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DIX-NEUVIÈME LEÇON

MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE (SUITE)

Étude de l'élément dyspepsie {suite) : — Rôle de la dyspepsie dans les maladies : tuberculose {fin); maladies des reins; maladies du foie; maladies du cœur; maladies de la nutrition; maladies du système nerveux.

Messieurs,

Dyspepsie des Dans la dernière leçon, je vous ai présenté un rétubercuieux. sumé de mes observations relatives à l'état gastrique des phtisiques. Toutes ces observations se rapportent, vous vous en souvenez sans doute, à des faits dans lesquels la tuberculose était avérée. Dans tous les cas le chimisme était altéré. Nous pouvons donc nous demander si la dyspepsie est constante chez les tuberculeux. Pour bien trancher cette question, il faudrait examiner systématiquement tous les tuberculeux sans distinction. Bien que la série des malades que j'ai examinés ne soit pas suffisante, je crois cependant, que, grâce à la précision de la méthode de M. Winter, on trouverait presque constamment un certain degré de déviation des fonctions gastriques.

J'ai recueilli un certain nombre de faits ayant trait à des adolescents examinés à un moment où le diagnostic de la phtisie était encore douteux. Chez ces malades, qui par la suite sont devenus nettement tuberculeux, j'ai toujours constaté un état hyperpepti-

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que, le plus souvent de la variété chloro-organique, avec fermentation anormale. La dilatation était de règle. Telle est la gastropathie qui correspond à ce que M. Marfan a décrit sous le nom de syndrome gastrique initial.

Quand on constate chez les jeunes gens cette forme de dyspepsie, sans en trouver d'explication plausible, il faut redouter la tuberculose. Elle doit être •considérée comme un avertissement. Ce n'est pas qu'elle soit déjà la manifestation d'une maladie encore latente, mais elle paraît pouvoir préparer en quelque sorte le terrain et le rendre favorable en l'affaiblissant.

Il y a donc une grande importance à s'inquiéter de l'état gastrique des jeunes gens prédisposés ou héréditaires. Un signe qui vous mettra sur la voie et qui manque très rarement, c'est la dilatation stomacale.

Une douzaine d'observations, qui ne figurent pas dans ma statistique, se rapportent à des jeunes gens des deux sexes, chez lesquels j'ai constaté la dyspepsie en question et simultanément des râles de bronchite localisés aux sommets. J'ai craint pendant plusieurs mois le développement de la phtisie, mais celle-ci ne s 'étant pas confirmée, ces cas doivent me servir simplement à attirer votre attention sur un point de pratique intéressant.

Us vous montrent que tous les dyspeptiques menacés de tuberculose ne deviennent pas fatalement tuberculeux. La meilleure manière d'éviter le mal ou de l'enrayer c'est de traiter la dyspepsie.

Une fois la tuberculose déclarée, l'état gastrique tend à s aggraver et les diverses médications mises en jeu dans le traitement de l'affection pulmonaire ont souvent une influence manifeste sur cette aggravation.

G. Hayem. — IV.

L'huile de foie de morue, qui est la plus digestive de toutes les huiles, n'en est pas moins d'une digestion lente : en séjournant dans l'estomac, elle retarde encore l'évolution du processus stomacal. La créosote, les différents vins ou élixirs que l'on prescrit fréquemment pour soutenir les forces, les préparations arsenicales, peuvent encore augmenter les désordres gastriques. Aussi les nouvelles méthodes de traitement par inhalations, par injections sous-cutanées ou par voie rectale méritent-elles toute notre attention.

Les indications thérapeutiques qui découlent de l'étude de la dyspepsie des tuberculeux sont très simples. Il faut traiter activement et d'une manière soutenue l'état gastrique ou gastro-intestinal dès qu'il y a menace ou début de tuberculose. Il faudra tout d'abord s'adresser au régime, mais sans y apporter une sévérité trop rigoureuse. S'il est nécessaire d'éviter tous les aliments de digestion lente, encore est-il indispensable que ceux de facile digestion soient prescrits en quantité telle que le régime soit suffisamment réparateur. On est souvent très embarrassé à cause de l'anorexie et du dégoût qu'accusent les malades pour la viande, lesœufs et les aliments les plus substantiels. Dans ces casT le lavage de l'estomac suivi de gavages me semble être d'une grande utilité. L'appétit revient rapidement; le mauvais goût, que les malades accusent souvent dans la bouche, disparaît, et il est bientôt possible de faire supporter une nourriture réconfortante et même de suralimenter les malades.

A toutes les époques de la maladie, la dyspepsie devra être une de vos préoccupations constantes. Mais lorsque l'affection pulmonaire sera nettement déclarée ou même déjà avancée dans son évolution, il faudra

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surtout s'appliquer, non à guérir la gastropathie, mais à alimenter copieusement malgré l'état gastrique. La connaissance de celui-ci devra surtout vous guider dans le choix des moyens propres à atteindre ce but.

Les troubles intestinaux, la diarrhée, pourront parfois faire obstacle à l'alimentation intensive, car quel que soit leur type gastrique, les dyspeptiques tuberculeux sont plus sujets à la diarrhée que tous les autres dyspeptiques. Vous aurez donc à prescrire un régime qui devra prévenir ou même combattre cette disposition à la diarrhée.

L'association de la dyspepsie avec les maladies des différents organes est un fait banal. Cependant il existe bien peu d'études sur cette partie de la question.

Examinons, pour commencer, l'état gastrique des Dyspepsie néphrétiques. Je vous ai déjà dit que chez un assez grand nombre de dyspeptiques, l'urine renferme une certaine proportion d'albumine, sans qu'il y ait d'autre symptôme de néphrite.

Laissons de côté ces faits, et considérons uniquement les cas indiscutables d'affection rénale. L'état gastrique étudié dans 16 cas de mal de Bright m'a donné le tableau suivant :

Hyperpepsie générale . . . . j Sans fermentation. . 2 >

{ Avec fermentation.. 1 / — chloro- organique, sans fermenta- ( 5

tion 2)

1er degré, avec fermentation O

Hypopepsie. ) 2« - .. j Sans fermentation., l

( Avec fermentation . . 5 1 1 1

dans les néphrites.

3mc —

[ Sans fermentation . . 2 ' j Avec fermentation . . 2

Total,

Vous voyez, Messieurs, d'après ce tableau, que l'hy-

perpepsie n'est pas habituelle chez les brightiques. L'étude approfondie des faits va nous montrer qu'elle est même plus rare qu'elle ne le paraît au premier abord et que l'hypopepsie est la forme la plus ordinaire de la dyspepsie dans les néphrites.

En effet, sur les cinq cas d'hyperpepsie signalés, il y en a trois qui concernent des malades atteints d'urémie avec vomissements ou venant d'avoir une crise de vomissements; on peut admettre que l'estomac se trouvait dans ces cas dans un certain état d'excitation.

D'autre part, l'expérience m'a montré qu'il faut tenir compte de l'influence du régime lacté. Lorsqu'un malade est atteint d'une hypopepsie, même accentuée, et qu'on le soumet au régime lacté absolu, au bout de quelques semaines le chimisme stomacal, examiné avec le repas d'épreuve ordinaire, indique une excitation qui se traduit par un type hyperpeptique.

C'est ainsi qu'un brightique présentait à son entrée à l'hôpital le chimisme suivant :

Liquide abondant (80cc), filtrant facilement, coloré; peu de peptones, un peu de syntonine ; réaction acétique ou des acétates.

Après trois semaines de régime lacté absolu, on

obtenait :

Liquide abondant (60 "c c), assez bien émulsionné, filtrant assez facilement; peptones assez abondantes; réaction acétique.

Or, les malades qui sont rangés dans l'hyperpepsie suivaient le régime lacté depuis quelque temps, et il est

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probable que leur type s'est trouvé modifié au moment du repas d'épreuve. Il en résulte donc que le type gastrique que l'on constate au moment où le mal de Bright est à sa période d'état, est celui de l'hypopepsie.

Dans 4 cas sur 16, cette dernière a même atteint le troisième degré.

Neuf fois sur 16, il y avait fermentation anormale. La fermentation lactique a été observée à peu près aussi souvent que la fermentation acétique.

Dans la plupart des faits il n'y avait pas de dilatation de l'estomac. Celle-ci est, du reste, rare dans l'hypopepsie intense.

Il me paraît fort probable, d'après les résultats fournis par la cure lactée, que la gastropathie des néphritiques débute chimiquement par le type hyperpeptique ; que, bientôt, en raison de la concomitance d'une certaine irritation interstitielle avec l'irritation glandulaire, le type devient hypopeptique. C'est en calmant ou en faisant disparaître cette irritation interstitielle, quand les lésions stomacales ne sont pas encore trop avancées, que le régime lacté peut faire réapparaître le type hyperpeptique. Ces considérations deviendront bientôt plus compréhensibles pour vous, lorsque je vous aurai montré les rapports qui existent entre les types chimiques et les lésions anatomiques.

Il ne semble pas y avoir chez les brightiques de rapport entre le type chimique et la nature de l'afTection rénale, mais le nombre de mes observations n'est pas assez considérable pour que je me croie autorisé à trancher cette question.

Quel rapport y a-t-il entre la gastropathie et l'affection rénale? J'ai déjà traité ce point à propos de la médication de l'albuminurie.

J'ai discuté les différentes théories émises et j'ai été amené, étant donnée la fréquence de l'albuminurie dans la dyspepsie, à admettre comme probable l'influence de la mauvaise élaboration des aliments sur le développement de l'irritation rénale.

J'ajouterai que les résultats thérapeutiques sont favorables à cette hypothèse. Le régime lacté ne peut guère agir qu'en diminuant le passage dans le sang des matériaux irritants pour les reins. Il modifie du reste également d'une façon utile la gastropathie, et je vous ferai remarquer que les autres moyens recommandables dans le mal de Bright, tels que certaines cures thermales, sont également des procédés de la médication antidyspeptique.

Ne voulant pas revenir ici en détail sur une question déjà traitée à propos de l'albuminurie (1), je me résumerai, en disant que je crois fermement à l'importance de la médication antidyspeptique comme moyen préventif des néphrites, et que je la regarde même comme leur meilleur procédé curatif.

Parmi les cas qui figurent dans la précédente statistique, il en est un qui est particulièrement intéressant.

J'étais consulté il y a quatre ans par une femme polyurique, qui présentait une hypertrophie cardiaque avec bruit de galop, une légère quantité d'albumine dans les urines et des signes de dyspepsie avec dilatation de l'estomac.

J'instituai le régime lacté, je prescrivis une cure à Saint-Nectaire, et ce traitement amena la guérison do

(1) Les leçons auxquelles il est fait ici allusion sont publiées plus loin, mais elles ont été professées dans le cours qui a précédé immédiatement celui-ci.

la dyspepsie et de la dilatation, la disparition de l'albuminurie et de la polyurie.

Cette année se produisit une rechute. La dyspepsie se montra de nouveau sous forme douloureuse, sans dilatation. L'albuminurie et la polyurie réapparurent. 11 n'y avait pas de bruit de galop. L'examen du suc gastrique montra l'existence d'une hypopepsie avec fermentation anormale. Les lavages d'estomac, un régime approprié non exclusif dans lequel le lait n'entrait qu'à titre de boisson, amenèrent l'amélioration de la dyspepsie et parallèlement la disparition des signes de néphrite.

J'ai observé d'autres exemples de ce genre, mais tous plus graves, et dans lesquels je n'ai pas obtenu la disparition complète de l'albuminurie.

Messieurs, l'étude des relations qui existent entre la Dyspepsie dyspepsie et les maladies du foie a été presque com- maladies du plètement délaissée. Cependant le sujet est, à n'en foie, pas douter, intéressant, car l'anatomie et la physiologie indiquent l'existence de rapports étroits entre l'estomac et la glande hépatique. Les divers matériaux absorbés dans l'estomac : peptones, substances dérivées des amylacés, toxines s'il y en a, doivent passer par le foie pour y subir une élaboration particulière ; ils peuvent donc influencer cet organe. D'un autre côté, l'irritation duodénale, causée par l'afflux d'un liquide stomacal mal digéré, peut se propager au foie par le canal cholédoque, et réciproquement l'irritation du foie peut retentir sur l'estomac par suite du reflux de la bile dans la cavité gastrique.

Les observations que j'ai réunies sur ce sujet sont encore bien peu nombreuses. Elles montrent cependant que la question vaut la peine d'être étudiée.

Dans les cas d'ictère simple ou lithiasique, on rencontre invariablement de l'hyperpepsie. J'ai ainsi trouvé :

Hyperpepsie chloro-organique sans fermentation. . . 2

- chlorhydrique. j Sans fermentation.. . 1

( Avec fermentation ... 2

Dans un sixième cas, l'estomac était vide au bout d'une heure ; au bout d'une demi-heure on ne put retirer encore qu'une petite quantité de liquide qui permit seulement de doser l'acidité totale. Celle-ci était de 0,176, tandis que normalement on ne trouve que 0,075 au bout de la première demi-heure.

Dans trois des cas d'hyperpepsie, signalés plus hautr le liquide retiré après la première heure était peu abondant; il y avait donc simultanément irritation et faible sécrétion.

Une fois sur six seulement le contenu stomacal était vert et donnait la réaction de Gmelin.

Chez une jeune femme, actuellement dans mon service, et qui n'entre pas dans la statistique précédente, on constate les signes d'un embarras gastrique avec ictère léger, mais persistant. Il y a de la dilatation et l'estomac contient du liquide à jeun. L'expression ramène d'une façon constante un liquide chargé de bile. L'analyse a montré qu'il s'agissait d'un cas d'hyperpepsie légère avec retard de la digestion. Je n'ai pas rangé ce fait avec les autres, parce que l'ictère est resté ébauché et que la maladie prédominante est ici la gastropathie.

Un certain nombre de malades dyspeptiques présentent, sinon d'une manière continue, au moins à certains moments, un reflux de bile dans l'estomac Lorsqu'on pratique pour la première fois une expression gastrique ou un lavage, il est possible que l'excir

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tation produite par la sonde fasse refluer sous l'influence des efforts une certaine quantité débile. Mais indépendamment de ces faits, on observe chez des malades, habitués au siphonnement, un passage no table de bile dans l'estomac. Le fait n'est pas rare chez certains hyperchlorhydriques ; je crois même vous l'avoir déjà signalé. Chez la malade dont je viens de vous dire quelques mots, il y avait un retard des digestions et une sécrétion notable à jeun; mais celle-ci était muqueuse et complètement dépourvue d'acide chlorhydrique libre. Voici, en effet, les résultats chiffrés: Liquide extrait à jeun :

Liquide peu abondant (30 c c), jaune verdâtre, muqueux, filtrant péniblement; traces de résidus non alimentaires; réaction de Gmelin nette.

On peut donc s'attendre à rencontrer de la bile dans l'estomac dans des circonstances diverses. Aussi me paraît-il intéressant de rapprocher de ces renseignements cliniques les opinions qui ont été émises sur l'influence exercée par la bile sur la digestion gastrique.

Dans les expériences faites in vitro, la bile précipite la pepsine. En outre, d'après Maly, les acides biliaires se combineraient aux matières albuminoïdes. Lùber a admis qu'il n'y avait pas seulement précipitation de la pepsine, mais aussi modification de cette substance et des matières albuminoïdes. Cependant les expériences faites sur les animaux ont donné des résultats contraires. PourDastre, la bile introduite dans l'estomac n'a d'action ni sur la digestion, ni sur la nutrition. Odi est arrivé aux mêmes conclusions ; il a de plus noté

l'augmentation de l'appétit et du poids. Chez l'homme, le passage de la bile dans l'estomac n'entraînerait aucun inconvénient d'après Herzen. Un fait de Weill montre pourtant que de grandes quantités de bile empêchent la digestion. De petites quantités ne font probablement que la retarder; elles me paraissent être, de plus, une cause d'irritation pouvant se traduire par une augmentation de la sécrétion muqueuse.

Dans la lithiase biliaire sans ictère,' chez les personnes ayant présenté des coliques hépatiques, on trouve une hypopepsie plus ou moins marquée. Les faits que j'ai relevés sont du reste peu nombreux.

Peu nombreux aussi sont les cas de cirrhose examinés. Dans la forme hypertrophique j'ai constaté de l'hyperpepsie avec fermentation le plus souvent acétique. Dans la cirrhose atrophique il existait de i'hypopepsie ou de l'apepsie avec réaction lactique (2 cas). Dyspepsie des Les troubles stomacaux chez les cardiopathes ont été cardiaques. ^ étudiés. Plusieurs observateurs ont noté un certain degré d'hypochlorhydrie. Celle-ci serait due, d'après Ewald et Einhorn, non à la maladie du cœur, mais à l'existence concomitante d'une gastrite catarrhale. Dans les quelques observations que j'ai recueillies, les résullats ont été variables. Dans une thèse récente, M. Hautecœur, en se servant du procédé de M. Winter, a trouvé assez régulièrement un état hypopep tique. Dyspepsie Les rapports de la dyspepsie avec les maladies de la daBS les nutrition mériteraient de fixer d'une manière spéciale ,nttmon.la rattentiondes médecins. Certains auteurs, vous le savez, placent la cause de ces maladies dans un trouble du fonctionnement des cellules de l'organisme, mais rien n'est moins solidement établi, et il serait très important de savoir si la mauvaise élaboration des aliment

ne joue pas un rôle primordial dans le développement des différents états constitutionnels. La goutte, le rhumatisme, l'obésité ont certainement des relations avec les troubles digestifs, et il serait évidemment fort instructif de connaître la nature de ces rapports.

La goutte me paraît notamment, d'après les descriptions des auteurs, être une maladie capable de retentir sur l'estomac (gastrite goutteuse), et de prendre peut-être elle-même son point de départ dans la dyspepsie.

De toutes les maladies de la nutrition, le diabète a seul, jusqu'à présent, été l'objet de quelques travaux. Gans, Rosenstein, Honigmann ont trouvé tantôt de l'hyperacidité, tantôt de l'hypoacidité. Gans et Honigmann ont même noté un état gastrique variable d'un jour à l'autre chez le même malade.

Je n'ai encore étudié chimiquement l'état gastrique que chez 9 diabétiques. Ces faits sont résumés dans le tableau suivant :

/ générale avec fermentation 3 \

Hyperpepsie ? chloro-organique avec fermentation. . . 1 \ S

l chlorhydrique avec fermentation 1 J

Hypopepsie j ^ avec fe™tation 2 J 4

Ces 9 cas se partagent donc à peu près également entre l'hyperpepsie et l'hypopepsie. Mais dans tous, on note un certain degré de fermentation anormale. Celle-ci, bien que peu prononcée, était toujours notable. En général elle correspondait à la réaction acétique. Dans 2 cas les malades étaient tuberculeux.

Pour bien fixer vos idées, voici un exemple de chacune des formes hyperpeptique et hypopeptique.

L'exemple d'hyperpepsie a trait à un malade atteint de diabète maigre très intense :

Peptones abondantes, réaction de l'acide acétique.

L'exemple d'hypopepsie se rapporte à un malade affecté de petit diabète. Dans ce cas ancien il existait depuis longtemps des symptômes de dyspepsie :

Liquide peu abondant, filtrant lentement. Débris de pain mal digéré. Réaction acétique.

Je n'ai pas recherché s'il se produisait des variations dans l'état gastrique d'un jour à l'autre. Les diabétiques sont généralement d'un caractère difficile, et il n'est pas toujours possible de leur faire accepter le sondage plusieurs fois de suite.

Que conclure de ces faits ? Ils sont encore trop peu nombreux pour que nous puissions rien en déduire d'absolu. 11 semble toutefois que la dyspepsie, probablement avec lésions stomacales, soit un terrain favorable au développement du diabète, mais il se pourrait aussi que la polyphagie fût primitive et entraînât l'irritation stomacale dont l'hypopepsie est l'aboutissant.

En résumé, dans les maladies chroniques, l'estomac est presque toujours sérieusement malade, et je puis vous dire, par anticipation, que l'état gastropathique correspond dans ces cas à des lésions plus ou moins profondes de la muqueuse stomacale.

Il n'est évidemment pas possible de conclure de cette longue étude que les gastropathies engendrent les nombreuses maladies dans le cours desquelles on

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relève avec certitude les signes d'une affection gastrique ou gastro-intestinale. Cette concomitance extrêmement fréquente des troubles gastriques avec la plupart des autres maladies n'en est pas moins un fait des plus frappants. Quand on examine avec soin la filiation des phénomènes pathologiques, l'affection stomacale paraît être parfois une simple coïncidence ou un fait secondaire; mais dans bien des cas, on ne saurait mettre en doute son ancienneté, son antériorité sur les autres manifestations morbides, et on en arrive à penser que les désordres des fonctions digestives ont pu affaiblir la résistance de l'organisme vis-à-vis de certaines causes morbides (tuberculose par exemple) ou provoquer une sorte d'intoxication chronique, capable de se traduire par diverses maladies des organes ou de la nutrition, peut-être même par une affection nerveuse.

Ces considérations me conduisent tout naturellement Dyspepsie

nerveuse

à aborder la partie la plus difficile de notre étude, celle de la dyspepsie nerveuse, question de la plus haute importance au point de vue du traitement, car il s'agit de savoir si la plupart des dyspeptiques sont des névropathes, et doivent être traités comme tels, ou si, au contraire, l'existence d'un étatgastropathique -étant reconnue, le traitement gastrique ou gastro-intestinal proprement dit doit prendre le pas. Les difficultés d'appréciation que nous allons rencontrer tiennent à ce que, dans l'état actuel de nos connaissances, un certain nombre d'inconnues restent à dégager.

Toutes les fois qu'on a entrepris l'étude de la pathologie d'un système ou d'un appareil, la part faite aux névroses, c'est-à-dire aux maladies sans lésions

matérielles, a été considérable. C'est ainsi que, pour les affections du tube digestif, à l'époque où Ton réagissait contre les idées systématiques de Broussais, on a opposé la dyspepsie essentielle ou gastralgie, aux gastrites et aux gastro-entérites.

Plus tard, les progrès de l'anatomie pathologique ont permis d'assigner des caractères précis à un certain nombre d'affections et le champ des gastrites s'est de nouveau étendu.

Sous le nom de gastrite chronique, de « Magenkatarrh », on a réuni en Allemagne la presque totalité des dyspepsies, encore considérées dans les autres pays comme des névroses du tube digestif. Toutefois, les anatomistes, même les plus convaincus, ont dû presque tous faire une certaine place, si petite fût-elle, à la dyspepsie essentielle. C'est ce que vous pourrez voir dans les ouvrages allemands qui datent d'une vingtaine d'années.

Mais de tout temps, et encore aujourd'hui, le diagnostic entre « le catarrhe gastrique » et la dyspepsie est resté fort embarrassant.

Lorsque l'on a introduit dans la science les nouveaux procédés d'étude, on a eu tout à coup l'espoir d'arriver à un résultat plus précis. Aussi de toutes parts a-t-on, à l'aide des moyens que je vous ai fait connaître, poursuivi des travaux qui tous avaient pour but, quand on les considère dans leur ensemble, de distinguer les maladies avec lésions stomacales de celles qui sont purement nerveuses.

De ces premiers travaux, il est résulté précisément le contraire de ce qu'on aurait pu attendre. La minime part faite à la dyspepsie essentielle est allée en s'élargissant de plus en plus aux dépens de la gastrite, et

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aujourd'hui la dyspepsie nerveuse est devenue, même pour beaucoup de spécialistes, la dyspepsie banale, commune, tandis que l'inflammation chronique de l'estomac serait l'exception ou l'aboutissant de la première.

Je vous ai signalé chemin faisant les principales causes de ce revirement ; il est bon de les rappeler maintenant en les groupant.

— L'étude du chimisme gastrique, faite à l'aide de procédés insuffisants, laisse échapper un grand nombre de cas dans lesquels les opérations chimiques sont très défectueuses. On a donc trouvé chez beaucoup de malades, se plaignant de leurs digestions, un chimisme normal et l'on en a conclu à l'absence de lésions.

Quelques pathologistes ont fait de ce prétendu état normal du chimisme un caractère indiscutable des névroses, et ont classé tous les individus souffrant de l'estomac, tout en ayant une certaine acidité gastrique et une certaine quantité d'HCl libre, parmi les névropathes. J'ai trop souvent insisté sur cet ordre d'erreurs pour avoir besoin d'y revenir.

— L'étude du chimisme gastrique dans certaines maladies dont le caractère nosologique est indiscutable, comme l'ataxie locomotrice pour ne citer qu'un exemple bien caractéristique , a montré qu'il pouvait y avoir, au moment des crises dites gastriques, hypersécrétion d'un liquide acide. On a été ainsi conduit à reconnaître que les maladies nerveuses retentissent sur l'estomac et sont capables d'en troubler les sécrétions. Aussi a-t-on ajouté à la liste des névroses gastriques déjà connues, les névroses sécrétoires.

L'hyperaciditc ou l'hyperchlorhydrie d'origine ner-

veuse, mise en doute d'abord par certains pathologistes, est un fait aujourd'hui généralement admis, et, effectivement, son existence paraît bien démontrée. Mais on n'a pas tardé à étendre le domaine des troubles digestifs par névrose sécrétoire. Nous aurons à revenir sur ce point dans notre prochaine leçon.

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