C.owcs : l;i lour du cliAlciUi du Royal Yacht SjujJron
lui d'arborer sur ses bateaux le pavillon blanc rayé de rouge de la marine anglaise, cl de pénétrer dans les bassins do la flotte. En 1883, il obtint le litre de Royal Yacht Squadron, qui lui assignait son véritable caractère d'annexé volontaire à l'armée navale, ol en 1851, pril à bail le château deC.owes. pour l'aménager à son usage. Ses progros furent rapides : il compta bientôt plus de quatre cents membres possédnnl chacun un ou plusieurs yachts.
LES YACHTS ANGLAIS
Néanmoins, pendant un quart de siècle, son existence fut purement locale. A ses yeux, le monde du sport nautique était circonscrit par la rivière de Southamplon et File de Wight. C'est là, dans le Soient, que se donnaient toutes les régates. Aussi la construction des bateaux de plaisance, tout en se perfectionnant d'année en année, restait-elle conforme aux types traditionnels qui avaient cours au commencement du siècle. Pour vivifier cet art, il fallut l'élément nouveau, inattendu, que les bateaux américains apportèrent tout à coup dans le yachting. C'est en 1851 que s'accomplit celte révolution. Elle marque dans l'histoire de la navigation de plaisance une date véritablement mémorable et ouvre une ère nouvelle, celle du yachtinginternational. On reviendra sur ce point, en contant l'histoire de la « Coupe de V America ». Bornons-nous à constater ici que la victoire imprévue de la goélette américaine eut en Europe un prodigieux retentissement. Elle galvanisa, on peut le dire, le yachting français et en même temps donna une impulsion féconde au yachting britannique. De toutes parts, on se mit à étudier les lois de la statique navale, on combina des formes nouvelles, on institua des clubs nautiques. Ce fut, dans le ciel un peu gris et monotone du yachtingprimitif, un coup de tonnerre comparable à celui de Sadowa dans l'histoire militaire de l'Europe. Et tel est le lien étroit qui rattache le yachting à la marine de guerre et de commerce, que l'influence de cet événement s'exerce encore, au moins indirectement, sur la construction des croiseurs de combat et de transport, des torpilleurs et des cuirassés.
Dès l'année suivante, des clubs nautiques se fondaient à Londres, à Kingstown, à Plymoulh et dans vingt autres ports anglais. Southsea, Douvres, Glasgow, Liverpool, Belfast, Bristol, Falmouth, Weymouth, Harwich, Birkenhead, Rolhsay, Southampton,Torquay, Bangor, Ryde, Hull, Gravesend eurent bientôt leurs régates annuelles, presque aussi illustres que celles de Cowes.
Cette jolie petite ville n'en est pas moins restée en quelque sorte « la Mecque du yachting ».
L'île de Wight est le jardin du Royaume-Uni. Ainsi que les îles
La viecque du vachting
Normandes, elle baigne clans les eaux tièdes du Gulf-Stream; son aspecl, sa flore, son climat sonl d'une terre méridionale plutôt que d'un lambeau détaché d'Albion. Une chaîne de collines qui court de l'est à l'ouest la divise en deuv. régions bien distinctes : au nord c'est encore le Hampshire, tempéré par la douceur maritime; au midi une
Carte marine de l'Ile de Wi^hl
sorte de comté de Nice britannique, bien abrite des autans el chauffant au soleil ses hautes falaises blanches. Les médecins, en hiver, y envoient leurs malades. Une jolie rivière, la Médina, descend de la chaîne centrale entre les prés Verdoyants. Un chemin de fer à trois branches relie les stations les plus notables : Ryde el Yenlnor, Sandown, Newport et Cowes, Woolton et Wippirigham, Freshwater et Yarmouth. Tous ces bourgs sont des nids de villas élagées parmi les pelouses et les buissons fleuris. Des maisonnettes de rien, par-
LES YACHTS A N G LAIS
fois (le simples gourbis de bois et de terre, mais si bien drapés de vigne vierge et de clématite, qu'on n'en voit plus qu'un toit rouge, une girouette et une baie vitrée. Çà et là un château, une ruine pittoresque, une résidence royale comme Osborne, un gouffre riant comme le Chine de Shanklin, un récif fameux comme les Needles.
Le lour de l'île en bateau à vapeur est une promenade de quatre heures (environ 65 milles marins). Quant à la traversée du Soient, qui la sépare de la grande terre, c'est l'affaire de trente minutes entre Portsmouth et Ry de, de cinquante entre Southampton et Cowes. Un brise-lames naturel dominé par Hurst-Castle protège au sud-ouest ce bras de mer contre l'Atlantique; il forme ainsi une sorte de lac maritime ou de rade extérieure en avant de Southampton, Gosport et Portsmouth d'un côté, de Yarmouth, Cowes et Ryde sur l'autre rive. C'est une nappe d'eau superbe, assez vaste pour que les vents y jouent librement, assez profonde pour que les plus gros cuirassés y puissent évoluer à l'aise et néanmoins abritée de toutes parts.
Cette nappe d'eau unit le plus beau port de guerre de la Grande- Bretagne à son plus beau port de commerce et à son île la plus charmante. La navigation de plaisance était tout indiquée dans un pareil bassin. Elle devait nécessairement y naître et n'y a pas manqué, par une application visible de la loi qui lie partout la fonction à l'organe.
De juillet à septembre, le Soient présente un spectacle merveilleux. Les plus beaux yachts de l'Angleterre, petits ou grands, s'y donnent rendez-vous. A perte de vue, sur 15 ou 20 milles carrés d'eau brillante, ce ne sont que goélettes et sloops, cotres et yawls à l'ancre ou sous voiles; et ces bateaux de tous les tonnages, de toutes les formes connues, ont, du premier jusqu'au dernier, l'aspect élégant et fin qui distingue le navire de plaisir du navire de travail. Les bordages sont fraîchement peints et relevés d'un liston d'or, les voiles sont blanches, les parquets bien lavés, les agrès neufs, les cuivres étincelants. Des femmes et des enfants en toilette prinlanière campent sur le pont parmi les sièges cannés et les lai-
LA MECQUE DO YACHTING
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nages aux couleurs vives. Des canots filent, chargés de jeunes filles et de fleurs. Des rires cristallins s'envolent sur les eaux parmi le cliquetis des goûters en pleine brise. On dirait dans le décor du siècle une Cythére moderne, une de ces Cèles galantes rêvées par Watleau, mais où les flanelles rayées et les casquettes de laine auraient pris la place des vestes de soie et des chapeaux à plumes. Mille embar-
Pointe Mid-oupst <l<> lïlr <\r Wiifhi : Tiic \Vi\//iw des Aiguillée).
cations minuscules vont cl viennent (Mitre ces salons flottants. Au mouillage on se visite, on voisine, on échange des gâteaux et des verres de vin muscat; ou bien le yacht, déployant ses ailes, prend un air de vent et court des bordées d'une rive à l'autre.
Cowes, à l'embouchure de la Médina, est le centre de ce tourbillon mondain. Ces! là que se sont établis plusieurs cercles nautiques : le Royal Yacht Squadron, le London Yacht Club, le Medina Club et autres. Les chantiers de construction les plus renommés, les ateliers de voilerie, les magasins d'approvisionnements sont, avec les hôtels et les maisons meublées, l'industrie presque exclusive du pays. On n'a pas encore mis pied à terre que les noms fameux de
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Laplhorn et cTAtkey éclatent au-dessus des toits en lettres aériennes. Aux devantures des boutiques ce ne sont que fanaux, compas de mer, baromètres, lochs brevetés, fourneaux portatifs, rouleaux de filin, engins de pêche, vareuses de laine et boîtes de conserve. Sur les quais, dans les rues étroites, à la porte des maisons, des gens de mer d'une espèce particulière, roses, bien tenus, alertes et farauds. Le long de la plage, des hôtels, des cercles, des villas meublées, Partout des mâts, des pavillons, des pavois flottant à la brise.
Un joyau, cette plage de sable fin bordée d'une pelouse en pente douce derrière laquelle s'étagent les maisons dans un fouillis de vieux arbres moussus. Nous lisons sur une pierre commémorative que la pelouse a été donnée à la ville par un bon citoyen pour le bien-être et l'agrément de ses habitants et de ses hôtes, « à condition qu'elle ne soit jamais appliquée à des usages mercenaires ». Voilà un homme qui connaissait son métier de donateur! Il savait qu'un terrain libre de bâtisses est comme le poumon d'une ville et qu'il ne faut pas y toucher quand on a le bonheur de le posséder sain. Sur son gazon frais tondu des enfants jouent, des couples flirtent, tandis qu'au loin, sur la mer bleue, les voiles des yachts s'espacent comme un vol de colombes.
A la pointe du petit cap qui sépare la ville proprement dite de la plage se dresse la Casbah de celte Mecque du yachting, son sanctuaire et son berceau, le siège social du Royal Yacht Squadron. C'est un vieux château fort bâti par Henri VIII, mais il n'en reste qu'une tour à poivrière drapée de lierre et flanquée de constructions modernes. Le rempart est maintenant un jardin en terrasse, où d'innombrables fauteuils de rotin, bien alignés, remplacent les couleuvrines; dans la fraîcheur des oubliettes, les vins du Bordelais et de la Bourgogne attendent seuls l'exécution; les corps de garde se sont transformés en officines gastronomiques, où des maîtres queux français, bardés de blanc, soutiennent, la broche au poing, l'honneur de la cuisine nationale; les casemates sont devenues des salons et bibliothèques fastueusement décorés d'aquarelles sportives et de portraits historiques.
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D'autres cercles nautiques s'égrènent le Ion 14 du quai, entre les hôtels. Ils ont aussi leur terrasse vitrée, leur jardin en pente douce, leur mât de pavillon, et surtout leur télescope. Car la grande affaire de Cowes, spécialement pendant la première quinzaine d'août, est la course à la voile qui se poursuit en mer et dont on vérifie les progrès la lorgnette aux yeux. Chaque club a son jour, ses prix, son programme illustré aux couleurs des bateaux engagés dans la course, avec le tonnage et la lettre de chaque yacht et son allégeance.
Le matin, à huit heures, pour peu qu'on s'attarde au lit, on a été réveillé par l'artillerie roulante des yachts saluant leur pavillon l'un après l'autre. A neuf heures quarante-cinq, le canon tonne sur la plage même, au pied du mal de départ. C'est le coup d'appel pour inviter les concurrents au branle-bas de bataille. Un peu plus lard le pavillon du club sera hissé pour annoncer les cinq minutes de i;race iwanl \ejlj-ing s tari, ou départ sous voiles, cl à dix heures précises un second coup donne le signal définitif. Comment ignorer ce qui se passe?... Tout le monde est aux fenêtres, aux balcons, sur le pont des bateaux; tout le monde lorgne les parlants.
Le parcours est habituellement de 25 à 40 milles, aller et retour, entre la rade et le bateau-limite qu'il faut virer après avoir doublé telle ou lelle bouée. Pour les grands prix seulement il contourne r île entière. Selon la force du vent, il peut exiger de quatre à six heures, ou davantage1, lin Ire le déjeuner et le dîner, Cowes tout entier le suit à la lunette. Au moment où le yachl qui lient la loto, loules voiles dehors, rentre et franchi! la ligne, un coup de canon appuie son arrivée. 11 en est de même pour les yachts qui suivent et parmi lesquels peut se trouver le vainqueur s'il reste dans les conditions de temps fixées par son allégeance. C'est le drame de la journée. Chacun l'a suivi avec un intérêt cpii n'a rien d'artificiel ou de morbide, car le pari, celle plaie des courses, n'est pas de mise pour les régates en mer et y reste, en tout cas, chose exceptionnelle.
Le soir on descend à terre; on se répand dans les villas et les clubs, où les dames sont admises, et qui se transforment en décamérons nautiques. Ainsi passent les jours d'août. La semaine de
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Cowes répond dans le mpnde nautique à celle d'Ascot dans le monde hippique, ou, pour mieux dire, à celle du Grand-Prix de Paris, car c'est une clôture de saison. Il y a bien encore quelques courses dans les ports voisins, mais le plus fort est fait, et la fin du mois venue, les yachts se dispersent, soit pour entreprendre quelque voyage isolé, soit pour rentrer au port d'attache.
Beaucoup ont entamé la campagne
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dès le mois de mai et suivi d'un bout à l'autre la croisière qui longe pendant l'été toute la côte sud et ouest de l'Angleterre.
Les choses sont en effet arrangées de telle façon, qu'un yacht de course puisse, durant la saison, participer à toutes les épreuves importantes. Aux premiers jours du printemps le rendez-vous est dans l'estuaire de la Tamise, vers Erith ou Gravesend. Après quelques courses organisées par les cercles nautiques de Londres, la flottille gagne l'entrée du fleuve au commencement de juin, pour suivre la première grande épreuve, sur 45 milles, entre Soulh-End et Harwich. C'est là que se montrent et se font juger les nouveaux yachts, ceux qui affichent l'intention, ou la prétention, de battre les vainqueurs de l'année précédente. Viennent ensuite les régates de Douvres, dirigées par le club des Cinq-Ports, et qui durent deux jours. Puis la flottille appareille pour l'ouest, double le Land's-End, et, par le canal Saint-Georges, remonte vers Liverpool. L'estuaire de la Mersey n'est pas précisément, avec son énorme trafic et ses violentes marées, le champ d'évolutions le plus séduisant du monde; aussi beaucoup de yachts vont-ils attendre à l'île de Man le résultat de ces régates. Deux jours plus tard ont lieu celles de Barrow, dans la baie toute voisine de Morecambe. On repart pour doubler le Mull de Galloway et pénétrer dans la Clyde. A ce moment l'été bat déjà
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son plein, et sur les eaux écossaises les nuits sont alors si claires et si courtes, qu'on se sent en quelque sorte tout près du pôle. Deux semaines ne sont pas de trop pour les nombreuses épreuves arrangées par les grands cercles nautiques du Nord; après quoi l'escadre met le cap au sud-ouest et se dirige vers l'Irlande. Belfast et Kingstown ont successivement sa visite; puis c'esl le tour de Mumbles, sur le canal de Bristol.
Enfin on rentre dans la Manche. Falmonth et Plymouth donnent leurs régates, qui mènent les yachts jusqu'à la fin de juillet et à la semaine de Cowes. Dans ces quatre-vingts jours d'épreuves successives, organisées par des sociélés puissantes, trois cent vingt mille francs de prix en argent, sans compter d'innombrables objets d'art, ont été distribués aux vainqueurs. Il n'est pas rare qu'un seul yachl en gagne dans la saison vingt-cinq ou trente. L'usage veut qu'en rentrant au port d'attache il se pavoise d'autant de guidons qu'il a remporté de victoires.
Présentement, le yachting anglais comprend plus de 6000 bateaux à voile ou à vapeur, d'un tonnage total de IGÔ000 tonneaux ( 1 1. représentant une valeur d'au moins 150000000 de lianes, et donnant, directement ou indirectement, de l'emploi à :i.">()(K) hommes. Les perfectionnements qu'il a apportes dans la construction, l'aménagement, la sûreté et la vitesse dés navires de plaisance sont sans nombre; il est impossible d'évaluer en argent l'importance de ces perfectionnements, ou leur répercussion sur le progrès général; on peut dire de quelques constructeurs anglais, et
( 1 1 :sr> de ces yachts jaugent plus de 500 tonneaux; "i'i de iOO à 500 tonneaux-; 52 de 300 à ',00; 88 de 200 à 1500; 250 de 100 à 200; 131 de 75 a 100; 240 de 50 à 75; l'.ï de 40 à 50; 238 de 30 à 40; 309 de 20 a 30: 37 de 15 à 20; 556 de 10 a 15; '.)30 de 5 à 10. Le reste jauge moins de 5 tonneaux, ou n'est pas classé. Un tiers de ces
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notamment de MM. Ratsey, Fife, Nicholson, Harvey, qu'ils rendent à l'art naval et par suite à la civilisation, par leur recherche incessante du mieux, des services inappréciables.
M. Ratsey a toujours visé à combiner les avantages des formes effilées avec ceux que présentent les bateaux plats; il a réussi à
Carte <lu parcours de Genesta pour la Coupe du Jubilé de la Heine.
résoudre ce problème délicat dans les yachts illustres qui s'appellent ou se sont appelés Cambria, Vanguard, Corinne, Voî-an-V ent, Kriemhilda. M. Fife représente l'intransigeance britannique dans l'art naval; ses bateaux sont restés fidèles au type traditionnel du yacht étroit et long, à quille profonde. M. Harvey et M. Nicholson se préoccupent plus particulièrement d'abaisser le centre de gravité de leurs yachts en leur donnant beaucoup de creux.
LA MECQUE I) L ,i VGHT'ING