‹ Le zodiaqueChapitre 17 sur 30 · POEME DE FRACASTOR · texte numérisé non relu

POEME DE FRACASTOR

Ronge les lieux voisins et s'élend jusqu'aux aines.

Le mal n'est plus douteux , ses marques sont certaines;

Car, sitôt que du jour la sereine clarté

Cède à l'ombre du soir l'horizon alirislé,

La chaleur naturelle, ainsi qu'elle a coutume,

Se réfugie au cœur où son foyer s'allume ,

Fuit les extrémités, et, ne dissolvant plus

L'épaisse humeur figée à ses membres perclus ,

Elle abandonne , en proie à des douleurs cuisantes

Les épaules , les bras, et les jambes pesantes.

Et comme le virus , sans relâche agissant ,

A travers chaque veine infiltré dans le sang ,

A déjà corrompu de ses gouttes fatales

La masse des humeurs et les sources vitales ,

L'instinct de la nature, intelligent et sûr,

Rebelle, par essence, à rien souffrir d'impur.

Tend à chasser du corps, et pousse à sa surface

Du putride levain la matière tenace;

Mais , comme elle est épaisse et circule à flots lourds,

Dans les extrémités elle fixe son cours ;

Et, tandis qu'elle livre à d'horribles tortures

Les membres affaiblis et les froides jointures ,

La plus subtile part de ce grossier poison

Arrive à l'épiderme et perce sa prison.

Le fléau prend alors ses plus noirs caractères :

La peau de toutes parts se diaprie d'ulcères,

Le visage et le sein sont horribles à voir ;

De l'acre et lourd fluide, immonde réservoir.

Sur le corps douloureux des pustules formées

Surgissent, sous l'aspeci de glandes enflammées,

Qui bientôt, entr'ouvrant leur cratère repu ,

Jettent un pus visqueux teint d'un sang corrompu.

En même temps le mal , qui sort par chaque pore ,

S'enfonce et prend racine en ce corps qu'il dévore ;

Vidinnis , el fœdo rora ora dehiscere hiaiu , Oia , alque exiles reddeniia gullura voces. Ut ssepè aui cerasis , aut phyllidis arbore trisli Vidisli pinguem ex udis manere liquorem Corlicibus, mox in lenlum durescere gummi, Haud secùs hàc sub labe solet per corpora mucor Diiïïuere : liinc demùm in lurpem concrescerecallum. Undè aliquis ver œiaiis, pulchramque juventam Suspirans, el menibra oculis deformia torvis Prospiciens, fœdosqiie arliis , turgenliaque ora , Saepè Deos, saepè aslra miser crudelia dixit. Inlereà dulces somnos, noclisque soporem Omnia per terras animalia fessa trahebant : mis nulla quies aderat , sopor omnis in auras Fugerat : iis oriens ingrata aurora rubebat : lis inimica dies, inimicaqiie noclis imago. Nulla Ceres illos ; Bacclii non uUa juvabant Munera : non dulces epulae, non copia rerum , Non m^bis, non ruris opes , non ulla volupias , Quamvis sœpè amnes nitidos, jucundaque Tempe , Et placidas summis qusesissenl monlibus auras. Diis eliam sparsœque preces, incensaque tempiis Thura , et divilibus decorala allaria donis : Dii nullas audire preces , donisve moveri.

POEiME DE FRACASTOR 49

Effroyable tableau ! mes yeux oni vu souvent Dans toute leuihideur plus d'un spectre vivant; Leurs os sont décharnés , des tumeurs corrosives Ont dévasté leur bouche et gonflé leurs gencives, Des sons durs et sifflants sortent de leur gosier. De même que la sève au tronc d'un cerisier , S'écoule goulle à goutte, et, quand l'air la condense, De la gomme compacte acquiert la consistance ; Ainsi l'humeur gluante , en arrêtant son flux , Se durcit, se congèle et se change en callus.

Que de fois un jeune homme en proie à ce ravage.

Songeant qu'il est encore à la fleur de son âge.

Et, ne retrouvant plus qu'un débris odieux ,

Maudit amèrement les astres et les dieux !

Les plus vils animaux répandus sur la terre,

La nuit, peuvent goûter un repos salutaire ;

Pour lui seul plus de paix , de calme , de sommeil !

Ni l'aurore qui brille a l'orient vermeil ,

Ni la clarté du jour , ni la nuit éloiléc ,

N'apportent quelque joie à son ame troublée ;

Pour Bacchuset Cérèsses désirs sont éteints;

Que lui font l'abondance et ses larges festins ,

Les plaisirs de la ville et ceux de la campagne?

Il cherche en vain , pour fuir l'ennui qui l'accompagne,

Les bois, les claiis ruisseaux, l'air salubre des monts,

Rien ne peut rafraîchir ses arides poumons ;

Et, pour dernier espoir, si , courbé sur la pierre.

Vers les dieux protecteurs il lève la paupière ,

S'il charge leurs autels de suaves parfums ,

Le ciel proscrit ses vœux et ses dons importuns.

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