisqu'il ne mérite pas encore le titre de républicain (que, du reste, il hésite à prendre) et que le nom de conservateur, qu'il semble vouloir quitter, ne remonte guère qu'à la Restauration.

— Donc, ce troisième parti ; que renferme t-il, lui aussi ?

— Premièrement, tous les hommes, de familles jeunes ou vieilles, qui commencent à n'accepter, comme progrès, que ce qui tend à consolider l'ordre en l'améliorant ; secondement, tous les individus qui, pareillement, commencent à poser en principe qu'on doit, en tout temps comme en tout lieu, savoir aussi bien obéir, où l'on est inférieur, que commander, où l'on est supérieur; troisièmement tous les personnages qui, semblablement aussi, commencent à désirer, avant et par- dessus toute chose, que chacun puisse eniin vivre en travaillant intellectuellement, pratiquement ou manuellement; sans avoir à combattre les privilèges et monopoles de ceux-ci, ou solder les grandeurs et la paresse de ceux-là ; quatrièmement enfin, tous les citoyens de bons sens et de bon vouloir qui, pareillement encore, ou semblablement commencent à reconnaître qu'un pouvoir exécutif, central ou temporel doit, de plus en plus, borner ses visées a une seule chose : facilitera chacun l'accomplissement de tous ses devoirs, le plus moralement possible.

Le plus moralement possible ! C'est-à-dire sans imposer, à qui que ce soit, l'obligation d'agir et voir comme voient et agissent d'habitude, officiellement et par son ordre, tous

ceux que ce susdit pouvoir tient en solde militaire, maritime, administrative, religieuse, universitaire et judiciaire.

Comme vous le voyez : ce parti, dont la foi républicaine n'est qu'en voie de formation, renferme tous les penseurs administrateurs et réalisateurs vraiment sérieux, tous les producteurs, en un mot, qui ne désirent qu'une chose : la liberté de bien faire.

Donc : de par tous les ouvriers, tous les entrepreneurs et tous les savants qui dédaignent avec raison les soldes et recommandations oflicielles (blanches, tricolores ou rouget) et de par toutes les forces artistiques et manufacturières, plus toutes les ressources administratives et financières, plusenîore tous les documents scientifiques, intellectuels et pratiques dont ces trois genres d'hommes disposent ; ce parti des vrais producteurs, ce parti du régime de l'avenir est à la fois le plus nombreux, le plus riche et le plus capable.

— Eh bien ! pourquoi n'est-il pas le plus puissant?

Pourquoi n'a-t-il jamais, depuis 1795, pris le pouvoir officiel qu'à de rares intervalles ?

Et pourquoi l'a-t-il, presque toujours, immédiatement remis aux monarchistes ?

— Parce que, plus réservé ou plus timoré que le parti de ces derniers et surtout que celui des anarchistes, il préfère un ordre quelconque à la confusion ou à rien.

Beaucoup plus réservé ! Parce que plus on est vraiment riche d'habileté, de science et surtout de fortune, et moins on aime à faire montre de son avoir.

Beaucoup plus timoré ! Parce qu'on perd moins facilement les coutumes de ses ancêtres que leurs préjugés ; et que tous les travailleurs industriels, commerçants, financiers et libéraux de ce tiers-parti ont pour aïeux respectifs les anciens esclaves du vieux monde Greco-Romain, les ci-devant négociants levantins ou bysantins du moyen-àge, les banquiers Juifs ou Lombards du même temps, et les chercheurs de pierre philosophale ou panacée universelle delà même époque tous

gens que le paganisme, l'islamisme et le christianisme ont habitués, par des procédés souvent odieux, à ne se point mêler des affaires publiques.

Beaucoup plus réservé ou timoré enfin (et c'est là surtout qu'eU le plus grand mal) parce qu'on ne peut qu'hésiter quand on n'a pas foi en soi ; et qu'il est aussi impossible à un parti de croire en lui-même et (partant) d'agir net-

tement, quand il sent la haine dissocier chaque jour davantage ses trois éléments constituants. .. qu'il est impossible à un homme, dont le bon sens n'a pas faibli, de marcher résolument en pleine crise morbide, quand chacun de ses mouvements lui prouve que ses entrailles se refusent encore à nourrir ses membres, et qu'à leur tour ces derniers n'obéissent point à sa tête.

Trois citations pour montrer qu'il n'y a rien d'erroné ni d'exagéré dans cette manière de voir.

1° Par le fait des blessures charnelles et financières, de plus en plus cruelles, que les ouvriers et leurs patrons durent aux aberrations des sociahstes de 95, 1852 et 48, l'animosité des praliciens est devenue telle, à l'encontre des hommes de cabinet, que les mots théoricien, savant et inventeur signifient maintenant, pour les travailleurs de l'établi et du bureau, so7ige creux, bon à rien et fou à exploiter ;

2° Depuis 60 ans, mais plus particulièrement depuis ^0, le bourgeois administrateur est devenu tellement dur, à l'égard du savant et de l'ouvrier, que maintenant ces remueurs d'idées et de choses emploient, respective-

ment, les mots parvenu et singe comme synonymes de riche méprisable et de patron;

5^ Enfin depuis la résolution (aussi puérile qu'impraticable) que les fauteurs de l'Internationale ont prise, de travailler désormais sans capital ni bourgeoisie, c'est-à-dire, commercialement parlant, sans matière première, sans inventeurs et sans organisateurs ; ces derniers sont tombés, pour la plupart, en panique si grande et si folle que (malgré le 18 Brumaire, les journées de Juin et le deux Décembre, germes respectifs de Waterloo, du M Février et de Sedan), ils (Messieurs les bourgeois, bien entendu) n'ont plus que deux idées fixes : appeler, derechef, à la rescousse les hommes dont l'impéritie nous coûte si cher en ce moment même : et, derechef, les interposer entre eux et leurs indispensables autant que respectables compagnons de civilisation industrielle et libérale.

Je dis indispensables autant que respectables compagnons de civiKsation industrielle et libérale en parlant des ouvriers ; parce que, suivant moi, ces travailleurs (qui ne commandent pas plus souvent, dans le pays, que ne le font les enfants, la femme et les vieillards au foyer domestique) doivent, quand ils posent une question d'ordre vitalo-sociale, être aussi sa-

ci'és, pour les gouvernants, que ces susdits enfants, femmes et vieillards, pour l'adulte qui doit les diriger;

Et je répète : indispensables autant que respectables; parce que, toujours suivant moi, un pouvoir temporel ou spirituel, qui lance la mitraille ou Tanathème à des prolétaires (qui l'embarrassent de leurs justes plaintes, parce qu'ils souffrent) est aussi criminel qu'un chef de famille qui tue ou terrifie les siens ; parce qu'il ne veut ou ne peut répondre à leurs réclamations, 7nêîne déraisonnahles.

Messieurs, maintenant que nous connaissons la nature et les sentiments des hommes appartenant aux trois grands partis qui divisent notre malheureux pays ; nous pouvons dire comment, dans le système de réorganisation politique et sociale que nous vous proposons, chacun d'eux se conduira. Par conséquent, faisons-le.

Evidemment les monarchistes, en vertu de leurs vieilles habitudes et de leurs vieux préjugés, rallieront toujours le pouvoir central autant qu'ils le pourront, afin de s'abriter derrière lui; de profiter de ses faveurs ; et de, plus ou moins franchement, utiliser à son service,

leurs aptitudes au commandement ainsi qu*à Tobéissance.

Et, non moins évidemment, les anarchistes (qui, du fait même de leurs théories, ne sauraient constituer un pouvoir exécutif quelconque; garder celui qu'un fugitif leur abandonnerait; ou faire autre chose que de l'opposition au n'importe quel existant) les anarchistes, dis-je, s'achemineront, autant qu'ils le pourront aussi, vers la Chambre des représentants du peuple, autrement dit, vers le pouvoir chargé de protéger les intérêts sanitaires et financiers, pohtiques et matériels, de toutes les localités formant moitié d'arrondissements ; afin de pareillement utiliser, plus ou moins franchement, leurs aptitudes à la critique ainsi qu'à la résistance.

Quant aux conservateurs en voie de lente, fort lente, beaucoup trop lente métamorphose républicaine... Malgré leur énorme désir de conserver ce qu'ils considèrent comme leur avoir exclusivement personnel ; bien qu'ils ne soient, en somme, que de transitoires dépositaires sociaux, ne pouvant même plus emporter dans la tombe la minime obole de Caron... Quant aux conservateurs, dis-je ; nous les verrons longtemps encore, en vertu de leur an-

tique répugnance à se mêler activement et surtout ostensiblement des affaires publiques. ne se faufiler, entre les aristocrates et les démocrates, que lentement, bien lentement, beaucoup trop lentement et toujours après coup, pour modérer leurs débats.

Lentement, bien lentement, beaucoup trop lentement et toujours après coup voulant dire que les manœuvres occultes de ces hommes "si fortement ébranlés par leur dernière transplantation de monarchie en république, tendront bien plus à diminuer les conséquences financières des coups d'État, révolutions et autres vilenies gouvernementales ; qu'à empêcher Messieurs les amateurs, permanents ou accidentels, de la poudre à canon de commettre ces susdits coups d'État, révolutions ou autres vilenies gouvernementales, dès que leur manquent les bonnes raisons ou la patience.

— Eh bien, ce rôle de médiateurs aussi intéressés qu'insuffisants (rôle qui commence à devenir de plus en plus dangereux ; parce que, de plus en plus, on commence à considérer Messieurs les bons bourgeois comme des hommes par trop systématiquement iardigrades) Messieurs les bons bourgeois (et, par bons, j'entends les conservateurs sincères, les producteurs qui sont vraiment sérieux et tiennent

à passer pour tels) Bïessieurs les bons bourgeois, dis-je, se soucient-ils de le jouer encore bien longtemps ?

— Non ! car (en réfléchissant, par force, une fois de plus, aux batailles, déroutes, frais et indemnités de guerre, impôts, emprunts, prohibitions et monopoles toujours croissants que leur coûtent la logique de l'ordre et ses innombrables stipendiés) beaucoup d'entre eux commencent à se parler et même à parler ainsi :

« Peut-être serions-nous moins cordialement » déçus, comme chefs de famille ; moins cora- » înercialement volés, comme industriels ou » négociants ; moins onéreusement rançonnés, » comme contribuables; moins policièrement » assommés, comme citoyens ; et moins sol- » datesquement fusillés, bombardés et incen- » diés comme patriotes : si... à la place des » absolutistes religieux et universitaires, admi- » nis orateurs politiques et mihtaires qu'un pou- » voir central (beaucoup trop autorisé à dire, » partout : je veux) met en tête de tous les » corps qui moralisent nos femmes, instruisent » nos enfants, échiquenî nos employés, admi- » nislrent nos finances, et finalement nous goii- » ver?wnt tani inivo. qu'extra-natiônalement... » Si nous laissions, tout bonnement, s'installer, > comme nos directeurs spirituels, les théori-

» ciens libéraux (que le simple effet de la con-

» currence forcerait à s'améliorer, dès que

» disparaîtrait le budget des cultes et celui de

» l'Université) ; et commue nos chefs temporels^

» les praticiens industriels que ce même effet

» de la concurrence ou (ce qui est tout un) le

» pouvoir éminemment relativiste de la logi-

» que de l'offre forcerait pareillement de s'amé-

» liorer; dès que le suffrages universel, en

» garnissant de ses bénévoles élus tous les de-

» grés de notre hiérarchie gouvernante, ré-

> duirait presque à zéro nos budgets de l'inté-

» rieur et de la justice. »

Messieurs , de ces propos , que ious les bourgeois, véritablement bons, commencent à se tenir et à tenir ; que conclure ?

Sinon que, tout naturellement, ces conservateurs en statu quo d'ébauche républicaine perdraient certainement beaucoup de leur tiédeur pour les affaires publiques et se porteraient même, avec une certaine ardeur, vers le troisième grand pouvoir national, dont il me reste à vous parler ; si !... si, tenant compte de leurs qualités bonnes et mauvaises, ce troisième grand pouvoir (qui doit être à la fois spirituel, général et consultatif) devenait pour eux un véritable institut politique, ne les appelant qu'accidentellement à l'activité gouverne-

mentale ; si, de plus, il les mettait à même de prévenir tout conflit armé entre le pouvoir local et le pouvoir central ; si, en outre, il leur fournissait les moyens de soustraire toute localité, grande ou petite, comme toute société ou tout individu, aux pressions, tant directes qu'indirectes, de ce dernier; et si, enfin et surtout, il les rendait aussi puissants qu'ils sont déjà riches et capables, en calmant toutes leurs craintes, par une intime, sincère et cordiale réconciliation avec ceux que j'ai nommés leurs inséparables autant que respectables compagnons de civilisation moderne.

Donc organisons ce troisième grand pouvoir de telle sorte que forcément il atteigne ces quatre grands buts.

— Eh bien, comment nous y prendronsnous; pour que, du même coup, il devienne, pour les conservateurs en question, institut politique et garde-fou, à i'encontre des monarchistes aussi bien que des anarchistes.

— Tout bonnement nous en ferons un suprême tribunal arbitral, auquel en devront appeler le pouvoir exécutif ou la Chambre des représentants du peuple ; toutes les fois que l'un ou l'autre ne pourra tolérer davantage les mauvais errements de son antagoniste.

Un tribunal arbitral suprême ! c'est-à-dire

une assemblée qui (fonctionnant politiquement, en ces seules et toutes expresses occasions) devra, sans désemparer, nommer une dictature provisoire ; suspendre les fonctions du plaignant aussi bien que de l'accusé ; juger leur conflit; destituer le coupable; le punir, s'il y a lieu, afin qu'il soit bien avéré que le titre de représentant du peuple inviolable ne confère pas plus l'impunité que celui de chef responsable du pouvoir exécutif ; et proclamant, le plus vite possible, son jugement, inviter, par cela môme, les électeurs à réparer le plus vite possible aussi leur mauvais choix.

Soit, direz-vous, voilà bien pour les deux premiers buts ; mais pour le troisième ?

— Pour le troisième ; c'esl-à-dire, pour soustraire toute personne (comme toute corporation ou localité, grande ou petite) à n'importe quelle pression politique illégale ; nous ferons de ce même grand pouvoir national un équitable conseil d'Etat; chose qui jamais ne fut et jamais ne sera, tant que les membres de ce corps (qui, somme toute, ne sont que des juges), seront ce que, toujours, ils furent jusqu'à présent : des individus juges et parties, tout ensemble.

Je dis : juges et parties tout ensemble; parce que fatalement partie l'on est, quand on doit

sa position à l'un des deux plaideurs et que, de lui seul, dépend l'amélioration qu'on peut attendre à son sort.

Quant au quatrième but à atteindre, celui de tous le plus utile, suivant moi ; nous y parviendrons en faisant, de ce même grand pouvoir national, de véritables Elals généranx du travail.

De véritables Etats généraux du travail ! ou mieux, une convention industrielle et libérale qui devra s'empresser d'organiser, salariellement et moralement, notre monde travailleur enfin politiquement libre : comme son homonyme de 1792 organisa, civilement et civiquement, ce même monde encore sujet ; pour que, précisément, il devînt politiquement libre, tant intra qu.'extra~7iationaleme7it.

J'insiste sur ces mots: politiquement libre, tant intra q\x exlra-nationalement ; parce que, suivant moi (pour un féodal protestant, qui fait des princes , des rois et des empereurs ici pendant qu'il en défait là-bas).

La force prime le droit, veut très-catégoriquement dire : Dieu, Illonarchie et Logique de l'ordre, partout ; Humanité, République et Lofjiquede l'offre, nulie part!

Je m'explique.

Messieurs... Messieurs, je suis si fatigué... qu'en vérité j'ai besoin de quelques instants de repos.

Accordé, accordé, crie-t-on de toutes parts ; et chacun de se précipiter vers la porte.

Lucifer et moi, nous faisons comme tout le monde.

Mais voilà qu'une fois dehors, on nons pose une première question, puis une seconde, puis une troisième, une autre encore et ainsi de suite.

Nous répondons ; le temps passe ; maître A-\-B reprend la parole, et nous manquons les premières phrases de la reprise de son discours.

En voici la fin :

Comment lo suffrage universel peut, on se conseillant luimême, constituer le pouvoir spirituel, consultatif ou général do la nation.

.,. Ainsi deux civilisations : celle de

l'absolutisme politique et religieux, que soutiennent, sans trop oser l'avouer, tous les gouvernements qui s'efforcent ^ par la violence et par le mensonge) de maintenir encore leurs sujets ou administrés au point de vue d'une activité nationale conquérante ; et celle du relativisme temporel et spirituel (humanitaire et libéral; dont se montrent, de plus en plus, partisans tous les peuples qui, de plus en plus, veulent être gouvernés au grand jour et ne s'enrichir que par le travail, en s'en tr'aidant les uns les autres.

Les clairvoyants, qui n'ont loi que dans la science et l'industrie, fmiront-ils par triompher des aveugles qui croient encore à la toute-puissance du sabre et de l'inspiration divine?

Oui, certainement oui ; c'est chose incontestable.

Mais ce qui est douteux, extrêmement dou-

teux, c'est que (du nouveau moyen-âge, qui menace de séparer le règne final de l'humanité de la domination, par trop prolongée, du dernier des dieux, forcément batailleurs, de notre barbarie primitive) la France, une fois de plus transformée, sorte aussi vivante et aussi vivace qu'elle l'était, après l'abominable tourmente qui marqua le passage du paganisme au christianisme.

Je dis : douteux, extrêmement douteux , parce qu'évidemment tout ce qu'il y a de gouvernements étrangers, pouvant influencer le nôtre, plus tout ce qu'il y a de théophiles, sincères ou non, plus encore tout ce qu'il y a de sceptiques, redoutant d'être dérangés, est en train (par intérêt, bêtise ou paresse) de s'ameuter, une fois de plus, contre notre malheureux pays; parce qu'une fois de plus sa position géographique et son passé historique lui donnent à défendre un nouvel avenir humain.

Eh bien ! De ce que nous sommes seuls contre tous, comme en 1702, et de ce que nous sommes, comme en 1792, insultés par tous, en notre double quahté de républicains et de vaincus; s'ensuit-il que nous devions, ainsi que des Allemands, courber la iètG sous le césarisme prussien ; mentir, pour la quatrième

fois, à notre philantropliiqiie mission : pour la quatrième fois, déserter la Sainte cause du peuple et des peuples ; et, pour la cinquième fois, car ce ne serait plus la quatrième, nous

rejeter en monarchie ; quitte ! sous prétexte

de respirer un peu, quitte (dans sept ou huit ans au plus, car l'histoire marche vite, par le temps qui court) à retomber, encore plus ruinés et plus méprisés que jamais, en République pour la quatrième fois, sinon pour la cinquième ?

Non, mille fois non, nous ne devons pas agir ainsi î

Non ! car il est plus digne de mourir en combattant (ou, tout au moins, se débattant) que de prolonger, à force de rachats et de lâchetés diplomatiques, une vie de jouisseurs, que, par dégoût, on tranchera, le jour où l'on ne vous croira plus volables.

Donc, puisqu'un second manifeste à la Brunswick, doublé d'une seconde coalition, triplée d'une troisième invasion (autant que manifeste, coalition et invasion on ose faire et soutenir, à l'âge de civilisation où nous sommes) • nous ont remis en même situation que nos glorieux grands pères de 92; faisons comme eux !

Faisons comme eux ! C'est-à-dire, sauvons-

nous socialement y d'abord à l'intérieur ^ au moyen d'une convention industrielle et libérale ; comme politiquement, ils se sauvèrent, d'abord à l'intérieur^ au moyen d'une Convention militante et.... révolutionnaire beaucoup plus que républicaine, malheureusement pour eux et pour nous.

Militante et révolutionnaire beaucoup plus que républicaine, malheureusement pour eux et pour nous, voulant dire qu'avec des hommes comme Danton, Condorcet, Lavoisier, les deux Merlin, Philippeaux, Gambon, Garnot et tant d'autres, la République eût été fondée pour toujours ; si (pour déterminer l'union de tous ses partisans, première condition de son triomphe) on avait pu employer une bonne doctrine sociale, au lieu et place de la violence :

Et nous sauver socialement, d'abord à l'intérieur, signifiant que notre malheureux pays ne pourra rien, absolument rien pour lui-même, et, partant, rien, absolument rien pour les autres; tant qu'au lieu de recouvrer ses forces, par la conciliation et la réconciliation de ses trois sortes de travailleurs, il restera au contraire (grâce â leurs mutuelles inimitiés ainsi qu'à leurs doctrines plus que fausses) affaibh, par la permanente perspective d'une guerre civile de prolétariat à bourgeoisie.

Convoquer une Convention industrielle et li' bérale ou, si le mot vous fait peur, des Etats généraux du travail qui soient (à la France d'aujourd'hui, en pleine parturition socialiste), ce que fut (à la France d'il y a quatre-vingts ans, en plein enfantement civil et civique) la Convention politique et militante, qui rendit nos pères citoyens ; tel est donc notre plus impérieux devoir.

Eh bien, comment composer une Chambre capable de résoudre enfin cette fameuse question des travailleurs modernes Question si

petite, en 89, qu'on ne vit même pas son germe, dans les débris de la maison Réveillon ; et si grosse, actuellement, qu'elle vaut à la France la haine de tous les gouvernements d'Europe et d'Amérique, attisés par la haine de tout ce que la mauvaise bourgeosie de ces deux continents renferme de financiers, d'agioteurs et de tripoteurs aussi insatiables que jouisseurs... comment, dis-je, composer une pareille Chambre?

En peuplant, toutbonnemment, ce troisième pouvoir national d'hommes en parfaite harmonie d'origine avec son double qualificatif; en n'y envoyant que des savants, des patrons et des ouvriers, n'ayant jamais produit et voulu produire qu'en dehors de toute espèce de monopole.

Soit, (lirez-vous, mais encore une fois, comment ferez-voiis pour bien connaître et, partant, bien ciioisir ces penseurs, administrateurs et réalisateurs, si jaloux de leur indépendance.

Nous irons, tout simplement, les chercher où ils sont: dans leurs corporations respectives. Autrement dit, nous ferons voter, non plus par circonscriptions territoriales, grandes ou petites, mais bel et bien, par catégories professionnelles ; après (cela va sans dire)

après mûre et préalable délibération des hommes proclamés, par leurs collaborateurs ou collègues, comme les plus remarquables savants, administrateurs ou maîtres ès-arts de leur partie.

Donc c'est à peu près, en ces termes, que nous devrons terminer notre future Constitution.

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