PRINCIPES ALCALINS
cien de Paris, retira de l’opium ( fig . 782), suc épaissi qui s’écoule des incisions faites sur les capsules et la tige du pavot d’Onent (fig. 783 et 784) et des autres espèces du même genre, une matière blanche, cristallisable, pourvue de quelques-unes des vertus médicales et toxiques de ce suc vénéneux ( I ) ; c’est ce qu’on a appelé depuis narcotine. Un an plus tard, Séguin en France, Sertueruer, pharmacien du Hanovre, arrivèrent simultanément à isoler du même suc une autre substance cristallisable, plus active encore que la narcotine, dont l’étude ne fut complétée qu’en 1816 par le chimiste allemand qui lui donna le nom de morphine, d’un mot grec qui veut dire sommeil, voulant rappeler par là la faculté assoupissante qu’elle possède à un haut degré. Il eut l’heureuse idée de la considérer comme un véritable alcali.
Dès ce moment, les chimistes, frappés de ce fait inattendu, s’empressèrent de rechercher de semblables principes dans toutes les plantes douées de propriétés vénéneuses très-prononcées, pensant avec raison que leurs vertus pouvaient bien résider dans des alcalis organiques semblables à la morphine. Ces travaux et ces espérances furent couronnés d’un plein succès, et, depuis 1818, grâce surtout aux recherches de Pelletier et Caventou, Robiquet, Henry fils et Plisson, Brandes, Geiger, Lassaigne, Couerbe, etc., cette nouvelle classe de principes immédiats s’est successivement enrichie d’un assez grand nombre d’espèces, puisque dans l’état actuel de la science on n’en compte pas moins d’une centaine. Mais tous ces alcaloïdes n’ont pas encore été suffisamment étudiés ; il n’y en a guère que cinquante dont l’étude soit complète, et dont l’existence soit admise par tous les chimistes.
Fig. 782. — Pain d’opium du commerce enveloppé dans une feuille de pavot.
(1) L’opium, dont le nom dérive du mot grec on oc,, qui veut dire suc, apparaît d’abord sur les capsules incisées des pavots (fig. 784) sous la forme d’un liquide lactescent qui bientôt brunit par l’exposition à l’air et se dessèche à la manière des gommes. On en forme des petits pains qu’on enveloppe dans des feuilles de rumex ou de pavot. C’est ainsi qu’il arrive de Smyrne, de Constantinople, de Perse, des Indes, etc. Les propriétés narcotiques et stupéfiantes de l’opium ont. été connues dès la plus haute antiquité. En Europe, il n’est jamais employé que comme médicament, à faibles doses et avec une extrême circonspection ; mais tous les peuples de l’Orient, depuis la Turquie et l’Égypte jusqu’au Japon et aux îles de la mer Bleue, le mâchent ou le fument pour se procurer une sorte d’ivresse qui les plonge dans un état d’extase mallieureusemen-t suivi d’une prostration de forces et d’un abrutissement physique et moral qui aboutit à la mort. — L’opium est la base du sirop diacocle , du laudanum , etc., que les médecins prescrivent si fréquemment pour calmer les douleurs et provoquer le sommeil.
C est surtout aux chimistes français qu’on doit la connaissance du plus grand nombre.
Parmi les alcaloïdes, les uns, et c’est la majeure partie, existent tout formés dans les organes des végétaux ; les autres sont le produit de
Fig. ISS. — Pavot somnifère Fig. 784. — Capsules incisées, d’où s’échappe
d’Orient. le suc opiacé
certaines réactions chimiques sur les principes ou les produits immédiats. Ce n’est qu’à partir de 1830 que MM. Woehler, Unverdorben, Runge, Liebig, Dumas et Pelouze, Fritzsche, Zinin, Laurent, Hoffmann, Gerhardt, Wurtz, Paul Thénard, Cahours, Anderson, Chancel, Fownes, etc., sont parvenus à produire dans les laboratoires des composés organiques alcalins tout à fait comparables aux alcaloïdes naturels. Il est à remarquer, toutefois, que jusqu’ici aucun de ces derniers n’a pu être obtenu artificiellement.
État naturel. — En général, les alcaloïdes naturels ne se montrent pas libres dans les végétaux ; ils sont à l’état de sels, et ordinairement de sels acides, ce qui explique leur présence dans les infusions ou décoctions aqueuses des plantes, car ils sont presque tous insolubles dans l’eau quand ils sont libres. — Les acides qui les neutralisent sont tantôt l’acide gallique, tantôt l’acide malique, quelquefois un acide minéral, parfois aussi un acide propre à la substance végétale qui les contient. — Ils affectionnent certaines familles de plantes, et souvent le m‘«me alcaloïde se retrouve dans plusieurs espèces du même genre. — Dans tous les cas, ils sont accompagnés dans les organes d’un si grand nombre de principes immédiats, surtout de matières colorantes,
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de résine, de substances grasses, qu’il est assez difficile de les obtenir à l’état de pureté.
Quelquefois la même plante renferme deux ou un plus grand nombre d’alcalis différents. Ainsi, dans les pavots, dans le coquelicot de nos champs, et par suite dans le suc qu’on retire de leurs tiges par expression, c’est-à-dire dans l’opium, outre la morphine et la narcotine, il y a les autres bases salifiables qu’on a désignées par les noms de codéine , de narcêine , de thêbaïne , de papavérine. Dans la noix vomique et la fève de Saint-Ignace, qui sont des poisons très-violents, et qu’on emploie, surtout la première, pour empoisonner les chiens errant dans les villes et les animaux malfaisants, il y a deux alcalis distincts, la strychnine et la brucine. Il y en a trois, la vératrine , la jervine et la sabadilline , dans les semences de la cévadille, la racine de hellébore blanc et les bulbes du colchique ( fig . 785). Les écorces des quinquinas, qui jouent un si grand rôle en médecine pour combattre les fièvres, contiennent deux alcalis, la quinine et la cinchonine.
Mais, dans le plus grand nombre de cas, l’alcali qui caractérise un végétal est unique. On peut dire que presque toutes les plantes vénéneuses doivent leur redoutable action à la présence d’un de ces principes. Ainsi, la cique (fig. 786), célèbre dès l’antiquité par la mort de Socrate et
Fig. 785. — Colchique d’automne.
de Phocion (I); la nicotiane ou tabac (fig. 787), dont la fumée est si âcre et si pénétrante, et dont la poudre fit périr le poète Santeul,
(1) Le suc de ciguë était employé chez les Grecs comme poison; les Athéniens y mêlaient du suc de pavot afin que la mort fût plus douce.
Girardin — III.
qui but un verre de vin où l’on avait mis du tabac d’Espagne (1) ; la belladone (/ îg . 788), dont les fruits noirs et douceâtres ont occasionné de
nombreux empoisonnements chez des enfants trompés par la ressemblance de ces fruits avec les cerises noires (2) ; Y aconit, dont je vous aï
(1) Santeul, chanoine régulier de l’abbaye Saint-Victor, né en 1630 à Paris, s'est rendu célèbre par ses poésies latines. Il était un des familiers de la maison de Condé. Saint-Simon raconte qu’un soir à Dijon, pendant la tenue des états, en août 1697, à un souper chez M. le duc de Condé, ce dernier se divertit à pousser Santeul de vin de Champagne, et de gaieté en gaieté il trouva plaisant de verser sa tabatière pleine de tabac d’Espagne dans un grand verre de vin, et de le faire boire à Santeul pour voir ce qui en arriverait. Il ne fut pas longtemps à en être éclairci ; les vomissements et la fièvre prirent le malheureux poète qui, en deux fois vingt-quatre heures, mourut dans des douleurs de damné. — Le poote La Monnoye, présent à cette mort, est contraire à ce récit, et rapporte la mort de son ami à une inflammation de bas-ventre causée par deux prises d’émétique administrées intempestivement par les médecins.
(2) En 1773, quatorze enfants de l’hôpital de la Pitié, à Paris, succombèrent pour avoir mangé de ces fruits cueillis au Jardin des Plantes. Le docteur Gaulthier de Claubry rapporte les terribles accidents qu’éprouvèrent plus de cent cin-
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déjà parlé, la. pomme-épineuse (1 ), la jusquiame (2) ( fig . 789) aux feuilles d'un vert sombre et à Todeur vireuse ; la coque du Levant (3), qu’on emploie comme amorce pour attirer et enivrer les poissons et les oiseaux ; les racines d ’ipécacuanha qui possèdent à un si haut degré la propriété vomitive ; le pied-d’alouette- staphysaigre, dont les semences sont utilisées pour détruire la vermine chez les enfants, ce qui lui a fait donner le nom peu poétique d’herbe aux poux ; la digitale , qui embellit les bois et les collines des contrées schisteuses, sablonneuses ou granitiques, et dont les fleurs purpurines, tachetées à l’intérieur, simulent un doigt de gant, d’où est venu le nom de gant de Notre-Dame donné à la plante par les habitants de la campagne, renferment chacune, dans leurs différents organes, un alcali organique que les chimistes modernes ont su extraire et caractériser.
Ces alcalis, principes actifs des végétaux qui les contiennent, sont devenus pour la plupart, entre les mains des médecins habiles, des remèdes très-précieux, dont l’emploi a remplacé, dans presque tous les cas, celui des substances dont ils proviennent.
Ainsi, à ces décoctions troubles et amères de quinquina, que les ma-
quante soldats français qui avaient ramassé de ces fruits aux environs de Pirna, près de Dresde.
(1) Toutes les parties de la plante, connue des botanistes sous le nom de Datura stramonium, occasionnent l’ivresse, le délire, la perte des sens, l’assoupissement, une sorte de rage et de fureur, une perte de mémoire, tantôt passagère, tantôt continuelle, des convulsions, la paralysie des membres, des sueurs froides, une soif excessive et des tremblement^.
(2) La jusquiame n’est pas moins redoutable que les plantes précédentes. Wepfer raconte que des bénédictins se trouvèrent fort mal d’avoir mangé en salade de la racine de cette plante, qu’on avait prise par erreur pour de la racine de chicorée. Les moines allèrent se coucher après le repas. A minuit, l’un d’eux était tout à fait fou. Parmi ceux qui purent descendre au chœur, à l’heure de matines, les uns ne pouvaient ouvrir les yeux pour lire, les autres mêlaient à leurs prières des propos extravagants, ou croyaient voir courir des fourmis sur leur livre. Le matin, le frère tailleur ne pouvait enfiler son aiguille ; il voyait triple.
(3) Ce fruit d’une liane des Indes orientales est non-seulement un poison pour les poissons et les oiseaux, mais aussi pour différents quadrupèdes, et très-
Fig. 789. — Jusquiame noire.
lades n’avalaient qu’avec une extrême répugnance, on a substitué avec un grand succès, le sulfate de quinine , dont 2 grammes seulement suffisent pour couper la fièvre la plus rebelle. L’émétine, ou principe
actif de Yipécacuanha (/ îg . 790), fait vomir, à la dose de 3 centigrammes, et son administration en sirop ou en pilules n’a point les désagréments de la poudre de cette racine.
Mais, en raison de leurs propriétés énergiques, ces alcalis ne peuvent être employés qu’avec une extrême prudence, puisque souvent quelques centigrammes de plus que la dose nécessaire pour produire un effet avantageux pourraient déterminer des accidents fort graves et même la mort. Vous acquerrez une juste idée de leur puissance, en apprenant que 3 centigrammes de strychnine tuent un lapin en 5 minutes; que fi centigrammes de solanine (alcali de la morelle) produisent è le même résultat ; que 2fi à 30c entigrammes de delphine (alcali de la staphysaigre) et de vératrine déterminent la mort des chiens les plus vigoureux en quelques heures; que la morphine et surtout ses sels, à la dose de plusieurs décigrammes, empoisonnent à la manière de l’opium administré en grande quantité. L’acétate de morphine a acquis une grande célébrité depuis que Castaing s’en est servi, en 1824, pour faire périr deux de ses amis. En 1843, un pharmacien des Basses- Pyrénées s’est suicidé en prenant en dissolution 2gr,33 du même sel; les efforts des médecins, les secours les plus prompts, rien n’a pu arrêter les effets du poison, et, quelques heures après son ingestion, la vie était anéantie. En 1846, un étudiant en pharmacie, après une nuit de débauche, avala de l’eau-de-vie contenant 2 grammes environ de strychnine. En moins d’une heure, le malheureux succomba à la suite de convulsions si violentes, qu’il poussait de véritables hurlements !
C’est dans cette classe de principes immédiats que se trouvent, par
probablement pour l’homme. Les poissons qui en ont mangé ne meurent pas dans un temps égal : gardons, meuniers, brèmes, perches, tanches, barbeaux ; tel est à peu près l’ordre dans lequel ces poissons paraissent résister. Leur chair conserve des propriétés toxiques, surtout celle des barbeaux.
Fig. 790. — Ipécacuanha officinal.
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conséquent, les poisons végétaux les plus actifs. C’est depuis la découverte des alcaloïdes qu’on a pu se rendre compte de la prodigieuse activité de ces sucs et extraits avec lesquels les Indiens empoisonnent la pointe de leurs flèches. Dans les Indes orientales, à Java, à Macassar, à Bornéo, aussi bien que dans l’Amérique méridionale, sur les bords de l’Orénoque, du Cassiquiare, du Rio-Negro et de l’Amazone, les sauvages préparent mystérieusement, depuis longues années, avec le suc épaissi ou l’extrait de certains végétaux, des poisons fort célèbres, qu’ils nomment upas-antiar, upas-tieuté , curare.
La quantité de poison qui est attachée à chaque flèche est infiniment petite, et cependant les animaux qui en' ressentent la piqûre éprouvent subitement de violentes convulsions, d’affreux vomissements, et meurent au bout de quelques minutes ( 1 ). Leur chair, toutefois, ne contracte aucune propriété malfaisante, et est mangée impunément. Avant la soumission de Java, les Hollandais étaient obligés de se couvrir d’une espèce de cuirasse pour se préserver des blessures mortelles de ces armes (2).
Eh bien! ces redoutables préparations de l’Asie et du Nouveau- Monde doivent leur énergie à la présence d’alcalis végétaux. Dans Yupas-tieuté, il y a de la strychnine; dans Y upas-antiar, il existe une autre base qui n’a point encore été isolée à l’état de pureté ; dans le curare de l’Orénoque, on sait qu’il y a un alcali particulier, qui a reçu le nom de curarine. Ce sont de grandes lianes, de la même famille que la noix vomique, qui fournissent Yupas-tieutê et le curare; Yupas-anliar est le suc d’un grand et gros arbre de la famille des orties (3).
(1) Le docteur Thiercelin a fait connaître, en 1866, un nouveau système de chasse à la baleine. Il empoisonne ces énormes cétacés au moyen d’un mélange d’un sel très-soluble de strychnine et d’un vingtième de curare. Ce mélange toxique est enfermé dans une espèce de cartouche du poids de 30 grammes, qu’on renferme à son tour dans une balle explosible. Ce projectile, lancé dans les flancs de l’animal, éclate, y projette le mélange vénéneux, et amène la mort dans un laps de temps qui varie de 4 à 18 minutes. Une seule cartouche suffit pour tuer une baleine du poids de 60000 kilogrammes ; il en faut deux pour les plus grosses baleines du pôle Nord, dont le poids ne dépasse guère 100000 kilogr.
(2) M. de Paw croit que les Gaulois empoisonnaient leurs armes avec le suc du câpre-figuier. Ch . Coquebert, dans un mémoire lu à la Société philomatique de Paris en 1198, établit que les anciens habitants de l’Europe se servaient de trois sortes de plantes pour empoisonner leurs flèches, savoir : l 'ellébore blanc , l'ellébore noir et Y aconit-tue-loup ou Y aconit paniculé.
(3j II paraît, d’après MM. Goudest et Carrey, qui ont récemment visité les régions arrosées par le fleuve des Amazones, que le terrible curare , qui « tue tout bas » comme disent les sauvages, s’obtient des sucs réunis de quatre espèces de lianes. On y ajoute des substances animales, telles que des fourmis venimeuses, des crochets broyés de serpents à sonnettes, et autres matières que les Indiens tiennent toujours en réserve pour cet usage diabolique. Cette assertion est combattue, toutefois, par M. Milleroux, qui affirme avoir vu préparer le poison urari ou kurari des forêts de la Guyane et le curare du haut Orénoque, uniquement avec le suc des lianes, sans aucune addition de matières animales.
Le curare est sous la forme d’un sirop épais, d’un brun foncé, qui peut se
Il est cependant quelques alcaloïdes qui paraissent dépourvus de propriétés vénéneuses : tels sont, entre autres, les principes alcalins des quinquinas, du café, du cacao, du buis, du coco, de la chair musculaire, de burine, et grand nombre de ceux qu’on produit artificiellement.
Extraction. — Le procédé le plus général pour isoler les alcalis végétaux consiste à épuiser par l’eau acidulée les matières qui les contiennent, puis à décomposer, par l’ammoniaque, la chaux ou la magnésie, le sel alcalin qui existe dans la liqueur. L’alcaloïde, mis ainsi en liberté, se précipite en raison de son insolubilité ; mais comme il entraîne avec lui des-matières étrangères, on traite le précipité impur par de l’esprit-de-vin bouillant, qui dissout de préférence l’alcali et l’abandonne ensuite, pendant son refroidissement, sous la forme de cristaux ou de poudre cristalline. De nouveaux traitements par l’alcflol et le charbon animal achèvent sa purification.
Souvent, au lieu d’employer l’alcool pour traiter le résidu formé par l'action de l’alcali minéral, on fait réagir sur lui un acide minéral trèsaffaibli, l’acide chlorhydrique, par exemple, qui dissout l'alcaloïde et forme un sel soluble qu’on fait cristalliser à plusieurs reprises; lorsque ce sel est complètement pur, on verse dans sa solution un léger excès d’ammoniaque qui précipite l’alcaloïde en poudre ou en flocons ;
conserver sans rien perdre de sa force. Il suffit, dit-on, d’y tremper une seule fois les flèches à leur extrémité, pour atteindre le but qu’on se propose. Comme frappé de stupeur dès qu’il est touché par le trait redoutable lancé d’une sarbacane, le volatile ou le singe, but ordinaire des coups de l’Indien, conserve à peine assez de force pour faire quelques mouvements. Quelquefois, dans un suprême effort, il s’envole ou bondit, mais jamais assez loin pour échapper au chasseur qui le suit attentivement de l’œil, bien sûr qu’il ne tardera pas à tomber. L’action de ce poison est d’une rapidité inouïe chez les oiseaux; sur les mammifères, elle retarde de quelques secondes; sur les reptiles, elle ne se manifeste qu’au bout de plusieurs heures. Le curare offre la même particularité que le venin des serpents ; il peut être mangé et ingéré dans l’estomac sans que sa présence incommode en rien celui qui a commis cette imprudence ; tandis que, d’un autre côté, si, par malheur, on se pique aussi peu que possible avec une aiguille trempée dans une solution de curare, on meurt foudroyé à l’instant même. MM. Carrey n’ont pas craint de renouveler l’expérience que de Humboldt avait déjà tentée sur lui aux bords de l’Orénoque ; ils ont mangé impunément, à plusieurs reprises, de ce poison, qui n’est redoutable, en définitive, que lorsqu’il se mêle directement à la masse du sang.
A Madagascar, on prépare avec les amandes du tanghin, un breuvage qui sert d’épreuve judiciaire ; il tue en causant une sorte d’asphyxie ; si le sujet qui le boit survit, il est déclaré innocent ; s’il meurt, ce qui arrive le plus souvent, son crime est démontré.
Au Gabon (Afrique occidentale), les indigènes plongent leurs flèches, préalablement enduites de cire, dans le suc extrait de petites graines noires et allongées de Yinèe ou onage , apocynée de la tribu des Êchitès. Les pahouins (chasseurs d’éléphants) se servent de ce suc pour empoisonner leurs petites flèches de bambou. Ce poison paralyse immédiatement les mouvements du cœur et arrête ainsi la circulation, à la manière de l’antiar, du tanghin, de la digitale et des ellébores noir, et vert (Aubry-Lecomte, Revue maritime et coloniale, mai 1864)*
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on le fait ensuite cristalliser au moyen de l’alcool bouillant. Cette méthode, beaucoup plus économique, a été proposée, pour la première fois, en 1827, par Henry, Plisson, et moi.
Lorsque les bases sont solubles et dans l’eau et dans l’alcool, il n’y a pas de méthode générale pour les isoler des autres principes qui les accompagnent dans les plantes. On cherche ordinairement alors à les faire entrer ou dans des combinaisons insolubles ou dans des combinaisons qui cristallisent avec facilité.
Quand les bases sont liquides et volatiles (conicine, nicotine, etc.), on distille les plantes avec une eau un peu alcaline: on obtient ainsi dans le récipient une dissolution aqueuse de la base organique mêlée d’une partie de la même base indissoute. On enlève l’eau au moyen du chlorure de calcium, et on purifie l’alcaloïde par une nouvelle distillation.
Composition. — Sous le rapport delà composition, les alcaloïdes présentent quelques particularités que je dois vous signaler. — Plusieurs ne renferment point d’oxygène ; ceux-là sont tous volatils ; tels sont : la nicotine , la conine , qui sont naturels , Y aniline, la quinoléine , la mélamine , Y amariné, la lophine, la picoline, etc., qui sont artificiels. — Le carbone et l’hydrogène ne varient pas moins que l’oxygène, et n’offrent aucune relation constante entre eux. Le carbone y est très-prédominant, puisque sa quantité s’élève quelquefois jusqu’à 78 p. 100. Un seul de leurs éléments, l’azote, paraît constant. Parfois, cependant, le phosphore ou l’arsenic remplace l’azote, comme dans les bases phosphorées deM. Paul Thénard, et Yalcarsine de Bunsen.
Voici la composition des alcaloïdes naturels les mieux connus :