‹ Le zodiaqueChapitre 22 sur 30 · METHODE ANCIENNE · texte numérisé non relu

METHODE ANCIENNE

leurs atroces. Celle manière de traiter la syphilis était si cruelle, que plusieurs aimaient mieux mourir que d'essayer à guérir par ce moyen. Qu'on ne croie pas cependant, répète Ulrick, que beaucoup fussent guéris; a peine sur cent y en avail-il un , encore retombait-il très-souvent au bout de quelques jours.

Des résultats si fâcheux devaient porter les médecins a introduire quelques changements dans la manière d'administrer le mercure. Beranger de Carpi , médecin de Rome , soumit l'usage des frictions a une méthode uniforme, mais qui n'en fut pas plus salutaire; car les accidents que produit le mercure n'en continuèrent pas moins U se manifester, au point que le médecin fut, dit-on, chassé de Rome, après toutefois y avoir gagné quarante mille écus romains. Il est vrai que l'expérience avait jeté si peu de lumières sur le traitement de la syphilis, que plus de trente ans après, on employait encore les mômes moyens , et que , selon Fernel , qui vivait à cette époque , le mercure inspirait presque autant de terreur que le mal contre lequel on l'administrait. En parlant du traitement mercuriel, ce médecin reproduit "a peu près les mêmes observations que Ulrick de Hutten. « Ce genre de médi- )>camont, dit Fernel, est si cruel que la plupart des malades aiment mieux

» périr de leur mal que de s'y soumettre Chez ceux qui s'y résignent, un

» état de langueur se fait bientôt sentir; les dents s'ébranlent, elles devien- »nent livides, des coliques surviennent, la gorge s'ulcère, la langue et le » palais s'enflent, la salive coule perpétuellement de la bouche , les crachats wsont infects et tellement excitants que les lèvres et les parties internes des «joues sont parsemées d'ulcérations; les malades répandent une odeur si «désagréable qu'on ne peut en approcher; l'air qui les environne en estin-

«feclé beaucoup ont des vertiges et deviennent fous; plusieurs, pen-

» dant quelques années et même durant toute leur vie , tremblent des mains , «des pieds et de tout le corps; nous en avons vu mourir au milieu d» iraite- «menl.»

Malgré le hideux tableau exposé par Hutten et Fernel des accidents que produisait le mercure, on n'en continua pas moins l'usage, parce que, comme je l'ai dit déjà, loin de les attribuer au médicament, la plupartdes médecins n'y voyaient que les symptômes ordinaires de la syphilis; et, dans leur persévérance à croire aux propriétés du mercure , au lieu d'en proscrire l'usage, s'attachaient à en régulariser l'application.

NOTE 1/i).

Et , bientôt dépouillé de son masque changeant Reprend sa forme crue et coule en vif-argent.

Il y a peut-être ici de l'exagération poétique ; mais tout le monde sait qiio l'onguent napolitain dont on se sert pour faire des frictions laisse échapper le mercure brillant et limpide, si on le fait fondre doucement. Les ouvriers doreurs et bijoutiers sont renvoyés de leurs ateliers quand ils prennent du mercure, car tous les objets qu'ils touchent sont maculés de points blancs, et deviennent friables et cassants. D'ailleurs tous les bons auteurs ont rapporté avoir trouvé du mercure dans les cavités des os et surtout à la base du crâne, et il n'y a rien la d'invraisemblable, puisque le? nouvelles expériences de M. Orfila sur les poisons minéraux ont prouvé que l'arsenic, l'antimoine, le cuivre, le mercure, sont absorbés et coulent avec le sang dans tous nos organes. La chimie, sous ce rapport, est arrivée à un tel degré de certitude mathématique, que longtemps après la mort, on a retrouvé dans les muscles, dans la peau, des traces de mort violente, et l'analyse, qui ne peut pas tromper, vient hardiment en cour d'assises dire h MM. les jurés : « Oui , cet individu que l'on m'a soumis a dû être empoi- » sonné , car j'ai retrouvé telle quantité de poison.

Grâce à cette intervention puissante de la science, tant de crimes cachés ne resteront plus impunis; les poisons, lentement administrés, ne seront plus une sauvegarde pour le lâche assassin, et les po!t(i)-c5 de succession . dont le débit est plus grand que ne le révèle la Gazette des tribunaux, cesseront enfin d'avoir la vogue dans les familles plébéiennes, tout en conservant leur utilité politique dans la légitime fdialion des czars et des sultans.

Alors soit qu'au virus il ait donné la mort , Soit que ce vieux rival résiste dans son fort.

On a dit avec raison qu'a côté de l'avantage d'améliorer élait le danger

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