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Le XVI siècle et les Valois, d'après les documents inédits du British Museum et du Record office

A diverses époques, le Gouvernement français a jugé utile de "^ faire faire des recherches dans les diverses collections de TAngle- - l^ terre pour y découvrir et copier les documents qui se rattachent I It à notre propre histoire.

La plus ancienne de ces missions comme date et la plus im-

^ portante sans contredit est celle qui fut confiée à M. de Brequigny

^ en 1764; il séjourna à Londres deux ans et demi, aidé des six co-

î pistes qu il avait emmenés. Les pièces historiques qu'il a rap-

^ portées ont formé la collection qui «i gardé son nom. C'est de

cette collection que M. Champollion-Figeac a tiré deux volumes

pour les Documents inédits sur l'histoire de France, Cette publication

s'est malheureusement arrêtée à l'année i5i5,

M. Francisque Michel, envoyé en i833 à Londres par M. de Salvandy, s'est livré de préférence à l'étude de l'ancienne littérature de la France. Deux rapports de lui ont paru en i833 et 1837 et fournissent de précieuses indications sur le moyen âge. Depuis il a publié successivement les chroniques anglo-normandes et la chronique des ducs de Normandie, par Benoit, trouvère du XII* siècle.

M. Uelpit, envoyé également à Londres, nous a donné le résultat de ses recherches. J'y ai relevé la mention de 5o pièces historiques relatives à Thistoire du xvi* siècle.

Tout récemment, M. Paul Meyer, si compétent pour tout ce qui tient à la philologie, a résumé, dans les Archives des missions, ses savantes et curieuses recherches*; mais il s'est renfermé dans la littérature du moyen âge.

Brequigny a pris pour point de départ Tannée 10G6, Tannée de la conquête, et s'est arrêté à Tannée 1702.

Pour ce long espace de temps, qui compi-end près de huit siècles, il a rapporté de Londres 3,127 copies.

Si nous passons aux détails, Brequigny a eniprunté à la collection dite cottonienne i,486 pièces et quelques-unes seulement à la collection harléienne.

Pour nous en tenir au xvi® siècle, sa collection se subdivise ainsi :

Pour le règne de Louis XII, de i5oo à i5i5, 60 pièces;

Pour François 1*', àbg pièces;

Pour Henri n, i5 pièces ;

Pour les trois fds de Catherine de Médicis, 358 pièces;

Enfin, pour Henri IV, de ibSg à 1600, 80 pièces.

Voilà son vrai bilan; mais, depuis la mission de Brequigny, que d'acquisitions, que de donations sont venues accroître les richesses du Briiish Muséum! C'est un terrain d'alluvion qui reçoit toujours et ne rend rien. Cet exposé m'a semblé indispensable pour dégager le passé de la tâche que j'ai à remplir, et pour bien déterminer le point de départ de mes propres recherches.

La nouvelle mission qui m'est confiée a pour but d'inventorier toutes les pièces historiques qui se rapportent à notre histoire nationale de Tannée i5oo à Tannée 1610; en d'autres termes, mon travail comprend tout le xvi" siècle et le règne entier de Henri IV.

Afin de ne pas m'exposer à copier des documents déjà recueillis par Brequigny, j'ai fait préalablement le dépouillement, pièce par pièce, de toute la partie du xvi* siècle. Mais je n'avais pas seulement à passer en revue les anciennes collections fouillées par Brequigny pour y glaner tout ce qu'il avait laissé de côté, j'avais encore à rechercher tous les documents que le Briiish Muséum

* Voir l. IV dos Archives des missions, a* sëiir.

a pu acquérir depuis Brequigny, ou qui lui sont venus par des donations; puis enfin j'avais à faire ie dépouillement d'une collection plus importante, restée en dehors des précédentes recherches, je veux parier de celle des State papers; elle doit sa création à la reine Elisabeth qui y a réuni tous les papiers d'Etat du règne de Henri VIII. Cette immense collection ne remonte pas au delà de Tannée i5oo, et se subdivise ainsi :

Domestic, c est-à-dire tout ce qui regarde spécialement l'Angleterre, embrassant la politique et l'administration intérieure du pays;

Foreign, c'est-à-dire tout ce qui concerne les pays étrangers, avec des subdivisions pour chaque Etat.

Dans la période qui s'étend de i5oo à 1600, la France, à elle seule, compte cent trente -quatre volumes in-folio de 5oo à 1 ,000 pages.

Le premier volume ne remonte pas au delà de l'année iS^y.

Le second commence avec l'année i528.

Sept volumes sont consacrés à la fin du règne de François I" ; sept autres au règne de Henri II.

Les règnes de François II, de Charles IX et de Henri III remplissent à eux seuls quatre-vingt-trois volumes ; c'est l'histoire détaillée de nos troubles civils et de nos guerres religieuses.

Enfin , trente volumes sont consacrés au règne de Henri IV, de 1689 à l'année 1600.

A côté de la collection spéciale à la France, il y a celle de chacun des pays voisins; l'on peut y puiser des matériaux pour notre propre histoire, au xvi* siècle.

L'Ecosse, dont les destinées ont été si longtemps liées aux nôtres, compte soixante-six volumes, rien que pour le xvi* siècle;

L'Espagne, pour cette même époque, trente-cinq volumes;

Le Portugal, trois volumes, de 1622 à i56o;

Les Flandres, trente-cinq volumes;

Venise, deux volumes à partir de 1487;

La Suisse, un seul volume, de i5/i4 à i6i6;

La Savoie, un volume;

La Russie, deux volumes; . La Suède, deux volumes, mais seulement à partir de l'année i536;

La Prusse, un volume.

^i du xvi* siècle je passe au xvii% le nombre des volumes augmente encore. De Tannée 1600 l\ Tannée 168S, j'en ai compté cent soixante- treize, rien que pour la France.

Durant de longues années, il n'était pas permis de faire des recherches dans la collection des State papers; aujourd'hui cette interdiction est levée et une vaste salle mise à la disposition des travailleurs.

C'est à la bienveillance de lord Russel que je dois la communication de tous les papiers d'État relatifs à la France. On a fait plus pour moi, on m'a autorisé à travailler dans le propre cabinet de M. Hamilton, employé supérieur des archives, auquel on doit la publication des papiers d'État de Tlrlande; c'était une bonne fortune, car il m'a aidé de son expérience et de ses conseils.

En Angleterre, les révolutions n'ont pas, comme en France, dispersé les archives. Tout a été religieusement conservé, et grâce à cette division par État et par ordre chronologique, on peut suivre pas à pas, jour par jour, la marche des événements'.

Voici d'abord un certain nombre de lettres de Louis XII adressées à Isabelle de Castille et à Ferdinand d'Aragon.

(11 avril 1498.) Louis XII annonce à Isabelle, reine de Castille, la mort du roi Charles VIII, décédé samedi dernier, vers une heure du soir (écrit à Escures) 2.

Dans une lettre datée du 23 février 1 5oo, il avertit Ferdinand , roi d'Aragon, qu'il a appris, par le sieur de la Guiche, la maladie de la reine Isabelle et sa guérison. Il le remercie de ce qu'il a écrit à ceux de Gênes. — Il espère bientôt les réduire à Tobéissance. — Il lui demande la délivrance des pauvres prisonniers français retenus en ses galères ^.

(Grenoble, avril i5oo.) Il annonce au roi Ferdinand Tarrivée de Tévêque de Pamiers qu'il envoie pour certaines affaires de son neveu le duc de Nemours *.

■' Depuis mon travail commencé, celte division si simple, si favorable aux recherches, a étë remplacée par une autre classification. On a réuni par règne tous les papiers d'Etat, à leur date et sans distinction de provenance. Désormais, les recherches spéciales exigeront une grande perte de temps et offriront de grandes difficultés.

* British Muséum. Collection Egerton, vol. 7^3, fol. 8. (Original signé.)

* Il>id. fol. 9. (Original signé.)

* Ihid. fol. 18. (Original signé.)

(iVlIlan, 4 mai looo.) 11 fait part au roi Ferdinand de ses bons succès contre les Vénitiens ^

(Milan, lo juillet i5oo.) Il écrit au roi Ferdinand pour réclamer un galion appartenant au bâtard de Savoie, et dont il exige la restitution ^.

(Blois, 19 septembre i5o6.) 11 recommande au roi Ferdinand le comte de Canopse '.

(i3 septembre i5io.) Il fait entendre par son ambassadeur ses intentions au roi d'Aragon et, « quoy qu'on luy aye dict, il espère vt attend de luy ayde et amitié, comme d'ung frère loyal on doibt attendre *. »

Passons en revue une série de lettres de Louis XII sans date, mais toutes écrites de Blois :

(21 septembre.) Il remercie le roi Ferdinand de vouloir restituer à la famille CaraOa ses biens, châteaux et seigneuries au royaume de Naples *.

Nous donnons en entier la lettre suivante :

Trés-hault et trés-excelient prince,

Nostre très-cher et trésamé frère, cousin et allié, Fernand par la grâce de Dieu roy d*Aragon , des deux Siciles et de Jérusalem , Loys par icelle inesnie grâce roy de France, duc de Milan, seigneur de Gennes, par le gentilhomme vostre faulconnier porteur de ceste , avons receu les lectres <|ue vous avez escriptes , ensemble le beau faulcon blanc que par luy nous avez envoyé ; de quoy tant et si affectueusement que faire pouvons vous remercions, car ce nous a esté et est singulièrement plaisant tant par la beauté et estrangeté du dict faulcon, que aussy il nous vient de vous et de vostre main; vous priant au surplus nous escripre et faire sçavoir s*il y a chose en nostre royaulmc où vous prinsiez plaisir; priant Dieu , nostre trés-clier et trés-amé frère cl cousin et allié, qu il vous veuille tenir en sa Irés-saincte et digne garde.

Itlscript à Bloys, le xxvi' jour de septembre.

Vostre bon frère ,

Loys.

HoBKnTËT *.

' Colleclioii Egcrion, vol. 7'|3. v

* Ibid.

* Ibid.

" Ibid. fol iT).

(Blois, 2 3 février.) Il prie le roi Ferdinand de restituer à Sébastien Riz, fils de Michel Riz, maître des requêtes de son hôtel, ce qui lui appartient du chef de son père , au royaume de Naples ^

(Blois, 28 août.) II recommande au roi Ferdinand le sieur don Pedro, fils de la comtesse de Saluées, pour lequel la reine avait envoyé devers lui le sieur d'Oigny, et le prie de le pourvoir d'un bon évêché en Castille ^.

(Paris, 28 mars.) Il écrit au roi Ferdinand à loccasion du mariage de la princesse de Falcone et de son cousin , son grand ccuyer; il le prie de parachever le plus tôt possible le mariage'.

(Plessis -lès-Tours-, 27 juillet.) Il demande au roi d'Aragon la libre vente des draps qui se font en Languedoc et ailleurs en France, en considération de ce qu'il a accordé la même franchise à ceux de Perpignan ^.

Citons encore trois dernières lettres de Louis XII à Ferdinand d'Aragon (toutes trois sont autographes).

— Il lui envoie Estienne Petit, trésorier de son épargne, et le prie de le croire entièrement^.

— Il a reçu ses lettres écrites de Sal^manque ; il le remercie bien fort des grandes offres qu'il lui fait et le prie de demeurer toujours en ce bon propos.

— Il a connu par ses lettres son bon vouloir; il Fen remercie, promet la réciprocité et charge Tévêque d'Albi de le lui dire.

Viennent ensuite des lettres adressées par Louis XII à Charles d'Amboise, maréchal et amiral de France, son lieutenant général par delà les monts.

(Blois, 5 juillet lôog.) Le roi lui donne avis que l'empereur Maximilien lui demande à emprunter 5o,ooo écus, lui promettant pour garantie de remettre en ses mains le château de Vérone. Il prie M. de Chaumont de surveiller de près cette affaire, et se plaint de ce qu'on lui emprunte toujours de l'argent^.

(Blois, 18 juillet iSog.) Le roi renouvelle ses recommanda*

' Collection Egerlon, vol. 743. (Original signé.)

* Ibid. (Original signé.) C'est la souche des Faucons de Ris qui onl donné trois présidents au parlement de Normandie.

^ Collection Egerton, vol. 743, fol. 19. (Original signé.)

* Ibid. fol, 23. (Original signé.)

* Ibid. fol. 23. (Original signé.)

* Ibid. vol. 21,206.

lions au sieur de Chautnonl; il leiigage à vivre du mieux qu'il pourra avec les gens de l'empereur, et à se méfier des pratiques et de la malveillance du pape Jules II qui t est délibéré de lui faire le plus de mat possible ^. >

L année suivante, nouvelle lettre de Louis XII à M. de Cbaumont :

Il lui écrit de Blois (8 février) de bien se garder de se laisser amuser par des pourparlers de la part de Tennemi; il Texhorte à surveiller les entreprises du pape et des Vénitiens, « vous advisant , ajoute-t-il, que si vous pouvez rebouter le pape et gaagner la réputation sur luy, il ne fera de ceste année chose qui vaille^. »

Voici maintenant quelques lettres d'Anne de Beaujeu, la fille <le Louis XI :

(Montbason, 22 mars 1490.) Elle écrit à la reine de Castille c|u'eile espère une bonne paix par le moyen de l'ambassadeur qui lui a remis ses lettres; elle s'y emploiera de son mieux'.

(Bourges, 21 avril 1490.) Elle recommande au roi d'Aragon le sieur d'Avaugour, afin qu'il soit mis en possession de terres et de seigneuries à lui léguées dans le royaume de Naples.

(i5oo.) Expédition par la chambre des comptes de Moulins des lettres par lesquelles Anne de France, duchesse du Bourboniiois et d'Auvergne, entend parachever l'hôpital Saint-Gilles commencé par le duc, son époux, dans le faubourg de Moulins dit le faubourg d'Allier; le pape a concédé plusieurs pardons à ceux qui le visiteront ou lui donneront de leurs biens; Anne de Beaujeu aumône 5o livres tournois de rente au dit hôpital, laquelle rente sera remise entre les mains des maîtres de la confrérie établie au dit Hôtel-Dieu, et appelée la confrérie de charité*.

Brequigny a peu laissé derrière lui pour le règne de François I''; mais il nous reste la ressource de faire quelques emprunts à la collection Egerton.

(8 juin 102 1.) Lettre du sieur Aspanos à François I"; il lui rend compte des opérations faites devant la ville de la Corogne; il ne peut lui donner des nouvelles de Perpignan *.

' Collection Egerlori, vol. a4«2o6.

* Ihid. vol. 7A3, fol. 25.

* Ibid. vol, 743, fol. 35.

* Ibid. vol. i5,fol. io3.

* Ibid. vol. 26,512. (OrigiiMil signe.)

(Rome, 20 juin i52i.) Lettre du sieur de Carpy; il engage François P*^ à envoyer sur-le-champ un homme exprès à i assemblée qui se fait à Calais. Le saint-père est tout plein d'ennui, les affaires du roi sont vues du meilleur œil ^

Lettre de Charles d'Orléans et de sa sœur Madeleine au grand maître, M. de Montmorency, pour lui recommander Laure Tabourin de la feue reine, oublié en TÉtat : il leur apprend à danser, et n'a jamais si bien dansé qu'il a fait depuis trois jours; il est bon homme et prend beaucoup de peine pour leur donner plaisir. « Le bailly a dict que vous envoyez de l'argent pour avoir des habillemens, ne l'obliez pas, car nous en avons bien besoing. Le bailly de Troyes m'a dict que le roy demandoit s'il y avoit des raisins à Bloys que les luy envoie.

« Vos bons mary et femime,

« Charles, Magdklene^. »

(i525.} Lettre de Louise de Savoie à Charles-Quint, écrite peu de jours après la bataille de Pavie :

Après avoir entendu la fortune du roi, son fils, elle a loué Dieu de ce qu'il est tombé en mains du prince de ce monde où elle laime le mieux, « espérant, ajoute-t-elle, que vostre grandeur ne vous fera point oublier la prochaineté du sang entre luy et vous *. »

(Greenwich, 29 avril iSSy.) Lettre du cardinal Wolsey au grand maître, M. de Montmorency; il a parlé au roi d'Angleterre de ses pensions et de celles de l'amiral; il l'engage à avoir patience *.

(Yerre-le-Cbasteau, 3o juin i544.) Lettre de François P' à M. de Matignon; il l'engage à faire publier dans le pays de Normandie les provisions octroyées pour lirer vins et autres vivres hors du royaume *.

(1544.) Lettre d'Éléonore, reine de France, à François P'; elle lui mande que Charles-Quint a témoigné contentement de ce qu'il voulait demeurer en amitié avec lui; il l'assure de sa réciprocité,

* Alberto Pio, comte de Carpy, ambassadeur de l'empereur Maximilien à la cour de Rome.

* Coileclion Egerton, Miscell. Lelters, vol. 10, fol. 53. (Original signé.) ■^ Collection Ëgerton , vol. 18,74 •■ (Autographe.)

* Ihid. vol. 12. (Autographe.) » Ibid, vol. 5, fol. 1.

et qu'il procurera amitié entre le roi cVAngleterre et lui. Il saura rintention de l'empereur touchant le mariage de M. d'Orléans, son fils, et fera tout ce qu'il pourra pour son service ^

(Worms, le 29 juillet i545.) Lettre de Charles-Quint à François I".

Très-cher et bien amé cousin et allié.

Nous avons receu vos lettres par le premier président de Rouen et entendu ce qu'il nous a dit de vostre part touchant les affaires de nos cousins et cousine les sieurs et dame d'Allehrecht (Âlbret), et retournant devers vous , n*avons voulu délaisser vous respondre ces deux motz et certifier comme pour vostre respect et f amitié que nous desirons tenir avec nos ditz cousins et cousine ensuivrons ce que nous luy avons dit.

Charles.

Nous sommes amené, par cette lettre de Charles-Quint, à parler de Marguerite d'Angouléme : dès qu'il s'agit d'elle, la curiosité s'éveille, recueille avidement tout ce qui peut éclairer sa vie; il n'y a pas de miette à dédaigner quand il s'agit d'une pareille femme, l'ange gardien, la bonne pensée du roi son frère.

C'est une bonne fortune de pouvoir donner ici quelques lettres de cette princesse, qui viendront se joindre à celles que M. Génin a publiées pour la Société de l'histoire de France.

La première est datée du i5 mai 1628 et adressée au cardinal Wolsey.

Monsieur mon bon frère ,

La bonne lectre que vous m'avez escripte me donne occasion de penser que les miennes ne vous sont desplaisantes, qui me fera par elles continuer me ramentavoîr et recommander à vostre bonne grâce comme à celluy que je tiens le vray moyen du bien de toute la chrestienté et le seur lien de Tamitié des deux princes du monde où elle est plus nécessaire pour la conserver; de quoy, suis seure, n'avez besoing d'estro incité , mais loué des effclz dont vous rendez obligés tous ceux de ceste maison dont le sieur de Moreth vous dira toutes nouvelles qui me gardera; remettant le tout sur luy, vous en faire redictc, sinon (|ue Madame * m'a commande ne craindre point h vous cscripre que je suis

* Collection Egerlon, vol. 21,^0^. ( Aulofjraplir.)

* Louise flr Savoir , sa nitrc.

grosse de quatre mois, ce que je n ose croire; luais si Dieu me fait tant de grâce d'avoir un filz, ce sera pour perpétuer raflfection du roy de Navarre et de moy devers vous, car après ma mort je Tauray héritier de famour et obligeance que au roy vostre maistre et à vous porte. La plus que toute vostre Lonne sœur et fille,

Marguerite ^

Monsieur de Matignon ,

J*ay entendu que madame de Laroche est allée vous voir pour mettre fin à ses affaires , et vous prieray me faire ce plaisir de l'en bientost mettre hors, luy servant de mary et de père, en sorte qu'elle n'ait affaire qui l'empesche et retarde de venir par devers moy, quant je la manderay ; ce que je espère faire bientost, car je Tay retenue pour Tune de mes saiges femmes. Je suis asseurée que cesle miraculeuse nouvelle vous sera bien agréable comme à celuy que je scay participera de l'ayse de tous mes bons amys, et, en ce bon endroict, je prieray Nostre Seigneur, Monsieur de Matignon, vous donner le parfaict contentement que vous veudrois désirer.

La toute vosire,

Marguerite *.

Mademoiselle de Caulmont ma myc.

Je ne vous sçaurois dire Tennuy (^i6 j'ay de la paresse de M. de Jarnac et de la longueur qu'il vous tient en ce mariage qui seroit juste occasion de le rompre, si n'esloit que je suis seure que à grant poyne trouveriezvous jamais belle fille qui vous soit si obéissante ni tant plus selon vostre esprit et de M. de Caulmont vostre filz que vous sera, car je croy que Dieu l'a faite pour vous deux; par quoy, mademoiselle de Caulmont, puisque les choses en sont si avant, je vous vouldrois bien prier et conseiller comme la meilleure auiye que vous aurez jamais de vouloir encores attendre pour ung mois seulement , car, à ce que j'ay entendu , M. de Jarnac aura bien trouvé dedans le dit temps l'argent de son premier payement. Je lui escripts une lettre en laquelle je lui déclare que si dedans le temps il voit qu'il ne puisse faire son argent, que je vous conseille dés à présent prendre party ailleurs, car je suis seure que sans le retardement que je vous ay donné, M. de Caulmont fust maintenant marié. J'espère avoir bientost sa response si , dedans le dit temps , il pourra faire son argent ou non , et s'il me respond qu'il ne le peull faire, je vous

' Ikilish Miiscum; Cotonn. Vcspas. F. vol. i 1 1, foi. 27. ( Aulograplic.) * Collrclion Kfijcrlon, \ol. 9.

donneray a cognoistre que je n ay point chaume (cessé) de penser pour vous et M. de Caulmont, lequel ne pourra faillir d^avoir fenime qui soit agréable à vous et à luy. Il est vray, si cellui-cy se peult faire, je pense que ce seroit encore celuy qui vous donnera le plus de contentement, qui Die fera encores vous prier vouloir attendre pour ung mois dedans lequel nous aurons la response de M. de Jamac, et je suis seure avec Taide de Nostre Seigneur que vous trouverez le conseil que je vous donne estre venu de celle qui vous sera à jamais Vostre meilleure amye ,

Marguerite \

Mademoiselle de Caulmont,

Le juge maige de Perigueuxest porteur de la présente; il n'est besoing que je la face plus longue que vous prier le vouloir croire de ce qu il vous dira de par moy, et vous tient toute asseurée qu il Q*adjoutera ni diminuera rien en ce que je Tay chargé de vous dire, et quant il iroit pour ung affaire, qui me porleroit de tout mon bien, je ne vouldrois lui donner lettre, sinon pour le faire croire, car je me fie (otalement en luy ; mais pour ce qu il est impossible que Ton sceut assez dire Taffection que j*ay en Taffaire dont il vous parlera, je metlray ici que jamais je nauray patience jusqu'à ce qu il soit accomply, et ne penseray point estre aymée de ceulx à qui il tiendra , qui sera Tendroit où , suppliant le Créateur, mademoiselle de Caulmont, vous donner sa tréssainle grâce. Escriptau Mont-de-Marsan, le xvii* jour d*aoust.

Vostre bonne amye,

Marguerite *.

Mademoiselle de Caulmont,

Sans Tesperance que j'ay d'aller faire Noei au Mont-de-Marsan, où le roy de Navarre avoit envie de me mener, et n'attendre de jour en jour que le beau temps pour me faire partir, j'eusse bien voulu , pour l'envie que j'ay de vous voir, que vous eussiez fait la fesie en cette compagnie ; mais le temps a esté si maulvais que je n*ay sceu partir, et si eusse bien craint de vous faire mettre par les chemins , qui sont fort mal aisés et dangereulx. Ce printemps, il fera beau aller, et je espère que nous aurons occasion de nous veoir, car si la feste de vostre filz se fait , comme les propos qui sont convenus m'en donnent bonne espérance, je ne permettray que toutes les bonnes chères se facent sans moy. Vous verrez, par les lettres de madame la scncschale, ce que luy en n esté

^ Collection Egerton, Lett. and, papers, vol. 9.

* Collection Egerton, Mise. IjcU. and papers, vol. 9, fol. 92.

cscript, qui me semble estre si bon commencement, que la fin ne peul prendre que bonne issue; et vous asseure , mademoiselle de Caulmont, que c'est une chose que je désire bien , ainsi que vous dira le porteur que je vous envoie pour vous dire de mes nouvelles et me rapporter des vostres , qui ne seront jamais meilleures que pour vous et vos enfans de tout mon cœur le désire.

La loute voslre,

Mahcderite^

Passons à Henri II : Brequigny, nous Tavons dit tout d'abord, n'a rapporté de Londres que quinze pièces historiqoes pour un règne de douze ans, durant lequel la couronne d'Angleterre a passé successivement d'Edouard VI à Marie Tudor, et de Marie à Elisabeth; nous allons tenter d'y suppléer, en nous aidant des dépêches des ambassadeurs anglais.

La chasse était la grande occupation de Henri II; la cour menait cette vie errante dont les ambassadeurs vénitiens se plaignent déjà du temps de François P'. Sir John Masone, l'ambassadeur d'Angleterre, renouvelle les mêmes plaintes : ia chasse lui fait perdre ses jours d'audience; il est réduit à suivre le roi de château en château, de forêt en forêt; il trouve pourtant le temps de recueillir les nouvelles du jour. Chemin faisant, il nous raconte les couches de lady Fleming, qui, un instant, disputa Henri II à Diane de Poitiers; puis le renvoi de la mère et de l'enfant en Ecosse. Sir John Masone était du voyage de Rouen, en i55o, lorsque Henri II y fit son entrée ; il nous en décrit les magnificences, et surtout il n'oublie pas de mentionner les honneurs rendus à la reine d'Ecosse, Marie de Guise, venue en France à cette même époque.

L'année suivante, le marquis de Northamp ton , envoyé extraordinaire d'Edouard VI , vînt trouver Henri II en Bretagne ; mais auparavant il fut invité à visiter les enfants de France à Blois. Dans une lettre au conseil d'Angleterre, il raconte cette visite : des chevaux lui ont été envoyés pour lui et sa suite; on l'a conduit au château où il a été reçu en grande cérémonie par le gouverneur; puis on Ta amené en présence du dauphin; celui-ci l'a embrassé ; il a été également embrassé par le duc d'Orléans et les deux jeunes princesses ses sœurs. Ravi de. cet accueil, il ne

^ Colleclioa E^rrlon, >ol. 9, fol. 33. (Original signo-)

|)eul s'empêcher de dire qu'il n'a rien vu de plus aimable que cette jeune cour.

C'est a Anet, la résidence de la duchesse de Valentinois, que se traitaient toutes les aHaires d'Etat.

Dans le mois de mars i553, sir William Pickering y fut reçu par Henri II; il venait offrir la médiation d'Edouard VI entre la France et l'empereur. La réception officielle terminée, il fut conduit dans une splendide galerie, où Diane de Poitiers avait fait préparer une collation; puis la favorite le promena partout, lui montrant avec orgueil les magnificences de cette somptueuse demeure, dont, selon lui, il est impossible de se faire une idée. Nous le croyons sans peine, puisque l'enchanteur était Philibert de l'Orme.

C'est ici que viennent naturellement se placer toutes les lettres de la duchesse de Valentinois. Quelques-unes appartiennent au règne de Charles IX ; mais il vaut mieux publier cette correspondance d'ensemble. Aux lettres que possède le British Muséum, nous joindrons celles que nous avons recueillies dans les archives de Modcne ^

Nous commençons cette nouvelle série par une lettre écrite par Diane de Poitiers à l'un de ses hommes d'affaires, nommé Hautemont; cette lettre fera bien ressortir ce qu'il y avait d'âpre avidité dans cette femme, qui considéra toujours sa beauté comme un capital dont elle fit un placement à long terme. Placées presque en regard des lettres de Marguerite d'Angoulême, les lettres de Diane de Poitiers n'en feront que plus contraste comme sécheresse et froideur de cœur. -

Jehan Hautement,

J'ay receu fargent que Catherine et vous m*ayez envoie ; mettez peync de vostre coiistéde mes autres revenuz, car décelai que m'avez envoie, f en devois la plus grande partie, ainsi que pouvez venir par le mémoire que je vous envoyé. Au detnourant, je suis bien ayse de ce que tout mon mesnage se porte bien ; faites bien le tout mettre en ordre , car j'ay espérance que je iray faire ung voyage ce mois-ci à Ennet; aultrement ne fauldrez d'aller jusqu'à Paris sçavoir comme mes affaires qui sont là se portent; sçachez si l'honime que sçavez est à son affaire, et me mandez à

* Aucune de ces lettres n'a pris place dans le recueil si curieux des Lettres Je Diane de Poitiers, récemment publie par M. Guiffirey.

quoy faitsoings, sans faire semblant que je m'en enquiers. Mandez-moy aussy quel bien il peut avoir et ne faites semblant à personne aa monde da don que le roy m'afaicL Mandez le plustosl que vous pourrez response de ce que je vous mande à motz couverts par la poste ; mais faites diligence et me mandez nouvelles de tous nos autres afiaires, priant Dieu vous donner ce que desirez. De Cbenonceau , ce xxir septembre. La toute vostre ,

DiANNE de Poy tiers *.

X MONSIEUR LE DUC DE FERBARE

Monsieur,

La suffisance de ce porteur me gardera de vous escrire aullres nouvelles , si n'est que je suys bien fort ayse de ce que j'ay veu que vos afieres se portent beaucoup myeulx qu elles ne faisoient cy devant , et vous peus asseurer, Monsieur, que ce ne sera jamés si bien que je le souhaitte, et quen ce que je cognoitray toucher voslre service, je m'y employeray de byen bon cueur, et corne vous cognoytrés par effet quant il vous plera me fere cest honeur. Sur ce , je presenteray mes très humbles recomendacions à voslre bonne grâce, prjant Dieu, Monsieur, vous doner une santé bone et longue vye.

Votre trés-humble et trés-obeissante,

Dyanne de Poy tiers *.

À MONSIEUR LE DUC DE FERRARE

Monsieur,

Je receu les letres qu'il vous a pieu m' escrire, et antandu par ycelle tant de bone volunté que me portés, que je ne saurés assés heumblement remertier, et inesmes de ce que monsieur vostre ambassadeur m'a fet aniandre. Je vous suplye de croire que les choses que vous loucheront , je me tiendré heureuse de vous povoir fere servisse ; et pour ce , Monsieur, que vous anianderés par monsieur le cardinal de Lorraine de la bonne volunté du roy, je ne vous en feré longue leire, si n'est vous presanter mes heumbles recomandacions à vostre bonne grasse, comme selle que veult demeurer,

Vo're heumble à vous fere servisse ,

DiANNE de Poytiers\

* Brilish Muséum. Collection Egerton. (Original signé.)

* Archives de Mod^n^.

« ïbid.

A MONSIEUR LB DUC DE FERRARE

Monsieur,

Je n'ay point voullu perdre roccasiou de ceste despesche sans raccompagner de ceste présente pour vous remercier toujours , Monsieur, de la bonne souvenance quil vous plaist avoir de moy, me faisant part, par toutes les despesches que vous faites par de çà, de vos bonnes nouvelles; vous suppliant. Monsieur, de croyre que n'en départirez jamés à personne qui de meilleur cœur désire vous faire plaisir et service que moy.

Je ay toujours tasché et tascheray le vous monstrer plus par effect que parparoUes, me remetant du surplus à ce que vous entendrez par la despesche que présentement vous est envoyé. Je ne vous feray plus long descours que de mes humbles et affectionnés remercimens que je vous supplye. Monsieur, de recevoir dans bon cueur que je prie Dieu, Monsieur, vous donne et santé très bonne et longue vie.

Votre plus humble obéissante servante,

DiANNE de Poytiers^

À MONSIEUR LE DUC DE FERRARE

Monsieur,

Je suys byen ayse que se pourteur, quy vous rst sy bon mynystre, s'an va par devers vous pour myeux vous fere antandre la parfete bonne geryson de M. votre fys et le grant deplesir que toute sete compagnye resent de son inconvenyant; car depnys le plus grant jusque au moyndre chescun ont pourtagié grant penne et prynsipallement la magesté du roy, quy fyt byen connestre comme il eslyme, s'eytantveu la grande demontranse quy fan fyt, que sela vous fera sy vous plest pancer et croyre la fiance quy fa an vous et quy veut heuser (user] vers vous comme de personne syenne, et sy vous plest le prandre de bone part les cliouses que tous seux quy se dyse vos parans et vos serviteurs vous conseille, il me samble. Monsieur, que vou5f ne vous an Irouverés mal, comme tous vous bonsamys et servy leurs le vous conseille; et vous suplye de croyre de ma part, Monsieur, que an »e quy là touche voslre servyse , j'ay jamés fet plus que mon propre, comme vous dira si sufisant pourteur, que je vous suplye de le croire de ma part comme une des personne de ce reaume quy plus partyssype à ce quy vous touche , vous suplyant me tenyr pour

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tyclle (telle) an voslre bonne grasc.an la quelle il vous plera lenvr pour janiés ,

Votre plus lieunible à vous fere servise,

DiANNK de Poy tiers '.

A MONSIEUR LE DUC DE FERRARE

Monsieur,

Encores que je ne vous escrive souvent, je vous suplye m'estymer qu'en aucune chose j'aye jamés cliangé ne dymynué l'afection que j'ay eue et auray toute ma vye de vous fere plesyr et servysse aussy tel que à persone du monde , comme j'ay toujours dit à monsieur votre ambassadeur mesmes, dernyerement à VilliersCosteretz, quy me feit cesthoneur de me venir vysyter de voslre part, et come j*ay pryé aussy le conte Teophyle présent porteur de vous tesmoigner pour moy, lequel s'en va là pour porter ceste bonne novelle de la paix dont je m*asseure, Monsieur, que vous serez bien ayse. Je prye Dieu qu*\l la veille longtemps maintenyr au contentement de ses deux grands roys et bien universel de la crestienté, et parce que par luy vous serez averty de toutes choses je ne feray cete cy plus longue , si ce n'est de présenter mes trés-humbles recommandations à vos bonne grâces, et pryer Dieu qu'il vous donne autant de bonne vie et longue que vous en desyre celle quy demeurera cî jamais (ibSg)

Votre tréshumble et obéissante servante,

Djanne de PoytiersV

A MONSIEUR LE DUC DE FERRARE

Monsieur,

J'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escripre dont je ne vous scaurois assés humblement remercier de la bonne souvenance que avez de moy que me faictbien congnoistre que je suis en vostre bonne grâce. Ce que je désire bien fort de feire chou se que la puysse toujours mériter, que me sera chouse fort agréable, quand je auray le pouvoir ainsy que je le désire. Ce pourteur ma faict entendre votre voUunté et pouvés estre asseuré. Monsieur, que en tout ce que je vous pouray fere servise, je le feray du meilleur de mon cueur, ainsy que je vous feray toujours

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congnoistre en recepiiant quelque commandement de vous; que sera la fin, après m'cstre recommandée bien humblement à vostre bonne grâce , pryant le Créateur vous doner. Monsieur, Irés-bonne el longue vye.

A Paris, ce xxi* de juin (iSSg).

Votre byen humble à vous obéir,

DiANNE de Poyiiers*.

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