NOTKS
Colle desci'iplioii esl si lidèle que l'auloiir parall ôlre noire coiUeiuporain , et l'illusion est encore plus complète lorsqu'on lit entièremenl le poème. On est étonné d'y rencontrer tout ce qu'il importe di; savoir sur cette maladie, et plus surpris encore en voyant le peu de progrès que l'esprit humain a fait en uiédcciuo, depuis trois siècles, sur un sujet qui intéresse au plus liant degré res[)èce humaine, car, aujourd'hui comme alors, on disserte vaguement sur l'origine, la transmission et le traitement de cette affection. Le poète contemporain d'Améric Vespuce et de Christophe Colomb réfute en ces lernit's i'imporlalion américaine :
« Al veto, si riiè fidein observaia niereniiir, Non iià censendiim : nec ccrlè crcdei'c par esl Esse peregr'mam iiobis , iraiiscjue îequofa veclam Coiilagem : quoiiiàm in priniis ostendei'c iiiiilios Possumus, allaciu ([ni iinllius hanc lainen ipsaiii Spoiiie siià seiisère liiom, priniiqtie udèie, l'i'.X'lcreà et laiiium lerraïuin lenipoie parvo Coulages non iina simul poluissel obire. »
«Non, il faut plutôt croire que cette maladie n'a pas passé les mers et » (|u'elle n'est pas élraiigère dans nos climats; s'il est vrai que des observa- )> lions faites avec soin mérilent toute noire confiance , nous pourrions indi- » quer plusieurs malades attaqués de cette contagion sans avoir communiqué «avec personne, et sans l'avoir puisée dans le sein du plaisir. D'ailleurs, » est-il possible que, dans un si court espace de temps, ce mal ait pu se répandre M par contact pour frapper h la fois tanl do régions différenles.» Il y a plus d'un siècle que Astruc, voyant que la maladie s'était graduellement affaiblie, avait annoncé qu'avant centanselle s'anéantirait tout à fait. Sa prophétie ne s'est pas réalisée, elFracaslor avait émis une opinion bien plus philosopliiqu(> sur sa force et sa durée dans les vers suivants :
Namque ilciùin, cuni faia dabiini, labcnlibus annis Tempiis eril, cuni nocle airâ sopiia jacebii [nlei'ilu data : inox ilerùm posi sjccula longa Illa eadeni exurgcl, cœlnniqne, aurasque revisel Aique iieiùni veniura illani miiabilnr seias.
« Un temps viendra , dans le lointain des âges, oii ce fléau s'anéanlira loiil
BIOGRAPHIE DF. FRACASTOP.. 51
» à fait, enveloppé dans les ténèbres d'une nuit profonde , et puis, après une » longue série de siècles, il renaîtra de nouveau pour empoisonner encore et » le ciel et les airs, et pour jeter l'épouvante dans les générations futures.
Fracastor énunière une longue liste de plantes et de fumigations diverses qui guérissaient sans mercure, ou qu'on employait quand celui-ci avait échoué ou que les malades ne pouvaient pas le supporter. Voilà , si je ne me trompe, d'excellents préceptes thérapeutiques et qu'il serait besoin d'inscrire en lettres d'or, aujourd'hui que règne encore une doctrine qui regarde les combinaisons mercurielles comme l'antidote des affections syphilitiques. L'auteur nous peint les guérisons miraculeuses opérées par le gaïac qu'il surnomme une p^a?ue dù7«e; et s'il eût connu lasquine, le sassafras et la salsepareille, il en eût également célébré les effets incontestés. Quant au régime, il est traité minutieusement; il conseille de fuir les femmes, de ne manger d'aucun poisson ; il recommande une diète sévère , la chasse , le labourage, les exercices violents, et, par ces moyens, on voit souvent, dit-il, la syphilis guérir sans médicament.
Vidi ego saepè malum qui jam sudoribus omne Finisset, sylvisqiie luem liquisseï in allis.
Plus tard on révoqua en doute ces guérisons par la seule force médicalrice de la nature, mais encore, sur ce point, les faits bien observés ont donné raison au poêle qui était médecin aussi profond qu'écrivain distingué.
Outre ce poème, Fracastor a publié un grand nombre d'ouvrages parmi lesquels nous cilerous les suivants :
De sijmpatldû et anlipaihiû reriun , liber unus.
De contagionibus, morbisque contatjiom et eoriim curalione, libri très.
De causis dieriim crilicorum , libellus.
Naugerius ; sive de poelicd , dialogus.
Turrius; sive de inlellectione , dialogus.
Fracaslorius , sive de anima, dialogus,
De vini wnperalarà. Sententia.
Homocenlricorum , sive de siellis , liber unus.
Josephi , libri duo emendali , poema inchoatum.
Alcon, sive de curd canurn venaiicorum , ecloga.
Carmimim variortim, liber unus.
Quelques critiques lui ont reproché, peut-être avec raison , ses théories d'astrologie judiciaire; mais il faut penser que c'est par complaisance pour son siècle, connaissant bien le cœur de l'homme et sachant qu'il est dans certains temps des préjugés auxquels il est difficile de ne pas sacrifier. Cette science, toute vaine et futile qu'elle est, lui procura une occasion éclatante de faire sa cour au pape.
En effet , plusieurs écrivains font mention que le pape Paul IV, n'étant pas on bonne intelligence avec l'empereur Charles V, crut qu'il lui serait avantageux de faire transférer, s'il était possible, dans une ville d'Italie, sujette au Saint-Siège, le concile qui se trouvait a Trente, en Allemagne. Il eut recours h Fracaslor qui consulla les astres , et ne manqua pas d'y trouver les présages d'une maladie contagieuse et prochaine, précisément pour la ville de Trente. Les Pères, effrayés par cet augure funeste, vinrent s'assembler à Bologne, suivant le désir de sa Sainteté. Cette anecdote est peut-être une fable accommodée aux circonstances; car l'on sait que des auteurs aiment souvent a donner un air de roman a l'histoire, le mensonge ayant des charmes plus piquants que la simple vérité. Quoi qu'il en soit, il est sûr qu'on tinta Bologne la ix* session du concile le 21 avril de l'an 1547, et la x" au mois de juin suivant.
Fracastor fut l'ami de Sannazaar qui mettait son poème bien au dessus de celui qu'il avait publié vingt ans auparavant et qui avait pour titre iDepartu virginis. Sur la fin de ses jours il se relira dans sa maison de campagne a Cafi , près du mont Baldo, et y mourut en 1553 , âgé de 71 ans.
Le célèbre Jean-Baptiste Rhamusius , son admirateur et son ami , lui fit ériger une statue d'airain ; et la ville de Vérone, sa patrie, consacra aussi , en 1559, la mémoire de cet illustre citoyen par une belle statue de marbre avec une inscription. Plusieurs poètes l'ont célébré dans leurs ouvrages; Jules César Scaliger fit en son honneur divers éloges funèbres sous le litre : ^rœ Fracasioreœ, et voici l'inscription qui fut gravée sur le monument qu'on lui éleva :
Longé vir uiiiis omnium doclissimus Veroiia per qneni non WaronesManluae Nec nosUa [discis invidenl jam saccula yirliile summani, consccuius gloiiain Jam grandis œvo hic condiliir Fracaslorius.