I. — DU CHALAZION
(Pl. I, fig. 1.)
2 CONTRIBUTION A l'âNATOMIE PATHOLOGIQUE DE l/CBIL.
Étude microscopique. — Ainsi qu'on le voit sur la figure I , pl. I, qui représente une coupe perpendiculaire intéressant à la l'ois la masse néoplasique, la portion attenante du tarse, et la conjonctive voisine, la totalité du produit morbide se trouve constituée par des cellules rondes, granuleuses, se colorant par le carmin. Celles-ci ont, en un mot, tous les caractères des cellules dites embryoplastiques telles qu'on les retrouve dans le tissu des bourgeons charnus. Nulle part nous n'avons pu distinguer dans l'épaisseur du tissu nouveau des éléments épithéliaux, pas plus que des éléments graisseux; les vaisseaux faisaient également défaut. En un point seulement (b) nous avons pu distinguer sur la coupe deux espaces ronds rapprochés l'un de l'autre, dépourvus d'épithélium à leur face interne, et qui représentent très-probablement la coupe de deux canalicules glandulaires de second ordre, atrophiés et dépouillés de leur revêtement épithélial. Du côté de la conjonctive (aa) la tumeur ne se trouve pas nettement limitée comme du côté de la peau. On voit çà et là de petites masses granulomateuses en apparence indépendantes de la portion principale (ce) et qui s'avancent jusque dans l'intérieur du derme muqueux. On y voit aussi la coupe de deux conduits glandulaires représentés sur la figure par deux cercles granuleux (dd) avec un point clair au centre.
Une partie intéressante de la préparation est celle du tarse attenant à la tumeur, et qu'on voit à l'extrémité supérieure de la figure. On y distingue sur plusieurs poinls {b'b'b') de grands espaces vides à côté desquels il y en a d'autres plus petil>. tous bordés par de l'épithélium et des globules graisseux jaunâtres. Nous pensons qu'il s'agit là de la coupe de glandes de Meibomius, dont les unes ont conservé leur volume normal tandis que les autres se trouvent élargies. Autour de ces groupes glandulaires on aperçoit nettement, sous forme de strietransversales, le tissu fibreux du tarse, qui se continue sand ligne de démarcation avec le stroma de la conjonctive. Au voisinage de la tumeur, le tissu conjonètif devient, moins dis-
DU CHALAZION. 3
tinct et perd son aspect régulièrement strié. 11 est aisé de constater sur la figure que la portion de conjonctive correspondant à la tumeur se trouve distendue, amincie et dépourvue des saillies papillaires qu'on aperçoit très-nettement de a en br sur la portion de conjonctive qui est en rapport avec la partie restée saine du tarse.
Remarques. — C'est à tort que les auteurs classiques avaient considéré le chalazion comme un kjste dont l'enveloppe serait constituée par les parois d'une glande de Meibomius, et le contenu parle produit de sécrétion de cette glande. Actuellement cette erreur tend à être abandonnée (voyez Sœmisch undGraefe's Handbuch). Pour notre compte, il y a très-longtemps que nous nous sommes départi de cette manière de voir, en nous fondant sur ce fait que, lorsqu'on pratique l'ablation de la petite tumeur sur le vivant, jamais on ne trouve une paroi distincte du reste de la masse néoplasique et que le tissu de celle-ci est invariablement constitué, non par de l'épithélium et des éléments graisseux, véritables produits de rétention de la glande, mais bien par du tissu sarcomateux. Quand le tissu sarcomateux ou embryonnaire en question est enlevé par le chirurgien, au milieu d'une de ces poussées inflammatoires à répétition dont les chalazions deviennent si souvent le siège, on trouve celui-ci ramolli au centre, parfois même transformé en pus ou en un liquide filant. Cette double métamorphose purulente et colloïde, jointe à la structure histologique du néoplasme qui, comme le démon! re la figure ci-dessus, est essentiellement composé de cellules embryoplastiques, prouve qu'il s'agit ici non d'un kyste, mais d'un sarcome inflammatoire, de ceux que Virchow désigne sous- le nom de granulomes, à cause de leur ressemblance histologique avec le tissu des bourgeons charnus et des fongosités des plaies.
La production dont il s'agit, loin de naître dans l'intérieur d'un conduit meibomien, l'englobe au contraire et le com-
4 CONTRIBUTION A i/ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE L'ŒIL.
prime de toutes parts. Par suite de cette compression, celui-ci souffre dans sa nutiilion au point de perdre sa structure épithéliale, en môme temps qu'il cesse de livrer passage au liquide sécrété par la glande. Il n'est donc pas étonnant qu'on puisse le trouver vide, ainsi qu'on le voit sur la préparation (bb).
Les détails qui précèdent étant bien compris, on s'explique , comment il se fait que les orifices des glandes de Meibomius ne se montrent presque jamais oblitérés, et que la masse puisse, en se développant librement dans le tissu propre du tarse, acquérir parfois un volume considérable (celui d'une noisette et même davantage).
On nous demandera sans doute quelle est la cause qui provoque ainsi, autour d'un ou de plusieurs des conduits de Meibomius, la production de ce tissu embryonnaire. Évidemment, ce ne peut être que l'inflammation des parois propres de ces conduits. Partie de là, l'inflammation gagne de proche en proche le tissu fibro-conjonctif du tarse, la conjonctive en arrière, et le tissu lamineux, intermédiaire au muscle orbiculaire et au cartilage tarse, en avant. C'est sans doute l'extension parfois exagérée de l'élément morbide en question qui a pu faire croire à tort à Thomas, de Tours (1), que le chalazion provenait du tissu conjonctif sous-musculaire de la paupière, et non, comme cela avait été admis de tout temps, et comme cela nous paraît mis hors de doute, du tissu propre du tarse.
Quant à la question de savoir quelle est la cause de l'inflammation des parois du conduit glandulaire, on peut supposer qu'elle est due soit à une altération physique (épaississement) ou chimique du produit de la sécrétion, soit a une inflammation propagée de l'extérieur (conjonctivite tarsienne) vers l'intérieur de ce conduit, et de là dans le tissu du tarse. Cela étant, on comprend sans peine que l'herpé-
(i) Thomas, de Tours, Thèse de Paris.
DU CHALAZION.
tisme, le lymphatisme, les troubles de la menstruation et de la digestion puissent influer sur l'apparition du chalazion et sur le retour des poussées inflammatoires qui l'accompagnent.
Une dernière remarque en faveur de la nature inflammatoire du produit morbide, c'est que la tumeur peut non-seulement suppurer, devenir colloïde, ou se terminer par induration, mais parfois se résoudre et disparaître soit spontanément, soit sous l'influence d'un traitement antiphlogistique et résolutif local (cataplasmes émollients, badigeonnages de teinture d'iode, etc.).
Pour notre compte, nous attachons une mince importance à la présence ou à l'absence des cellules dites géantes (Riesezellen) ou myéloplaxes, rencontrées par certains auteurs qui, à cause de cela, ont donné au chalazion la dénomination quelque peu pompeuse de sarcome giganto-eellulaire (1 et 2).
(1) Vicenciis, Naples, 1875.
(2) Fuchs, Archiv. fur ophthalm., année 1878, t. XXIV, p. 121 à 146.
— MÉLANO-SARCOME DE LA CONJONCTIVE
(Pl. II, fig. i, 2. 3.)
Observation IL — M. R..., vieillard de soixante-dixneuf ans, tempérament vigoureux et constitution extrêmement robuste, d'une grande sobriété, ayant toujours mené la vie la plus réglée, n'a jamais eu de maladies, sauf des fièvres intermittentes tierces, il y a sept ans, à la suite d'un séjour prolongé et très-fatigant dans les marais de la Vendée. Ces fièvres durèrent pendant tout un hiver; elles cédèrent a l'emploi du sulfate de quinine et n'ont plus reparu que deux fois en quelques accès isolés.
A l'âge de seize ans, il fit une chute à la suite de laquelle il conserva toute sa vie une toute petite plaque, comme ecchymotique, à la partie externe de la cornée (œil gauche). La vision n'en fut pas moins excellente. M, R... lit du matin au soir, sans lunettes, les caractères même les plus fins.
Dans l'été de 1875, vers le mois de juillet (il y a un an de cela), apparut un petit point noirâtre sur l'emplacement même de l'ecchymose; ce point ne tarda pas à s'accroître: il avait l'apparence d'une grosse tête d'épingle, lorsque deux chirurgiens de la ville habitée par le malade furent appelés à l'examiner. Le diagnostic porté, après examen ophthalmoscopique, futmélanome. On ne fut pas d'avis d'opérer.
Rientôt la petite tumeur gagna de plus en plus, principalement vers le champ pupillaire; elle ne tarda pas à rétrécir considérablement la vision, et lorsque le malade se présenta h nous, en mai 1876, nous aperçûmes la partie antérieure du globe oculaire complètement recouverte par une tumeur d'aspect noir grisâtre, constamment baignée par un suintement sanieux, sans odeur; elle était du reste indolente, quasi molle,
WÉIiA.NO-SÀRCÔME DE U CONJONCTIVE. 7
Lu vision étant absolument abolie de ce côté, l'œil répondant aux mouvements tout comme l'œil droit tout à fait sain, et vu la santé excellente du malade, nous résolûmes de pratiquer l'énucléation.
L'opération eut lieu le 10 mai; le chloroforme fut difficilement supporté. Au moment où l'aiguille pénétra dans le globe oculaire, il s'écoula une humeur vitrée, fluidifiée, jaunâtre. Rien autre à signaler. Un phlegmon de l'orbite se déclara deux jours après l'opération; sous l'influence d'un traitement énergique : scarifications multiples, frictions mercurielles, sangsues à la tempe, cataplasmes, éméto-cathartiques répétés, etc., on put arriver à juguler cette complication.
Le malade quitta Paris clans les premiers jours de juin pour retourner en province ; des soins de propreté minutieux furent recommandés et pratiqués plusieurs fois par jour dans la cavité orbitaire.
Actuellement (septembre 1876) le malade a repris toutes ses habitudes, lit autant que par le passé; la santé générale est aussi parfaite que possible.
Examen macroscopique et histologique . Pl. II, fig. 1. — C'est une coupe antéro postérieure de l'œil gauche, faite suivant le méridien horizontal (grandeur naturelle). On voit en ab la masse néoplasique qui adhère à la partie externe a de la cornée et à la conjonctive adjacente. Plus loin, elle ne fait que coiffer la totalité de la cornée sans y adhérer, ainsi qu'on le voit par le trait noir b.
Fig. 2. — Coupe horizontale passant par le pédicule delà tumeur et la moitié correspondante de la cornée. Sur cette figure, on voit la tumeur confondue intimement avec la conjonctive, l'épisclère et la terminaison de la sclérotique, ainsi qu'avec la portion périphérique de la cornée ab. La masse morbide, libre de toute adhérence avec la cornée, ne fait que la coiffer, ainsi qu'il a été dit précédemment. Il est à noter, toutefois, que toute la portion libre de la face antérieure de
8 CONTRIBUTION A LANATOMIK PATHOLOGIQUE DE l'(ÈIL.
la cornée, malgré son indépendance de la tumeur, se montrait complètement dépourvue d'épithélium; seule la membrane élastique de Bovvman, b, servait de limite antérieure à la cornée. L'examen histologique de la masse démontre qu'il s'agit d'un néoplasme mixte formé en partie d'éléments épithélioïdes, sphériques, bien que légèrementpolygonaux par pression réciproque. Ces éléments, granuleux et pourvus de molléculcs pigmentaires pour un certain nombre d'entre eux, sont disposés sous forme de globes, b, séparés par des cloisons lamineuses, pourvues elles-mêmes çà et là de cellules fusiformes représentées en d, fig. 3.
A la face antérieure du milieu de la tumeur, on trouve un épithélium pavimenteux stratifié; plus loin, en c, fig. 2, cet épithélium disparaît et la masse e est formée presque exclusivement d'éléments fusiformes et d'éléments mélaniques disséminés par place et accumulés sur d'autres points. Plus en arrière, le néoplasme s'amincit et l'on ne trouve presque plus que des cellules arrondies embryoplastiques, et en S, point de départ de la tumeur, de véritables globules sanguins représentés par un pointillé noir. Il est à ajouter que des granulations noires se retrouvent disséminées en petites quantités dans les parties antérieures de la tumeur, où l'on voit également, çà et là, la coupe de vaisseaux sanguins envoie de formation. Tout à fait en arrière, fig. 2, on aperçoit la coupe de l'iris et des procès ciliaires qui n'offrent rien d'anormal. En cl, on y distingue même fort bien la coupe ellipsoïde du muscle constricteur de la pupille divisée suivant un plan tangent à l'orifice pupillaire.
Fig. 3. — Fragment de la tumeur pris vers son centre et grossi 290 fois. On y voit, réunis dans une -même place, les éléments divers qui constituent la masse. En aa\ vaisseaux de nouvelle formation remplis de globules. En b, globe épidermique principal. En c, grandes cellules, dont quelques-unes à plusieurs noyaux; un certain nombre d'entre elles sont infiltrées de pigment. En d, éléments fusiformes.
MÉLANO-SARCOME DE LA CONJONCTIVE. M
On peut conclure d'après cela qu'il s'agit d'un épithéliosarcome vasculaire et mélanique, ayant pour point de départ le limbe conjonctival, la portion correspondante de l'épisclère ainsi que le point de jonction de la cornée avec la sclérotique.
Remarques. — Les tumeurs mélaniques, autrement dit noires, de la conjonctive, réputées par les uns comme des cancers, par d'autres comme des tumeurs épithéliales ou épithélioïdes, par d'autres encore comme des sarcomes, ne sont pas rares. — Wirchow (4), Hirscbberg (2), Langhans (3), Heddœus (4), Manz (5), Schmidt (6), Seitz (7), Wecker (8), et d'autres encore en citent des exemples.
De l'étude de ces faits découle un détail à peu près constant, c'est que la tumeur née des couches profondes de la conjonctive et de la partie correspondante de l'épisclère, au voisinage du limbe, recouvre ultérieurement, sans y adhérer, la face antérieure de la cornée, au point parfois de la cacher complètement. C'est ce qui existait en particulier chez notre malade, chez qui la masse adhérait intimement à la sclérotique sous-jacente, mais sans y pénétrer très-profondément. Cette disposition mérite d'être retenue lorsqu'il s'agit d'opérer, en ce sens qu'elle permet souvent d'extirper la tumeur en respectantrœil,qui.redevientutileàlavision.La seule chose qu'on ait à craindre, ce sont les récidives surplace qui ont été notées, sinon toujours, au moins très-souvent. Tel était le cas clans la seconde observation de Langhans, où la récidive s'est montrée au bout de deux ans. Dans l'observation citée par de Wecker, la récidive eut également lieu, seulement ici la pre-
(1) Virchow, Krankhafte Geschwùlste, Bd II, p. 122.
(2) Hirschberg, Virchow' s Arch., Bd L, 1. H.
(3) Langhans, Ibid., Bd XLIX, p. 117.
(4) Heddœus, Arch. f. Ophthalm., Bd VIII, Abt.l,p. 323.
(5) W. Manz, Arch. f. Ophthalm. Bd XVII, Abt. 2, p. 204-227.
(6) Schmidt, Ibid., Bd XVIII, Abt. 2, p. 115.
(7) Seitz, Handbuchder gesammlen Augenheilkunde. Erlangen, 1855, p. 99.
(8) Wecker, Traité théorique et pratique des maladies de$<yeux, t. I, p. 198.
10 CONTRIBUTION A [/ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE |/ϕL,
mière exLirpation de la tumeur avait été incomplète. Enfin, dans le cas de Seitz, il y eut trois récidives.
Le volume de la tumeur varie suivant les cas et aussi suivant la durée plus ou moins longue du mal. Chez notre malade, la tumeur avait le volume d'une grosse noisette; il en a été de môme chez le malade de Heddœus. La tumeur observée par de Wecker offrait le volume d'une fève, et c'est également à une petite fève que Seitz compare celle de son malade. Enfin Manz assigne à la tumeur qui s'est offerte à lui le volume d'une demi-noix, recouvrant la cornée dans sa totalité.
Bien que lisses à la surface, ces tumeurs sont le plus souvent lobulées, et il n'est pas rare de constater pour chaque lobe une consistance et parfois une coloration différentes. — Cette dernière varie du gris brunâtre au noir le plus fonc \ Bien plus rarement la tumeur est complètement dépourvue de pigment noir, comme dans l'une des cinq observations publiées par Schmidt.
La consistance généralement molle de la tumeur rappelle celle des sarcomes. Sauf la gêne qui résulte de l'interposition de la masse entre la cornée et les paupières, il n'y a pas de douleurs. Très-souvent au contraire on observe une sécrétion muco-purulente. Le larmoiement fait généralement défaut, sauf dans les cas où la tumeur, par suite de son siège, comprime le conduit lacrymal inférieur, qui, comme on sait, est la principale voie d'excrétion des larmes.
Pour ce qui est de la structure intime de ces tumeurs, il semble résulter des observations publiées jusqu'ici qu'on doive les rattacher aux sarcomes mélaniques, avec cette particularité toutefois que les éléments constitutifs n'offrent pas partout la môme disposition. C'est ainsi qu'en certains endroits il s'agit d'éléments fusiformes, qu'ailleurs on a affaire à des cellules embryoplastiques arrondies, et que sur d'autres points ces mêmes éléments pressés entre eux représentent des globes épithélioïdes.
MÉLANO-SÀRCOMË DE LA CONJONCTIVE. M
Cette diversité de structure explique sans doute les divergences des auteurs sur la nature de ce néoplasme. Nous avons suffisamment décrit le côté histologiquc de la tumeur qui nous est propre pour que nous n'ayons pas à y revenir Parmi les faits publiés par d'autres, nous relevons les particularités suivantes. — Dans le cas de Jaeger on a trouvé : 1° des cellules épithéliales dont certaines contenaient du pigment ; 2° des noyaux libres; 3° des granules pigmentaires;4° de grandes cellules arrondies à gros noyaux, mais point de cellules à prolongements. — Schmidt classe les quatre premières tumeurs observées par lui parmi les cancers mélaniques, ce qui ne manque pas que d'être vague; tandis que la cinquième, non mélanique, se rapprochait manifestement, dit-il, des sarcomes à petites cellules. — La tumeur enlevée par de Wecker fut examinée par Gornil qui l'a caractérisée comme un sarcome mélanique.
Seitz, dans l'observation qui lui est propre, parle de grandes cellules rondes contenant du pigment. — Enfin, Manz décrit : 1° des colonnes aplaties composées de grosses cellules fusifo raies à noyaux volumineux ; 2° entre elles, des amas de cellules épilhélioïdes variables de forme et souvent pigmentées ; 3° de petites cellules rondes le long des vaisseaux; 4° des cellules rondes plus volumineuses que les précédentes et à noyau dans la lumière des vaisseaux; 5° du tissu connectif et des vaisseaux sanguins nombreux et larges; 6° du pigment très-irrégulièrement réparti, presque toujours dans les cellules.
Les détails histologiques qui précèdent concordent entièrement avec ce que nous avons été à même d'observer dans le cas qui nous est propre, aussi nous insisterons tout particulièrement sur la présence de ces amas de cellules comme épithéliales qui peuvent faire hésiter l'observateur entre le sarcome et l'épi théliôma vrai, au point de vue du classement de la tumeur. Heureusement qu'ici la présence en grand nombre d'éléments embryonnaires et fusiformes n'a pu nous
12 CONTRIBUTION A t/ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE [/ŒIL. laisser aucun doute, ainsi qu'à Manz, sur la nature essentiellement sarcomateuse du néoplasme.
Une dernière question qui reste à résoudre, c'est celle de savoir quelle est l'origine du pigment qu'on trouve au sein de ces tumeurs.
Pour Langhans le pigment en question se forme exclusivement des corpuscules sanguins contenus dans les cellules parenchymateuses. Manz, dans l'observation déjà citée, fait remarquer que les grains pigmentaires les plus gros avaient une forme discoïde et sphérique, rappelant les globules rouges du sang. En outre, ce pigment résiste moins aux réactifs que le pigment noir physiologique, d'où l'auteur conclut qu'il doit provenir d'infarctus hémorrhagiques en voie de métamorphose, bien qu'on ne puisse préciser les phases par lesquelles celle-ci passe.
Pour corroborer cette manière de voir, qui nous paraît être la vraie, nous ferons observer que chez notre malade l'origine du mal paraît avoir été un épanchement sanguin traumatique survenu plusieurs années auparavant. On conçoit d'ailleurs que, même sans traumatisme préalable ou concomitant, la tumeur généralement pourvue de vaisseaux nombreux (celle de Manz saignait souvent au point de donner lieu à de petites hémorrhagies) puisse devenir le siège d'apoplexies interstitielles, par rupture de ces mêmes vaisseaux.
Dans la presque généralité des cas la cornée, bien que recouverte par la tumeur, fut trouvée intacte, sauf au niveau de l'insertion de la masse morbide au limbe scléro-cornéal. Tout au plus l'épithélium est détruit, mais la membrane de Bowman résiste longtemps et. s'oppose à la pénétration. Une fois cette couche disparue, le tissu propre de la cornée se trouve rapidement envahi, à l'exception toutefois de la membrane de Descemet et de l'endothélium, qui constituent une nouvelle barrière presque infranchissable.
Au point de vue des causes, il est à noter que ces tumeurs
MKLA.NO-SAKCOMK DE LA CONJONCTIVE. '13
mélaniques du limbe scléro-cornéal avec participation de la conjonctive se sont montrées chez des individus âgés.
C'est ainsi que notre malade s'est aperçu de sa tumeur à l'âge de soixante-dix-huit ans seulement. Celui deHeddœus, également un homme, en avait cinquante et un, lors de la première apparition de la tumeur ; lorsqu'il fut observé il en avait cinquante-quatre. La femme citée par Manz accusait soixante-cinq ans et sa tumeur remontait à deux ans seulement. Le malade de de Wecker avait soixante-dix ans; enfin celuLde Seitz cinquante et un, et la tumeur remontait à deux ans et demi. On peut donc poser en règle que c'est à partir de quarante-cinq à cinquante ans que ces tumeurs se montrent de préférence. On sait qu'il en est de même du cancer des téguments.
Pour ce qui a trait à la thérapeutique, nous pensons, d'après tout ce qui a été. dit précédemment, qu'il faut, avant de procéder à l'énucléation du globe, s'enquérir si l'extirpation de la tumeur seule avec conservation de l'œil n'est pas chose possible. La crainte qu'on puisse conserver en pareil cas, c'est la récidive sur place, aussi, faut-il se mettre en mesure de tout enlever. Même alors, toute crainte de récidive ne sera pas entièrement dissipée.
(Pl. III, fig. 1, 2, 3. — Pl. IV, fig. 1,2. - - Pl. V, fig. 1, 2, 3.)
Observation III. — Girondeau (Joséphine), quinze ans, entrée le 6 juin 1876, salle Sainte-Marthe bis, n°9, a perdu l'œil gauche à l'âge de quatre ans, à la suite d'ophthalmies répétées. Depuis plusieurs années, la vue est troublée du côté droit; plusieurs kératites de ce côté. Douleurs dans le côté droit de la tête depuis environ dix mois.
Le 18 juin, énucléation de l'œil gauche, qu'on trouve petit, déformé et dur; à l'intérieur, ossification du cristallin.
Pl. III, fig. 1. — Coupe antéro-postérieure de l'œil, passant par le centre de la cornée et par le centre du nerf optique. Grandeur naturelle. On voit en avant la cornée réduite de volume, mais globuleuse. La chambre antérieure est absente, et contre la face postérieure de la cornée, on trouve appliqué un petit stratum noirâtre qui représente les restes altérés de l'iris. Immédiatement derrière on rencontre une masse osseuse ayant la forme du cristallin et représentée en blanc surîa figure. Cette masse, d'une consistance dure, offre une limite nette avec une surface lisse en avant, tandis qu'en arrière elle semble se continuer avec le tissu fibroïde qui, sous la forme d'un cône, s'étend de la face postérieure et des bords latéraux du cristallin jusqu'au nerf optique, en s'amineissant de plus en plus. En S, sclérotique fortement épaissie, surtout là (côté droit delà figure) où l'œil avait le plus perdu de sa forme. L'entrée du nerf optique est trèspetite et son tissu propre offre une couleur grisâtre. La choroïde présen te encore son aspect noirâtre et ne parait pas trèsprofondément altérée. Ce qu'on peut déduire de cette étude macroscopique, c'est qu'il s'agit ici d'un ancien dôcollemenl
Pl. III.
de la rétine avec altération du corps vitré et du tissu propre du cristallin. Dans la partie intermédiaire à ce qui devait être la rétine décollée et la choroïde, se trouvait un liquide épanché qui s'est coagulé sous l'action de la liqueur de Mùller.
La figure â représente une coupe suivant F un des méridiens de la masse ossifiée du cristallin. Grossissement de 25 diamètres.
Cette coupe permet de constater une organisation osseuse des plus parfaites, ainsi qu'on peut le voir en aa. De grandes cavités médullaires bbb s'y font également observer, à côté desquelles on en voit d'autres plus petites et plus régulièrement arrondies. Probablement qu'il s'agit ici de cavités médullaires perpendiculaires aux premières, et qui se présentent suivant leur petit axe. À la périphérie de l'ossification, on observe en avant (côté gauche de la figure) une délimitation très-nette, bien que sinueuse, teintée par places .en noir par les restes de la couche uvéale de l'iris qui y adhère. Aux deux extrémités supérieure et inférieure de la préparation, on aperçoit, en outre, la terminaison des procès ciliaires également altérés. Plus en avant, on distingue le tissu altéré de la cornée, qui n'a été qu'indiqué en partie sur la figure, et seulement en vue de représenter l'adhérence de la couche uvéale avec la face profonde de la cornée. Le tissu propre de la cornée est altéré et offre l'aspect d'un tissu de cicatrice, indice certain d'une ancienne perforation ou pour le moins d'un leucome de vieille date. Les sinuosités de cette face antérieure du cristallin rappellent tout à fait celles représentées par une capsule cristalline flétrie, et, ainsi que nous le verrons à propos de la figure 1 de la planche IV, les restes de la cristalloïde antérieure s'y trouvent. En arrière (côté droit de la figure), la masse osseuse est délimitée, comme en avant, par une ligne fortement ondulée qui rappelle les contournements de la cristalloïde postérieure. Ainsi que nous le verrons sur les figures i et 2 de la planche IV, on y retrouve des portions de cette cristalloïde, qui semble brisée sur certains
points eidéformée sur d'autres. Jl existe de grandes cavit<>> médullaires qui arrivent jusqu'à la surface postérieure de la masse ossifiée et qui se continuent avec une couche de tissu libroïde stratifié ce. De là, le tissu fibroïde en question se confond graduellement avec le tractus fibreux, qui va jusqu'au nerf optique (voy. pl. III, fig. 1). La même planche, figure 3, représente un espace médullaire grossi à 290 diamètres. Sur cette préparation, on voit tous les éléments constitutifs de ces espaces qui sont remplis presque en entier par du tissu conjonctif fibrillaire, pourvu de vaisseaux. Les autres éléments qu'on y rencontre sont : 1° des éléments fusiformes et de petites cellules rondes dont le nombre croît en se rapprochant des parois de l'espace médullaire ; 2° tout à fait à la périphérie, au contact même du tissu osseux environnant pourvu d'ostéoplastes, des cellules rondes légèrement granuleuses et disposées en une ou plusieurs rangées. — Ges derniers éléments aa se distinguent des autres en ce qu'ils sont fortement teintés par la liqueur de Millier. La purpurine les colore aussi en rouge intense et au même degré que les ostéoplastes voisins b. Leur stratification tout contre les parois osseuses, leur configuration et les propriétés microchimiques précédemment indiquées prouvent bien qu'on a affaire à des ostéoblasles. Outre ces éléments caractéristiques des os en voie d'évolution, on observe dans la cavité médullaire quelques globes arrondis c, grenus à la surface, trèsfortement colorés par la purpurine, et qui, examinés à la lumière polarisée, se caractérisent très-nettement comme étant des amas de substance calcaire. Sur la gauche de la figure en b\ on voit un petit îlot devenu osseux dans sa totalité, et autour de lui une couche uniforme d'ostéoblastes a; ceux-ci l'entourent de tous côtés et l'isolent des autres éléments de l'espace médullaire.
Pl. IV, fig. 1. — Coupe transversale d'ensemble du cristallin ossifié. — Grandeur, 80 diamètres. On voit sur
Dette ligure tous les détails précédemment décrits, le tout avec mit1 plus grande netteté. Il est toutefois à signaler que pour en simplifier la reproduction, on a négligé de représenter partout les vaisseaux sanguins nombreux qui sillonnaient les espaces médullaires. On s'est attaché surtout à indiquer les restes de la capsule, principalement visibles le long de la surface mamelonnée antérieure en aaa, ainsi que sur différents points de la face postérieure en b.
La figure 2 de la même planche, provenant d'une autre préparation, montre plus nettement encore • la cristalloïde postérieure dd sous la forme d'une ligne horizontale ondulée, et qui, à l'extrémité gauche de la figure, semble comme chiffonnée et brisée. Ce point correspond précisément à un des endroits où l'espace médullaire b se continuait avec le tractus fibroïde de la cavité hyaloïdienne de l'œil. Vers l'extrémité droite, il existe un autre espace b' , où la portion correspondante de la capsule parait intacte, et où il existe en outre la coupe oblique d'un vaisseau sanguin. Revenant à la figure 1, nous ferons observer la disposition des globes calcaires qui existent en grand nombre dans l'un des espaces centraux les plus grands, G, ainsi que dans un second espace plus petit situé vers l'extrémité droite de la préparation, G'. Ces globes calcaires reflètent vivement la lumière au centre, tandis que leur périphérie, nettement délimitée, semble constituée par une série d'aspérités; disposée à la surface à l'instar d'un collier de petites perles.
Nous appelons particulièrement l'attention sur la disposition des tissus, aux deux extrémités de la préparation. A cet endroit toute trace de capsule fait défaut, et les procès ciliaires, complètement altérés, adhèrent d'une façon intime au tissu fibreux périostal et endostal, espèce de gangue, où a pris sans doute naissance la substance osseuse du cristallin. Ce fait conduit à penser que c'est par la région de l'équateur cristallinien qu'a du procéder la substitution du tissu propre du cristallin par du tissu conjonctif d'abord, et par du tissu
l'.VNAS. o)
18 CONTRIBUTION A lWtOBÎIË PATHOLOGIQUE DE l'œIL.
osseux ensuite; Ce qui confirme cette manière de voir, c'est précisément la conservation partielle des deux cristalloïdes antérieure et postérieure, ainsi que cet autre fait que le diamètre antéro-postérieur de la production représente les proportions d'un cristallin à peu près normal, tandis que sou diamètre transversal paraît plus long. Ajoutons que les bords de la nouvelle production osseuse sont obtus, au lieu du bord tranchant propre au cristallin normal. Gela est surtout évident vers l'extrémité gauche de la préparation.
La planche V, %. 1 (310 diamèt.), représenté l'îlot d'ossification le plus voisin des procès ciliaires Pc, pris sur la même préparation qui a servi pour la grande planche.
Sur cette figure, on voit nettement la continuité établie par du tissu conjonctif entre la nouvelle production osseuse et le tissu altéré des procès ciliaires.
La figure 2 montre un fragment de ce tissu conjonctif, infiltré lui-même d'un grand nombre de cellules embryoplastiques disposées en séries, et aboutissant vers l'extrémité droite de la figure à la couche des ostéoblastes cl.
La figure 3 (160 diamèt.) est destinée à faire voir principalement les vaisseaux capillaires remplis de globules rouges qui parcourent les espaces médullaires; quelques-uns de ces capillaires sont coupés en long, d'autres en travers.
Remarques. — L'ossification véritable de la lentille cristalline, qu'il ne faut pas confondre avec l'encroûtement calcaire partiel ou total de cet organe, a été très-rarement observée. Cette métamorphose est à peine citée par les auteurs classiques, et, si l'on en parle, c'est pour faire observer simplement que les phases par lesquelles passe l'ossification ayant échappé à l'observation, on ne saurait rien en dire de précis.
La première question qui se présente est celle de savoir si le cristallin, organe d'origine épithéliale, peut se transtbrmer directement en tissu osseux; ou bien s'il doit, avant
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Je subir celte métamorphose, disparaître pour faire place à du tissu conjonctif cpii s'ossifie à son tour.
La première de ces deux hypothèses a évidemment contre elle tous les faits connus en anatomie pathologique générale, tandis que la seconde est parfaitement en rapport avec ce qui s'observe dans les autres tissus, et en particulier dans les tendons et dans la choroïde, où le tissu osseux se développe aux dépens des éléments conjonctifs et fibreux.
Ce dernier point étant acquis, il reste encore à savoir comment procède la substitution conjonctive puis osseuse du cristallin, et quel rôle y joue la capsule. Ce sont là des questions restées obscures jusqu'ici, et auxquelles nous allons tenter de répondre.
Faisons d'abord observer que, dans le cas qui nous est propre, les deux cristalloïdes, aussi bien l'antérieure que la postérieure, quoique plissées, chiffonnées, ou même brisées par places, n'existaient pas moins. C'est sans doute grâce à la .présence de la capsule que l'ossification avait revêtu la forme primitive du cristallin. La cristalloïde a joué en quelque sorte ici le rôle de barrière, à l'instar du périoste et du périchondre, pour délimiter l'ossification et lui imposer la forme du cristallin absent. Les figures ci-dessus ne peuvent laisser aucun doute sur la production endo-capsidaire 'du tissu osseux de nouvelle formation; et, comme c'est là un fait important au premier chef, nous avons tenu à soumettre nos préparations à M. Ranvier lui-même, qui, avec sa très-grande compétence en pareille matière, n'a pu conserver le moindre doute sur la présence de la capsule autour de la masse ossifiée.
Des deux cristalloïdes, l'antérieure était ici la mieux conservée. La postérieure, ainsi que cela a été noté plus haut, à propos de la description histologique de la pièce, se trouvait au contraire brisée par places ; de là le tissu fibreux endocapsulaire en voie d'ossification se continuait avec la masse fibreuse rétro-cristalloïdienne déjà décrite.
L'examen attentif de la zone équatoriale du cristallin ossifié
°20 CONTRIBUTION A l'ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE L'ŒIL.
nous a démontré qu'en ce point la cristalloïde faisait complètement défaut, el que le tissu fibreux environnant se continuait sans ligne de démarcation avec les procès ciliaires voisins qui étaient aplatis et entièrement déformés. Ce fait, rapproché de la conservation de la choroïde en arrière, nous a conduit à admettre :
1° Que la maladie, dont l'altération de l'œil et l'ossification du cristallin ont été les suites, n'avait été autre qu'une iridocyclite plastique de longue durée ;
2° Que, par suite de ce travail phlegmasique, les procès ciliaires ont proliféré et se sont avancés entre les deux cristalloïdes, en prenant la place clu cristallin normal, altéré par compression ou autrement;
3° Qu'ultérieurement le corps vitré, ayant subi lui-même la transformation conjonctive et s'étant rétracté, a décollé d'une part la rétine, et brisé d'autre part la cristalloïde postérieure sur plusieurs points; de là sa fusion avec la masse fibreuse intra-cristalloïclienne ;
4° Que finalement cette dernière, étant la plus anciennement formée, a fini par subir la transformation osseuse, probablement en vertu d'un travail ostéogénique, analogue à celui du tissu fibreux des tendons chez les gallinacés.
En résumé, -le point de départ de l'ossification de la cavité capsulaire du cristallin paraît avoir été ici le tissu des procès ciliaires en voie de bourgeonnement. Ce fait n'a rien d'étonnant, d'ailleurs, lorsqu'on songe que la choroïde, qui en est la continuation, devient le siège si fréquent et pour ainsi dire de prédilection des ossifications intra-oculaires.
— IRIDO-CHOROÏDITES CHRONIQUES
Parmi les we?*/' observations qui vont suivre, toutes relatives à des lésions graves de l'œil ayant nécessité l'énucléation du globe, il y en a qui se rapportent à des traumatismes. L'enseignement pratique qui ressort de cette étude, c'est que Y énuclcation constitue une opération excellente qu'on ne saurait trop prôner en pareils cas, et à laquelle il faut avoir recours aussitôt qu'on le pourra ; de la sorte, non-seulement on arrête du coup les souffrances éprouvées par le malade, mais on met l'autre œil, resté sain, à l'abri des atteintes d'une ophthalmie sympathique, toujours imminente.
L'une de ces observations condamne sans retour l'opération de la cataracte par abaissement; parmi les autres on trouvera des détails anatomo-pathologiques qui ne manquent pas d'intérêt.
Irido-cyclite parenckymateuse avec atrophie du globe et accidents glaucomateux, suite d'une blessure de l'œil par un fragment de verre.
(Pl. VI, fig. I, 2, 3.)
Observation IV. — M. D..., Valaque, quarante-deux ans, reçut, le 25 septembre 4875, un morceau de verre à vitre tombé de haut sur l'œil droit. Le morceau de verre coupa la paupière supérieure en travers et la peau de la racine du nez, et divisa la sclérotique ainsi que la moitié de la cornée du côté nasal. La vision fut immédiatement abolie sans qu'il survînt un épanchement de sang notable dans la chambre antérieure. La douleur de l'accident ne dura que quelques heures et, dans la nuit du troisième jour, le malade
fut pris de douleurs violentes circumùrbitaires accompagnées de conjonctivite intense et de fièvre. On lui fit des applications de sangsues et l'on prescrivit un collyre à l'acétate de plomb, ainsi que du sulfate de quinine à l'intérieur. Cinq jours après, la forte attaque d'ophthalmie s'étail calmée; seulement, depuis cette époque jusqu'à l'arrivée de M. D... à Paris, le 7 décembre 1875, le malade fut en proie à des attaques douloureuses survenan t chaque jour, à peu près régulièrement vers les deux heures de l'après-midi. Ces attaques, dont l'intensité et la durée varièrent, persistaient habituellement jusqu'à six et sept heures du soir, et offraient leur maximum d'intensité de quatre à six heures.
Depuis l'accident l'œil n'a fait que se rapetisser, et aujourd'hui il est réduit de plus de moitié. La cornée reste transparente, sauf sur la ligne de la coupure, qui est enfoncée. Il y a une atrésie de la pupille qui est entièrement occupée par une masse blanche, sous forme de pseudo-membrane. Vision nulle. Sclérotique fortement congestionnée, larmoiement habituel, point de sécrétion conjonctivale. L'énucléation de cet œil fut pratiquée le 4 décembre et, neuf jours après, tout était fini; le 15, le malade alla au théâtre et le 18 il partit pour Nice, où il passa trois mois.
De passage à Paris, nous le vîmes dans un état de santé parfaite : jamais après l'opération il n'a éprouvé la moindre incommodité. Son œil sain ne laissait plus rien à désirer et la difformité de son autre œil se trouvait complètement dissimulée grâce à un œil prothétique.
L'examen histologique de l'œil énucléé après une macération de six semaines dans la liqueur de Mùller nous montra toutes les lésions de cet œil concentrées dans l'hémisphère antérieur.
La figure 1 de la planche VI représente une coupe méridienne passant parle centre de la pupille. Disons desuile que l;i sclérotique et le muscle cil i aire n'offrent pas. d'altérations
TRTDO-CYCLÏTE TRAUMÀTIQUE . Zo
histologiqu.es importantes, probablement parce que la coupe ne correspondait pas à la blessure de la sclérotique. L'épithélium cornéal, la membrane de Bowman et les couches antérieures de la cornée ne présentent rien d'anormal, sauf qu'à la périphérie on y voit des vaisseaux de nouvelle formation, représentés sur le dessin par de grosses lignes transversales noires. Vers le centre, les couches profondes de la cornée étaient en voie de prolifération cellulaire, ce qui est indiqué sur la figure par d'autres lignes foncées ayant la direction des corpuscules de la cornée.
Ces corpuscules ont été représentés, fig. °2 et 3, avec un objectif à immersion. A l'aspect de la figure 3, on croirait avoir sous les yeux un véritable lymphatique cornéal engorgé de globules blancs. La figure 2 représente ces mêmes espaces lymphatiques de la cornée anastomosés entre eux sous forme de réseaux. En un mot, ce serait là des corpuscules cornéaux en voie de prolifération, ou bien, comme le veut Th. Leber, des espaces lymphatiques dilatés de la cornée, remplis de leucocytes.
Une ligne onduleuse transparente a, pl. VI, fig. 1, montre en arrière la limite de la membrane de Descemet sur laquelle se trouve comme moulé l'exsudat qui remplit la pupille et toute la partie centrale de la chambre antérieure. Cette masse exsudative se prolonge en arrière jusqu'à la cristalloïde antérieure b, qui se présente également sous la forme d'une ligne onduleuse blanche. Cette même masse remplit en c toute la. loge cristallinienne jusqu'à la cristalloïde postérieure d, après quoi elle se retrouve dans les couches les plus antérieures du corps hyaloïde /. — Nous venons de dire que toute la loge cristallinienne était remplie par la masse exsudative ; cependant on voit, vers la périphérie de celle-ci, en g, quelques restes du cristallin qui sont demeurés normaux. Toute cette masse exsudative est constituée par des leucocytes ou par de petites cellules rondes embryoplastiques, disséminées dans une substance amorphe.
24 CONTRIBUTION A L'àNATOMIE PATHOLOGIQUE DE L'CEIL.
On voit que l'iris // est augmenté de volume et esl manifestement infiltré des mômes éléments embryoplasiiques que les masses exsudativès qui l'entourent de toutes parts sauf vers la périphérie de la chambre antérieure. Le§ procès ciliaires, réduits de volume et comme atrophiés, offrent des dentelures inoins prononcées qu'à l'état normal. Ajoutons que toute la niasse exsuda tive qui remplit la chambre antérieure se trouve parcourue par des vaisseaux capillaires de nouvelle formation qui sont représentés sur la figure, les uns suivant la longueur, les autres suivant la lumière, par des lignes grenues ou des cercles fortement teintés en noir.
Remarques. — Cette préparation offre deux points importants à noter, à savoir :
1° L'existence très-nette ôlespaces lymphatiques remplis de globules blancs, dans l'épaisseur d'une cornée enflammée. Ceci semble donner raison à Th. Leber, qui considère les prétendus corpuscules de la cornée comme de véritables canaux lymphatiques, ainsi qu'à Conheim qui admet à son tour la migration par diapédèse des globules blancs du sang dans l'intérieur de ces canaux, lorsque la cornée s'enflamme.
2P La disparition par destruction inflammatoire du tissu propre du cristallin et sa substitution par une masse purulente qui s'est accumulée entre les deux cristalloïdes restées à peu près saines, bien que fortement plissées sur elles-mêmes.
Blessure de V œil gauche par un fragment d'acier incandescent . — Phthisie progressive de cet œil avec décollement de la rétine. — Ophthalmie sympathique de l'œil droit.
(Pi.. VII, FIG; 1 et 2.)
Observation V. — Fosset (Arthur), trente ans, mécanicien. Entré le premier mars, salle Saint-Ferdinand bis, n-6.