‹ Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industrielsChapitre 30 sur 125 · DE L’ENCRE · texte numérisé non relu

DE L’ENCRE

M. Traille, d’Edimbourg, a fait connaître, en 1838, la recette d’une encre indélébile qui diffère notablement de celle proposée par l’Académie des sciences. On dissout, à l’aide de la chaleur, du gluten frais dans l’acide pyroligneux. Il en résulte un liquide savonneux que l’on étend jusqu’à ce qu’il n’ait plus que la force du vinaigre ordinaire : on incorpore ensuite à 500 grammes de ce liquide de 6 à 9 grammes du meilleur noir de fumée, et lgr,30 d’indigo. Cette encre a une bonne couleur; elle coule bien de la plume; elle sèche vite ; une fois séchée, le frottement et l’immersion dans l’eau ne l’enlèvent pas. Les réactifs chimiques qui détruisent l’encre ordinaire ne l’altèrent pas, à moins qu’ils n’attaquent le tissu même du papier.

M. Mathieu Plessy a mis dans le commerce, à partir de 1865, une encre nouvelle d’une belle couleur violacée, qui n’a aucun des défauts de toutes les encres précédentes, et qui est maintenant d’un usage général dans presque toutes les administrations et les ministères. Elle est d’une fluidité parfaite et d’une complète inaltérabilité. Elle ne renferme aucun sel de fer; sa préparation est tenue secrète par l’inventeur; elle paraît uniquement formée de matières colorantes dérivées de la fabrication de l’acide pyrogallique.

On a cherché aussi à empêcher la falsification des actes et autres écritures, ainsi que le blanchiment des vieux papiers timbrés et leur rentrée dans la circulation. Pour cela on a imaginé d’enfermer dans la pâte du papier une vignette délébile qui disparaît lorsque l’on veut enlever, par un réactif chimique, les caractères tracés à la surface de ce papier. Pour prévenir les faux partiels ou généraux, on a composé des papiers qui contiennent, dans leur pâte, un filigrane très-fin, indélébile, et qui présentent, imprimée, sur chacune de leurs faces, une vignette très-délicate, inimitable à la main et délébile. Ce sont ces sortes de papiers qu’on connaît sous le nom de papiers de sûreté. Mal-

Noir de fumée purifié,

Suc de réglisse .... 1

Colle de poisson 6

Eau 12

On fait dissoudre séparément le suc de réglisse dans une petite quantité d’eau : d’un autre côté, on coupe la colle de poisson en lanières très-minces, et on les fait bouillir, jusqu’à dissolution, dans le reste du liquide. On mélange les deux liqueurs, puis on y délaye le noir de fumée. 11 en résulte une pâte qu’on place dans des moules enduits de cire, pour prévenir toute adhérence, et on fait sécher à l’étuve, au soleil, ou bien encore sous la cendre. Souvent on ajoute à la pâte quelques aromates, camphre ou musc; et avant qu’elle soit sèche, on y imprime avec un cachet en creux des caractères chinois qu’on recouvre plus tard d’une mince feuille d’or.

Chaque fabricant se sert d’un charbon particulier qu’il prépare et purifie à sa manière, au moyen de dissolvants énergiques (potasse, acides, alcool). On s’accorde généralement à dire que le noir de fumée fourni par la combustion des corps gras et des résines, donne une encre d’un très-beau noir, et qui ne tourne pas au brun lorsqu’elle est exposée à l’air.

heureusement, aucun de ces papiers n’empêche la destruction du texte. Aussi le moyen le plus sûr de prévenir les faux de toute espèce, aisés ou difficiles, c’est, en définitive, l’emploi d’une encre de sûreté, telle que celles indiquées par M. Traille et par l’Académie des sciences.

Encres «le couleur. — On emploie souvent, pour la tenue des écritures de commerce, des encres de couleur rouge, jaune, verte et bleue. La première est la plus usitée. Voici comment on la prépare habituellement. On fait infuser, dans 400 grammes de vinaigre, pendant trois jours, 100 grammes de bois de Brésil râpé; on fait ensuite bouillir pendant une heure; on filtre, et on dissout dans la liqueur chaude 12gr,5 de gomme arabique, et autant de sucre et d’alun.

L’Encre rouge de Ferrari diffère fort peu de la précédente. On fait macérer 96 grammes de bois de Brésil dans 230 grammes d’alcool à 22°, pendant vingt quatre heures; on filtre et on évapore le liquide jusqu’à ce qu’il soit réduit à 96 grammes; on y fait alors dissoudre 64 grammes d’alun et 32 grammes de gomme arabique et de sucre blanc.

On obtient une encre d’une plus belle nuance en dissolvant de la laque de garance dans de bon vinaigre ou du carmin dans l’ammoniaque. Une décoction de cochenille, additionnée de silicate de potasse, donne une encre qui, d’après M. Kuhlmann, résiste longtemps à l’action du chlore et des acides.

On prépare une belle Encre pourpre en ajoutant à une décoction de 12 parties de bois de campêche dans 120 parties d’eau, 1 partie de vertde-gris, 14 parties d’alun et 4 parties de gomme, abandonnant ensuite le tout à lui-même, pendant 4 à 5 jours (Normandy).

Pour YEncre jaune, on fait une forte décoction de 125 grammes de graines d’Avignon dans 5U0 grammes d’eau, à laquelle on a ajouté 16 grammes d’alun, et dans le liquide clair on dissout 4 grammes de gomme pour épaissir. En délayant dans l’eau de la gomme-gutte en suffisante quantité, on obtient une encre jaune d’une belle teinte et plus solide que la précédente.

On prépare une fort belle Encre bleue avec une dissolution saturée d’indigo dans l’acide sulfurique, convenablement étendue d’eau et gommée.

Stephen et Nash ont pris, en 1840, une patente en Angleterre pour la fabrication d’une encre bleue au moyen du bleu de Prusse. Voici comment on la prépare : on triture avec soin du bleu de Prusse de Paris pur avec 1 /6 d’acide oxalique cristallisé et un peu d’eau, de manière à en former une bouillie très-fine qui ne contienne pas de grumeaux ; on l’étend alors d'eau de pluie jusqu’à ce qu’on ait atteint la nuance convenable, ce qu’on essaye en écrivant sur du papier d’un beau blanc. Sa couleur est extrêmement foncée. Si la liqueur est faiblement étendue, l’écriture paraît toute noire et offre par la dessiccation un éclat cuivreux. On obtient par la dilution les plus belles nuances jus-

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