VINGT ET UNIÈME LEÇON
Moyens physiques (fin) : mode d'action des plaques et des aimants.
MÉDICATION HYPERCINÉTIQUE
Considérations sur les éléments morbides : paralysie, treublement, AMYOTROPHiE. Médicaments : noix voraique, strychnine, brucine.
Messieurs,
Je vous ai décrit sommairement dans la précédente leçon les effets produits par les applications métalliques et par les aimants chez les individus atteints d'anesthésie.
Mode Les observateurs témoins de ces faits curieux, après
d'action des ^voir relevé avec soin les conditions dans lesquelles il alliants. cst possiblc de les constater, ont cherché à les expliquer. Ils se sont surtout préoccupés à cet égard du mode d'action des plaques de métal, les aimants représentant d'une manière incontestable une certaine forme de l'énergie.
M. Regnard a étudié les courants électriques qui se développent lorsqu'un métal entre en contact avec la peau. Ces courants sont plus forts lorsque le métal est impur que lorsqu'il est pur et, comme dans la pratique on se sert de métaux impurs, il est logique de tenir compte de ce fait physique. Le même expérimentateur a vu, de plus, que les courants produits varient
avec la nature du métal et, en faisant agir des courants faibles sur divers malades, il a noté que ceux qui restent insensibles à un courant d'une certaine intensité le sont, au contraire, à un courant moins fort ou plus fort. De ces intéressantes observations, M. Regnard a cru pouvoir conclure que l'action des plaques métalliques se résout en une excitation produite par le développement de faibles courants électriques et il a rapporté aux variations d'intensité de ces courants, selon la nature du métal, l'action élective d'un ou de plusieurs métaux. Depuis, Eulenburg a vérifié dans ce qu'ils ont d'essentielles résultats obtenus par M. Regnard.
On pouvait également supposer que les applications métalliques sont capables de modifier, soit par dérivation, soit autrement, les courants nerveux propres. Cette remarque a été faite par M. Tripier. Mais bientôt divers observateurs obtinrent avec des matières en apparence non susceptibles de développer une force électrique les mêmes effets qu'avec les métaux. Des plaques de vernis, de bois, de cire, d'os, d'étoffes se montrèrent actives entre les mains de Westphal, d'il. Rennett, de M. Dujardin-Reaumetz ; enfin divers minéraux essayés par Parona produisirent des résultats.
Ces nouveaux faits paraissaient contredire les explications proposées par M. Regnard et par Eulenburg, lorsque Jos. Thompson démontra que les corps non conducteurs, mis en contact avec la peau, peuvent aussi faire naître des courants qui sont en partie thermo-électriques.
Notons encore que M. R. Vigouroux a reproduit les effets suscités parles métaux ou par les aimants en se servant de courants électriques faibles ou de solé-
noïdes. On a donc ainsi rassemblé un certain ensemble de preuves en faveur d'une action électrique. Cependant cette action ne fournit peut-être pas lexplication véritable des phénomènes observés. Il est certain, en tout cas, que les mêmes faits peuvent se produire dans des circonstances où il est impossible d'invoquer une production d'énergie électrique. En effet, ils ont été constatés par Westphal après la sinapisation, par M.Grasset, à la suite de l'application d'un vésicatoire, par M. Seure après un badigeon de collodion, par M. Dumontpallier à la suite d'une injection souscutanée d'eau, ou d'une simple piqûre faite avec la seringue de Pravaz. De son côté M. Dujardin-Beaumetz a noté la disparition de l'anesthésie, après l'administration à l'intérieur du jaborandi, ou après l'emploi de la pilocarpine en injection sous-cutanée, et M. Thermes a été témoin de faits analogues après des applications froides ou chaudes sur la peau, etc.
En un mot les excitations cutanées les plus diverses et non toujours les plus intenses paraissent capables de modifier le phénomène anesthésie de la même manière que les métaux et les aimants, de sorte que les courants électriques, invoqués dans quelques cas, viennent simplement prendre rang parmi les nombreux procédés d'excitation des nerfs de la peau.
Les modifications de la sensibilité déterminées par les plaques métalliques et par les aimants ont été observées avec tant de soin par des médecins d'une incontestable autorité, que nous pouvons nous dispenser de mentionner le scepticisme de quelques-uns à leur égard, Mous devons tenir compte cependant de l'opinion souteiuue surtout par des praticiens anglais qui ont chereké h rattacher les divers phénomènes dont
je vous ai entretenus à une simple modification dans 1 état psychique des malades. L'expedant attention, pour me servir de l'expression de nos voisins, suffirait pour expliquer tous les faits. Cette hypothèse a d'autant plus de poids que des phénomènes fort analogues ont pu être obtenus par la suggestion à l'état de veille. Mais en faisant la part qui peut revenir dans certains cas, chez quelques sujets, à l'action suggestive, il faut reconnaître que cette action est incapable de donner la raison de certaines particularités, parmi lesquelles il nous suffira de mentionner la sensibilité à un métal à l'exclusion des autres, le retour de la perception des couleurs, en cas d'achromatopsie, dans un ordre toujours le même et dont les malades n'ont aucune notion.
Les procédés de la métallothérapie et de l'aimantation ne sont guère utilisables que chez les hystériques. Cependant on peut sans aucun inconvénient en tenter l'emploi dans toutes les circonstances où l'on rencontre de l'anesthésie et spécialement de l'hémianesthésie.
Après plusieurs applications suivies, au bout d'un certain temps, de rechute, le retour de la sensibilité peut devenir définitif.' Au cours des expériences faites à la Salpétrière, on a vu qu'après le retour de la sensibilité, l'application nouvelle de plaques métalliques fait revenir l'anesthésie et l'amyosthénie. Ce phénomène, désigné sous le nom à' anesthésie métallique, serait, pour M. Charcot, l'indice d'une guérison imparfaite. En pareille circonstance, dès que les plaques sont enlevées, l'anesthésie de retour cesse. M. R. Vigoureux a, de plus, fait la remarque que dans les cas où l'on a obtenu le retour de la sensibilité à l'aide soit d'un aimant, soit de l'électrisation statique ou galva-
nique, il suffit, pour rendre le phénomène permanent, d'appliquer une plaque de métal neutre qui est laissée ù demeure. Ce moyen de fixer le retour de la sensibilité est devenu entre ses mains un procédé de traitement.
Quel que soit le mode d'application de ces moyens physiques ou statiques le traitement pour les hystériques est toujours très long. Les cas les plus rebelles sont ceux qui concernent les malades polymétalliques. Dans le cours du traitement le phénomène du transfert a été noté jusqu'au moment de la guérison complète.
MÉDICATION HYPERCINÉTIQUE (Médication excitatrice de la motilité).
Messieurs,
Au point de vue thérapeutique nous devons rapprocher la paralysie, le tremblement et l'amyotrophie d'origine nerveuse. Ces trois éléments morbides sont, en effet, justiciables des mêmes moyens. Nous ne pourrons pas nous arrêter longuement à les étudier. Je dois me contenter de vous rappeler en quelques mots les principales conditions dans lesquelles on les observe.
La paralysie motrice doit vous être bien connue. Vous savez qu'elle est tantôt d'origine périphérique, plus souvent encore d'origine centrale, médullaire ou encéphalique, et que, dans ces dernières années, la question des localisations cérébrales a fait de si grands progrès, que dans certains cas on peut arriver à diagnostiquer avec une précision remarquable le siège des lésions.
Au point de vue des causes, les paralysies peuvent,
MÉDICATION IlYPERCINÉTIQUE. 26o
comme les aiiesthésies, êlre distinguées en organiques, (lyscrasiques et dynamiques. Leurs caractères cliniques varient dans une certaine mesure avec la nature de la cause, de sorte que le plus souvent celle-ci peut être présumée.
Au nombre des paralysies dynamiques, il faut mettre celles que M. Brown-Séquard désigne par l'épithète d'inhibitoires.
Ces paralysies seraient, d'après cet observateur, beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit généralement. Il y aurait donc, dans un grand nombre de cas, paralysie à la fois organique et fonctionnelle. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, dans les accidents initiaux des foyers cérébaux (hémiplégie organique récente, ictus apoplectique ou apoplectiforme), il faut évidemment faire la part du retentissement de la lésion brusquement produite sur tout l'encéphale, du choc cérébral. On doit donc s'attendre à voir l'état des malades s'améliorer spontanément au bout de quelques jours lorsque les lésions restent limitées ou ne sont pas d'emblée trop étendues.
L'élément tremblement diffère sensiblement de la paralysie. Use rattache cependant assez nettement à un affaiblissement de la motricité, pour que notre rapprochement soit justifié au point de vue où nous nous sommes placés.
Le tremblement est caractérisé par une agitation involontaire des parties du corps, donnant lieu à des mouvements d'oscillation plus ou moins prononcés.
On en distingue, vous le savez, deux variétés : le paralytique et le convulsif . Le tremblement paralytique est constitué par des oscillations légères et par un an'aiblisscment de la motilité. Dans le tremblement
convulsif les secousses sont analogues à celles des convulsions cloniques.
Dans Fun et l'autre cas, la contraction musculaire est modifiée. On admet que cette contraction est le résultat de la fusion d'une trentaine de secousses simples. Ce fusionnement a lieu, d'après Helmholtz, lorsqu'il y a 16 à 18 secousses par seconde. Cela posé, si l'on suppose que les excitations parties de la moelle épinière sont telles qu'elles déterminent un résultat insuffisant, les secousses pourront être assez ralenties pour être incapables de se fusionner et on verra apparaître le tremblement, c'est-à-dire une succession de secousses produisant une oscillation.
Cette vue théorique a été confirmée par les expériences de MM. Marey et Brouardel. Effectivement ces observateurs ont constaté dans divers cas un ralentissement des secousses, soit dans la sclérose en plaques, dans le tremblement mercuriel et dans le tremblement saturnin. Mais la théorie du ralentissement des secousses musculaires ne paraît pas pouvoir expliquer tous les faits. Le tremblement peut résulter parfois d'une inégalité dans l'intensité des secousses en cas de paralysie incomplète ou même d'un état d'excitabilité de la moellè, donnant lieu alors d'une façon irrégulière à un certain nombre de secousses trop fortes.
Dans le premier cas, c'est-à-dire celui de la paralysie incomplète, le tremblement est paralytique; dans le second, beaucoup plus rare d'ailleurs, le tremblement est convulsif.
En général le tremblement n'a lieu qu'à l'occasion d'un mouvement volontaire ; mais il peut aussi s'observer pendant l'état de repos. Dans cette dernière circonstance (paralysie agitante, tremblement sénile), on
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admet l'existence d'une modification de la tonicité musculaire.
Au point de vue physiologique, le tremblement se rattache toujours à un trouble dans les fonctions de la moelle et du bulbe. Aucune expérience, aucun fait clinique n'autorisent, quant à présent, à admettre une variété de tremblement par modification de la contractilité des muscles. Ainsi, par exemple, Vulpian a démontré que le tremblement déterminé chez la grenouille par la nicotine est sous la dépendance du bulbe . Il persiste après l'ablation de l'encéphale . On le fait cesser, au contraire, immédiatement, dès qu'on pratique une section delà moelle épinière au-dessous du bulbe.
Le phénomène tremblement est, en somme, un trouble d'exécution. Il appartient à la séméiologie du bulbe et de la moelle et n'a de rapport ni avec les affections cérébrales ni avec celles des nerfs périphériques. Quand sa cause est organique, il s'agit donc d'une maladie de la moelle épinière ou du bulbe (myélite, sclérose en plaques, etc.).
Mais le tremblement est plus souvent d'origine toxique que d'origine organique. L'alcool, le plomb, le mercure, le tabac, l'opium, les champignons, la caféine et y n grand nombre d'alcaloïdes, tels que lacicutine, l'aconitine,lacolchicine, etc., donnent naissance à un tremblement plus ou moins intense. Celui que vous observez le plus communément estle tremblement de l'alcoolisme chronique.
Notre troisième élément morbide, l'amyotrophie Amyotropliie. d'origine nerveuse ou paralysie atrophique, est constitué par l'atrophie des muscles, consécutive aux lésions nerveuses. Elle résulte de l'infiuence trophique exercée sur la nutrition des muscles par certains éléments du
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système nerveux. 11 est facile de la produire et de l'étudier expérimentalement en lésant les nerfs. Mais vous n'ignorez pas que ce ne sont pas les nerfs euxmêmes qui possèdent sur la nutrition des muscles l'influence dont nous nous occupons. Aussi l'amyotrophie peut-elle être d'origine centrale et se développer en l'absence de toute lésion des nerfs périphériques. Dans les paralysies d'origine cérébrale avec intégrité de la moelle, les muscles ne s'atrophient pas ; ils subissent une simple macilence due au repos.
Les faits cliniques ont permis de démontrer que les parties de la moelle épinière en rapport avec l'atrophie des muscles sont les cellules des cornes antérieures de la substance grise.
Les paralysies nerveuses tronculaires ouradiculaires, les maladies de la moelle épinière portant sur la substance grise des cornes antérieures, s'accompagnent donc d'une atrophie des muscles en rapport avec le siège et l'étendue des lésions nerveuses. En d'autres termes il existe tout un groupe important de paralysies atrophiantes.
Vous savez que les principales maladies de la moelle donnant naissance à la paralysie amyotrophique sont la paralysie dite infantile, qui correspond chez l'adulte à la poliomyélite aiguë ou subaiguë, les diverses variétés de myélite centrale, primitive ou secondaire, etc.
Parmi les lésions des nerfs, citons surtout les névrites périphériques toxiques, d'origine saturnine ou alcoolique.
Ces dernières s'accompagnent assez souvent de troubles trophiques cutanés qui sont dus, soit à. l'altération des rameaux sympathiques des nerfs périphériques, soit au retentissement des lésions tronculaires
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jusque dans les centres médullaires. En tout cas ces paralysies s'accompagnent souvent de troubles vasculaires et thermiques qui démontrent la participation des nerfs vasculaires à la production des lésions trophiques.
Enfin pour terminer cette revue rapide, je dois vous rappeler qu'il existe diverses variétés cliniques d'atrophie musculaire progressive et de paralysie pseudo-hypertrophiqùe indépendantes de toute lésion nerveuse.
Les phénomènes dont nous nous occupons en tant qu'éléments morbides se rattachent donc à des maladies nombreuses et assez différentes les unes des autres. Leur rapprochement ne peut être justifié, ainsi que je vous l'ai fait remarquer, que sur le terrain en quelque sorte synthétique d'une médication commune.
Cette médication dite hypercinétique ou excitatrice de la motilité n'a recours qu'à un très petit nombre de médicaments. Les plus importants parmi ceux-ci sont représentés par la noix vomique et ses principes actifs.
On donne le nom de noix vomique à la graine du vomique
Gt
strychnos nux vomica (L.) qui appartient, d'après strychnine. M. Bâillon, à la famille des solanacées, série des strychnées. L'odeur de la noix vomique est nulle, mais sa saveur est d'une très grande amertume. L'étude chimique qui en fut faite par Braconnot, puis par Pelletier et Caventou (1882), fit connaître deux alcaloïdes, la strychnine et la brucine, auxquels vinrent s'adjoindre un troisième, l'igasurine, après les travaux de Desnoux. Dans la pulpe on trouva un glucoside, la loganine.
La strychnine a pour formule C''PP-y\z-0' ou, d'après Claus et Gasser, mv^K/Kr. On pense que c'est un
mélange de corps très voisins les uns des autres.
La strychnine cristallise en octaèdres incolores, inodores, d'une saveur extrêmement amère. Elle n'est soluble que dans 6667 p. d'eau froide et 2500 p. d'eau bouillante. Son meilleur dissolvant est l'alcool à 90° et sa solution alcoolique a pour caractère d'être lévogyre.
Les principaux sels de strychnine sont le sulfate, l'azotate et le chlorhydrate.
Le sulfate neutre est cristallisé en petits prismes rectangulaires, blancs, inodores, retenant 7 molécules d'eau. Il est soluble dans 10 p. d'eau et renferme environ 78 p. 100 de strychnine. L'azotate, qui prend la forme de prismes aciculaires, est très soluble dans l'eau; il contient 84 p. 100 de strychnine. Enfin, le chlorhydrate se présente sous la forme d'aiguilles déliées, retenant 6 molécules d'eau. 11 est également très soluble dans l'eau et sa richesse en strychnine s'élève à 83,5 p. 100.
La brucine, dont la formule est C'^ff^Az^0* + 4H'-0, est une substance blanche, efflorescente, cristalline, ayant un aspect feuilleté qui rappelle celui de l'acide borique. L'amertume en est moins prononcée que celle de la strychnine. Soluble seulement dans 850 p. d'eau froide, 500 p. d'eau bouillante, la brucine est très soluble dans l'alcool, dans la benzine et dans le chloroforme. On donne comme caractère à sa solution alcoolique la propriété de dévier à gauche le plan de polarisation. Mais l'individualité de la brucine ne parait pas bien établie. D'après Fuss et Erdmans elle repésenterait un mélange de strychnine et de résine.
Les graines du vomiquier renferment une proportion d'alcaloïde qui varie beaucoup suivant leur provenance et leur grosseur. Les préparations pharmaceu-
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tiques qui en dérivent directement ne sont donc pas toujours identiques à elles-mêmes. Aussi doit-on donner la préférence à la strychnine. Les principales parmi ces préparations sont la poudre de noix vomique, la teinture alcoolique et l'extrait de la pharmacopée anglaise.