LA DÉMOCRATIE
Mens agitai raolcm.
vir.crLE,
11 est des vérités claires pour tous les yeux,
Autant que le soleil sous la voûte des cieux ;
Mais il en est aussi qui, du sein des nuages.
Ne rayonnent qu'aux yeux des penseurs et des sages.
Comme l'astre nouveau que dans l'immensité Leverrier manifeste à notre cécité ; Telle est celle que lit ta sagesse profonde Écrite au firmament de l'invisible monde, Celte immua])leloi qui, par un lent chemin, Vers un but merveilleux pousse le genre humain. Et qui fut de tout temps la grande prophétie : L'avenir appartient à la démocratie.
C'est là ce que jamais ne purent entrevoir Les obstinés soutiens du gothique pouvoir : Quand de quatre-vingt-neuf le Typhon populaire Éparpilla leurs droits comme des grains sur l'aire Et sur le sol fangeux courba comme des joncs Leurs vieux châteaux flanqués de tours et de donjons, Ils croyaient que bientôt l'ouragan subalterne Uentrerait, à leur voix , au creux de sa caverne; Qu'ils allaient ressaisir l'orgueil de leurs manoirs^ Leurs titres, leurs vassaux et leurs parchemins noirs. Quelle cause jamais parut mieux secondée ? Ils avaient pour appui Coblenlz et la Vendée,
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Et Brunswik arrivait pour raffermir les lois
Et resouder les fers des Spartacus gaulois.
Vain espoir! l'ouragan poursuivit sa colère,
La chèvre pâtura sur la tour séculaire,
La Champagne engloutit les ossemens prussiens.
Chaque fois qu'oubliant ces désastres anciens.
Et toujours suscités par un même vertige
Contre le mouvement que le peuple dirige
Et qui poursuit son vol sur de brûlants essieux,
Ils ont osé roidir leurs bras séditieux.
Qu'ils ont récidivé leur folle tentative
Pour barrer le passage à la locomotive,
Rêve d'hallucinés ! ridicules efforts î
Le char démocratique a passé sur leur corps.
Ils ne soupçonnent pas, sous leurs paupières closes,
La nature des faits, l'ordre nouveau des choses ;
Quand hurlait devant eux la Révolution,
Ce n'était, disaient-ils, qu'une sédition ;
Du monde social la secousse intestine ,
C'était une rumeur du ressort de Sartine ;
Ils n'ont jamais compris, en voyant ses dehors,
Le terrible secret de 1" histoire d'alors.
Et pourtant, au milieu des scènes les plus sombres,
Sous les proscriptions, les flammes, les décombres.
Sous le ronge échafaud dressé par la Terreur,
Et, plus tard, sous le trône où planait l'Empereur,
Fermentaient sourdement, comme au fond d'un cratère,
La volonté divine et la loi de la terre,
Cette loi qui proclame, au nom des droits vengeurs,
Qu'après quatre mille ans les hommes sont majeurs.
Et du centre du monde aux limites du pôle
Des pouvoirs usurpés brise le monopole.
Pour toi qui de si haut dominais ces esprits^ Sur ce grand mouvement tu ne t'es point mépris; Tu l'avais reconnu, même à ton premier âge, Quand, courbé par le deuil, secoué par l'orage, Arraché par l'exil à ton foyer breton, Tu vins sous d'autres cieux saluer Washington; Alors que, poursuivi de rêves et d'études. Tu fouillais l'Amérique aux vastes solitudes. Visitant les Sachems entre leurs bois épais,
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Fumant au grand conseil le calumet de paix, D'une œuvre impérissable esquissant le prologue, Pendant que balancé dans la môme pirogue Tu sillonnais leurs lacs et fendais les ro.>caux Du vieux Mcschasccbé, père des grandes eaux. Même aux jours des lionneurs tu ne cessas d'y croire; Le poste où tu montas fut un observatoire D'où ton œil clialdécn découvrit encor i-nieux L'imminent avenir, astre mystérieux.
D'une imposante voix tu l'annonçais encore Quand Juillet déroula pour nous sa triple aurore, Et que le dernier fils de tant de souverains Fuyait vers ÎIoly-Rood la fourche dans les reins. En un mot, dans le cours de tes longs épisodes. Sur la terre natale ou vers les antipodes. Dans ton abaissement comme dans ta grandeur. Pauvre, exilé, proscrit, ministre, ambassadeur, Au palais des Bourbons, au fond d'une cellule, Inutile tocsin de ta caste incrédule , Ainsi qu'une vigie à la pointe des mâts, Toujours tu l'aperçus et tu le proclamas.
Est-ce toi qui pouvais le révoquer en doute? Non, la foi t'enseignait ce que l'orgueil redoute; Ces mots de liberté, de progrès, d'avenir. Ces destins que tout peuple un jour doit obtenir. Ces principes sacrés que notre âge réclame, Tout est dans l'Évangile écrit en traits de flamme; L'homme ne pouvait rien inventer d'aussi beau; Il fallut que le Christ apportât ce flambeau , Quand, des oracles saints consommant le mystère, 11 vint nous révéler un code humanitaire. Que serait devenu, que serait aujourd'hui Ce monde, si jamais cette clarté n'eût lui? Pour s'en faire une idée il suffit qu'on é^^oque Sa lamentable histoire à cette grande époque ; Tous les États connus absorbés par un seul; L'usurpatrice Rome, ainsi qu'un blanc linceul, Développant sur tous sa toge impériale ; Tous les peuples formant une immense spirale. Un dragon d'où sortait une tête, un César; L'humanité passive au joug du même char; L'orgie universelle, avec des yeux sinistres^
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Tourbillonnant au son des flûtes et des sistres, Hurlant ses evhoë sur ses dieux abattus, Piétinant les débris des antiques vertus; La cbair rassasiant toutes ses frénésies; Toutes les nations , d'épouvante saisies, Arrivant pêle-mêle avec l'infâme espoir De mourir avec grâce au commun abattoir; Les esclaves jetés en pâture aux murènes; Les sénateurs mêlés aux combats des arènes; Vingt mille prisonniers qui;, sur le lac Fuscin, Tombent entrégorgés par leur bras assassin , Et, du maître assoupi mendiant le suffrage. Se font un noble orgueil de leur lâche courage; Partout hébétement, souillure, oppression. Partout l'homme, le roi de la création, Flétri, courbé plus bas que la bête de somme; Tel était l'univers sous l'étreinte de Rome.
Tout à coiip jusqu'au fond de ce gouffre romain
Retentit une voix dont l'éclat surhumain
Fait redresser les morts dans leurs lits funéraires ;