PLANTES
ou matières qui les contiennent.
1 Pavots, coquelicots, opium du commerce
| Noix vomique, fève de Saint-Ignace.
! Semences de cévadille, bulbes de colchique, racine d'ellébore blanc.
| Écorces des quinquinas.
| Morelle et autres Solanum.
i Belladone ou Atropa, Pomme épi- ( neuse ou Datura.
Ciguë.
Tabac ou nicotiane.
Racine d’ipécacuanha.
j Semences du caféier. Feuilles de < thé.
I Fèves de cacao, j Poivre.
Je ne quitterai pas ce sujet sans vous faire remarquer que beaucoup d’alcaloïdes, surtout parmi les artificiels, peuvent être représentes, dans leur composition, par un équivalent d’ammoniaque uni à des carbures d’hydrogène. C’est là un point de vue qui appartient à M. Wurtz. Ainsi, en prenant pour point de départ l’ammoniaque, on a la série suivante d’ammoniaques composées :
Ammoniaque
AzH3
Méthylamine
C2 H3 Az
AzH3,C2 H2
Êthylamine
C4 H? Az
AzH8, G4 H4
Butyramine
G8 HnAz
AzH3, G8 H8
Amylamine
Gl0Ht3Az
AzH8,G10H10
Nicotine
Cl0H7 Az
AzH3,G'°H4
Aniline
AzH3,C12H4
Picoline
AzH3,Cl2H4
Toluidine
C,4H9 Az
AzH\C,4H6
Conicine
Cl6H15Az
AzH3,Cl6H12
Cumidine
AzH3,G18H10
Quinoléine
C18H7 Az
AzH3jC18H4
L’analogie de ces alcaloïdes avec l’ammoniaque est vraiment surprenante. Celui qui s’en rapproche le plus en reproduit tous les caractères avec une fidélité qui rappelle l’analogie de propriétés que nous montrent la potasse et la soude.
Ainsi, tous les alcaloïdes , quelle que soit leur composition , se comportent entièrement comme l’ammoniaque avec les acides. lisse combinent intégralement avec les hydracides, sans les décomposer, en formant des sels anhydres; ils ne peuvent s’unir aux oxacides qu’en conservant un équivalent d’eau.
Avec le chloride de platine, les sels d’alcaloïdes donnent un précipité comparable en tous points à celui auquel donne naissance un sel ammoniacal ordinaire.
Caractères essentiels. — Dans l’in^possibilité de décrire tous les alcalis organiques, je me bornerai à vous présenter leurs propriétés générales :
Le plus grand nombre est à l’état solide. Plusieurs sont liquides et ont l’aspect des huiles {nicotine, conine , aniline, quinoléine , etc.). Deux sont à l’état de gaz {méthy lamine, êthylamine).
Les alcaloïdes solides sont incolores, inodores et fixes. — Les autres sont très-odorants et volatils. — La majeure partie des premiers cristallise régulièrement.
Tous ont une saveur amère ou âcre, et ont une action alcaline plus ou moins prononcée sur les couleurs végétales.
Ils sont inaltérables à l’air, peu ou point solubles dans l’eau, mais très-solubles dans l’alcool, l’esprit de bois, le chloroforme, la benzine, la glycérine, les essences.
Ils forment, avec les acides sulfurique, azotique, chlorhydrique, ace-
DES ALCALOÏDES
tique, des sels solubles dans l’eau, bien cristallisables , qui se distinguent par leur saveur amère. — Avec les acides tartrique, oxalique, gallique, tannique, ils donnent des sels peu ou point solubles.
Tous leurs sels solubles sont troublés par les alcalis minéraux qui en ‘précipitent l’alcali organique en flocons blancs; ils le sont également par l’acide tannique et l’infusion de galles, qui en isolent l’alcaloïde sous forme de tannate insoluble. En raison de cette action, les décoctions astringentes ont été proposées comme antidote des poisons qui doivent leur puissance à un alcali végétal. Par le même motif, M. O. Henry a indiqué le tannin comme un moyen d’essai pour les quinquinas.
Le chlore, le brome, l’iode agissent sur les alcaloïdes avec énergie, les dissolvent , les modifient, les colorent diversement, suivant leur nature; mais ce qu’il y a déplus curieux, c’est qu’en s’unissant à l’un ou à l’autre de ces métalloïdes, les alcalis organiques perdent complètement leurs propriétés vénéneuses. On a donc conseillé comme un antidote, qui ne peut incommoder le malade, l’eau salée contenant un peu d’iode.
Les acides minéraux concentrés détruisent les alcaloïdes. L’acide azotique, entre autres, les convertit en acides oxalique et picrique.
Les acides sulfurique et azotique concentrés réunis donnent avec la plupart des phénomènes particuliers de coloration. Ainsi, ils colorent en rouge la morphine, la narcotine, la brucine, la strychnine. On tire parti de celte propriété dans les laboratoires pour reconnaître les plus petites traces d’acide azotique libre dans un liquide. Fort souvent l'acide sulfurique du commerce contient de l’acide azotique, ce qui le rend impropre à une foule d’applications. Avec quelques grains de narcotine ou de brucine, on reconnaît à l’instant cette impureté de l’acide sulfurique, puisque, dans ce cas, les alcaloïdes deviennent rouges par son contact, ce qui n’arrive pas quand l’acide sulfurique est exempt d’acide azotique.
De même, quand on veut s’assurer si un sel ou un mélange de sels contient des azotates, on en met quelque peu dans un verre de montre et on arrose le tout avec quelques gouttes d’acide sulfurique; le mélange rougit dans le cas où il existe un azotate, fût-ce même en trèspetite proportion.
Sulfate de quîniue. — De tous les sels d’alcaloïdes, le seul dont je vous parlerai en particulier, c’est le sulfate de quinine , dont l’invention a été un fait des plus considérables, puisque sa préparation est devenue la base d’une industrie chimique extrêmement importante. On n’en consomme pas moins de 25000 kilogrammes par an en France.
Il y a quarante-cinq ans, nous avions le monopole de cette fabrication , et nous approvisionnions de sulfate de quinine tous les États d’Europe et d’Amérique. Mais vers 1830, dans le désir cupide de percevoir quelques
francs sur l’alcool nécessaire à la fabrication, l’Administration des contributions indirectes, sans s'en douter, fit passer aux Anglais la préparation du sulfate de quinine, non-seulement pour l’Angleterre, mais pour tous les peuples du globe. Actuellement il y a des fabriques en Italie, en Allemagne, à New-York, à la Nouvelle- Orléans , si bien que la France ne produit plus que 6250 kilogrammes ou le quart de la consommation totale.
Si, pour rester en deçà des limites du vrai, nous ne portons qu’à 6000 kil. la production annuelle en France du sel en question, nous trouverons que, depuis 1826, 192000 kil. ont été livrés au commerce, et comme, terme moyen, chaque kilogramme de sulfate de quinine correspond à 32 kil. d’écorce, il en résulte que ces 192000 kil. de sel représentent 6144000 kil. de quinquina jaune. En admettant, d’un autre côté, que la quantité moyenne de ce médicament, administrée à chacun des individus qui en ont fait usage , ait été de ier,95 en plusieurs fois, ce qui excède généra1 ement la dose utile pour couper une fièvre, ces 192000 kil. de sulfate de quinine auront servi à traiter et à soulager 37440000 malades. L’Académie des sciences a témoigné hautement le cas qu’elle faisait d’une aussi précieuse découverte, en décernant, en 1827, à ses auteurs, Pelletier et Caventou, un prix de 10000 fr. du legs Monthyon, et un prix de 2000 fr. à M. O. Henry, qui a perfectionné la préparation en grand de ce sel.
Dans l’origine, ce sel valait 7 à 800 fr. le kilogramme. — Aujourd’hui, par suite de perfectionnements aux procédés d’extraction et de l’emploi de presque toutes les écorces, même de celles qu’au trefois on négligeait parce qu’on ne les supposait pas assez riches, il ne valait plus, au commencement de 1859, que 190 à 200 fr. le kilogramme.
Il y a trois sulfates de quinine différents par leur degré de solubilité et leur cristallisation : un sulfate neutre et deux sels basiques. Voici leur composition :
Sulfate neutre Sulfate bibasique Sulfate tri basique en gros prismes. en aiguilles. en aiguilles.
Quinine 59,5 74,63 81,5
Acide sulfurique 3 4,3 9,07 6,6
Eau 26,2 16,30 11,9
C’est habituellement le sulfate bibasique qu’on emploie en médecine, et qu’on prépare en grand. Voici son symbole :
2 (C40H24Az2O4),HO,SO3 4- 7 HO.
Il est sous forme de masses flexibles, d’un blanc nacré, composées d’aiguilles longues et étroites. Il ressemble beaucoup à l’amiante.
11 possède une saveur amère très-prononcée.
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11 s’effleurit dans un air chaud et peut y perdre les trois quarts de l’eau qu’il contient.
Il devient phosphorescent quand on le chauffe.
Il exige 740 parties d’eau froide et seulement 30 parties d’eau bouillante pour se dissoudre.
11 est extrêmement soluble dans l’alcool et l’eau acidulée. Sa solution dans ce dernier véhicule a une teinte bleuâtre opaline très-remarquable.
Il est très-peu soluble dans l’éther.
Préparation. — Le procédé que l’on suit dans les fabriques pour l’obtenir est celui qui a été indiqué par M. O. Henry en 1821. Yoici en quoi il consiste :
On fait macérer le quinquina jaune ( fig . 791), broyé grossièrement, dans do l’eau à laquelle on a ajouté G4 grammes d’acide chlorhydrique par kilogramme de quinquina. Le lendemain, on porte à l’ébullition qu’on entretient pendant deux heures. On passe à travers une toile. On fait deux autres décoctions en ajoutant pour chacune 32 grammes d’acide seulement. On réunit toutes les décoctions claires et on rejette le quinquina comme épuisé.
Dans cette première opération , toute la quinine et la cinchonine entrent en dissolution, à la faveur de l’excès d’acide dont on s’est servi. On ajoute aux décoctions acides et chaudes du lait de chaux ; la liqueur prend une couleur lie de vin en même temps qu’il se développe une odeur particulière. L’essentiel est d’ajouter un excès de chaux. On laisse déposer. On décante le liquide qui surnage comme inutile, après toutefois s’être assuré que l’ammoniaque n’y fait pas naître de précipité, ce qui prouverait que la précipitation a été imparfaite . Le dépôt calcaire est reçu sur des toiles ; quand il est bien égoutté, on le soumet à la presse et on le fait sécher à l’étuve.
Lorsqu’on ajoute la chaux dans la décoction acide, elle sature tous les acides, forme des sels solubles : quinate de chaux et chlorure de calcium, qui restent dans les liqueurs avec une portion de la matière colorante. Le précipité est formé de quinine, de cinchonine, d’une combinaison de chaux et de rouge cinchonique, de matière grasse et de l’excès de chaux employée, le tout sali par des matières colorantes formées en partie par l’action de l’acide sur l’écorce.
On sèche le précipité, on le pulvérise et on le traite à cinq ou six reprises au moins à la chaleur du bain-marie par de l’alcool à 86° (36° Baumé) ; à chaque fois on exprime le marc et l’on filtre les liqueurs alcooliques. Celles ci contiennent la quinine et la cinchonine, de la matière grasse et des substances colo-
Fig. 791. — Rameau avec fleurs et fruits du quinquina jaune orangé.
rantes. L’alcool a laissé l’excès de chaux et sa combinaison insoluble avec le rouge cinchonique.
Les liqueurs alcooliques sont réunies ; on les acidulé avec de l’acide sulfurique faible, de manière à ce qu’elles aient à peine de l’action sur le papier de tournesol ; on les soumet à la distillation et on laisse refroidir l’appareil. On trouve alors la matière prise en masse cristalline. On met cette masse à égoutter sur une toile pour en séparer l’eau-mère noire qui la souille ; on la lave même avec un peu d’eau pour la débarrasser en grande partie de l’eau-mère.
Le sulfate de quinine ainsi obtenu est réduit en pâte avec de l’eau chaude, on y mêle du charbon animal pulvérisé et on abandonne cette pâte jusqu’au lendemain pour permettre au charbon d’agir. On prend ensuite cette masse par parties; on la délaye dans l’eau et on porte à l’ébullition. La liqueur doit être assez concentrée pour laisser déposer des cristaux aussitôt que sa température baisse ; on la filtre bouillante et on obtient du sulfate de quinine parfaitement blanc par le refroidissement. On sèche le sel à l’étuve en le tenant couvert, sans cela il deviendrait jaune.
On retire habituellement de 26 à 28 grammes de sulfate de quinine par kilogramme de quinquina jaune sans épiderme.
Thiboumery, ancien fabricant de produits chimiques, a remplacé l’alcool, dont le prix est toujours très-élevé, par l’essence de térébenthine, les huiles lourdes de goudron de houille, de schistes ou de pétrole, attendu que ces différents liquides enlèvent toute la quinine au précipité calcaire. On traite ensuite les huiles filtrées par de l’eau a’cidulée qui s’approprie l’alcaloïde.
Dans la plupart des fabriques, on suit actuellement un procédé plus simple et plus prompt que le précédent. On mélange avec la chaux la poudre de quinquina, et on lessive le tout avec de l’alcool presque bouillant ; on distille les teintures alcooliques, et on a un résidu de quinine impure peu colorée. Dès le premier traitement avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique, ce résidu fournit du sulfate de quinine jaunâtre, qu’on décolore par le charbon et qu’on fait cristalliser de nouveau.
, Dans la fabrication en grand du sulfate de quinine, il est à peu près impossible de ne pas avoir en mélange 1 à 2 p. 100 de sulfate de cinchonine. Mais lorsque ce dernier sel dépasse cette proportion normale, c’est qu’il y a été ajouté après coup, par fraude, le sulfate de cinchonine ayant beaucoup moins de valeur que le sulfate de quinine.
Voici, d’après mes analyses, la composition du sulfate de quinine livré au commerce par la fabrique de MM. Labarraque et C,e, au Havre :
Quinine 80,5
Cinchonine 1,5
Acide sulfurique 7,0
Eau 11,0
C’est, comme vous voyez, un sulfate tribasique, contenant 1 équivalent ou 6,87 p. 100 de quinine de plus que le sulfate bibasique du commerce. Il est donc préférable à celui-ci, sous le rapport médical, puisqu’il est plus pur et plus riche en quinine.
En raison du prix excessif du sulfate de quinine, dû surtout à l’épuisement des forêts de quinquinas de l’Amérique méridionale, on doit désirer que, mettant à profit les procédés nouvellement découverts pour la création des alcalis végétaux, les chimistes s’occupent des