‹ Le zodiaqueChapitre 12 sur 30 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

BEGHET J""" ET LABE,

LIBUAÎRliS DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE

Place de l'École-de-Médecine , 4.

BOHAIRE, LIDRAIRE, BOULKVART DES ITALIENS, 10.

ll?^ol

Un hasard de lecture fit tomber entre mes mains, il y a quelques mois, un poème latin qui m''était tout à fait inconnu , et qui a pour titre : Hieronimi Fracastorii Syphilis, aire morbus gallicus. — Lipsiîe, 1830 (1.

J^avoue que, quoique traducteur de Virgile, je fus émerveillé de trouver dans une œuvre du seizième siècle , et dans une œuvre de science , une latinité qui me semblait refusée aux auteurs modernes, et j^ose le dire, une foule de beautés empreintes d'une poésie antique et toute virgilienne. Dans mon admiration pour Jérôme Fracastor, j'essayai de traduire quelques

fragiuenls de son livre, et j'eus même un momenl lu fantaisie de faire le même travail pour tout le poème. Bientôt à cette velléité de poète se joignit une pensée de philosophe : il me sembla qu'au lieu de m'appliquer à la traduction longue et difficile d'un ancien ouvrage sur la syphilis , il serait plus convenable d'actualiser la matière et de créer moi-même , sous de moindres proportions , non seulement une œuvre de poésie , mais une œuvre de morale et d'utilité publique. Nulle époque, d'ailleurs, ne me parut plus opportune, pour cette publication, que ce moment même, où deux systèmes thérapeutiques sur le traitement de cette maladie partagent l'opinion des plus sages praticiens , et se trouvent en présence sur le champ de bataille de la médecine. Enfin, pourquoi le dissimuler? je fus séduit par l'étrangelé même du sujel, qui jusqu'ici n'a été [présenté que sous des foinics légcjcs, on

furtivement introduit dans la poésie par de méprisables colporteurs de plates obscénités. Je me sentis entraîné par la hardiesse d'une excursion dans ce domaine en friche; j'éprouvai une sorte de plaisir à réaliser le vers d'Horace :

P/il intentatum nostri linquére poëtœ ,

Je voulus expérimenter une association entre la médecine et la poésie , et découvrir si la fable n'exprime pas une vérité en nous disant qu'Apollon est le père d'Esculape.

En un mot , s'il est permis de formuler la bizarrerie de ma pensée, par une sorte d'expression blasphématoire , par la plus monstrueuse des antithèses ; je me suis dit que , tous les genres se trouvant aujourd'hui exploités, usés, triturés, tous les sujets littéraires étant

déflorés , il n^en existait aucun qui fût plus vierge que la Syphilis.

Il est inutile de déclarer qu'au premier abord je fus épouvanté par la nature de la composition , et par le nom seul de Talarmante héroïne de ce poème. Mais exercé depuis longtemps à ce genre de courage; je pensai, après mûre réflexion, que sans soulever un scandale littéraire , je pouvais aborder cette scabreuse difliculté , faire absoudre Timpudicité de la matière par la chasteté de Texécution , en publiant un livre dont la lecture ne portât la rougeur au front de personne, el dont le titre seul fût un objet d'épouvantement.

J'ose Pespérer, ceux qui auront lu ce petit poème conviendront qu'il ne contient aucun passage , aucun vers même , qui ne puisse être cité par une bouche honnête ; et que bien loin do spéculer sur des peintures erotiques, comme moyen de succès, il n'a d'autre

but et d^autre effet que d'inspirer Taversion de la débauche et Thorreur du tléau qu'elle entraîne si souvent à sa suite ; ils lui rendront cette justice , qu'au lieu d'être mis à l'index comme une œuvre de corruption , il devrait, au contraire, être placé entre les mains des jeunes gens, comme un avertissement sévère, comme un salutaire préservatif contre le danger physique de la plus impérieuse des passions ; bien différent en cela , de certains ouvrages de morale , tels que le fameux livre de Tissot , qui , sous prétexte de porter dans de jeunes imaginations un sentiment de dégoût et d'horreur pour le vice , ne produisent d'autre effet que de satisfaire une curiosité libidineuse, et n'agissent sur les esprits que comme des excitants dangereux et des agents provocateurs.

Le poème une fois terminé , j'ai jugé qu'il était indispensable d'y ajouter quelques notes pour éclaircir

ce qui n'est qu'indiqué dans le texte, et pour arriver logiquement à des démonstrations qui seraient fastidieuses ou obscures avec la poésie. Mais là j'ai reconnu mon impuissance , j'ai senti que mes lectures superiicielles de quelques ouvrages de médecine ne suffisaient pas pour me rendre habile à traiter cette matière, difficile même pour les professeurs; et j'ai naturellement eu recours à un homme dont personne ne contestera la compétence , le docteur Giraudeau de Saint-Gervais, qui , officieusement, et par amitié, a bien voulu se charger de cette lâche laborieuse, tout à fait au dessus de mes forces, mais indispensable pour ( ompléter cet opuscule, et arriver au but d'utilité publique que je me suis proposé avant tout.

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