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ET CHEZ MARTINON, EDITEUR, 4, RUE DU COQ-SAINT-HONORÉ

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Ije Bélier.

LE DERNIER JOIR inx PEUPLE.

Urb? antiqui fiiit.

YIRGIIE.

Consilium deilimus Siil!ae privulus u". allum Dormiret...

JuTÉwr.

S'embusquer, dans la nuit, au bord d'un grand cliemin. Se partager un vol taché de sang humain,

4 LR ZODIAQUE.

C'est ce que tous les jours font les bandits vulgaires, Les voleurs que la loi traque dans leurs repaires ; jNIais, l'attentat commis, quand le couteau fumant Atteste dans leurs mains un lâche égorgement, Quand Timplacablc loi veut qu'on les supplicie, S'abriter sous l'argot de la diplomatie, Et, devant le cadavre à leurs pieds étendu. Justifier le meurtre avec des attendu, C'est ce que ne font pas les brigands subalternes, Les malfaiteurs vomis des bois et des cavernes ; Et voilà ce qu'a fait, dans ses calmes fureurs. Une bande de rois, de czars et d'empereurs; Voilà ce qu'ont ourdi, sous un triple mystère. Ce qu'ont osé, devant la France et l'Angleterre, Devant le monde entier par l'horreur fasciné. Les trois équarrisseurs d'un peuple assassiné î

Que fais-tu, maréchal, de ta lame caduque? Veux-tu donc, au profit d'un ministère eunuqi

De ta virilité vouer le dernier jour?

Que fait l'aigle au milieu de cette basse-cour?

Peux-tu voir de sang-froid la France qu'on baffoue?

Depuis quand les soufflets sont-ils faits pour ta joue ?

Glorieux instrument d'un indigne pouvoir,

Dois-tu couvrir toujours ce qu'il nous faudrait voir?

Peux-tu lier à toi ces cœurs hétérogènes?

Vieux soldat d'Austerlitz, de Toulouse et de Gênes,

Peux-tu d'un plat système être le chaperon

Et t'avouer le chef de ce parti poltron ?

Non , l'honneur ne veut pas que le nom s'associe

Au nom de Jean-de-Dieu Soult, duc de Dalmatie;

C'est apostasier ton maître impérial

Que d'abaisser ton culte aux fils de Bélial.

Non, tu ne devais pas forcer ta lassitude

A jeter le manteau sur tant de turpitude,

A servir de bannière à cet ignoble camp,

De bâton à ce corps malingre et claudicant.

Il fallait te soustraire à cet impur mélange^

Et, les laissant ici s'engluer dans leur fange,

Dans ton calme Soullbcrg, sur un lit de drapeaux^ T'envelopper d'an morne et méprisant repos.

C'est déjà bien assez que ta condescendance

Ait subi, par pitié, six ans de présidence,

C'est bien assez d'avoir couvert de ton grand nom

Des serments de Judas, des fraudes de Sinon ;

D'avoir ratifié leurs pales signatures

Dans tout ce que leur règne offre de forfaitures :

Nos lâchetés courant de Beyrouth au Texas,

L'infamante amitié d'Oribe et de Rosas^

Le trésor se saignant pour nourrir la paresse

D'un biblique consul amant d'une négresse.

Nos présents de canons offerts au nom du roi

Au tyran maroquain qui nous manqua de foi.

Et partout et toujours, effronté parasite,

Ce vaulourqni sur nous fit planer sa visite

Et regarda passer d'un œil inquisiteur

Notre Imnio muette à travers l'équateur.

C'est assez. Maintenant arme-toi de courage; Veux-tu prendre ta part dans un nouvel outrage? C'est un soufflet plus chaud cent fois que Taïti, C'est par geste et parole un serment démenti. C'est une plaque rouge empreinîe à notre face, Un crime exorbitant que nul pardon n'efface Et qui réduit la France à la nécessité D'accepter sa vengence ou sa complicité.

Il était une ville, un reflet de patrie, Un frêle et seul rameau d'une tige flétrie. Le pilier chancelant d'un dernier Parthénon, Une ombre qui pourtant avait encore un nom. Des innombrables fils dont elle fut peuplée Quelques uns s'abritaient entre ce mausolée; Les autres dispersés par le souffle d'un czar, Gomme les Juifs au temps du roi Salmanazar, Des fleuves étrangers buvaient les eaux saumâtres, Et, conservant leur culte au sein des idolâtres,

])u fond de leur exil, fixaient toujours les yeux Vers la terre où restait la ville des aïeux; C'était l'âtre glacé d'une antique fournaise, L'urne sainte où dormait la cendre polonaise. Comme les descendants d'un homme bien aimé Dans un coffre de cèdre étroitement fermé, Gardent avec ferveur ses dernières reliques. Ces naufragés, battus des tempêtes publiques, Peuple errant, demi-nu, proscrit, déshérité. Conservaient le joyau de leur chère cité, Et se croyaient tout prêts à reprendre la vie Tant qu'il restait encore un souffle à Cracovie, Reliquaire pieux de leurs premiers destins, De gloire^ d'opulence et de pouvoirs éteints. Quand les déprédateurs de l'Europe chrétienne La coupant en lambeaux dans leur congrès de Vienne, Au nom du droit divin brisèrent tous les droits, Ils laissèrent du moins une tombe, une croix, YJ, dos vieux Jagelîons en renversant le trône, A !a Polosnc esclave ils firent celte aumône.

Mais cette fiction n'avait pas d'avenir.

Et c'était un remords dont ils voulaient finir :

Si parfois du pardon les tyrans font usage,

C'est un masque d'emprunt qui pèse à leur visage.

Le pâle absolutisme est toujours en arrêt.

Il commente un soupir, il devine un regret;

Il tressaille à des bruits que n'entend nulle oreille,

Sous des poignards absents la nuit il se réveille,

Il craint qu'on ne l'escorte et tremble d'être seul ;

Il croit voir un drapeau jusque dans un linceul,

Et se trouble, glacé de terreurs intestines.

Au nom de liberté gravé sur des ruines.

Tout à coup, au milieu d'une hypocrite paix.

Dans le temps que, les yeux couverts d'un voile épais,

Tout dort, Londres, Paris, la Pologne elle-même^

Les justiciers du Nord lancent leur anathème.

Pareille à l'ouragan dans les cieux assombris,

La colère des rois dévore des débris,

Pulvérise un cadavre, extermine un fantôme;

Et sur la place où fut un antique royaume.

Où restait le tombeau d'un grand peuple chrétien, L'aube du lendemain ne retrouve plus rien Que ce qui reste aux lieux qu'un despote ravage, Le silence, la nuit, le néant l'esclavage.

Quelle audace ! ou plutôt quel lâche guet-apens î

Pendant un quart de siècle ils furent en suspens.

Et n'osèrent brusquer, de leurs mains indécises.

Un forfait que l'histoire évoque à ses assises;

Ils ne l'osèrent pas quand leurs muettes cours

Virent passer dans l'air la trombe des Trois Jours

Et que notre lion^ hérissant la crinière.

Porta sa grande voix jusque dans leur tanière;

Ils ne l'osèrent pas tant que resta debout

Le pacte qui liait Saint- Jumes à Saint-Cloud,

Et que la politique^ exhalant son malaise,

Ne nous isolait pas de la fortune anglaise.

Ils l'ont osé; de plus, pour nous jeter au front

Un défi plus direct, un plus intime affront ,

Ils ont manigancé Talliance soudaine" Du prétendant royal au tyran de Modène, Sitôt qu'ils ont senti qu'un nuage plus froid Étendait ses vapeurs à travers le détroit.

Ah! si le fort crampon d'une amilié {>Ilis franche Eût uni les deux sœurs que divise la Manche, Au siècle que la nuit menace de couvrir Quelle ère lumineuse elles pouvaient ouvrir ! L'une et l'autre marchant au hut humanitaire. Fécondant les esprits, civilisant la terre ; Au nom de l'équité toutes deux dominant , Elle les grandes mers, nous tout le continent; Rendant aux nations lourdement endormies Les sceptres vermoulus des royautés momies; Prêchant partout les lois, la sainte vérité; Remplissant l'une et l'autre avec autorité Ce grand apostolat d'ordre et d "indépendance Qu'aux peuples éclairés donne la Providence î

C'est peu que de nos jours, dans ce siècle nouveau;

Le même enfantement agite leur cerveau ;

Que leurs lois, que leurs arts les tiennent assorties ;

Elles ont de tout temps couvé des sympathies;

Même quand la discorde oppose nos canons,

Le grand principe reste et nous nous comprenons ;

La pensée entre nous étend toujours ses chaînes.

Pourquoi neutraliser nos forces par nos haines ?

La mer qui nous sépare est un faible ruisseau,

Et le ciel sur nos fronts a mis le même sceau;

Notre sang fraternel vient du normand Guillaume,

Notre histoire est la même et presque l'idiome;

Le destin a voulu que les deux nations

Eussent la même part des révolutions.

Elles ont enfanté d'égales tragédies^

Si terribles d'effets, si fortement ourdies,

Que Shakspeare et Corneille auprès d'elles sont froids;

Deux dénoûments pareils, deux échafauds de rois.

Quand de Charles Stuart la tête fut coupée,

Un soldat qui parut prit pour spectre une épée.

AU MARÉCHAL SOULT. i3

Des partis forcenés comprima les efforts, Régénéra son peuple au-dedans, au-dehors, Le dota de splendeur, d'opulence, de gloire; Quand nos Bourbons proscrits du sacré territoire De leur royauté morte importunaient Hartwell, Napoléon vingt ans multiplia Cromwell.

L'Angleterre avant nous fit jaillir une idée. Mais nous l'avons reprise et nous l'avons guidée; Ce germe qui devait produire le bon grain. Et dormit plus d'un siècle au fond de son terrain. Sans franchir de ses bords la prison insulaire, La France l'a conquis, l'a rendu populaire, L'a transplanté portout où se montre un sillon, Partout où le soleil peut darder un rayon; Et chaque jour encor, d'une ferveur égale, Nous semons ce froment de parole vitale Qui déjà servirait d'annone au genre-humain. Si notre sœur jumelle aidait mieux notre main.

Voilà ce qu'eût produit cette forte alliance j Mais on l'a gaspillée avec imprévoyance ; Ce tort envers le monde est de chaque côté ; Ici trop peu de force, et là de loyauté ; Le deuil couvre la Seine ainsi que la Tamise. Que feront aujourd'hui ceux qui l'ont compromise? Lord Palmerston, des Whigs équivoque soutien , Attéré sous le coup du tonnerre autrichien, A ce triple attentat d'évidence notoire, Pour protester à peine, a feint de ne pas croire; Pour nous qui^ dépourvus d'amis ou partisans. Restons seuls^ toujours seuls comme depuis seize ans, Que fera le pouvoir, marchant sur des éclisses, Devant la trinité des monarques complices? Du haut de la tribune, il leur dira d'abord Que nous sommes un peuple aussi juste que fort; Comme en rodomontade il faut qu'il se distingue^ Il les menacera de rebâtir Huningue; Il alambiquera sa peur et ses soufflets Dans un style hydropique et des thèmes replets ;

Il leur ripostera par ces phrases banales Qui de nos parlements décorent les annales; Il fera, de nouveau, ce qu'il fit de tout temps, Il plîra devant eux ses genoux pénitents. Le sort tend ce calice à l'Europe en détresse.

Que ces rois, cependant, exaltés par l'ivresse. Modèrent un peu mieux leur stupide transport, Qu'ils ne bravent pas trop le principe qui dort : Les Vésuves éteints rouvrent parfois la gueule , Faible, aveugle et captif, Samson tournait la meule. Quand, la force rendue à son bras moribond. Il broya sous leur toit les enfans de Dagon. Comme au temps où régnait le chaos sur la terre, La lumière et la nuit se font encor la guerre; Celui qui sépara les ombres du soleil Peut encore opérer un prodige pareil Et jusqu'aux noirs confins des zones boréales Refouler, loin de nous, les ténèbres morales.

Ce n'est pas vainement que, la cendre aux cheveux, La France, par des cris, des prières, des vœux, A la liberté sainte adresse des neuvaines ; Notre sang est celui qui courait dans les veines De ces hommes de fer que, sur un terrain neuf. Du fond de son volcan lança quatre-vingt-neuf. Quand au cadran d'en haut l'heure sera venue, Un cliquetis d'acier prolongé dans la nue Donnera le signal que nous nous réveillons : D'innombrables soldats jaillis de nos sillons. Sortis d'entre les rocs, comme des troglodytes. Déborderont par flots sur les terres maudites ; Ils auront pour drapeau l'épouvantail des rois, L'éternel manifeste où sont écrits nos droits; Et prenant par la main le douloureux cortège Des généreux proscrits quo notre ciel protège, Hommes, femmes, enfans, desséchés par l'exil. Bien mieux qu'avec l'airain, le sabre et le fusil Ils entreront au cœur de la ligne allemande. Armés du feu grégeois de noire propagande.

Et dans le dernier fort de l'absolu pouvoir Calcineront les yeux qui ne voudront pas voir. Qu'on ne nous dise pas : Où donc est votre armée? Ceux qui, dans ce moment sous la zone enflammée, Trempent de leurs sueurs des sables inconnus, Qui foulent de leurs pieds saignans et demi-nus Les crêtes de l'Atlas par le soleil dissoutes, Entre les monts Krapacks sauront percer des routes ; Ils ont appris là-bas, sous un climat d'airain, En passant le Roumel, comme on passe le Rhin. Leur bravoure en détail si souvent engagée Ne sera pas novice en bataille rangée; Dans un plus large espace elle s'étendra mieux. C'est l'espoir que nourrit leur rêve ambitieux ; Ils n'aspirent qu'au jour de retrouver en plaine Ces barbares du Nord dont leur mémoire est pleine, Ces peuples que, vingt ans, la France extermina. Les vaincus d'Austerlitz, de Fridland, d'Iéna.

Noble vieillard ! tes jours usés par les victoires Ne peuvent espérer ces temps expiatoires; Sans doute il serait beau que le ciel t'accordât, Ainsi que tu vécus, de mourir en soldat, De venger nos drapeaux du désastre belgique, De guider les enfans d'une race énergique Sur l'Escaut, sous les murs de Vienne et de Berlin Cette gloire n'est pas promise à ton déclin. Mais tu peux le grandir sous une autre auréole: Ne ferme pas l'esprit à la rude parole D'un poète qui, même avant ton ferme appui, T'avait déjà voué son culte d'aujourd'hui; Souffre qu'il t'avertisse avec sa voix austère : Par respect pour ton nom, sors de ce ministère ; D'un immonde contact purge-toi sans tarder, Sauve-toi d'un cénacle où tu crois présider. Tu remplis dans l'histoire une page assez ample, Ose la clôturer par un dernier exemple. La brèche où tu combats n'offre point de laurier ; Termine en philosophe un destin de guerrier,

Abdique, du repos conquiers les apanages ; Rends-toi l'imitateur de ces grands personnages Qui, pesant dans le creux de leur puissante main Tout ce qui fait l'orgueil du pauvre genre humain, Le jetèrent loin d'eux comme un léger atome. Fais comme Dioclès, maître absolu de Rome, Qu'on vit quitter l'empire avec de froids dédains Pour aller dans Salone aligner des jardins ; Fais comme Charles-Quint qui dans un monastère Disparut en jetant ses adieux à la terre; Fais ce que fit sans peur le dictateur Sylla; Montre qu'un homme encor du pouvoir s'exila.

Imprimerie Lange Lévy et Comp., 16, rue du Croissant.

SYPHILIS

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