NOTIONS GÉNÉRALES
Sommaire. — Forces qui régissent les êtres vivants. — Différences, sous le rapport de la composition, entre les substances végétales et animales et les matières minérales. — Des moyens de reconnaître la nature des composés organiques. — De UAnalyse élémentaire. — Division du cours.
Dans la première partie de ce cours, Messieurs, j’ai parcouru avec vous le domaine de la Chimie minérale, c’est-à-dire de cette partie de la science qui traite spécialement des substances inorganiques, que nous trouvons à la surface ou dans les entrailles de la terre, ou que nous parvenons à créer de toutes pièces dans nos opérations de laboratoire ou de fabrique.
Je vous ai fait passer en revue la série des Corps simples ou des Éléments qui, au nombre de soixante-cinq, concourent à former tous les composés de la nature et des arts.
Je vous ai appris à distinguer tous ces corps, à les isoler dans leur état de pureté, à les approprier à tous nos besoins, à toutes les nécessités du commerce et de l’industrie manufacturière.
Je vous ai signalé les phénomènes principaux qui résultent de leurs réactions mutuelles, et indiqué les lois, peu nombreuses et bien simples, qui président à leur groupement ou mieux à leur combinaison.
Mais les matières minérales ne sont pas les seules sur lesquelles le chimisfe porte ses investigations. A côté de ces métaux, de ces oxy- Girardin. — III. a
des, de ces acides, de ces sels, de ces gaz, qui donnent à l’homme civilisé de si puissants moyens d’action, il y a des plantes, il y a des animaux dont la vie n’est due qu’à une succession de phénomènes chimiques qui s’accomplissent avec une régularité, une constance bien dignes d’attention; il y a des produits particuliers, formés dans les organes de ces êtres, et qui possèdent des propriétés toutes spéciales dont l’intelligence humaine a su tirer un merveilleux parti.
Parmi ces produits, en effet, les uns sont des aliments bienfaisants, d’autres des médicaments, et quelques-uns des poisons ; d’autres, enfin, sont des agents ou des auxiliaires de ces arts économiques et industriels qui ont pour but de satisfaire à nos besoins journaliers et d’accroître la somme de nos jouissances matérielles. Ainsi, c’est avec ces produits que nous obtenons ces boissons ferméntées (vin, cidre, bière, eau-de-vie, etc.) dont l’habitude nous a fait une impérieuse nécessité ; ces huiles, ces graisses, ces essences, ces résines, ces sucres, ces gommes, ces fécules qui nous rendent des services si divers; ces couleurs admirables dont nous embellissons nos vêtements, qui ne sont euxmêmes que des fibres textiles enlevées aux dépouilles des animaux ou au tissu même des plantes.
Il y a donc pour le moins, vous l’entrevoyez déjà, Messieurs, autant d’intérêt à étudier ces matières d’origine organique que celles qui appartiennent au règne minéral.
Nous n’aurons pas à nous préoccuper, toutefois, de l’organisation ou de la structure anatomique des plantes et des animaux, car, à ce point de vue, l’étude des êtres vivants appartient à I’Histoire naturelle. Le rôle du chimiste doit se borner à faire connaître la composition ou la constitution élémentaire de ces êtres, les moyens que l’on peut mettre en usage pour isoler les diverses substances dont ils sont formés ; à décrire la nature et les propriétés de ces substances auxquelles on a donné le nom de Principes immédiats ; à indiquer les phénomènes chimiques qui se produisent pendant la vie et qui concourent à l’entretenir; enfin à exposer les changements que ces êtres subissent lorsqu’ils sont rentrés dans le domaine de la matière morte.
Tel est, en peu de mots, l’objet de la Chimie organique.
Forces qui régissent les êtres TivJ&nis. — Dans les minéraux, les éléments qui les forment sont soumis à ces deux grandes forces de la nature que nous avons appelées attraction et affinité. Elles régissent également les êtres vivants; mais ceux-ci obéissent, en outre, à d’autres forces qui leur sont particulières et essentielles.
Ainsi, les végétaux, composés d’organes que l’on désigne sous les noms de racines , tiges, feuilles , fleurs , fruits , semences , naissent, vivent et meurent sous l’empire d’une force qui, comme les précédentes, se dérobe complètement à nos recherches. C’est la force vitale ou la puissance d’organisation, dont l’action commence et finit avec la vie.