OBSERVATION III
Clinique ophtalmologique de l’Hôtel-Dieu de Lyon, professeur RoLLer. (Thèse du docteur Marzer Guy, Lyon 1923.)
Zona ophtalmique gauche. — Syphilis datant de huit ans.
A... Louis, 45 ans, journalier.
Pas d’antécédents héréditaires ni collatéraux. Le malade a passé quinze ans aux Colonies ; a eu le paludisme. Chancre syphilitique de la verge en 1904. Gomme du voile du palais avec perforation en 1912.
En 1918 sont apparus, en même temps que des douleurs violentes à siège fronto-pariétal gauche, des accidents cutanés encore visibles à l’entrée du malade dans le service. Depuis 1918, le malade a eu de fréquentes crises douloureuses, durant huit à dix jours, suivies d’accalmies d’un à deux mois, et s’accompagnant de poussées éruptives localisées, comme les douleurs, à la moitié gauche de la tête.
Au cours de l’automne 1922, les crises douloureuses et les poussées éruptives augmentent d'intensité.
Le malade entre le 22 mars à la Clinique de M. le professeur Rollet, pour « troubles cornéens ».
A l'examen, on constate, au niveau des régions frontale et
pariétale gauches, une éruption cutanée formée uniquement de croûtes. La zone occupée par cette lésion est nettement délimitée en dedans par la ligne médiane. Aucune modification du côté droit. En arrière, les lésions s'étendent jusqu’à une ligne transversale passant par le sommet de la tête ; en bas et avant, on ne trouve pas de croûtes sur la région frontale, mais on note à cet endroit la présence de cicatrices multiples et blanchâtres occupant la région frontale gauche, alors que la région droite symétrique en est dépourvue. Aucun élément éruptif sur la joue.
L'’interrogatoire du malade révèle que les lésions croûteuses, seules observées actuellement, sont consécutives à des vésicules qui se sont desséchées.
Par l’examen de la sensibilité du sujet, il est facile de voir qu’il existe une anesthésie à peu près complète dans le territoire du nerf ophtalmique gauche et du nerf maxillaire supérieur du même côté. Les zones anesthésiées sont nettement limitées en dedans par la ligne médiane et, au niveau des territoires correspondants du côté droit, la sensibilité est normale. La cornée, les Conjonctives et les paupières gauches sont anesthésiées : les piqüres, le contact n’amènent aucune réaction.
Aucun signe de paralysie faciale.
Au niveau des yeux :
OEil droit : deux tiers, absolument normal.
OŒil gauche : un centième.
L'œil gauche présente, au niveau de la cornée, des ulcérations superficielles centrales et périphériques au nombre de quatre.
Ces ulcérations prennent la fluorescéine et paraissent superficielles. Il existe, en outre, des opacités qui paraissent un peu plus profondes, mais n'occupant pas toute l'épaisseur de la cornée.
Pupilles en myosis.
Après dilatation à l'atropine, on aperçoit sur la cristalloïde antérieure des dépôts pigmentaires ; il y avait aussi une synéchie postérieure à neuf heures, qui s’est rompue sous l'influence des mydriatiques.
Cataracte polaire antérieure.
Le fond d’œil paraît normal.
De plus, deux faits sont à signaler. Tout d’abord une hypotonie extrême de l’œil gauche, dont on peut se rendre compte à la palpation, mais que le tonomètre de Schiôtz rend encore plus évidente :
Tension de l’œil gauche : neuf.
Tension de l’œil droit : dix-huit.
(Ces mesures ont été faites avant l’atropinisation).
Il faut signaler, en outre, l’aplatissement de la cornée gauche que l'on peut voir en regardant la cornée de profil et que l’on peut mesurer à l’exophtalmomètre :
OEil droit : quatorze.
ήil gauche : douze.
La cornée est devenue aplatie et sa surface est tellement irrégulière qu'il est impossible de mesurer et de déterminer l’astigmatisme : les mires de l'ophtalmomètre de Javal étant complètement brouillées et devenues méconnaissables.