PREMIÈRE SECTION
Principes immédiats acides.
Des principes immédiats qui entrent dans la constitution des matières organiques, ceux qui possèdent des propriétés acides sont les plus nombreux et les plus répandus. Ce sont ceux aussi qui, en raison de leurs propriétés si tranchées, ont attiré, tout d’abord, l’attention des chimistes, et sont aujourd’hui les mieux connus.
Cependant, jusqu’à la moitié du dix-huitième siècle, à peine en distinguait-on deux ou trois. Les travaux de deux chimistes suédois, Bergmann et Scheele, qui commencèrent vers 1776, enrichirent la science de nouvelles espèces, dont la liste s’est rapidement accrue depuis les découvertes des chimistes modernes. Dans l’état actuel de la science, lè nombre des acides organiques s’élève à plus de trois cents.
Parmi ces acides, les uns se trouvent naturellement répartis dans les organes des végétaux et des animaux, tandis que d’autres sont le résultat de certaines réactions sur divers principes immédiats. Quelquesuns des acides naturels peuvent être produits artificiellement.
Les agents que l’on emploie le plus souvent pour obtenir ces résultats sont les agents d’oxydation, tels que les acides azotique et chromique, le bioxyde de plomb, le mélange de peroxyde de manganèse et d’acide sulfurique, l’hydrate de potasse ou de soude, le chlore gazeux ou dissous.
Les acides, naturels, tels qu’on les trouve dans les organes des êtres vivants, sont tantôt libres, tantôt combinés avec des bases minérales, potasse, soude, chaux, magnésie, ou avec des alcalis organiques ; mais dans le premier état ils contiennent toujours de l’eau de constitution, qu’on ne peut en chasser par une chaleur de 100°.
C’est ainsi qu’ils se montrent dans la chair des fruits, dans les feuilles caduques ; ils sontplus rares dans les racines et les graines. Presque tous les liquides de l’économie animale en renferment.
En général, les acides organiques sont solides, blancs, susceptibles de cristalliser régulièrement. Très-peu ont de l’odeur. ‘Leur saveur et leur action sur la teinture de tournesol sont toujours moins prononcées que celles des acides minéraux.
Il en est quelques-uns qui sont tout à fait insolubles dans l’eau, et dès lors ils sont insipides et sans action sur le tournesol.
Soumis à l’action de la chaleur, ils ne se comportent pas tous de la
même manière. Ainsi, il en est plusieurs qui se volatilisent sans éprouver aucune altération ; d’autres, au contraire, sont entièrement fixes et se décomposent complètement à une chaleur peu élevée, en donnant les mêmes produits que les autres substances organiques ; enfin, quelques-uns sont en partie volatils et en partie décomposables. On en connaît un certain nombre qui, pendant leur décomposition, se transforment en nouveaux acides, qu’on distingue alors par le nom générique •d’acides pyrogénés , c’est-à-dire engendrés par le feu. La production de «es acides pyrogénés est soumise à une loi fort remarquable, établie, pour la première fois, par Pelouze, et qu’on peut énoncer de la manière suivante :
Un acide pyrogéné quelconque, plus une certaine quantité d’eau et d’acide carbonique, ou l’un seulement de ces deux composés binaires, représente toujours la composition de l’acide qui l’a produit.
Jusque dans ces derniers temps, les acides organiques, à l’exception de quelques-uns, n’étaient pas connus exempts d’eau. En 1853, Gerhardt (1)
(l)Gerhardt (Charles-Frédéric), né à Strasbourg, le 21 août 1816, et mort en cette ville en 1856, a eu, comme chimiste, une carrière très-courte, mais bien remplie. Il fit ses études au gymnase protestant de sa ville natale, à l’école polytechnique de Carlsrulie et à l’institut de M. Shieber à Leipzig. A Carlsruhe, le professeur Walchner avait éveillé chez lui le goût de la chimie ; à Leipzig, le professeur Erdmann acheva de fixer sa vocation, et dès ce moment, malgré les désirs de son père qui voulait le mettre à la tête de sa fabrique de produits chimiques, Gerhardt résolut de se livrer exclusivement aux recherches de chimie pure. Il s’enfuit de la maison paternelle, s’engagea dans un régiment de lanciers, alors' en garnison à Haguenau, mais après trois mois de service, il put, grâce à la générosité d’un ami, se libérer et se livrer tout entier à ses études favorites ; il courut se perfectionner dans le laboratoire du célèbre Liebig, à Giessen, où pendant dix-huit mois il se montra l’un des élèves les plus ardents et les plus brillants. C’est à la suite de ce noviciat qu’il vint à Paris, en octobre 1838, où il vécut en donnant des leçons et des consultations de chimie, et en faisant passer dans notre langue tous les ouvrages de M. Liebig. Thénard, en 1844, le lit nommer professeur à la Faculté des sciences de Montpellier ; mais après quelques années de professorat, il abandonna cette position officielle pour revenir, en 1818. à Paris poursuivre, avec son ami Laurent, les travaux de philosophie chimique qui devaient illustrer leurs noms. C’est à cette époque que, fondant h ses risques et périls une école de chimie pratique qu’il dirigea lui-même pendant près de six ans, il fit paraître ses découvertes les plus intéressantes et formula ses théories les plus élevées. En 1855, ses ressources pécuniaires étant épuisées, il accepta la double chaire de chimie de la Faculté des sciences et de l’École de pharmacie de Strasbourg, que M. Dumas s’empressa de lui faire offrir. Il ne profita pas longtemps de cette position honorable et tranquille; sa vie s’était usée dans l’adversité et dans les luttes qu’il lui avait fallu soutenir pour faire triompher ses idées. La mort vint le trouver quelques mois après que la Société royale de Londres et l’Académie des sciences de Paris l’admettaient dans leur sein.
Les études de Gerhardt ont surtout porté sur la chimie organique, qu’il chercha, de concert avec Laurent, à faire entrer dans une voie plus philosophique. Il s’attacha principalement, en prenant pour guide les idées d’Ampère, à grouper les composés organiques, si nombreux, sous un petit nombre de types et de