‹ Le zodiaqueChapitre 29 sur 30 · EXTRAIT DE LA NÉMESIS · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA NÉMESIS

» Il rajeunit les os ; chaque jour il invente ,

» Radoube , met à neuf sa carène vivante ;

•' Et le temps arrivé , si je viens le saisir ,

' Je le trouve bardé de baume et d'élixir ;

> Chaque jour il enlève un sapin à mon trône ;

>' On fait des lazarets contre la fièvre jaune ,

•' Et la peste classique, esclave du savant,

» A peine m'obéil dans un coin du Levant.

» Encor, si dans ces jours de cruelle disette ,

■ Je pouvais sur la guerre établir ma recette !

•' Mais on ne se bat plus sur les deux Océans ;

" Les peuples sont bénins et les rois fainéants ;

•' Je me meurs ; sous mes yeux la belliqueuse Europe

" Abjure son erreur et se fait philanthrope ;

■' Tous les fléaux mortels désertent mes drapeaux ,

" Et le gazon maigrit dans les champs de repos. •

Quand ces êtres puissants, suspendus sur nos têtes,

Ont ainsi compulsé leurs archives secrètes ;

Ils méditent longtemps quelque horrible projet.

Pour remplir d'un seul coup leur atroce budget ,

Imprimant à ses os un cliquetis de rage ,

La mort part ; elle va combler son arrérage ;

L'Être exterminateur a promis cette fois

Que sa froide balance aura son juste poids.

Jadis , elle appelait dans ces moments de crise ,

Tamerlan , Attila , Genseric ou Cambyse ,

Puissants dévastateurs qui, dans leur grand chemin ,

Comme sous un marteau broyaient le genre hiimain ,

Et, poussant au hasard leur course vagabonde ,

Rendaient à leur insu l'équilibre à ce monde.

Mais le siècle n'est plus où , comme des volcans

Des monts Himalaya , sortaient les Gengiskans ;

Le casque d'Attila , comme une armure usée

-Ne trouve plus de tète , et dort dans un musée ;

Partout la vie abonde , et les peuples voisins

Pullulent, sans frémir, au nom des Sarrasins.

N'importe, pour avoir son bien qu'elle réclame ,

L'ingénieuse mort ravive un Abdérame ,

Un exlerniinaieur, dont le corps immortel

Se rit des Marins et des Charles-Martel.

Oh ! cette fois honneur au tout-puissant squelette !

Son génie est fécond , et son œuvre est complète !

De ce fils dévorant le monde parlera ;

Sa marraine d'enfer l'a nommé Choléra 1

Tous les autres fléaux, ces vieilles renommées,

La peste, le typhus, ne sont que des pygmées

Que l'octroi de la mer tient vingt jours en arrêt ,

Qu'un commis emprisonne aux murs d'un lazaret ;

Monstres dégénérés , sans vertus homicides ,

Qu'on étouffe en naissant dans un vase d'acides. "

Mais lui, le choléra, ne connaît de prison

Que les cercles du pôle où s'éteint l'horizon ;

Dans le Gange ei l'Indus sa retraite est choisie ;

Le voyez-vous bondir du plateau de l'Asie

Immense réservoir aux gouffres inconnus ,

D'où les grands ravageurs de tout temps sont venus ;

11 vient comme un condor d'épouvantable augure,

De ses ailes sans fin déployant l'envergure ,

Troublant avec ses pieds l'eau d'un double bassin ,

L'un dans la mer Baltique et l'aulie dans l'Euxin.

Pour tomber sur le nord et franchir le Caucase

11 a bravé du czar l'impérial ukase:

Comme des ornements il suspend à son cou

Les dômes du Kremlin et les croix de Moscou ,

Sans crainte cette fois que Sobieski vienne

Il remplace les Turcs sous les remparts de Vienne ,

Dévore les Baskirs, les cavaliers du Don

Qu'une loi salutaire éparpille en cordon ;

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