‹ Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industrielsChapitre 46 sur 125 · TRAITEMENT DES MÉLASSES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES MÉLASSES

sel marin, comme dans le même temps le premier de ces corps se diffuse environ trois fois moins vite que le second, il arrive qu’en arrêtant l’expérience au bout d’un temps convenable, on obtient une solution plus pauvre en sel que la première et renfermant une proportion de sucre relativement plus considérable.

Mais si le liquide du tamis est un mélange d’un cristalloïde et d’un colloïde, le premier passera seul à travers le papier parcheminé, le second restant tout entier sur le tamis, de sorte qu’au bout de 24 heures la séparation des deux corps sera aussi complète que si l’on avait soumis à l’action de la chaleur un mélange d’huile volatile et d’huile fixe.

Voilà donc une nouvelle méthode d’analyse chimique basée sur la diffusion et la propriété endosmotique des membranes. Graham lui a donné le nom de dialyse , et par suite l’appareil qui sert à la pratiquer a reçu celui de dialyseur.

Le célèbre chimiste anglais attribuait au parchemin végétal un rôle actif; mais, suivant M. Guignet, son rôle est purement mécanique, puisqu’on peut le remplacer par un de ces vases poreux qu’on emploie pour les piles électriques, avec d’autant plus d’avantage même que le parchemin étant attaqué par certaines liqueurs (par exemple, la solution d’oxyde de cuivre ammoniacal), il devient impropre dans ce cas à la dialyse .

Les applications dont cette nouvelle méthode est susceptible sont nombreuses, notamment pour l’isolement des poisons minéraux et organiques (acide arsénieux, émétique, morphine, strychnine, brucine, digitaline, etc.), pour la préparation de certains colloïdes à l’état de pureté, etc. M. Dubrunfaut, de son côté et avant même les recherches de Graham, en a tiré un magnifique parti indus! riel pour l’épuration des liquides sucrés au moyen de l’appareil qu’il a nommé osmomètre ou osmogène. C’est ce qu’il me reste à vous faire connaître.

Cet appareil, représenté par la figure 830, est essentiellement formé de 50 cadres en bois A, A, d’une épaisseur de lomm, placés verticalement dans une grande caisse de chêne garnie à l’extérieur de plaques de fonte B, B qui servent de pièces de tête pour fermer l’appareil. Entre ces cadres, serrés les uns contre les autres par des boulons à écrou C, C, est interposée, de deux en deux, une feuille de parchemin. Tous sont percés en haut et en bas, de deux séries de trous qui traversant le bois et forment quatre canaux, à savoir : deux pour l’arrivée et la sortie de la mélasse, deux pour la circulation de l’eau. Ces canaux sont en communication avec les tuyaux M et E qui amènent, le premier la mélasse, le second l’eau ; et ces liquides se rendent dans l’intérieur des espaces ou chambres formés par les cadres au moyen de petits conduits doublés en cuivre, dont les uns, placé? dans le haut, communiquent avec chacun des intervalles pairs, et dont les autres, situés dans le bas, communiquent avec les intervalles impairs. Deux tuyaux O et S servent à l’expulsion de l’air des espaces occupés Gir.AniuPi. — III. 1 1

par la mélasse et l’eau. Un robinet R permet de vider les chambres à mélasse ; un autre R' à vider les chambres à eau.

Avant d’introduire les liquides dans l’appareil, on porte l’eau à l’ébullition ; la mélasse, mise à bouillir dans une chaudière, est clarifiée au moyen de 1 4/2 p. 100 de carbonate de soude et un peu de sang,

écumée, puis laissée en repos jusqu’à ce qu’elle soit devenue parfaitement claire. Au-dessus des tuyaux qui amènent l’eau et la mélasse sont disposés des grillages à mailles très-serrées, destinés à retenir toutes les matières solides entraînées mécaniquement.

On règle alors l’écoulement des deux liquides en filets très-minces, de manière qu’ils mettent un certain temps (4 ou G heures, par exemple) à parcourir tous les cadres et à toucher toutes les surfaces de l’appareil. Plus on laisse les deux liquides en présence, plus l’épuration de la mélasse est complète.

ESSAIS DES SUCRES

L’eau qui sort de la caisse est plus ou moins chargée de sels et entraîne avec ceux-ci 2 p. 100 de sucre en moyenne. Quant à la mélasse, qui a perdu les deux tiers des sels qu’elle contenait, elle est filtrée, concentrée et abandonnée à une cristallisation lente; elle donne un gain de 16 à 18 p. 100 en sucre cristallisé. Quoique foncé en couleur, ce sucre n’a plus aucun goût salin et peut entrer directement dans la consommation.

Chez M. Tilloy, à Courrières, où les premiers osmomètres ont été installés, on a reconnu qu’après quatorze jours de marche ils ne produisent plus aucun effet. 11 faut donc, de temps en temps, les démonter, desserrer les cadres, les lavera l’acide chlorhydrique et les nettoyer complètement.

3° Procédé par V alcool. — Le nouveau procédé que M. Margueritte a inauguré, en 1 869, dans l’usine de M. de Sourdeval, à Laverdine (Cher), repose sur l’insolubilité du sucre de canne dans l’alcool concentré.

On commence par délayer la mélasse dans de l’alcool relativement étendu (83°) acidulé de 5 p. 100 d’acide sulfurique. On obtient ainsi une liqueur qu’on filtre pour éliminer les sulfates et la plus grande partie des substances insolubles. On y ajoute un deuxième volume d’alcool à 95° pour concentrer le sucre et en déterminer la cristallisation. Mais^omme celle-ci mettrait plus de huit jours à se terminer, on la provoque en moins de cinq heures en ajoutant au liquide une certaine quantité de sucre en poudre qui détermine la cristallisation rapide de la totalité du sucre qu’il peut abandonner, soit 33 p. 100 du poids de la mélasse. Le produit, étant claircé avec son volume d’alcool à 93°, consiste uniquement en sucre cristallisable.

Ce procédé, qui permet de traiter tous les produits sucrés sans aucune exception, présente les avantages suivants : 1° extraction de 33 à 38 kifogr. de sucre de 100 kil. de mélasse, ce qui correspond à une augmentation, sur le rendement total de la fabrication, de 24 à 26 p. 100 environ; 2° obtention immédiate du sucre dans un état de grande pureté, sans passer par les dissolutions, cuites et déchets du travail ordinaire, ce qui est un résultat très -important ; 3° suppression presque radicale du noir animal dans les fabriques et raffineries.

Falsifications et essais des sucres. — Je terminerai ces renseignements sur les sucres, en vous apprenant que, dans les temps de cherté, les cassonades sont presque toujours fraudées avec des matières de moindre valeur : sable, plâtre, chaux, farine, amidon, ou mieux dextrine sucrée ou imparfaitement saccharifiée.

Ces fraudes sont heureusement faciles à découvrir.

1° En traitant une cassonade suspecte par huit à dix fois son poids d’irsu-de-vie à 22°, tout ce qui est étranger au sucre reste sous forme d une poudre insoluble au fond du vase; il est donc aisé d’en constater la nature et d’en prendre le poids.

2° Pour reconnaître la présence des substances féculentes, on fait bouillir le résidu dans l’eau, et plus simplement on dissout le sucre dans l’eau bouillante, on laisse refroidir, puis on verse dans la liqueur quelques gouttes de teinture d’iode ; il s’y produit une coloration bleue, violette ou rose, suivant l’espèce de matière féculente qui a été ajoutée à la cassonade.

3° La falsification au moyen du glucose granulé ou pulvérulent se reconnaît très-facilement soit au moyen du procédé de M. Chevallier, soit à l’aide de la liqueur d’épreuve de M. Ch. Viollette, dont j’ai suffisamment parlé précédemment.

Identité du sucre de canne et de betterave. — Le préjugé qui a frappé de discrédit le sucre de betterave à son apparition dans le commerce règne encore dans les différentes classes de la société, malgré tous les efforts des chimistes pour le déraciner. Nombre de personnes affirment que ce sucre ne peut cristalliser s’il n’est mélangé avec du sucre de canne; qu’il est moins lourd, moins sucré et moins sain que ce dernier.

Ce sont autant d’erreurs, car ces deux sucres, amenés au même degré de pureté parle raffinage, sont absolument identiques et possèdent les mêmes propriétés.

Mais dans l’état d’impureté sous lequel ils se trouvent dans leurs cassonades, il est possible d’en faire la distinction, parce que les matières étrangères qui souillent les deux sortes de cassonades ne sont pas les mêmes.

Ainsi les cassonades des colonies ont, le plus souvent, une odeur agréable de fermentation qu’on ne trouve pas dans celles de betterave. Les premières ont une saveur douce et mielleuse ; les secondes, un arrière-goût un peu âcre ou une saveur alcaline. Mais ces caractères, fournis par les sens, ne sont pas toujours assez saillants pour que, dans tous les cas, on puisse distinguer nettement les deux sortes de cassonades. Voici deux procédés chimiques qui sont infiniment préférables :

Le premier consiste dans l’emploi de l’acide azotique à 23°, que l’on fait chauffer sur le sucre brut , jusqu a cessation de vapeurs rutilantes. Si, après cette opération, la liqueur présente un précipité blanc pulvérulent, qui s'agglomère facilement au fond dumatras, c’est que le sucre est de betterave. Ce précipité n’est que de l'oxalate de chaux ; il provient d’un sel de chaux qui se trouve dans les cassonades de betterave en proportions beaucoup plus grandes que dans celles de canne ; celles-ci, même de basse qualité, ne fournissent pas de précipité d’oxalate de chaux avec l’acide azotique.

Le deuxième procédé consiste à verser quelques gouttes d’acétate triplombique dans les cassonades dissoutes dans l’eau distillée. 11 y a un trouble produit par suite de la combinaison de l’oxyde de plomb avec les matières étrangères au sucre. Ce trouble est toujours bien plus

Page 1