EXTRAIT DK LA NÉMÉSIS
Il chasse loiis les rois , entre ses mains fatales
Il tord les intestins des villes capitales;
Il brûle tout au feu de ses exhalaisons ,
Trace la croix de sang sur toutes les maisons ,
Charge les tombereaux et les noires litières
De cadavres portés aux étroits cimetières ;
Puis, quand il s'est repu, quand devant chaque seuil
Il a fait dérouler la tenture de deuil ,
Quand il ne trouve plus que des demeures vides,
Quand il a desséché, sous ces lèvres avides ,
Tout ce qu'une cité peut contenir de pleurs
Il s'éloigne en riant et va jouir ailleurs.
Où va-t-il ce géant que le monde redoute?
Qui connaît le secret de sa carte de route?
Errera-t-il longtemps sur les cercles germains?
0 terreur ! De ce globe il sait tous les chemins 1
Agent mystérieux , accablant phénomène,
Il détruit tout calcul de la science humaine :
En vain veut-on trouver le monstre aérien ,
L'œil se perd dans la nue, il n'y rencontre rien.
Le mal est sous son vol une horrible merveille ;
Il dément aujourd'hui ce qu'il a dit la veille;
Ce qu'il fera demain Ihomme ne le sait pas :
Tantôt en droite ligne il marche pas à pas ;
Puis, changeant tout à coup sa tactique de guerre ,
Comme un cheval d'échec , il bondit en équerre ;
Il aime à déjouer les systèmes de l'art ;
Si l'on dit : ce fléau respecte le vieillard ;
Sur l'heure, au même jour, le choléra s'avance,
Etouffe le vieillard et respecte l'enfance.
Prouvez-vous que le nord arrête ses progrès.
Il s'installe à Danizick sous cinquante degrés :
Sous des cieux opposés le monstre s'a(;climate ;
Né sur le sol heureux qu'embaume l'aromate ,
11 s'ébal volontiers, dans ses horribles jeux, Au bord des lacs infecls et des marais fangeux . Mais qu'il révèle bien l'infernale pensée Par qui sur les humains sa rage fut poussée, Quand il punit de mort, sur l'heure du délit, L'imprudent qui se rue aux voluptés du lit ! Le choléra jaloux, dans son bridant passage , D'une teinte verdàlre empreint son frais visage, Il glace ses pieds nus, brûle ses intestins, D'horribles visions trouble ses yeux éteints , Suspend des longs baisers la nocturne harmonie £i change un cri d'amour en râle d'agonie.
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