‹ Leçons de thérapeutique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 44 sur 70 · TRENTE-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-SIXIÈME LEÇON

Médicaments (suite) : purgatifs (suite).

Messieurs,

Purgatifs. J'ai commencé, dans la dernière leçon, l'étude des

Action purgatifs par l'examen de l'action purgative considérée générale. f & r r o

d'une manière générale. Vous connaissez maintenant la théorie de l'exaltation du péristaltisme.

La seconde théorie, celle de la transsudation que nous avons actuellement à considérer, a été défendue par Moreau pour les purgatifs salins. Dans une anse intestinale liée aux deux bouts, il injectait 4 grammes de sulfate de magnésie dissous dans 20 grammes d'eau. L'anse isolée se remplit de liquide. Legros et Onimus, à l'appui de la théorie de la transsudation, ont fait voir qu'une ampoule pleine d'eau, introduite dans l'intestin est animée d'oscillations régulières et continues que ne modifient pas l'effet des purgatifs.

Vulpian a repris la question et, pour se mettre à l'abri des erreurs possibles, il a opéré sur des chiens curarisés ou morphinisés. Il a choisi deux types de purgatifs : le sulfate de soude, d'une part, et la résine de jalap, d'autre part. Le premier déterminait du catarrhe intestinal sans exagération des mouvements péristaltiques , tandis que le second amenait une exagération

du périslaltisme et, en outre, un catarrhe intense du gros intestin .

Enfin, récemment, Brieger a fait des expériences plus précises. Il a divisé une anse intestinale en trois loges. Dans l'une, il n'introduisait rien, elle restait comme témoin ; dans les deux autres, il introduisait les substances à expérimenter. Avec le sulfate de soucie il a obtenu la transsudation d'un liquide digérant l'amidon et dissolvant la fibrine. L'huile de croton et l'extrait de coloquinte ont déterminé la même transsudation et, en outre, une inflammation exsudative. Le calomel, le séné, la rhubarbe, l'aloès, l'huile de ricin, n'ont provoqué qu'une augmentation des mouvements péristaltiques.

A mesure que les recherches se multiplient, on est conduit à cette donnée que les effets varient avec les substances employées. Parmi les travaux récents, je dois vous citer ceux de Hess (1886) qui introduisait par une fistule gastrique un ballon de caoutchouc pouvant se dilater et obstruer l'intestin et au-dessus duquel il versait le purgatif en expérience. En suivant la marche progressive du ballon jusqu'à l'anus, Hess pouvait apprécier l'influence du purgatif sur les mouvements péristaltiques. L'huile de croton a produit une accélération des mouvements intestinaux, au niveau de l'intestin grêle surtout; l'huile de ricin a déterminé un effet semblable dans le gros intestin.

Dans ces derniers temps, H. Kuchanewski a étudié la question sur des lapins. Il crut devoir pour se mettre à l'abri des sécrétions des glandes annexes du tube digestif, lier au préalable les canaux pancréatique et cholédoque. De plus afin d'éviter, autant que possible, la sécrétion des glandes propres de l'intestin, il atropi-

nisa les animaux en expérience. Il a vu ainsi que les purgatifs salins (solution de sulfate de soude à 15 p. 100) déterminent dans l'intestin une accumulation de liquide, à laquelle ne prennent aucune part les sécrétions glandulaires biliaire, pancréatique ou intestinale. Il y a seulement transsudation. En même temps le péristaltisme est augmenté ainsi que l'avait noté Hess et qu'il a pu lui-même le constater de visu.

Les faits démontrent donc que les deux principales théories que je viens de vous exposer contiennent une part de vérité. Il y a à la fois augmentation du péristaltisme et transsudation ; mais la part qui revient à l'un et à l'autre phénomène varie suivant les substances employées, et l'on peut dire que la théorie de la transsudation proposée par Moreau pour les purgatifs salins n'a pas été ébranlée.

La cause de l'accélération des mouvements péristaltiques peut être une action réflexe par excitation du filet nerveux allant aux ganglions intestinaux du sympathique, telle est la théorie de Traube, ou encore des filets du pneumogastrique comme l'a établi Wood pour l'huile de croton. Dans d'autres cas, enfin, il s'agit d'une excitation directe des parois intestinales et de leurs ganglions, etc. Les expériences de Hess semblent confirmer ce genre d'effet, déjà admis par Buchheim et par Kôhler pour le jalap et l'élatérium, avec lesquels ils ont pu suivre la propagation de proche en proche des mouvements péristaltiques.

Les coliques peuvent avoir pour point de départ l'excitation d'une partie quelconque du tube digestif. Elles ne sont pas dues toujours à l'irritation des nerfs intestinaux, puisque l'huile de croton, par exemple, en détermine avant même d'arriver dans l'intestin.

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Un certain nombre de purgatifs, considérés comme pouvant actionner la sécrétion biliaire, ont été désignés sous le nom de cholagognes. Ils ont fait l'objet de recherches nombreuses et d'expériences multipliées de la part de Rôhrig, d'H. Bennet, président de la commission d'Edimbourg, nommée par l'association britannique à l'effet d'élucider cette question, de Rutherford etVignal et plus récemment, de Prévost et Binet.

D'après Rutherford et Vignal, les principaux cholagogues sont l'aloès, la rhubarbe, le séné, le colchique, l'évonymine, la coloquinte, le jalap, le phosphate de soude, le calomel associé au sublimé. Le calomel seul n'augmenterait pas ou même diminuerait la sécrétion biliaire. La podophylline, le sulfate de soude, etc., ont une action cholagogue plus faible ; les huiles de croton et de ricin, la gomme gutte, le sulfate de magnésie, le chlorure de sodium, la scammonée ne sont pas cholagogues.

Prévost et Binet signalent surtout comme cholagogues la bile et, parmi les purgatifs, l'évonymine. L'aloès, l'acide cathartique et la rhubarbe, le sulfate de soude et le chlorure de sodium sont, d'après eux, légèrement cholagogues. Les autres corps seraient sans action*

Les expériences de ces derniers auteurs portent sur un moins grand nombre de substances que celles de Rutherford et Vignal.

Il ne faut pas croire que les purgatifs énergiques n'aient qu'une action purgative, ils agissent aussi sur les autres fonctions. Ils déterminent de l'anorexie, un affaiblissement de l'action digestive.

Tous les purgatifs tendent lorsqu'on en fait un usage prolongé à annihiler la fonction gastrique et j'ai déjà eu l'occasion de vous dire que l'un des plus inoffensifs

Effet cholagogue.

Effets généraux.

5i:0 LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE.

en apparence, le sulfate de soude, pouvait engendrer une gastropathie grave, susceptible d'aboutir à l'apcpsie. Je puis être aujourd'hui absolument formel sur ce point, car j'ai pu réunir plusieurs observations d'hypopepsie intense ou d'apepsie, dans lesquelles l'état gastrique ne pouvait être rattaché à aucune autre cause que les irritations passagères plus ou moins violentes et répétées produites par les purgatifs.

Lorsque l'action purgative est intense, elle entraîne un appauvrissement du sang en eau et en principes salins ; le sang emprunte alors de l'eau aux tissus et on peut voir disparaître certains épanchements (pleurésie, ascite).

L'action des purgatifs est analogue à celle du jeûne. Les purgatifs salins ne modifieraient pas, d'après Voit, les échanges albumineux, mais ils produiraient un accroissement des échanges gazeux, se traduisant par une augmentation de l'oxygène absorbé et de l'acide carbonique exhalé, ce que A. Lœvy explique par l'exagération de l'activité musculaire et sécrétoire de l'intestin.

Enfin quelques purgatifs végétaux exercent après leur absorption une certaine action sur les centres nerveux.

Le plus souvent les purgatifs sont pris par la bouche. Comme ils exercent des effets gastriques, il est important de savoir qu'ils peuvent être introduits par d'autres voies, par le rectum ou même par injections sous-cutanées.

Cette dernière méthode présenterait plus d'inconvénients que d'avantages. Hiller, qui s'en est le plus occupé, a pu obtenir un effet purgatif, même très énergique, en se servant notamment de l'aloïne. Malheu-

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reusement les injections sont mal tolérées et donnent lieu à des indurations.

La voie rectale a été utilisée dès la plus haute antiquité. Les lavements agissent par leur masse et par leur composition. Hiller a démontré que l'absorption des principes actifs dans le rectum amène de très bons effets. Il recommande particulièrement sous ce rapport l'aloïne et la colocynthine, aux doses de 10 à 20 centigrammes.

Après ces considérations générales, nous pouvons Sulfate de aborder l'étude des purgatifs les plus importants. Nous commencerons par les purgatifs salins, dont le type est le sulfate de soude Na2S04 + 7H20, sel qui se présente sous forme de prismes efflorescents, assez solubles.

Ce corps est intéressant en raison de son existence à l'état normal dans l'organisme. Il y est introduit, ainsi que le sulfate de potasse, avec les aliments, surtout avec les aliments azotés. Ces deux corps peuvent d'ailleurs provenir aussi de l'oxydation des sulfures correspondants. Gorup-Besanez et Lehmann les considèrent comme des produits de désassimilation.

Ils ne sont éliminés par l'intestin que lorsqu'ils sont pris en excès. Lorsqu'ils sont ingérés à petites doses, une partie se transforme en sulfure, l'autre est absorbée en nature, de sorte qu'il faut arriver à certaines doses lorsqu'on veut obtenir un effet purgatif.

Jusqu'à 5 grammes, l'action est généralement nulle et peut même produire de la constipation, mais il faut tenir compte des réactions individuelles, car certains sujets peuvent être purgés à doses très faibles. C'est ce que j'ai observé chez plusieurs gaslropathes auxquels j'avais prescrit, comme médicament gastrique, du sulfate de soude à petites doses. J'ai dû en suspendre

l'administration parce qu'il déterminait, non accidentellement, mais chaque jour, un effet purgatif.

La dose de 5 grammes, répétée toutes les cinq heures, n'est généralement pas, non plus, suivie d'effet sensible; elle est purgative lorsqu'elle est renouvelée toutes les heures. Il faut arriver à la dose de 15 à 30 grammes en une fois, pour obtenir un effet purgatif net, qui se manifeste par des coliques, des gaz fétides, des selles aqueuses, sans albumine. Vingt-quatre heures après, les selles sont encore molles.

La concentration de la solution est sans influence sur son action.

L'appétit est ordinairement conservé et l'état gastrique peu ou pas modifié. Mais ceci n'est vrai que pour une seule dose et cesse de l'être lorsque les doses sont répétées.

L'effet purgatif est suivi de constipation qui persiste un et quelquefois deux et même trois jours. Ce fait est rapporté parRabuteau (1866) à la résorption d'une partie du sulfate de soude ingéré. Cet auteur a vu, en effet, que l'injection intra-veineuse de sulfate de soude produit de la constipation, ivers purga- Les autres purgatifs salins ont sensiblement la même tifs salins, action que le sulfate de soude ; la constipation qui succède à leur effet purgatif a la même origine.

Le chlorure de magnésium, les hyposulfites de soude et de magnésie, le phosphate de soude, le sulfovinate, etc., administrés à dose purgative sont en partie résorbés et comme ils mettent deux ou trois jours à s'éliminer (Rabuteau), ils produisent une constipation consécutive.

Nous avons déjà parlé de l'action des purgatifs salins sur les oxydations. Seegen a noté une diminution

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constante de l'urée à la suite de l'administration de petites doses. Le même fait a été retrouvé par Meyer, tandis que Voit n'a pu le vérifier dans ses expériences sur le chien. Je l'ai cependant observé plusieurs fois chez des malades azoturiques qui avaient pris 4 à 5 grammes de sulfate de soude par jour pendant deux à trois semaines sans rien changer à leur régime. On observe, en outre une augmentation des sulfates urinaires et une diminution de l'acidité ou même un état alcalin des urines (Wôhler, Miahle).

Le sulfate de magnésie, MgS04 + 7H20, produit les Sulfate mêmes effets purgatifs que le sulfate de soude, de demagnésiesorte que comme il est moins amer que ce dernier on l'associe souvent à lui :

Sulfate de soude )

— de magnésie j aa 10 gr.

On peut encore employer de la même façon le phos- Phosphate de phate neutre de soude Na2HPh04 f 1 2H20, qui est d'un soudeusage moins courant. Ce sel cristallise en prismes transparents et incolores, très solubles dans l'eau, et possède une saveur sensiblement moins désagréable que celle du sulfate de soude.

Les sulfovinates ont été introduits en thérapeutique Suifovinates. par Rabuteau; celui de soude purge à la dose de 15 à 25 grammes. Il n'a pas de saveur amère et laisse dans la bouche un arrière-goût sucré. Ces sels ont l'inconvénient de se conserver très difficilement.

Les hyposulfites de soude et de magnésie sont aussi de bons purgatifs, mais ils ne sont pas employés.

Je vous dirai seulement quelques mots des sels al- citrates câlins à bases organiques, assez souvent utilisés, parti- ct taitratèsculièrement des citrates et des tartrates de soude, de

G. Hayem. — IV. 33

potasse et de magnésie, dont les propriétés purgatives sont connues depuis longtemps.

Le citrate de soude est un sel incolore, efflorescent, à saveur non amère, laissant un arrière-goût alcalin. On le prescrit à la dose de 40 à 50 grammes, dans trois verres d'eau.

Le citrate de magnésie est un sel blanc, retenant une grande proportion d'eau de cristallisation, ne possédant pas l'amertume des autres sels de magnésie. Soluble dans l'eau, il est insoluble dans l'alcool. Il se donne le plus souvent en limonade à la dose élevée de 50 grammes de sel supposé cristallisé.

Voici la formule ordinaire de cette limonade :

Magnésie carbonatée 18 gr.

Acide citrique 30

Sirop de limons 100

Eau 300

Chlorures.

Eaux miuérales purgatives.

Dans la médecine infantile, on se sert souvent du sel de Seignette, ou tartrate de potasse et de soude, qui possède un goût relativement faible. Chez les enfants il s'emploie à la dose de 10 à 20 grammes suivant l'âge; chez l'adulte à la dose de 30 grammes.

On a aussi prescrit quelquefois le tartrate boricopotassique ou la crème de tartre soluble (30 gr.).

Les chlorures de sodium et de magnésium ne sont intéressants qu'en raison de leur présence dans certaines eaux purgatives, que les médecins substituent souvent aux purgatifs et que les malades se procurent avec trop de facilité.

L'eau minérale purgative la plus anciennement connue est l'eau de Sedlitz(près de Prague), qui sert de type pour la fabrication des eaux artificielles. Elle contient

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par litre 28,2 de sulfate de magnésie, 6,6 de sulfate de soude, 5,2 de sulfate de chaux, 2 grammes de carbonate de chaux et une petite quantité de carbonate de magnésie, maintenu à l'état de bicarbonate par l'acide carbonique.

A la dose de 2 à 4 verres, elle détermine une purgation complète.

Parmi les autres eaux purgatives, citons l'eau de Seidschutz, qui a les mêmes propriétés, l'eau de Pullna, qui contient du sulfate de soude et du sulfate de magnésie et est fortement purgative, l'eau d'Epsom à base de sulfate de magnésie, l'eau de Rubinat très riche en sulfate de soude et de magnésie, l'eau d'Hunyadi-Janos plus riche encore, l'eau de Montmirail, etc.

Toutes ces eaux sont prises à domicile; mais beaucoup d'autres eaux minérales, prises aux stations, jouissent de propriétés laxatives. Nous y reviendrons plus lard.

Après les purgatifs salins, nous avons à envisager le tartre stibié, la magnésie et lecalomel. Je n'ai à décrire ici que ce dernier.

Le calomel, protochlorure de mercure, mercure doux, a été obtenu pour la première.fois, en 1755, par Th. de Mayenne. Dans les pharmacies, on en trouve trois variétés, le mercure doux ordinaire, obtenu par sublimation, le calomel à la vapeur, qui se présente à l'état pulvérulent, et le précipité blanc, préparé par précipitation. Ce dernier est employé à l'extérieur; à l'intérieur on se sert du mercure doux. C'est une substance blanc grisâtre, lourde, insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, solubledans le chlore qui la transforme en bichlorure. Le calomel n'exerce pas comme ce dernier d'action corrosive sur les tissus, cependant dans l'esto-

mac il produit, lorsqu'il est ingéré à hautes doses, des douleurs et parfois des vomissements.

Le calomel est très usité parles Anglais. Comme purgatif, il se donne ordinairement en une fois, à une dose qui peut varier de 0,40 à 1 gramme. Il détermine une augmentation de la péristaltique, aussi amène-t-il souvent des coliques violentes. Il est indiqué pour cette raisonde lui associer un correctif, l'opium brut (2 centigr.), qui diminue les coliques sans gêner l'effet purgatif.

A cette dose le calomel ne détermine pas d'effets généraux. La purgation se produit au bout de trois à quatre heures ; elle donne lieu à plusieurs selles, modérément copieuses, présentant une coloration verdâtre spéciale, qui a fait croire au public et même aux médecins que le calomel était fortement cholagogue, opinion d'autant plus rationnelle en apparence, qu'Use montre souvent utile dans les cas de stase biliaire.

On peut encore obtenir un effet purgatif en administrant le calomel à doses fractionnées de 0,05 à 0,20 toutes les heures. C'est dans ces conditions que se manifeste chez les cardiaques l'action diurétique déjà étudiée dans nos leçons antérieures. Les médecins anglais le font prendre à doses massives, de i à 4 grammes, dans certaines diarrhées. Il agirait alors comme topique à la façon du sous-nitrate de bismuth (Gubler).

Je dois vous rappeler aussi qu'à dose fractionnée (méthode de Law, 5 centigrammes en douze prises), le calomel produit une intoxication mercurielle aiguë plus ou moins intense, caractérisée surtout par de la salivation.

Quelle est la cause de la variabilité des effets suivant la dose ?

D'après Mialhe et d'après Voit, qui a accepté la théorie

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de cet auteur, une partie du calomel se transformerait en biehlorure en présence du chlorure de sodium, lequel bichlorure serait absorbé ou transformé en albuminate insoluble, de sorte que l'administration de calomel équivaudrait à l'administration de sublimé.

Mais, d'après Riederer et Radziejewski, il ne peut se former de bichlorure que par un séjour prolongé du calomel dans le tube digestif. Les fortes doses détermineraient surtout une augmentation de la péristaltique, d'où coliques et diarrhée. Ces observateurs admettent aussi qu'il se produit un albuminate insoluble.

La coloration verte des selles, selles calomélaniques, que nous avons déjà notée, ne se montre habituellement qu'après plusieurs prises. Buchheim la rapporte à la bile. Celle-ci resterait verte et ne subirait pas sa réduction habituelle, par suite des propriétés antiseptiques du calomel (Wasilieff).

Les théories de l'action purgative du calomel n'expliquent pas pourquoi ce médicament pris à petites doses fait naître la salivation beaucoup plus souvent et plus facilement que le bichlorure.

Les recherches entreprises depuis n'ont guère fait avancer la question. Polk a incriminé le sucre en poudre, administré souvent en même temps que le calomel, et qui, de même que la magnésie calcinée, formerait du bichlorure. Bernardi a protesté contre cette opinion sur l'action nocive du sucre.

Bellini, qui a fait une étude très complète des transformations du calomel, pris à jeun ou dans le cours des digestions, pense que lorsqu'il est ingéré à jeun une très petite partie est transformée dans l'estomac, une partie plus grande dans l'intestin grêle, en un composé soluble. Les agents de cette transformation seraient

dans l'estomac les chlorures alcalins et l'acide lactique, dans l'intestin les carbonates alcalins.

Pour Fleischer (1885) une faible proportion du calomel, presque insoluble dans l'eau pure, se transformerait en bichlorure dans l'eau contenant du chlorure de sodium. Cette production de sublimé serait facilitée par les températures élevées.

La solution d'acide chlorhydrique à 0,25 p. 100 ne déterminerait la formation que de très petites quantités de bichlorure.

Verne a trouvé que le chlorure de sodium même à 40° n'a aucune action sur le calomel soit seul, soit en présence de l'albumine. C'est l'albumine non coagulée qui réduirait le calomel, en déterminant la formation de protoxyde de mercure qui donnerait naissance à un albuminate légèrement soluble.

Enfin M. Mossé (1887) a administré à des chiens du calomel tantôt seul, tantôt suivi de l'ingestion de chlorure de sodium. Un seul chien, qui avait ingéré 10 grammes de chlorure de sodium, eut des selles sanguinolentes.

Les craintes sur l'emploi du sel après l'ingestion du calomel paraissent donc être exagérées.

Il est beaucoup plus important d'éviter l'eau de laurier-cerise ou toute potion contenant une émulsion d'amandes, car il se produit alors du cyanure de mercure qui, même à dose infinitésimale, est très toxique.

L'action du calomel sur la sécrétion biliaire, déjà mise en doute par Scott, H. Bennet (Comité d'Edimbourg), ne peut plus être admise. L'effet favorable du calomel dans les maladies du foie avec ictère, paraît dû à l'évacuation de la bile déjà formée par excitation des contractions de la vésicule biliaire. En tout cas, Sacharijn a fait voir les bons effets qu'on en

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peut obtenir dans les maladies du foie avec ictère.

Ajoutons que pour Radziejewski, le calomel augmente la sécrétion pancréatique.

A dose massive, de 1 à 4 grammes, selon la méthode anglaise, il peut être considéré comme antiseptique intestinal. C'est ainsi qu'il se montrerait utile dans certaines formes de diarrhée. Gubler en faisait, dans ces cas, un simple absorbant, agissant à la façon du sousnitrate de bismuth.

Les purgatifs aromatiques, dont le nombre est considérable, bien que très anciennement connus, n'ont guère donné lieu qu'à des recherches chimiques; les substances actives que l'on en a retirées n'ont pas encore pris rang dans la pratique courante.

Un des plus importants parmi les purgatifs aroma- Séné, tiques est ïe séné, dont le principe actif est l'acide catharlique.

Les principales variétés commerciales sont Yacutifolia, à feuilles aiguës, importé d'Egypte ; Yovata, à feuilles ovées, provenant de Tripoli et de Sennaar; Vobovata, à feuilles obovées, provenant d'Alep, de Syrie et du Sénégal. Toutes ces variétés de séné contiennent, d'après des expériences qui remontent à Dragendorff et à Kubly, de l'acide cathartique, substance glycosidique, non dialysable, non cristallisable.

C'est un principe probablement complexe (Stock- Acide mann) qui se présente sous l'apparence d'une poudre cathartiq amorphe d'un brun verdâtre, à saveur légèrement acidulée, inodore, se dissolvant assez facilement dans l'eau et la glycérine.

Cet acide se trouve dans le séné en partie libre et en partie à l'état de combinaison avec le calcium et le magnésium.

A côté de l'acide cathartique, on trouve encore dans la plante un principe colorant qui se rapproche de l'acide chrysophanique. Il faut lui attribuer la coloration jaune (Martius) et même parfois rouge que prend l'urine.

Malgré un certain nombre d'essais favorables l'acide cathartique n'est pas utilisé. Il est purgatif aux doses de 0,20 à 0,30 et produit des coliques et de la diarrhée ; il s'élimine en nature par l'urine et les autres sécrétions. Aussi le lait des nourrices qui ont pris du séné devient-il purgatif pour leurs nourrissons.

En injections sous-cutanées, pratiquées par Hiller avec une solution alcaline, il a produit à la dose de 0,10 un effet purgatif.

Il y a dix siècles que l'on emploie les follicules de séné, le plus souvent en infusion. Celle-ci possède une saveur amère, désagréable et une odeur particulière. A petites doses, le séné en infusion est laxatif et provoque des selles molles, sans douleurs; à doses plus fortes il amène de la diarrhée.

Les doses de l'acide cathartique sont, pour l'adulte, de 0,25 à 0,40; pour les enfants, de 0,15 à 0,20 et, pour les tout jeunes enfants, de 0,10 seulement.

La dose purgative de follicules est de 0,50 à 1,50; avec 2 à 5 grammes on détermine une purgation énergique. Il se produit à la dose de 2 grammes, d'abord des borborygmes, puis au bout de cinq heures des selles molles, sans coliques. La diarrhée, non bilieuse, persiste vingt-quatre heures. Il y a en même temps perte de l'appétit et ralentissement passager du pouls, d'après Martius.

Le séné est souvent associé à des purgatifs salins, quelquefois à des purgatifs légers. On le donne de pré-

férence en lavement, dont voici la formule classique :

Follicules de séné Sulfate de soude. .

Eau bouillante . . .

10 à 20 gr.

Le séné s'administre encore sous des formes multiples : thé de Saint-Germain, électuaire lénitif, infusés composés, sirop de séné et de manne, etc.

La rhubarbe, un des purgatifs le plus anciennement Rhubarbe, connus, était considérée autrefois comme la racine d'une polygonée, le rheum palmatum; elle serait, d'après les données nouvelles, la tige du rheum officinale, originaire de la Tartarie chinoise ; elle viendrait directement de Chine. On récolte aussi, en France, une rhubarbe indigène.

La rhubarbe se présente en masses compactes de couleur jaune plus ou moins pure, veinée de taches rouges. Elle possède une odeur assez forte, une saveur amère astringente ; elle est dure sous la dent et colore la salive en jaune.

L'analyse chimique y montre un acide amorphe, voisin de l'acide cathartique (Kubly), et c'est pour cette raison que je la rapproche du séné. A côté de cet acide, on trouve une faible proportion d'acide chrysophanique ou rhéique (Henry), d'acide rhéotannique, etc.

A faible dose, de 0,05 à 0,30, la rhubarbe, que l'on prescrit le plus souvent en poudre, n'a pas d'effet purgatif : l'action de l'acide rhéotannique qui est antifermentescible est prédominante et il survient, chez l'homme sain, de la constipation.

A dose plus élevée, l'action de l'acide cathartique l'emporte et, au bout de cinq à six heures, il se produit des selles molles, avec coliques. L'effet purgatif est suivi de constipation.

Les matières diarrhéiques, l'urine, le mucus, le lait prennent une coloration jaune.

La rhubarbe se prescrit en poudre ou en pilules, à la dose de 0,02 à 0,50 comme stomachique; en infusion à la dose de 1 à 5 grammes comme purgatif.

On trouve encore en pharmacie d'autres formes : extraits, teinture, sirop, vin, etc.

Après la rhubarbe, il faut placer plusieurs autres purgatifs contenant de l'acide cathartique et un principe colorant. Leur action se rapproche de celle du séné et de la rhubarbe :

Bourdaine. L'écorce de bourdaine, rhamnus frangula, se prescrit en décoction, à la dose de 10 grammes pour 500 grammes d'eau, ordinairement en association avec des sels neutres.

Nerprun. Les baies de nerprun, fructusrhamni cathartica, sont surtout employées en sirop, à la dose de 30 à 50 grammes, dans les lavements composés.

Cascara Nous rapprocherons de ces deux derniers médicaments, un nouveau purgatif, le cascara sarjrada, ou écorce sacrée, du rhamnus purshia?ia, de la famille des rhamnées.

Il est originaire des côtes de l'océan Pacifique et nous vient de Californie.

L'écorce de cascara ressemble assez bien aux grosses écorces de quinquina gris ; lorsqu'on la gratte, on met à nu un tissu jaune pâle: d'une coloration analogue à celle de la rhubarbe.

Sa composition chimique a été étudiée par Albert Prescott (de Michigan), en 1879, et par M. Limousin, qui y a trouvé des dérivés de l'acide chrysophanique.

Le cascara sagrada est employé en Amérique sous forme d'extrait fluide (Bundy). En France, on le donne

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de préférence réduit en poudre. A la dose de 0,25, il agit simplement comme laxatif (Landowski). Il détermine une augmentation de l'appétit et une amélioration des digestions, etc., et produit, d'après Tschelzoff, une sécrétion plus abondante du suc gastrique et du suc pancréatique. Mais si on renouvelle trois ou quatre fois la dose de 0,25, on obtient une purgation, habituellement sans coliques.

C'est un purgatif particulièrement recommandable daDs la constipation opiniâtre.

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