PRINCIPES IMMÉDIATS ACIDES
a fait disparaître eette lacune de la science, en donnant des procédés assez généraux pour qu’il soit possible, à leur aide, d’obtenir à peu près tous les acides organiques sous leur forme anhydre. Mais ce qu’il y a de carieux, c’est que ces acides anhydres ne rougissent pas le tournesol, agissent lentement et difficilement sur l’eau, sont même parfois longtemps à se dissoudre dans l’eau bouillante, qui dissout au contraire abondamment leurs hydrates. A ces corps anhydres, résultant de la déshydratation des acides, on a donné le nom collectif à? anhydrides, qu’ils proviennent des acides minéraux ou des acides organiques.
Je vous ai déjà dit que ces derniers s’unissent aux bases salifiables, et forment avec elles des sels analogues aux sels inorganiques, par leur mode de composition et leurs propriétés. La baryte, la strontiane, la chaux, la potasse, la soude, l’ammoniaque et la magnésie sont les bases qui ont le plus de tendance à s’unir aux acides organiques par l’intermède de l’eau. Mais ces acides ne neutralisent pas le même nombre d’équivalents de base pour constituer des sels neutres. Semblables aux hydrates d’acide phosphorique, ils peuvent être divisés en acides monobasiques;, bibasiques et tribasiques.
En désignant par A l’acide anhydre, et par MO l’qxyde métallique, les formules générales des sels organiques neutres s’expriment de la manière suivante :
Ac. monobasiques. Ac. bibasiques. Ac. tribasiques.
Hydrate de l’acide ou acide
cristallisé A + HO A + 2 HO A + 3 HO
•Sel neutre A -f- MO A + 2MO A + 3 MO
Vous voyez par là qu’un acide organique prend, pour former des sels neutres, autant d’équivalents de base qu’il contient d’équivalents d’eau dans son état de liberté.
Les acides volatils sans altération paraissent tous monobasiques ; exemples : acétique, formique, lactique, etc.
Les acides tartrique, malique, quinique, etc., sont bibasiques.
Les acides citrique, méconique, chélidonique, etc., sont tribasiques.
Les acides polybasiques sont fixes et fournissent des acides pyrogénés par la distillation blanche , c’est-à-dire opérée à des températures constantes et intermédiaires entre 100° et le rouge naissant.
Les sels organiques ne diffèrent des sels minéraux, sous le rapport des propriétés générales, que parce qu’ils sont moins stables. Ainsi,
familles d’après l’ensemble des caractères et les analogies de constitution intime. Indépendamment d’une quarantaine de mémoires, qui sont imprimés dans les Annales de chimie et de physique, on lui doit plusieurs ouvrages didactiques, notamment un Précis d’analyse qualitative et un Traité de chimie organique , suite à la chimie de Berzelius. Cette dernière production a une très-haute valeur, non-seulement parce qu’elle offre dans leur ensemble les idées de Gerhardt sur la classification, l’homologie, la théorie des types, etc., mais parce que c’est aussi le résumé et l’exposé le plus complet de tous les travaux de la cliimio moderne.
leurs dissolutions, très-étendues d’eau et abandonnées au contact de l’air, ne tardent pas à se décomposer ; il se forme des moisissures à la surface du liquide, et une matière comme gélatineuse qui flotte dans son intérieur; l’acide du sel disparaît peu à peu, et est remplacé par de l’acide carbonique. Voici, par exemple, une dissolution de citrate dépotasse très-anciennement préparée: elle fait effervescence avec les acides; elle ne contient plus que du carbonate de potasse.
Sous l’influence de la chaleur, les mêmes sels ne peuvent également subsister. Leur acide, dans ce cas, se décompose, en fournissant tous les produits des. substances organiques; et comme parmi ces produits l’acide carbonique domine, le plus souvent leur base demeure pour résidu à l’état de carbonate.
Voici un sel très -commun, désigné sous le nom de crème détartré ; pour le chimiste, c’est du tartrate acide de potasse. Je le projette dans un têt rouge de feu. Vous voyez qu’il éprouve la fusion aqueuse, qu’il se boursoufle, s’enflamme, et laisse enfin un résidu noirâtre et charbonneux. Ce résidu a une saveur alcaline prononcée; il est déliquescent; il fait une vive effervescence avec les acides les plus faibles ; le gaz qui se dégage et que nous recueillons, éteint les corps en combustion et blanchit l’eau de chaux : c’est donc de l’acide carbonique : par conséquent, le résidu de la calcination de la crème de tartre est du carbonate de potasse. "
La composition des acides organiques varie pour chacun d’eux, nonseulement par le nombre, mais aussi par les proportions des éléments qui les constituent. Généralement ceux qui sont contenus dans les plantes sont dépourvus d’azote; c’est le contraire pour ceux qui sont propres aux animaux ou que l’on forme avec leurs produits. Parmi ces derniers, il en est quelques-uns qui sont de véritables hydracides tout à fait comparables aux hydracides minéraux ; tel est, par exemple, le redoutable acide prussique , qu’on appelle plus scientifiquement acide cyanhydrique .
Je ne signalerai maintenant à votre attention que les acides organiques les plus importants ; je parlerai des autres en traitant des corps d’où on les retire ou qui servent à les obtenir.
Acide oxalique.
Vous connaissez, Messieurs, la saveur acide très-prononcée de l’oseille. Eh bien, cette saveur est due à ce qu’il y a dans le suc de cette plante, un sel avec excès d’acide, qu’on désigne, depuis longtemps, sous le nom vulgaire de sel d'oseille, et qui n’est autre chose qu’une combinaison de potasse et d’un acide particulier, auquel on a donné le nom d'acide oxalique, du nom latin de l’oseille, oxalis. Voilà pourquoi on l’appelle, dans les laboratoires, oxalate acide de potasse.
Ce sel, cité pour la première fois par Angélus Sala, au commen-
ACIDE OXALIQUE
cernent du dix-septième siècle, n’a été décrit qu’en 1668, par Ducîos ; mais ce chimiste n’en connut point la nature. Marggraf, de Berlin, y démontra la présence de la potasse, et en 1784 le célèbre Scheele en isola l’acide, dont il constata l’identité avec celui que Bergmann avait obtenu en 1776, en traitant le sucre par l’acide azotique bouillant, et qu’on avait appelé jusque-là acide du sucre, acide saccharin, acide oxysaccharique .
Extraction du sel d’oseille. — Le sel d’oseille est l’objet d’une grande fabrication en Suisse et en Souabe. On l’extrait des feuilles et des tige de plusieurs oxalis et rumex, mais surtout de la petite et de la grande oseille {rumex acetosella et rumex acetosa [fig. 759]).
Après avoir pilé la plante lorsqu’elle est en pleine végétation, on en exprime le suc, qu’on chauffe légèrement pour le clarifier, et qu’on évapore ensuite en consistance de sirop clair, après l’avoir filtré. Abandonné pendant six semaines environ dans des terrines, il dépose peu à peu, sur leurs parois, de petits cristaux verdâtres de sel d’oseille, qu’on blanchit par des dissolutions et cristallisations répétées. En Souabe, pour mieux débarrasser le suc des plantes de sa matière colorante verte, on y délaye un peu d’argile blanche, dont l’alumine agit en formant avec cette matière verte un composé ou laque insoluble.
De 100 kilogrammes d’oseille fraîche on retire, Fl9- 759-— Petite oseille, tout au plus, 320 grammes d oxalate acide de mex acetosella). potasse pur.
Ce sel, tel que le commerce nous le fournit, est en petits cristaux ( [fig . 760) appartenant au système du prisme oblique à base rhombe, quelquefois allongés, assez réguliers, d’un blanc mat ou transparents. Il a une saveur piquante, aigre, légèrement âcre et amère. Lorsqu’on le remue ou qu’on le pulvérise, il s’en élève une poussière trèsirritante qui détermine la toux.
Il est inaltérable à l’air. Il exige 10 parties d’eau bouillante poury
se dissoudre. Sa dissolution rougit, comme vous le voyez, la teinture
Fig. 760. — Forme cristalline du sel d’oseille ou bioxalate de potasse.
de tournesol. Mis sur des charbons ardents, il répand une fumée acide et piquante, mais sans se charbonner. Calciné fortement, il laisse à sa place du carbonate de potasse.
E*réparation de l’acide oxalique. — Pour retirer l’acide de ce sel, on verse dans sa dissolution de Yacétate de 'plomb liquide, jusqu’à ce qu’il ne se fasse plus de précipité. 11 s’opère un échange entre les principes constituants des deux sels, de telle sorte qu’il se produit de Yacétate acide de potasse soluble et de Yoæalate de plomb insoluble.
Oxâlate acide de potasse = acide oxalique.. + potasse.
Acétate de plomb = oxyde plombique + acide acétique.
oxalate de plomb + acétate de potasse.
On recueille l’oxalate de plomb sur un filtre, on le lave bien à l’eâu chaude, on le délaye dans 8 à 10 fois son poids d’eau, et on y fait passer un courant d’acide sulfhydrique, qui sépare l’acide oxalique, en donnant naissance à de l’eau et à du sulfure de plomb noir, ainsi que l’explique la légende suivante :
| Acide oxalique '
Oxalate de plomb = < . 0 ène
Oxyde j J
\ plombique I 1
[ Plomb ,
I / Sulfure
= de = Eau
I ( plomb .
{Soufre 1
Hydrogène
On filtre la liqueur très-acide qui contient en suspension le sulfure de plomb; on la concentre, et, par le refroidissement, on obtient l’acide oxalique en petites aiguilles ou en prismes fins, entrelacés, incolores ou blanchâtres. Par de nouvelles cristallisations, il prend la forme de longs et gros prismes transparents appartenant au système du prisme oblique à base rhombe (fig. 761).
Composition. — Dans cet état, l’acide contient 42,85 p. 100 d’eau de cristallisation, ce qui correspond à 3 équivalents.
Par une dessiccation à -+- 100°, il perd les deux tiers de cette eau, et forme alors un nouvel hydrate qui est ainsi constitué :
ACIDE OXALIQUE
Acide anhydre I équivalent = 36 ou p. 100. 85,7
Eau combinée 1 équivalent = 9 — 14,3
Cet équivalent d’eau ne peut lui être enlevé qu’en le combinant avec les bases.
Anhydre, ou tel qu’il existe dans les oxalates métalliques, l’acide oxalique est composé de :
Carbone 2 équivalents == 12 ou p. 100. 33,33
Oxygène 3 équivalents = 24 — 66,67
Les symboles suivants représentent donc les trois états de cet acide :
Anhydre C203
Sublimé ou séché à 4- 100° C203,H0
Cristallisé C203,3H0
Comme on le voit, l’acide anhydre est intermédiaire par sa composition entre l’oxyde de carbone et l’acide carbonique :
CO oxyde de carbone,
C203 acide oxalique,
CO2 acide carbonique.
Voilà pourquoi les chimistes modernes lui ont donné le nom d’AciDE
CARBONEUX.
Caractères distinctifs. — Ce qui est encore plus singulier, c’est que cet acide ne peut exister sans eau ; en effet, dès qu’on le prive de celle qu’il contient, en le chauffant, par exemple, ainsi que je le fais, avec de l’acide sulfurique concentré, il se dédouble en acide carbonique et oxyde de carbone, qui se dégagent à volumes égaux, ce qui s’explique aisément, puisque l’acide oxalique anhydre renferme les éléments d’un équivalent d acide carbonique et d’un équivalent d’oxyde de carbone :