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SEPTIÈME LEÇON

MÉDICATION DE LA DOULEUR (SUITE) Médicaments [suite] : gelsémium et gelsémine ; cévadille et vératrine.

Messieurs,

Pour terminer l'éLude des plantes utilisées dans la médication de la douleur, il me reste encore à vous parler de la gelsémine et de la cévadille.

Le gelsémium {gelsémium nitidum ou smpervireyis) ceisémium est une loganiacée (tribu des gelsémiées) originaire de et gelsémine. la Virginie, de la Caroline, de la Géorgie, delà Floride et du Mexique où elle pousse dans les terrains unis des côtes et des bords des fleuves.

C'est un arbuste grimpant, lisse, de coloration rouge, portant des fleurs jaunes répandant une odeur de jasmin, caractères qui lui ont valu le nom de jasmin brillant.

Le rhizome est depuis longtemps employé dans l'Amérique du Nord dans le traitement des fièvres intermittentes. En France il a été peu utilisé.

L'étude chimique de la plante, faite en 1870 par Wormley, a fait connaître surloutla gelsémine et l'acide gelséminique.

La première est un alcaloïde dont la formule serait d'après Gerrard C'H^^*AzO^

Elle se présente sous la forme d'une poudre amorphe, d'une saveur amère, peu soluble dans l'eau, un

peu plus dans l'alcool, très soluble dans le chloroforme et dans l'étlier.

Les sels de gelsémine sont en général non cristallisables. Cependant Sonnenschein a obtenu un chlorhydrate cristaHisé, ayant l'aspect d'une poudre cristalline d'un blanc jaunâtre, soluble dans l'eau et dans la glycérine, difficilement soluble dans le chloroforme, insoluble dansl'éther.

Effets physio- Les effets physiologiques de la eelsémine ont été

logiques. . i i .

mis en lumière par les expériences de R. Bartholow, Taylor, 0. Berger, Ott, Sydney Ringer et W. Murrell, Tweedy, Romiée et Putzeys, Moritz, M. Rouch, etc.

La plupart de ces observateurs s'accordent à considérer cette substance comme un paralysant moteur. Au début de son action on constate des phénomènes d'excitation, particulièrement des tremblements, puis bientôt se développe une paralysie à marche progressive. Celle-ci paraît due aune action du toxique sur les centres moteurs cérébro-spinaux (R. Bartholow, Ott, S. Ringer et Murray),

Au début les phénomènes réflexes seraient exagérés, ils disparaîtraient plus tard. A une période plus avancée encore de l'action les plaques motrices terminales seraient atteintes comme dans la paralysie curarique. Que la paralysie soit d'origine centrale ou périphérique elle finit, en tout cas, par entraîner une suspension de la respiration.

Du côté des yeux on a noté de la dilatation pupillaire (Tweedy) et des troubles dans le fonctionnement des muscles moteurs du globe.

Le système sensilif se prendrait après le moteur, par suite également d'une action centrale (S. Ringer et Murray).

Le cœur est ralenti. L'influence du toxique sur le pneumogastrique, admise par Komiée et Putzeys, paraît cependant douteuse. La température cenirale est abaissée. La mort a lieu chez le chien par paralysie de la respiration et au miheu de convulsions asphyxiques (Moritz).

On peut sauver les animaux en pratiquant la respiration artificielle jusqu'à ce que le poison s'élimine, ce qui a lieu rapidement.

La dose mortelle de gelsémine serait de 0s%0005 à 0s^0006 par kil. de lapin (Moritz). Dans le cas où la toxicité serait la même pour l'homme — ce qui est toulours douteux — il ne faudrait que de Os^03 à 0s%06 de gelsémine pour produire chez l'homme un empoisonnement mortel.

Les phénomènes d'intoxication s'évanouissent rapidement. Ott décrit de la manière suivante les symptômes observés dans les empoisonnements.

Diplopie avec ptosis et défaut de coordination des mouvements des yeux; sensations désagréables dans la tête.

Relâchement musculaire très prononcé avec chute de la mâchoire inférieure et roideur de la langue.

Diminution de la sensibilité, dilatation des pupilles. Ralentissement de la respiration dont le rythme devient irrégulier. Ralentissement et affaiblissement du pouls. Abaissement de la température. Perte de connaissance ; mort par asphyxie. Quelques observateurs ont noté, en outre, des nausées et des vomissements.

Le gelsémium et son principe actif sont des médica- Mode d'admiments nouveaux, non encore inscrits au Codex. La "'^^'^''^^^o"pharmacopée des États-Unis indique un extrait fluide très employé. En Angleterre on se sert de la teinture

Emploi thérapeutique

Cévadille et vératrine.

LEÇONS DE TnÉRAPEUTIQUE.

de racine : dose 0B^50 à 1 gramme pro die, par 10 gouU lesala fois. On est allé jusqu'à 80 gouttes par.,jour, ce qui est une dose exagérée. La gelsémine a été jusqu'à présent peu utilisée.

Le gelsémium et son principe actif ont été surtout vantés dans les névralgies. Wickliam Legg, Sawyer, Jurasz, Cordes (de Genève), Hull, Gamgee, Thomson, etc., ont obtenu des succès. Un certain nombre d'échecs ont été signalés par 0. Berger et par d'autres. Les névralgies revenant par accès paraissent être plus facilement modifiées que les autres. Le gelsémium paraît donc être particulièrement indiqué en cas de périodicité des accidents morbides. 11 est d'ailleurs prescrit dans les pays d'origine contre la fièvre intermittente, lorsque la quinine et l'arsenic restent impuissants.

Gamgee et Thomson le recommandent dans les douleurs de la face liées aux altérations des dents.

La cévadille et la vératrine sont des médicaments d'une importance secondaire, mais ils offrent un grand intérêt au point de vue physiologique.

On donne le nom de cévadille aux graines du veratrum officinale [schœnocolum officinale^ sabadilla officinalis, asagrœa officinalis) de la famille des colchicacées, tribu des mélanthées à fleurs polygames. Le fruit de cette plante ressemble à un grain d'avoine entouré de sa balle.

Le principe actif conlenu dans les graines du genre veratrum porte le nom de vératrine. 11 a été retiré du veratrum sabadilla., en 1819, par Meissner (de Halle) et par Pelletier et Caventou, de la racine de l'ellébore blanc [veratrum album).

Schmidt et Kœppen lui assignent pour formule

C^-lP^AzO^ Celle-ci serait, d'après Adler Wright elLuff,

On connaît trois variétés de vératrine : celle de Merck, celle de Coiierbe et une troisième, distincte des deux autres par sou insolubilité dans l'éther.

La vératrine du commerce, extraite du veratrum officinale, serait impure et renfermerait, à côté de la vératrine, de la sabadilline, de la sévadine et de la sébatine.

La vératrine est une poudre blanche, cristalline, à cristaux microscopiques ; en solution alcoolique, elle laisse se former des cristaux orthorhombiques. Elle est inodore, d'une saveur très acre, sternutatoire. Insoluble dans l'eau, elle se dissout dans 4 parties d'alcool pur, dans 6 parties d'éther, 2 parties de chloroforme et est assez soluble dans la benzine et dans l'alcool amylique. Elle donne des sels cristallisables : un sulfate et un chlorhydrate dont la saveur est stiptique. Traitée par l'acide chlorhydrique, elle développe une belle coloration d'un rouge vineux persistant plusieurs jours.

Dans l'ellébore blanc, on trouve à côté de la vératrine une autre base, la jervïne (Simon), qui aurait une action très marquée sur le cœur. D'après d'autres chimistes, on pourrait encore en extraire de la vératroïdine.

La cévadille est une substance très irritante, qui^ ap- gj^gts ^-^^^ pliquéesuria peau, produit des picotements et sur les logiques, muqueuses et les plaies une action caustique. Elle doit ce tte propriété à la vératrine qui est plus irritante encore .

C'est un poison des muscles et du système nerveux, capable de provoquer des accidents chez l'homme à la dose d'un centigramme. Incorporée dans une pommade, la vératrine est absorbée, elle l'est plus facilement en-

core par les muqueuses. Dans l'un et l'autre cas, on la retrouve dans les organes internes et dans l'urine.

Examinons rapidement les effets locaux et généraux notés dans les nombreuses observations auxquelles a donné lieu ce curieux agent.

Les applications locales sur la peau déterminent de la chaleur, des picotements, de la brûlure ; elles sont suivies de l'apparition de vésicules à base enflammée. La sensibilité, d'abord exaltée, diminue ensuite.

Les muqueuses, plus sensibles encore que la peau, s'irritent fortement au contact de la vératrine. Lorsque cette substance parvient dans les fosses nasales, on voit survenir des éternuements, du coryza, des épistaxis. Introduite par inhalation, elle donne heu à une toux spasmodique, pénible.

Dans la bouche et le pharynx, au moment de l'ingestion, elle développe une saveur très acre, de la salivation et de la soif, et une douleur pharyngée rendant la déglutition difficile ou même impossible.

Une dose de 0^^,003 fait naître dans l'estomac une sensation de chaleur ; celle-ci se transforme en une véritable brûlure lorsque la dose atteint 0^^005 à 0?^03.

Les principaux symptômes de l'intoxication consistent en nausées, vomissements, coliques suivies de diarrhée abondante, sorte de superpurgation qui succède à l'absorption de la vératrine quel que soit le mode d'introduction du médicament. Peu après, apparaissent des phénomènes nerveux : picotements et sensation de brûlures à la peau ; respiration ralentie et pénible, lenteur et irrégularité du pouls; abaissement de la température.

En même temps surviennent une céphalalgie, de la dilatation des pupilles et des spasmes musculaires.

MÉDICATION DE LA DOULEUR. y'

L'intelligence est conservée : mais les malades tombent au bout de quelque temps dans un état de défaillance et de collapsus avec affaiblissement extrême du pouls, et ils succombent après avoir été pris de syncope à plusieurs reprises (Nivet et Giraud, d'après un cas d'empoisonnement homicide).

L'étude physiologique de la vératrine faite avec soin par divers expérimentateurs (Kôlliker, vonBezold, Prévost, Fick, Bôhm, etc.) mérite de nous arrêter. Cette substance est, en effet, un agent musculaire et cardiaque très particulier.

Une très petite dose injectée sous la peau d'une grenouille détermine d'abord une excitation intense des extrémités des nerfs sensibles. Bientôt le système musculaire est atteint, l'animal devient semi-impuissant; ses muscles se contractent, mais à la façon des muscles lisses. Les contractions, tout en étant vigoureuses, ne permettent plus à la grenouille de se déplacer; cela tient à ce que les muscles contractés ne se relâchent plus que difficilement; ils restent en quelque sorte tétanisés, puis tombent en résolution.

Quand on emploie une forle dose le cœur s'arrête rapidement avant que le médicament ait pu manifester des effets à la périphérie. Si donc vous voulez étudier les modifications de la contraction des muscles véralrinisés, pour obtenir des tracés analogues à ceux que je mets sous vos yeux, il faut choisir une rana temporaria à laquelle vous n'injecterez que la dose de Ob'", 00005 de vératrine.

Vous constaterez alors facilement dans ces conditions les modifications que la vératrine imprime à la secousse musculaire.

La période d'excitation latente reste normale ; la ligne

ascendante est également normale ; mais la ligne de descente est considérablement allongée (de 40 à 60 fois plus longue, KôUiker, von Bezold,etc.). Il en résulte que lorsque les excitations d'un courant interrompu se succèdent à des intervalles moindres de cinq à six secondes, il se produit du tétanos musculaire. Le tracé obtenu par excitation du nerf ou du muscle est tout à fait caractéristique, à la condition toutefois que les excitations ne soient pas trop rapprochées. En même temps que la ligne de descente subit cette élongation, l'énergie de la contraction augmente.

L'effet du toxique est tel à cet égard qu'il réveille l'énergie des muscles préalablement épuisés par un grand nombre d'excitations antérieures (Rossbach et Harteneck).

Les mêmes faits s'observent chez les animaux à sang chaud.

Fick et Bœhm ont pu démontrer que la contraction des muscles vératrinisés (grenouille) développe plus de chaleur que celle des muscles sains. Entîn des expériences précises ontfaitvoirqueles contractures produites parla vératrine diffèrent du tétanos proprement dit.

L'effet de la vératrine porte directement sur le muscle. On s'en est assuré par tous les moyens usités en pareil cas : destruction de la moelle et des nerfs, curarisation, ligature des vaisseaux, etc. Le cerveau n'est pas atteint et son enlèvement ne modifie pas les effets du poison (Prévost). Enfin le nerf moteur n'est pas Impressionné (Rossbach, Clostenmeyer et Harteneck). Cependant à une époque avancée de l'intoxication les plaques motrices terminales se paralysent.

Jusqu'à présent la modification intime produite dans le muscle par le poison est inconnue.

Je dois encore allirer votre attentioa sur ce fait que le cœur est atteint par la vératrine de la même façon que les autres muscles striés.

Sur un cœur excisé de grenouille, préparé par la méthode de Coats ou de M. Marey et soumis à l'action de la vératrine, on constate d'abord une diminution du nombre des battements, puis des interruptions systoliques. La fréquence des contractions devient moitié moindre. Cependant malgré cette action la mort du cœur dans l'empoisonnement par la vératrine est tardive. Elle ne se produit chez la grenouille que deux à trois heures après celle des autres appareils. Les divers réflexes ont déjà disparu depuis longtemps que le cœur continue encore à battre.

D'autre part, la vératrine s'oppose aux effets produits par diverses causes modificatrices des mouvements cardiaques. Chez l'animal vératrinisé, la section des nerfs vagues, l'irritation des sinus veineux, l'empoisonnement par la muscarine restent sans influence sur le cœur, tandis que la vératrine fait, au contraire, cesser les efl'eis de la muscarine sur le cœur. De même la physostigmine, l'atropine, la curarine restent sans action sur les animaux vératrinisés (Bœhm).

Les efi'ets de la vératrine sur le cœur sont également sensibles chez les animaux à sang chaud. Une dose de Og^OOOi introduite directement dans le sang ou une dose de Oe%001 en injection hypodermique, chez le lapin, accélère le cœur et fait monter la pression sanguine.

Une forte dose (0s^00i dans les veines, 0e%005 sous la peau ou plus encore) ralentit, au contraire, le cœur et fait baisser la pression. La même dose amène ensuite des irrégularités du cœur, précédant la paralysie de cet organe.

C'est d'ailleurs à cette action cardiaque qu'on doit rapporter la mort chez les animaux à sang chaud, ainsi qu'en témoignent les phénomènes de collapsus et de syncope signalés tout à l'heure à propos de l'empoisonnement de l'homme par la vératrine.

Chez ces mêmes animaux cette substance est également un poison musculaire ; elle atteindrait cependant les nerfs vers les derniers moments de son action (Braun).

Quelques mots encore, pour terminer, sur les effets observés du côlé des autres organes.

Au début de la vératrinisation l'excitabihté des nerfs sensibles est exaltée, mais au bout de peu de temps on observe, au contraire, une analgésie plus ou moins prononcée. Le cerveau et la moelle épinière sont respectés. Ce n'est que tout à fait à la fin de l'intoxication que ces organes paraissent se paralyser.

La respiration, passagèrement accélérée, se ralentit et présente le type qu'elle affecte après la section des nerfs vagues. Sous cette influence les intoxiqués tendent à s'asphyxier.

On a observé de l'abaissement thermique chez les individus sains ; mais ce phénomène est surtout très sensible chez les fébricitanls (Braun, Drasclie, Kocher).

L'abaissement de la température peut atteindre dans ces dernières circonstances 1 à 3°.

Rappelons enfin, à propos des sécrétions, l'augmentation très forte de la sécrétion salivaire, le coryza, les sueurs accompagnées de sudamina (Fick). Ces derniers faits expliquent pourquoi la vératrine a été proposée par Magendie etparBardsley en cas d'hydropisie. Mode d'adnii- On prescrivait autrefois la cévadille réduite en nistration. pQ^^j^c à la dosc de 0^^,10 à 0=',50. Cette préparation a

été. abandonnée en raison des accidents qu'elle a provoqués. Elle n'est plusutilisée qu'ex térieuremenl, comme parasiticide (contre les pediculi). L'extrait alcoolique de cévadille et la teinture étaient également assez souvent prescrits à la dose de

Actuellement on donne la préférence à la vératrine qui est préparée par le procédé de Pelletier et Caventou, modifié par Merck.

La dose de vératrine est pour l'adulte de 1 à 5 milligrammes pro dosi, jusqu'à 10 à 30 pro die; on formule des pilules, une solution alcoolique ou des granules de 1 milligramme. Le fractionnement des doses permet d'éviter les vomissements.

Pour l'emploi externe, on se sert de pommade :

Axonge 30 gr.

Vératrine 2

ou bien de solution alcoolique à 1 pour 15.

Nous devons rapprocher de la cédaville et de la vératrine la racine de mratrum album dont l'action est plus puissante que celle Annigriim.

Soixante parties d'écorce fraîche de cette racine ou 2 parties d'extrait alcoolique correspondent à une partie de vératrine.

A l'intérieur, le veratrum album (racine) est donné à la dose de 3 à 20 et jusqu'à 30 centigrammes jjro dosi; de 50 centigrammes à 1 gramme pro die. Il est prescrit sous forme de poudre, de pilules, en infusion ou en décoction ; sous forme de teinture (1 p. de racine pour 5 d'alcool), à la dose de III à V gouttes pro dosi.

Pour Tusage externe, voici la formule de la pommade :

Axonge

Poudre de veralruna album

8 gr.

Ces divers médicaments tendent aujourd'hui à être abandonnés. Ils jouissent cependant d'une activité incontestable, notamment comme calmants, analgésiques et antinévralgiques. A ce titre leurs applications locales me paraissent mériter d'être conservées.

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