LEZ0D1AQUI
(( Hommes! vous êtes tous égaux, libres et Cières;
Reprenez votre rang, revendiquez vos droits.
Esclaves qui râlez sous des carcans étroits!
Couronnez-vous de fleurs, dansez sur votre chaîne.
Peuples ! vous n'êtes plus le servile domaine
Qu'un rapace héritier, paré de litres faux.
Comme l'herbe des champs fait tomber sous sa faulx;
Venez, avec des fronts où Tégalilé brille,
Vous asseoir au festin du père de famille;
La terre deviendra Tliéritage des forts.
Allez! soyez unis, roidissez vos efforts;
Intrépides enfants de cette nouvelle ère,
Vous fonderez un jour, sous ma loi tutélaire.
Un empire où sur tous luira la liberté,
Où chaque homme obtiendra sa part de royauté. »
Elles s'accompliront ces divines paroles. Malgré notre apathie et nos croyances molles, Marchons avec espoir vers ce terme attendu. Le grand libérateur n'est pas moins descendu Pour l'accomplissement des oracles antiques
A CUATiîAUBIUANT. If
Que pour plier le monde aux lois démocraliques. Tout l'atteste à nos yeux ; depuis deux fois mille ans, Si cette œuvre parfois s'est traînée à pas lents, Dès que la Presse aida le vol de la pensée, Par bonds impétueux elle s'est élancée; Comme un immense éclair qui remplit l'horizon, La Presse a déchiré la nuit de la raison; Avec la liberté, fille de la lumière.
L'alphabet est entré jusque dans la chaumière; Par ses types de ilammc il éclaire, il conduit La masse qui rampait dans une épaisse nuit , Franchit toute distance, écrase tout obstacle. Verrouillés autrefois au fond d'un tabernacle, Les trésors du savoir ne sont plus prisonniers. Le pauvre les achète avec quelques deniers; L'enfant insoucieux que la main de sa mère Traîne, à pas inégaux, vers l'école primaire, Épèle, en un seul jour^ plus de moralités. De hauts enseignem.ents, de saintes vérités. Qu'en vingt siècles entiers n'en purent faire éclore Les prêtres de Memphis^ Socrateet Pythagorc.
Et voilà, maintenant, qu'un prodige nouveau
Du monde social achève le niveau,
La Vapeur qui propage, à l'ombre de son aile.
L'ordre, la liberté, l'unité fraternelle.
Nous ne le verrons pas peut être; mais, du moins,
Nos fils, nos petits-fils en seront les témoins,
A son cbar colossal leur avenir s'enchaîne ;
Le gland planté par nous sera pour eux un chêne
Dont le tronc gigantesque étendra ses rameaux
Des sables du Niger aux glaçons esquimaux.
Alors disparaîtront, de l'une à l'autre zone,
Ces absurdes remparts où la peur s'emprisonne.
Ces fossés, ces cloisons que, dans son petit coin,
L'égoïsme isolé trace avec tant de soin ;
Les peuples voyageurs, dans leur pèlerinage,
Ne formeront entr'eux qu'un immense engrenage.
Échangeront leurs mœurs, leurs coutumes, leurs lois,
Et dans la même langue élèveront la voix.
Comme sur l'échiquier où notre main promène
Les bataillons d'ivoire à travers ceux d'ébène,
Tantôt la race blanche, avide de tout voir.
A CÎIATEAUBRIANT. 43
Ira rendre visite au sol du peuple noir, Tantôt sur des wagons, les fils de la Guinée Jusqu'à Vienne et Paris pousseront leur tournée ; Et s'il exiate encor des peuples sous le frein, Quand ils verront passer sur leur propre terrain Un long convoi chargé d'hommes heureux et lihres, Il sentiront au cœur crisper toutes leurs fibres Et jusque dans les mains des tyrans éperdus Ils iront arracher les droits qui leur sont dus.
Voyez de ce grand jour poindre le crépuscule;
Des rives de la Sprée aux colonnes d'Hercule,
Sur le lac genevois, sous le ciel allemand
Tout s'agite, tout marche au renouvellement;
Voyez trembler partout les idoles antiques;
Ces après détenteurs des pouvoirs despotiques
Qui, relégués dans l'ombre et murés dans leurs Cours,
Feignirent si long-temps d'être aveugles et sourds,
Sous l'arcrument des fcûts commencent à se rendre
Et sont forcés enfin de voir et de comprendre;
Ils sentent qu'à travers leurs doigts crispés en vain
S'échappe ce pouvoir qu'ils appelaient divin ;
Que tout maîlre, aujourd'hui, quelquenomquil s'arroge,
Sultan, czar, empereur, pape, consul ou doj^e,
S'il veut se maintenir au suprême escabeau,
De sa pourpre d'emprunt doit couper un lambeau.
Dès qu'autour d'eux le peuple élève sa voix forte.
Malgré les régimens qui veillent à leur porte.
Leurs remparts, leurs canons grinçant sur les affûts,
Sachant trop ce que peut leur coûter un refus.
Ils fléchissent, tournant toujours un œil oblique
Vers les sombres pavés de la place publique.
Toujours préoccupés du funeste signal
Qu'une tête leur lit du haut de Whitehall.
Voilà, depuis trente ans, ce que ta voix révèle : Maintenant que tes yeux ont vu la loi nouvelle, Tu peux dormir en paix, Siméon des Chrétiens! Quels jours furent jamais aussi pleins que les tiens! Ce siècle de ta gloire a vu le double faîte, Son plus grand écrivain fut son plus grand prophète. Chaque fois que ton verbe^ écho venu du ciel.
A CllATEAUBRIANT. dS
A pris la majesté dlïomèrB ou de Daniel
La terre a recueilli tes paroles fécondes;
Place comme un géant aux confins de deux mondes,
Tu plongeas ton regard infatigable et sûr
Dans un double infini, le passé, le futur.
Et ta pensée erra sur cette énigme immense
De la création qui finit et commence.
Avant que le passé, cadavre solennel.
Se coucLâl lentement dans l'abîme éternel,
Barde des anciens jours, sorti de ses entrailles,
Tu voulus célébrer ses grandes funérailles ;
Pendant qu'il s'enfonçait dans le gouffre oublieux.
Tu répandis sur lui de sublimes adieux;
Penché sur les fragmens de ses tours démolies,
Tu couvris ce long deuil de tes mélancolies ,
Tu jetas, dans un rhytbme à toi seul révélé.
Ta forte poésie au poème écroulé ;
Tu le vis s'effacer comme une ombre confuse.
Puis repoussant de toi les rêves de la muse,
De ton cœur de poète étouffant les regrets.
Dans un monde nouveau plein de vagues secrets
Tu vis surgir de l'ombre, à travers les espaces, La Babel à venir," la royauté des masses, La grande période où les hommes meilleurs, Sous les lois du progrès incessants travailleurs. Comme dans une ruche, empire des abeilles, Auront des prix égaux pour des œuvres pareilles. Et ne formeront plus qu'une sainte unité. Attribut de Dieu seul et de l'humanité. Voilà ce qu'expliqua ta puissante parole. Ah! nul homme jamais ne remplit un tel rôle. Ne saisit le secret que garde Jehova Sur le monde qui vient et celui qui s'en va. Ne pondéra si bien les deslins de la terre. Et, les regards fixés sur un double mystère. N'éleva dans ses mains, comme Châteaubriant, L'Occident d'un côté, de l'autre l'Orient.
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