‹ Leçons de thérapeutique [electronic resource] (volume 2)Chapitre 8 sur 70 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE (SUITE)

Étude de l'élément Dyspepsie (suite). — Caractères séméiologiques principaux de la dyspepsie. — Détermination des types chimiques : altérations quantitatives et qualitatives du processus intra-stomacal.

Messieurs,

Après ce préambule physiologique, nous pouvons aborder l'étude de notre élément morbide, la dyspepsie.

En l'envisageant tout d'abord au point de vue séméiologique je n'aurai qu'à vous en rappeler les traits principaux. Il me faudra cependant entrer dans quelques détails au sujet des caractères qui vous sont le moins connus et d'où l'on tire précisément les principales indications.

C'est pour ce motif que j'ai commencé par l'examen de nos connaissances sur la chimie gastrique, le chimisme pathologique étant cà la fois le côté le plus nouvellement étudié et le plus intéressant pour la pratique.

Types cmmi- A vant d'entrer dans l'exposé de mes propres recherques admis ches, je dois vous résumer très brièvement les faits Lesirs. antérieurement établis.

Vous savez que les médecins se sont spécialement occupés des troubles de la sécrétion chlorhydrique etpep-

tique et l'on a admis deux types chimiques que l'on a désignés sous les noms d'hyperacidité et d'anacidité en Allemagne, d'hyperchlorhydrie et d'anachlorhydrie en France.

Je vous ai dit pourquoi les expressions hyperacidité et hyperchlorhydrie, anacidi té et anachlorhydrie, doivent être considérées comme synonymes.

Le premier type, l'hyperacidité ou hyperchlorhydrie a été élevé par divers auteurs au rang de maladie particulière, dont la première description serait due à Reichmann (1882). L'observation de ce médecin se rapporte à un cas de gastrosuccorrhée. Depuis, la même maladie a été rencontrée par beaucoup d'autres observateurs, parmi lesquels nous citerons Jaworski et Gluzinski, van den Velden, Riegel et, en France, M. G. Sée et ses élèves MM. Durand-Fardel et Mathieu.

On tend à en admettre deux variétés; lune aiguë, passagère, qui serait le plus souvent l'expression d'un état nerveux, et l'autre chronique.

Enfin, dans ces dernières années, on a signalé souvent l'hyperacidité ou l'hyperchlorhydrie dans un assez grand nombre d'états pathologiques ; nous aurons l'occasion de revenir sur ce point.

L'anacidité ou anachlorhydrie serait également un type fréquent. Cependant, Riegel en Allemagne et M. G. Sée en France la croient plus rare que l'hyperchlorhydrie.

C'est le type des gastropathies symptomatiques , à 1 excepl.on de l'ulcère. En outre, divers auteurs, entre autres Ewald, le considèrent aussi comme pouvant être 1 expression, le résultat d'une névrose fanacidité nerveuse).

Rien de plus simple, par conséquent, que les types

G. Hayem. — IV. -

chimiques, lorsqu'on se borne à faire, comme cela a eu lieu dans les premiers travaux publiés sur la chimie gastrique, la recherche de l'acidité totale et de l'acide chlorhydrique libre.

Résumons sous forme de tableau les divisions admises jusqu'ici par les auteurs. Nous avons deux types, l'hyperacidité et l'hypoacidité, se subdivisant euxmêmes, le premier en hyperacidité protopathique, hyperacidité symptomatique d'une maladie nerveuse; le second en hypoacidité protopatique nerveuse et en hypoacidité symptomatique, particulièrement des gastrites diverses et du cancer.

Types chimiques pathologiques.

Bases du classement.

A. Hyperacidité ou hy- l Maladie protopathique ou liée à une

perchlorhydrie . . j affection nerveuse.

B. Hypoacidité ou hy- j Maladie protopathique nerveuse.

pochlorhydrie. . . j Maladie symptomatique.

Les résultats auxquels m'ont conduit mes recherches personnelles sont forcément plus complexes, et cela se conçoit sans peine en raison de la multiplicité des facteurs dont nous avons à tenir compte.

J'entends rester sur le terrain de la. séméiologie pure; c'est là une considération que vous ne devez pas perdre de vue. Les types que nous allons étudier sont de simples types chimiques ; ce sont de simples caractères séméiologiques.

Les considérations physiologiques dans lesquelles je suis entré dans les leçons précédentes permettent de comprendre facilement la clef de la classification de ces différents types.

Je vous rappelle encore une fois la signification des diverses valeurs dosées : T chlore total, F chlore fixe; H et C, acide chlorhydrique libre et en combinaison

organique ; A acidité totale, et a rapport entre les divers facteurs de cette acidité.

Ces valeurs se groupent physiologiquement de la manière suivante, formant ainsi un ensemble, qui représente la pepsie :

T = expression de la chlorurie, de la sécrétion chlorée totale.

F = expression de l'utilisation du chlore sécrété.

J = expression de la chlorhydrie, c'est-à-dire des

produits chlorés de la réaction fermentative.

A = expression des divers facteurs de l'acidité.

a = expression des rapports entre les divers facteurs de cette acidité.

Il est nécessaire de tenir compte de chacune de ces quantités pour établir les types chimiques, car chacune d'elles a son importance propre.

La chlorurie (T) est une valeur toujours intéressante. Elle indique, lorsqu'elle est exagérée, une excitation stomacale, amenant la sécrétion, le déversement dans l'intérieur de l'estomac d'une forte proportion de chlore, considéré indépendamment de sa forme ; lorsqu'au contraire la chlorurie est diminuée, cela prouve que malgré l'excitation de la muqueuse produite par les aliments, l'estomac est incapable de réagir normalement, de sécréter la quantité physiologique de chlore.

Néanmoins, cette valeur ne peut servir de base de classement, car c'est, non le produit sécrété, mais la react.on produite, qui doit prendre la première place à cet égard. r

F, résidu du chlore disponible, non utilisé ou de nouveau utilisable, après avoir été déjà employé, re-

6g LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE.

présente également une valeur très importante. Nous verrons plus tard que ses variations mettent sur la voie des faits relatifs aux troubles évolutifs.

H et C, qui se rapportent aux produits de la réaction fermentative normale, sont les valeurs qui, à ce titre, méritent évidemment d'être prises pour point de départ de la classification. On voit de suite, en effet, que, lorsque ces valeurs seront faibles ou nulles, par exemple, l'estomac, tout en étant capable encore de sécréter plus ou moins, ne fera plus qu'un travail insuffisant ou nul; qu'au contraire, lorsque ces valeurs seront exagérées, cette exagération indiquera que la réaction stomacale sera intense.

Mais notre composant (H + C) ou chlorhydrie comprend deux facteurs très différents comme signification du travail fermentatif. C est seul en rapport avec la peptonisation normale. D'autre part II, qui est peu élevé normalement, peut devenir égal et même supérieur à C. Il importe donc de distinguer les cas dans lesquels H et C ne conservent pas leurs rapports nor-

maux

Les altérations des facteurs de l'acidité ou 1 addition de facteurs nouveaux, anormaux, nous seront indiquées par la valeur du rapport a.

Si à ces différents termes d'appréciation, nous ajoutons'ceux fournis par la quantité, par la couleur, etc du liquide extrait, par la présence dans ce liquide de résidus alimentaires, nous aurons tous les éléments d'un classement des faits chimiques.

Les variations de la chlorhydrie (H + C) nous renseigneront sur les altérations quantitatives du processus fermentatif, celles d'A et d'à, sur les altérations enfin celles de T et.de F servant a

M INDICATION ANTIDYSPEPTIQUE. 69

apprécier les troubles évolutifs. Voici la clef ou le schéma de cette classification :

Caractères physico-chimiques, du suc stomacal.

jj | chlorhydrie.

Altérations

Altérations

Troubles évolutifs.

quantitatives.

qualitatives .

Pepsie .

Considérons en premier lieu les altérations quanti- Types déduits tatives. Nous avons d'abord à établir deux grandes altérdaet-ous divisions, suivant que les phénomènes de pepsie sont quantitatives, exagérés ou amoindris, ce que nous désignons sous les noms fthyperpepsie et à'hypopepsie.

Nous avons choisi à dessein ce terme de pepsie, acceptant une expression depuis longtemps employée en médecine, avec le sens que nous lui attribuons.

Ainsi donc deux premiers grands types : I. Hyperpepsie, ou exagération dans l'intensité des phénomènes de réaction de l'estomac excité. IL Hypopepsie ou diminution dans les actes réactionnels, pouvant aller jusqu'à leur disparition totale.

Page 1