‹ Leçons de thérapeutique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 28 sur 70 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE (SUITE) Moyens de la médication : Modificateurs hygiéniques : Régime; lait.

Messieurs,

Nous connaissons maintenant notre élément morbide et les indications qu'on peut en tirer. Nous allons éludier actuellement les moyens de la médication en précisant les indications que chacun de ces moyens est apte à remplir.

Plus lard, lorsque nous nous occuperons delà mise en œuvre de la médication, nous verrons comment ces moyens doivent être groupés lorsqu'on cherche à satisfaire les indications ressortissant aux diverses formes de dyspepsie.

Toutes les indications sont remplies par l'emploi judicieux des modificateurs dits hygiéniques, par celui des agents physiques et de moyens mécaniques, aidés de quelques pratiques révulsives et de l'administration d'un certain nombre d'agents médicamenteux.

Beaucoup de ceux-ci, vous le verrez, regardés autrefois comme très utiles, sont tombés en disgrâce. Cependant quelques-uns sont d'une grande activité, et dans ces dernières années leur mode d'emploi direct, à l'aide des lavages, leur a fait prendre une importance nouvelle.

Néanmoins, les procédés de l'hygiène et parlicu-

lièrement le régime restent la base de la médication et la condition essentielle du succès.

Le régime est constitué par un choix particulier d'aliments, visant leur qualité, leur quantité et leur mode d'ingeslion. Le régime comprend donc, en outre de la détermination des aliments et de leur quantité, la fixation du nombre et de l'heure des repas. De là, résultent des combinaisons très variées pouvant être facilement appropriées à chaque cas particulier.

Pour arriver à prescrire un régime convenable, il est nécessaire de connaître les aliments à un point de vue tout spécial.

Malgré l'importance attachée de tout temps à celte question, malgré les nombreux travaux des hygiénistes et des physiologistes, les points intéressants à connaître, avant tout, pour le thérapeutiste, n'ont été étudiés jusqu'ici que d'une manière tout à fait incomplète.

DigGstibilité Les questions physiologiques relatives à la digestion des aliments. pr0prement dite par les sucs digestifs, à la transformation et à l'absorption des aliments, considérées au point de vue de la statique nutritive, ne doivent pas êlre perdues de vue, car il est important de soutenir et par conséquent d'alimenter les malades autant que possible; mais il faut, avant tout, que les aliments puissent être tolérés et utilisés par les organes malades.

On s'est donc préoccupé, au point de vue thérapeutique, delà digestibilité des aliments sous les diverses formes culinaires qu'on peut leur faire subir. Complexe au point de vue physiologique, la question l'esl encore davantage du fait des conditions variées, créées par la maladie. Or, nous avons à nous inquiéter surtout ici des états stomacaux anormaux.

MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE. 309

Les opinions des ailleurs les plus compétents sur ce qu'il faut entendre par digestibilitê des aliments sont peu précises. Pour Bauer « c'est la somme des résistances qu'un aliment oppose aux sucs digestifs ». Si l'on acceptait cette définition, très physiologique, on aurait encore à se demander comment on peut calculer ces résistances. Si l'on consulte les auteurs qui ont fixé leur attention sur le point de vue pathologique, on voit que, par le fait, les recherches applicables à notre sujet ont été surtout poursuivies à l'aide d'observations faites sur les individus atteints de fistules gastriques ou intestinales.

Les fistules gastriques ont permis de recueillir des indications sur la durée du séjour dans l'estomac d'un grand nombre d'aliments ou de mélanges d'aliments.

A l'aide des fistules intestinales on a pu apprécier la quantité des substances résorbées dans le canal intestinal et la durée de la digestion totale des différents aliments. Ces dernières observations offrent surtout un intérêt physiologique.

Les résultats relevés sur les individus atteints de fistule gastrique, plus en rapport avec les problèmes dont nous avons à nous inquiéter en pathologie stomacale, ont été complétés, dans ces dernières années, par les recherches entreprises à l'aide de la pompe stomacale ou du siphon. On a pu calculer ainsi, chez des individus sains ou malades, la durée du séjour des divers aliments ou repas dans l'estomac. Vous vous souvenez sans doute que c'est à Leube que sont dues les premières recherches faites par celte méthode, employée plus tard par Jaworski et Gluzinski , par Boas, etc.

Je dois également rappeler que M. Leven s'est occupé de la même question, mais à l'aide d'un procédé

différent : il sacrifiait les chiens mis en expérience à un certain moment de la digestion d'un repas donné.

On peut objecter à toutes ces expériences et observations qu'elles ne permettent d'apprécier que l'évolution dans le temps de la digestion stomacale, la rapidité plus ou moins grande de l'évacuation. Or, nous avons vu que l'évacuation plus ou moins rapide de l'estomac ne dépend pas seulement de la digestibilité des aliments.

L'étude des déviations évolutives nous a montré, en effet, que l'évacuation hâtive correspond souvent à une digestion sommaire, parfois nulle. C'est ainsi que, chez les apeptiques, on peut déjà trouver l'estomac vide au bout d'une demi-heure.

La méthode du tubage est donc insuffisante; elle donne des résultats intéressants sur l'évolution de la digestion, mais elle doit être complétée par l'analyse chimique et par les différents modes d'examen dont nous pouvons actuellement disposer.

Voici comment on doit comprendre l'élude des aliments au point de vue thérapeutique ; malheureusement cette étude n'est applicable qu'à la digestion gastrique normale ou altérée :

Il faut d'abord s'inquiéter de la digestion d'un aliment donné, au point de vue chimique et évolutif, suivant les règles que nous avons adoptées pour l'étude de la digestion du repas d'épreuve, et cela dans les conditions les plus normales.

Il faut ensuite poursuivre l'étude du même aliment chez différents malades, atteints d'une affection bien définie, et faire autant que possible chez ces mêmes malades l'étude de divers aliments (lait, viande, pain, graisses, matières amylacées).

MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE. dii

En un mot, la méthode chimique doit être actuellement appliquée à l'étude des régimes.

Je poursuis depuis deux ans de nombreuses recherches dans cette voie, et déjà j'ai étudié suivant un plan analogue un certain nombre de médicaments, mais le champ à parcourir pour arriver à connaître les effets des régimes et ceux des agents médicamenteux ou des pratiques thérapeutiques, est tellement vaste qu'il faudra encore bien des efforts avant que le but soit atteint. J'appelle sur ce point l'attention de tous ceux qui voudraient concourir à faire avancer celte intéressante question. De nombreuses recherches de thérapeutique expérimentale permettront seules d'acquérir la connaissance exacte de ce qu'on doit prescrire, au point de vue du régime et au point de vue médicamenteux.

Nous allons commencer l'étude des aliments faile à Lait, notre point de vue spécial par le lait. Ce choix se justifie par l'importance de cet aliment, à la fois au point de vue physiologique et thérapeutique, car le lait joue un rôle considérable dans la médication antidyspeptique.

Comme nous n'avons pas encore eu l'occasion d'envisager le lait au point de vue médicamenteux, je ne me limiterai pas ici à la description de la manière dont il est digéré à l'état sain ou pathologique ; j'en ferai une étude complète, non en hygiéniste, mais en médecin.

Le lait est un liquide opaque d'une couleur sm generis, expliquée par la découverte anatomique de Leuwenhœck, qui le premier a reconnu les globules de graisse en suspension dans le plasma du lait. Sa densité dépasse, en général, 1030. Sa réaction est encore

mal déterminée ; bien qu'on admette généralement qu'elle est alcaline, elle a élé trouvée acide dans le lait tout frais. L'acidité, sans doute due à la présence d'acide carbonique en dissolution dans le lait qui vient d'être trait, est remplacée par une réaction alcaline après le dégagement de cet acide. Plus tard l'acidité reparaît lorsque les germes de l'atmosphère y ont fait développer de l'acide lactique. Mais il est possible qu'il existe encore dans le lait, même frais, d'autres produits acides encore indéterminés.

Abandonné à lui-même le lait se coagule au moment où,sousl'intluencede la fermentalionlactique, lacaséine se précipite. Aussi cette coagulation peut-elle être évitée lorsque le lait est conservé à l'abri des germes. Dans ces conditions, le lait au repos se sépare, d'après M. Duclaux, en quatre couches : l'inférieure est constituée par du phosphate tricalcique dans un état de grande ténuité ; la deuxième renferme en suspension de la caséine solide sous forme de précipité granuleux, extrêmement fin ; la troisième est un liquide rendu opalescent par la caséine soluble à l'état colloïdal ; enfin la couche superficielle, blanche, opaque, est presque exclusivement composée de globules butyreux. Le lait paraît donc être pour une certaine part une solution et pour une part plus importante encore une émulsion très parfaite. La grande prédominance du phosphate de chaux est en rapport avec les besoins de l'organisme des nouveau-nés, auxquels cet aliment est destiné.

On peut obtenir artificiellement la coagulation du lait à l'aide de nombreux moyens. Citons les acides, minéraux ou organiques, l'alcool, la gomme, le sucre, les fleurs d'artichaut ou des chardons, la présure, le suc obtenu par macération du testicule.

MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE. 313

Dans l'estomac l'agent actif de la coagulation est le ferment de la présure ou lob dont les conditions d'action ont été précisées par Hammarsten.

Le lait a sensiblement la même composition chez tous les animaux. On y trouve constamment de l'eau, de la caséine, du sucre de lait, du beurre, des sels minéraux, des gaz et, à titre de produits accessoires accidentels, de l'urée, de la lécithine, etc.

Parmi les analyses qui en ont été faites, je me contenterai de vous donner, sous forme de tableau, les résultats obtenus, par M. Féry :

Page 1