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LES EMMÉNAGEMENTS D'UN YACHT

réceptacles de débris variés, pourra-t-on les remplir de ciment ou de plâtre, battu de façon à former des plates-formes lisses.

Cette règle est très importante; elle est applicable aux bateaux de tout tonnage, et l'on peut tenir pour certain qu'elle était connue des hardis navigateurs qui se lançaient jadis, avec de simples barques de cuir ou d'écorce, à travers les Océans. Sûrement ils plaçaient leur lest de grosses pierres au centre de leur pirogue, comme le font encore les pécheurs esquimaux, — ou ils ne seraient pas allés si loin ni surtout revenus sains et saufs.

Bouée <le sauvetage,

LE BUDC.ET l)'L\ YACHT

Nous l'avons déjà dit, on exagère en général clans le grand public le chiffre des dépenses que nécessite réellement un yacht. La vérité est qu'un bateau de plaisance, si l'on a soin de le choisir proportionné aux moyens dont on dispose, sera généralement la moins chère des villégiatures. Nous avons supposé, au début de ce livre, une goélette de 100 tonneaux, dix personnes associées pour une croisière de trois mois, comme on s'associe pour une chasse, et nous sommes arrivés au total de 3000 francs par tète. Voici comment se décompose celle dépense :

Prix de location du yacht (ou perte d'intérêts et dépréciation en cas d'achat), et prime d'assurances. . . 11500fr. Salaires : Capitaine, par mois . . 500 fr.

Second 250

Maître d'équipage . . 150

Six matelots a 75 fr. . 450

A reporter. . 1 350 fr H500fr.

LE BUDGET

Report

Maître d'hôtel .... 150

Valet ........ 100

Femme de chambre . . 100

Cuisinier (coq). . . . 150

Aide de cuisine ... 80 Nourriture du personnel, par mois ... 1 170

Total, par mois 3100; par trimestre 9300 Les autres frais seront :

Habillement du capitaine et de l'équipage (deux

tenues complètes), environ 1500

Provisions de bouche en cale 5000

Agrès de rechange 1 500

Blanchissage 1500

Éclairage, combustible, eau. ....... 500

Vivres frais au mouillage 1500

Pilotes, droits de port 1 000

Gratification d'adieu au personnel 1000

Menus frais divers 700

Total général . . . . 35 000 fr.

lequel total, réparti sur dix associés, donne bien 3500 fr. par tète, c'est-à-dire un peu moins de doa\e cents francs par mois (1).

Or, c'est là, disons-le, un budget de luxe, qu'il est fort possible de réduire presque à l'infini. Tout dépend du pied sur lequel on

(1) Le capitaine est habituellement payé 400 à G00 fr. par mois; le second, 250 à 300 fr.; le maître d'équipage, 120 à 150 fr. Un matelot gagne 60 à 80 fr. par mois, selon le port d'embarquement et le taux du moment; un mousse, 30 à 40 fr. En France, un règlement spécial oblige l'armateur à nourrir ses hommes et stipule par le menu les vivres obligatoires, en viande fraîche et salée, légumes frais et secs, pain, vin et tafia. Les frais s'élèvent en moyenne, de ce chef, à 2 fr. 50 ou 3 fr. par jour.

En Angleterre, l'usage est de payer les matelots à peu près deux fois plus cher, mais de laisser les frais de nourriture à leur charge, ce qui est un très mauvais système, pour plus d'une raison. Le capitaine seul, avec le second, sont nourris et blanchis.

D'UN YACHT

cnlcnri naviguer. Depuis le modeste canoë qu'on emporte sur son clos, comme une tcnlc, jusqu'au grand yacht à vapeur, apte à faire le

L'océan Giboulée, à M. Canivet, dans le bassin «le La Pie.

tour du monde, que de degrés à franchir et combien de budgets différents ! Examinons quelques-uns de ces budgets, tels que le détail en a été relevé et contrôlé par des expériences réitérées.

LE BUDGET

Comme premier échelon du yachting, prenons un océan de 4 à 5 mètres. Très soigné et tout neuf, il coûtera d'achat un millier de francs; d'occasion, moitié moins. Un pareil bateau, en comptant les frais d'amortissement, d'entretien et de menues réparations, occasionnera une dépense annuelle de 250 francs environ.

Examinons maintenant un petit bateau plus sérieux, de 7 à 8 mètres, demi-ponté, avec un rouf pour s'abriter, au besoin même pour y dormir, déjà presque un vrai yacht, en un mot, mais ne comportant d'autre équipage que son propriétaire et un ou deux amis. Ce bateau, très suffisant pour des croisières de cabotage, sinon de long cours, coûtera 3 ou 4000 francs d'achat, neuf et tout armé, et pourra nécessiter environ 500 francs de frais annuels.

Arrivons à un petit yacht de 10 tonneaux et supposons-le armé pour trois mois, avec 1 matelot. Ce bateau coûtera, neuf, de 6 000 à 8000 francs, et dépensera 1500 francs par an.

S'agit-il d'un 20 tonneaux, armé pour trois mois, avec 2 matelots et 1 novice? Le prix d'achat sera d'une quinzaine de mille francs et le coût annuel de 2,500 francs.

Un 40 à 50 tonneaux, avec 4 hommes d'équipage et trois mois d'armement, reviendra à 6 000 francs de frais annuels, à 30000 francs de frais d'établissement. Dans un yacht de cette dimension, trois ou quatre personnes peuvent déjà vivre à l'aise; elles peuvent entreprendre de véritables voyages. Que les frais soient partagés, et Ton sera surpris de la modicité du prix de revient pour chaque associé. La location du plus modeste chalet, à Nice ou à Trouville, coûte plus cher que le yacht envisagé ici. Si nous ajoutons à la location tous les faux frais qu'entraîne l'installation à terre, tous ceux qu'il y aurait encore à faire pour donner à ce chalet le même relief d'élégance que comporte la possession d'un yacht, on verra aisément de quel côté se trouve l'économie.

Passons au yachting à vapeur. Les différences avec le coût de la navigation à voiles résultent d'un personnel spécial, mécaniciens et chauffeurs, et de la consommation du charbon. Cette différence est surtout sensible dans les petites embarcations. Ainsi le type qui cor-

D'UN YACHT

respondrait à Y océan que nous avons pris comme premier degré de notre échelle, serait un petit canot à vapeur de 2 à 3000 francs,

Les propriétaires du bord.

exigeant pour chaque sortie un chauffeur à 8 ou 10 francs, à moins que le propriétaire ou l'un de ses amis ne remplisse cet emploi peu récréatif. Un pareil bateau dépensera aisément 1200 francs par an et ne servira guère qu'en rivière.

LE BUDGET

Un yacht à vapeur de 40 à 50 tonneaux coûterait au minimum une trentaine de mille francs, comporterait 5 hommes d'équipage, et donnerait une dépense d'une dizaine de mille francs, à peu près égale à celle d'un yacht à voile de 100 tonneaux.

11 faut compter qu'au delà de 100 tonneaux, les dépenses annuelles d'un vapeur ou d'un voilier sont sensiblement égales, car si le vapeur a, en plus, les frais de consommation de la machine, il lui faut moins d'hommes pour la manœuvre. Citons, comme exemple, le Velox, à voiles, de 300 tonneaux, dont l'équipage est de 40 hommes, tandis que le Sans-Peur, de 400 tonneaux, ne comporte que 16 hommes en tout. On voit la grande différence de frais qui en résulte, étant donné surtout que dans le yachting les marches sont coupées par de nombreux arrêts pendant lesquels on ne brûle pas de charbon. L'économie, pour les grands tonnages, est donc en faveur des yachts à vapeur.

Tout cela dit, comment choisirions-nous notre yacht si nous pouvions laisser de côté la question d'argent? Voilà un problème fréquemment agité entre amis de la mer, soit à bord, soit à terre. Et pour commencer, opterons-nous pour la voile ou pour la vapeur?

La vapeur nous mènera plus vite; mais ce n'est point là noire souci, puisque nous avons du temps devant nous et voyageons pour voyager. Avec la vapeur, pas d'école buissonnière, pas d'imprévu, sinon des imprévus fâcheux, avaries de machines ou autres. Ici d'ailleurs, c'est le mécanicien qui est tout, et nous n'avons pas grand goût à nous enfermer dans la chambre des machines, au lieu de respirer sur le pont la brise du large. Le bruit même de cette machine, les trépidations de l'arbre de couche, l'idée seule que la plus grande partie de l'espace disponible et la mieux située sert à loger chaudière et pistons — autant de tortures physiques et morales; sans parler de la fumée et du charbon, qui empestent et salissent tout.

Donc, point de vapeur. Ce qu'il nous faut, c'est la vraie navigation avec sa poésie propre et même ses caprices, qui en sont le plus grand charme. Ce point fixé, qu'allons-nous prendre?

Un très grand bateau, comme le Velox, c'est bien séduisant, — nos moyens, nous l'avons dit, nous permettent de ne pas compter.

L>'Ui\ YACHT

Quelle joie d'avoir à soi et de commander un navire pareil, avec 40 hommes d'équipage!... Mais aussi, en y réfléchissant, que de soins pour la sortie du port, pour la manœuvre en route! Nous qui aimons à tenir la barre, à la sentir frémir dans notre main, nous sommes-nous jamais exercés à mener un 300 tonneaux? Ce n'est plus ici un amusement, mais un travail de force exigeant le secours des palans, des roues et des chaînes. Et puis, comment se permettre, en arpentant le pont, de rectifier la voilure, de border une misaine, de larguer un foc?... Impossibles ici, ces plaisirs, pour un homme seul. Il faudra appeler la bordée de quart, ce ne sera plus la même chose.

D'ailleurs, notre grand bateau tirerait trop d'eau pour entrer à toute heure de marée dans ces jolis petits havres de la Manche, si aimables à fréquenter... Allons! en dépit de ses séductions, il faut renoncer au grand yacht. Ce sera pour une autre occasion, pour quelque voyage de long cours arrangé avec plusieurs amis. Présentement ce que nous voulons, c'est une croisière de cabotage, toujours près d'une terre ou de l'autre.

Ce que nous voulons aussi, c'est un espace suffisant et une sécurité absolue contre les colères de la mer. Ces deux conditions peuvenl se trouver réunies dans un yacht de pelil tonnage, ou tout au moins de tonnage moyen, de 20 à 40 tonneaux. C'est précisément le tonnage de ces cotres, parfois si coquets, dont se servent les pilotes du Havre, et que nous avons tous admirés pour les avoir vus sortir et manœuvrer par de grosses mers.

Dans un bateau de cette dimension, nous pouvons avoir un poste d'équipage pour 4 matelots, une cuisine, une office, une chambre avec sa baignoire sous le plancher, Ull i.e coiic Turquoise, h M. Micheld,

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