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VINGTIÈME LEÇON

Moyens 'physiques : divers procédés d'électrisation; métallothérapie ;

action des aimants.

Messieurs,

Les courtes considérations que je vous ai présentées sur l'anestliésie vous ont fait voir que 1 état statique du système nerveux central paraît prendre une part prépondérante à la production de ce phénomène.

Vous ne serez donc pas étonnés de voir que les seuls moyens capables de combattre Tanesthésie sont les agents physiques.

Certaines pratiques en modifiant Fétat psychique des malades sont également capables de faire varier la sensibilité cutanée ou sensorielle. Mais l'étude très délicate de ces procédés n'est pas encore assez avancée pour que je puisse vous en entretenir. Je fais ici allusion à l'hypnotisme et à la suggestion. Vous aurez toutefois à faire la part des effets psychiques qui peuvent résulter de la mise en œuvre des divers moyens physiques dont nous allons nous occuper, car il est fort probable que certains modes d'application de quelques-uns d'entre eux sont de nature à impressionner phis vivement la fonction psycho-cérébrale que tout autre genre de fonctionnement du système nerveux.

Examinons successivement les effets qu'on peut obtenir à l'aide de l'électricité, de la métallotliérapie et des aimants.

Quand l'anesthésie reconnaît une cause organique,

I electrisation peut viser cette cause, car vous savez qu'elle est capable de produire des effets trophiques souvent mis à contribution dans le traitement des maladies du système nerveux. Nous devons laisser ici ce point de vue de côté, pour nous occuper uniquement des procédés d'électrisation s'adressant à l'anesthésie en tant qu'élément morbide.

A cet égard on doit placer au premier rang l'emploi des courants faradiques dont l'efficacité a été bien démontrée par Duchenne (de Boulogne).

Le mode d'application des courants faradiques varie suivant les régions. A la face, on place un réophore humide sur un point peu excitable et on promène l'autre réophore, resté sec, sur la partie malade préalablement desséchée avec de la poudre de lycopode. On fait ainsi une sorte de friction légère en se servant de courants moyennement intenses. Au niveau du cou, du tronc et des membres, on peut se servir des réopliores métalliques pleins ou du pinceau électrique. Ce dernier moyen est le plus violent. On ne l'emploiera donc qu'en cas d'anesthésie complète.

Les courants doivent être intenses et à intermittences rapides. Le pinceau est maintenu en place jusqu'à l'apparition d'une rougeur cutanée. L'effet de ce genre de faradisation est parfois immédiat : les malades éprouvent d'abord un chatouillement, puis une légère brûlure qui va en augmentant et devient intolérable.

II Aiut alors diminuer l'intensité du courant.

On se contente d'exciter ainsi quelques points seule-

ment de la surface insensible. Parfois, en vertu précisément des conditions staliques dont je vous ai parlé dans la production du phénomène anesthésie, Félectrisation d'un seul point suffit pour faire réapparaître la sensibilité dans toute l'étendue de la région malade. Nous aurons à signaler d'autres exemples du même genre. Quand, à la suite d'une ou plusieurs séances, la sensibilité a reparu, la guérison est peu durable; au bout d'un temps variable l'anesthésie revient de nouveau. Mais on peut espérer, en renouvelant l'application du moyen, voir ces rechutes s'espacer et la guérison définitive s'affirmer.

La faradisation est également applicable aux muqueuses. Ainsi Duchenne afait construire des réophores spéciaux pour le traitement de la rétention d'urine et tous les électriciens possèdent des instruments plus ou moins analogues qui leur permettent de porter le courant électrique dans l'intérieur des cavités. Quand il s'agit de la vessie on peut faire pénétrer les deux réophores à l'intérieur de ce réservoir, ou bien en placer un des deux à l'extérieur sur la partie inférieure de l'abdomen. La faradisation peut également intervenir dans les cas d'anesthésie vaginale.

On cite des exemples d'anesthésie sensorielle (odorat, goût, ouïe, vue) dans lesquels le même moyen a été employé avec succès.

La faradisation peut réussir non seulement dans les cas d'anesthésie névropathique, c'est-à-dire sans lésion appréciable du système nerveux, mais aussi dans ceux où il existe une altération plus ou moins étendue d'une partie de ce système. Vulpian a fait disparaître à l'aide de la faradisation l'hémianesthésie liée à dus lésions encéphaliques, l'anesthésie des ataxiques,

celle des saturnins. Il pense qu'en semblables circonstances la sensibilité ne peut revenir que lorsqu'elle est plutôt engourdie qu'éteinte réellement, et il admet l'existence de fibres sensitives supplémentaires aptes à transmettre les sensations lorsqu'on détermine, comme on le fait avec le pinceau électrique, une forte excitation. Il réussissait parfois en limitant l'action des courants à une petite étendue de la peau saine. Aujourd'hui nous savons que ces divers moyens, comme beaucoup d'autres, agissent probablement en changeant les états dynamiques des centres en rapport avec le mode de production de l'anesthésie.

Dans quelques cas ce dernier phénomène cède à l'emploi des courants de pile. Le plus souvent le pôle positif est appliqué sous la forme d'une large électrode humide en un point peu excitable et le pôle négatif représenté par une plaque moins large est placé sur la partie malade. Au bout de quelques minutes on renverse brusquement le courant. On peut également placer au pôle négatif un pinceau, qui, dans ce cas, devra être promené pour ne pas faire naître d'escarres.

Le bain électro-statique et le bain électro-faradique sont également employés. Ils se sont montrés parfois utiles dans l'anesthésie des hystériques.

Nous venons de dire à propos de l'électrisation qu'il fallait tenir compte, dans l'interprétation des effets obtenus, de certaines conditions dynamiques des centres nerveux qui paraissent présider à la production des troubles de la sensibilité.

Ces conditions, qu'il nous est encore impossible de préciser, paraissent pouvoir être modifiées par des forces physiques en apparence d'une minime puissance et même par de simples impressions psychiques. Ce sont

probablement des actions de ce genre qui sont mises à contribution dans les méthodes ressortissant à la métallothérapie et à l'application des aimants.

L'emploi médical des métaux est très ancien. Paracelse attribuait à ces corps des vertus cabalistiques et Métaiiothéraprofessait sur ce sujet des idées systématiques auxquelles ,uétaUoscopie. on peut rattacher la doctrine de la métallothérapie moderne.

Parmi les tentatives anciennes de traitement par les métaux on peut citer l'acupuncture des Japonais et des Chinois et le perkinisme. Perkins promenait à une certaine distance de la peau deux fuseaux faits de métaux différents. Son système eut une vogue peu durable. Plus tard, au dix-huitième siècle, à la suite d'expériences faites sur le magnétisme, Lenoble (1754) et le père Hell (1774) tentent d'introduire les aimants en thérapeutique. Ils avaient déjà été précédés dans cette voie par Borel, vers le milieu du dix-septième siècle. Le traitement par les métaux et par les aimants est donc loin d'être nouveau ; mais il était resté exclusivement entre les mains des empiriques lorsqu'en 1800, Wichmann s'efforça d'en régulariser l'application. Ses tentativês passèrent à peu près inaperçues et il faut arriver jusqu'à Burq (1848-1849) pourvoir la métallothérapie ou métalloscopie entrer dans une" nouvelle phase.

Après une longue et persistante lutte contre l'indifférence ou le dédain, Burq eut la satisfaction de voir ses travaux accueillis, vérifiés et complétés par tout une série d'observateurs compétents, en tête desquels se trouve M. Charcot.

La question a été examinée sous toutes ses faces et, au cours des expériences instituées à la Salpêtrière et

dans divers services des liôpitaux de l'aris, plusieurs faits nouveaux ont été découverts. Je n'entrerai pas dans le détail de ce chapitre d'histoire contemporaine ; je me bornerai à l'énoncé succinct des principaux résultats obtenus.

F.fïets des Dans l'anesthésie générale et spéciale l'application applications plaques ou disques métalliques sur la peau de la

métalliques. ^ ^ ^ ^

région anesthésiée peut être suivie au bout de quinze à vingt minutes d'un retour de la sensibilité. Ce retour a lieu de la périphérie au centre. Il s'accompagne d'un accroissement dans l'activité de la circulation locale, parfois aussi d'une légère élévation de la température et d'une augmentation de la force musculaire.

Ces effets durent quelques heures. Mais pendant que le côté malade est ainsi modifié, le côté sain perd ce que gagne ce dernier, tant au point de vue de la sensibilité que de la température et de la force. On désigne cet ensemble de phénomènes sous le nom de transfert.

Les malades chez lesquels on l'observe ne sont pas sensibles à tous les métaux, mais seulement à un entre tous ou parfois à plusieurs. 11 est facile d'arriver par tâtonnements à reconnaître le métal ou les métaux qui les impressionnent.

M. Gellé a fait voir que l'ouïe subit les mêmes influences que la sensibilité cutanée et bientôt M. Landolt détermina les faits qui se passent du côté de la vue.

Les exp'ériences faites par MM. Charcot et Landolt touchant l'achromatopsie hystérique ont établi, vous le savez, que le champ visuel pour les couleurs se rétrécit toujours dans un certain ordre. En allant du plus grand champ au plus petit on voit disparaître successivementla perception du bleu, du jaune, de l'orangé, du rouge, du vert et enfin du violet. Cette dernière

. MÉDICATION EXCITATRICE DE LA SENSIBILITÉ. 2b7

couleur est perçue par le centre de la rétine. Chez certaines malades rachromatopsie est totale, si bien que tous les objets colorés présentent la même coloration grise ou sépia; mais il y a rarement amaurose.

M. Regnard a montré, en se servant de disques de Newton et de verres de couleurs, que les couleurs dont la perception fait défaut sont cependant vues. Et effectivement leur couleur complémentaire en se superposant à elles donnent une sensation normale. Il n'y a donc pas, dans ces cas, de lésion rétinienne.

Tous ces faits vous sont, sans doute, parfaitement connus. Or, dans les conditions que je viens de rappeler, lorsqu'on applique des plaques métalliques sur le front ou sur la tempe du côté où l'œil est atteint d'achromatopsie, on observe un retour de la perception pour les couleurs et ce retour se fait précisément suivant l'ordre précédemment énoncé. Tout d'abord, réapparition de la sensibilité pour le bleu ou pour le rouge suivant les malades, puis bientôt après perception du jaune, puis du vert, enfin du violet. La malade ne reconnaît d'abord la coloration du papier qu'on lui présente qu'au niveau des coins, le centre reste gris pour elle ; bientôt elle voit un cercle coloré qui gagne en étendue vers le centre, jusqu'à ce qu'enfin le papier se présente en entier avec sa véritable couleur. Mais en même temps l'autre œil est atteint d'une cécité des couleurs marchant également par étapes. Le phénomène du transfert a donc lieu dans la sphère de la sensibilité sensorielle aussi bien que dans celle de la sensibilité cutanée.

La méthode de Burq repose au point de vue thérapeutique sur l'administration interne des métaux. D'après ce praticien, lorsqu'on a reconnu la sensibilité à un

G. IIayem. — lïl. ,7

2c8 LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE.

métal, en faisant prendre à l'intérieur une préparation pharmaceutique de ce métal, on obtient la guérison. Quelques médecins ont effectivement observé des faits de- ce genre ; mais M. Dumontpallier a fait remarquer, dans son rapport à la Société de biologie, que les résultats delà médication interne sont loin d'être réguliers.

Les singuliers effets déterminés par l'application externe des métaux ne s'observent pas uniquement chez les hystériques anesthésiés; ils peuvent également se montrer dans les cas . d'hémianesthésie de cause organique. Dans cette dernière circonstance les modifications suscitées par les plaques métalliques sont plus persistantes. Toutefois, jusqu'à présent, les hystériques seules se sont montrées influencées par l'usage interne du métal actif.

Les aimants déterminent des effets semblables et même plus énergiques. Pour faire l'étude de ces phénomènes, M. Charcot s'est servi d'électro-aimants plus ou moins puissants ; d'autres, parmi lesquels nous citerons MM. Proust et Ballet, ont employé des aimants ordinaires construits par M. Ducrétet, d'une force de 20 à 30 kilogrammes. Les aimants sont placés dételle sorte que leurs pôles tournés du côté de la surface cutanée, recouverte d'une compresse, soient à 5 ou 6 centimètres de cette surface.

On peut dans un but thérapeutique les laisser dans cette situation pendant plusieurs heures, mais souvent déjà au bout de quelques minutes leur action est manifeste.

Toutes les hémianesthésies sensitivo-sensorielles sont justiciables de l'aimantation. Le nombre, la force des aimants, la durée de l'application sont nécessairement variables suivant les cas et les sujets.

Contrairemenl à ce que nous avons vu avec les plaques métalliques, la sensibilité réapparaît sous l'influence des aimants du centre à la périphérie. On n'observe pas de rapport constant entre le retour delà sensibilité générale et la réapparition de la sensibilité spéciale. D 'après Westphal les deux pôles n'auraient pas la même puissance ; le pôle sud serait le plus actif.

Le phénomène du transfert s'observe comme avec les métaux.

Dans certains cas d'hémianesthésie diffuse ou généralisée on a observé également des effets sensibles. Malheureusement les résultats de l'aimantation sont temporaires : MM. Proust et Ballet n'ont pu obtenir pine guérison définitive. Ajoutons que les aimants paraissent impressionner plus fortement le système nerveux que les plaques de métal. On a noté après les séances d'aimantation du malaise, des maux de tête, de la fatigue.

Dans des cas encore peu nombreux les aimants ont paru exercer aussi une influence sur la paralysie ou sur l'épilepsie spinale, lorsque ces phénomènes morbides coexistaient avec l'anesthésie.

MM. Proust et Ballet, dans leur intéressant travail, ont cité des exemples d'action des aimants à distance, un malade interposé servant en quelque sorte de conducteur à un autre.

Parmi les faits d'hémianesthésie ne ressortissant pas à l'hystérie, je vous citerai une observation d'hémianesthésie saturnine relatée par M. Debove, dans laquelle l'action des aimants fut des plus nettes. Mais j'ai déjà eu l'occasion de vous faire remarquer que le plomb est le poison qui donne le plus souvent naissance à l'é tat névropathique désigné sous le nom d'hystérie toxique.

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