Leçons de thérapeutique [electronic resource]
L'empirisme en thérapeutique ne provient pas tant de l'insuffisance de nos connaissances sur les effets des médicaments, que de notre ignorance touchant les conditions dans lesquelles interviennent nos divers procédés d'action. Aussi ne tardet-il pas à être remplacé par des pratiques rationnelles au fur et à mesure des progrès accomplis dans l'étude de la physiologie pathologique des maladies ou des simples états morbides. Et, par suite, la plus grande satisfaction que puisse éprouver le thérapeutiste est celle que lui apporte la découverte de nouveaux procédés d'examen clinique, capables de fixer ses idées sur la nature de désordres pathologiques restés jusqu'alors obscurs au point de n'avoir pu être combattus qu'à l'aide de préceptes purement empiriques.
Cette satisfaction m'a été procurée, à propos de la médication antidyspeptique, grâce aux perfectionnements réalisés récemment, en particulier par mon préparateur, M. Winler, dans la technique de l'examen des troubles des fonctions gastriques.
Dans la publication que nous avons faite en
commun, M. Winter et moi, l'un de nous comparait l'exploration chimique de l'estomac à l'auscultation et à la percussion. Ce rapprochement est loin d'être forcé, car l'analyse chimique du suc stomacal a, par rapport aux affections gastriques, la même valeur diagnostique que l'auscultation et la percussion par rapport aux maladies de la poitrine. Cette analyse offre même cet avantage sur les autres modes d'examen clinique, d'être à l'abri des erreurs personnelles résultant de l'inhabileté ou de l'inattention de l'observateur. C'est un procédé ayant l'exactitude des opérations mathématiques et ne réclamant de la part du médecin aucun exercice des sens, aucun apprentissage difficile à acquérir : il peut être confié à tout aide ayant une certaine habitude des manipulations chimiques.
Je sais bien que tout progrès de ce genre n'est pas accepté d'emblée. Les praticiens pressés, débordés d'occupations, redoutent ce qui peut ralentir leurs rapides examens. Ils ne peuvent profiter d'une découverte scientifique que lorsqu'ils y sont contraints par les nécessités de la pratique et, jusqu'à présent, ils ont pu se tirer d'affaire tant bien que mal, dans leurs rapports avec les gastropathes, à l'aide de quelques médications systématiques. Mais ce n'est pas sans éprouver un sentiment pénible que j'ai entendu dans le sein d'une société d'élite, celle des médecins des hôpitaux, réclamer le droit de continuer à soigner les dyspeptiques et « les dilatés » sans recourir
à l'emploi des moyens capables de fournir un diagnostic plus précis.
11 n'y a qu'une manière de répondre à ces revendications que, de tout temps, ont soulevées les méthodes nouvelles : c'est de marcher en avant sans s'en inquiéter.
Les affections stomacales tiennent une telle place dans la pathologie humaine ; elles sont si grosses de conséquences directes ou éloignées, que tout ce qui les concerne présente un intérêt pratique de premier ordre. Je serais suffisamment récompensé de mes efforts si les leçons consacrées dans ce volume à la médication antidyspeptique pouvaient contribuer à en faire mieux connaître les signes diagnostics et les procédés de traitement.
Ce quatrième fascicule complète et termine la publication de la partie de mon cours consacrée aux Médications.
Il comprend la médication antidyspeptique, traitée une première fois pendant l'année 1889-1890 (semestre d'été) et de nouveau, avec de plus amples développements, cette année même (1891-1892, semestre d'hiver) ; les médications de la dyspnée, de la toux, de l'expectoration (cours de 1889-1890, semestre d'été), et celles de l'albuminurie, de l'urémie et des sueurs pathologiques (cours de 1890- 1891, semestre d'été).
J'ai dû accorder une place relativement considérable à la médication antidyspeptique qui, m'a
fourni l'occasion d'exposer d'une manière succincte les recherches personnelles auxquelles je me suis livré dans ces dernières années. Quand ces recherches auront fait l'objet des publications spéciales que je projette, il sera temps de réduire ce chapitre de mes leçons à ses justes proportions. La médication antidyspeptique n'en restera pas moins toujours une des plus importantes.
S'il m'a été possible de faire paraître rapidement ce volume, quelques mois à peine après avoir terminé mon cours, je le dois à deux de mes élèves, MM. P. Tissier et G. Lion, qui ont eu l'obligeance de recueillir et de rédiger mes leçons sur la médication antidyspeptique. Il m'est agréable de leur offrir ici l'expression de mes remercîments.