TRAITEMENT DES MÉLASSES
Cet ingénieux procédé d’extraire le sucre cristallisable des mélasses de betterave est exploité dans l’usine de Courrière (Pas-de-Calais), par M. Tilloy, qui traite chaque jour 10000 kilogr. de mélasses libérées d’impôts.
2° Procédé par diffusion ou osmose. — Un autre procédé que M. Dubrunfaut a fait connaître en 1854 repose sur la diffusion des liquides et sur la faculté qu’ont les membranes organiques de laisser passer certaines substances à travers leurs pores à l’exclusion des autres, découverte due au physiologiste français Dutrochet et qui remonte déjà à 1826. Il est nécessaire que j’entre à cet égard dans quelques détails pour que vous compreniez mieux l’ingéniosité du nouveau moyen d’épurer les mélasses de betterave et d’en extraire 25 p. 100 de sucre cristallisable.
Vous savez qu’on a donné le nom de diffusion au mouvement moléculaire des fluides qui se mêlent spontanément, et vous vous rappelez, sans aucun doute, ce que j’en ai dit à propos des corps gazeux (1). Eh bien! le même phénomène de pénétration réciproque se manifeste entre deux liquides de nature différente mis en contact et primitivement séparés. C’est ce que l’expérience suivante que j’emprunte à Graham va vous démontrer :
Soit un petit flacon A (fiy. 828) entièrement rempli d'eau salée et dont l’ouverture soit exactement fermée par un obturateur en verre.
Je le dépose au fond d’un grand vase B , je l’entoure d’eau distillée et j’enlève ensuite avec précaution l’obturateur. L’eau salée et l’eau pure sont alors en contact immédiat. En raison de la différence de densité de ces deux liquides, vous pourriez croire qu’ils vont garder leurs positions respectives et ne pas se mélanger; il n’en est rien cependant, car je vais vous prouver, au moyen de l’azotate d’argent, qu’au bout d’un certain temps l’eau salée sera en grande partie sortie du flacon A, contrairement aux lois de la pesanteur, pour se répandre dans l’eau extérieure, tandis que celle-ci aura passé dans le flacon A. 11 y a donc eu diffusion de l’eau salée dans l’eau pure.
Tous les corps n’ont pas le même degré de diffusibilité dans les liquides, et chacun d’eux met un temps variable pour se diffuser également. Ceux qui se diffusent le mieux sont les matières cristallisables et très-
(1) Voir tome Ier, sixième leçon, p. 128.
Fig. 828. — Phénomène de diffusion dans les liquides.
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solubles, comme les différents sels, le sucre, les acides liquides. Graham les a désignés, d’une manière générale, sous le nom de cristalloïdes.
Les corps qui se diffusent très-peu ou pas du tout sont les corps amorphes, les corps gélatineux qui ne se dissolvent pas à proprement parler, mais qui se gonflent ou se dilatent énormément au contact des liquides de manière à former des liqueurs plus ou moins épaisses; tels sont les hydrates de silice, d’alumine, d’amidon, la pectine, les solutions de gomme, de gélatine, d’albumine, de tannin, les sirops concentrés, le caramel, etc. Tous ces corps ont reçu de Graham la dénomination générale de colloïdes.
Si donc, au lieu de placer une solution saline simple en contact avec l’eau pure, on emploie une solution composée de matières inégalement diffusibles, il s’effectuera entre les corps mélangés une séparation d’autant plus grande qu’ils auront des degrés de diffusibilité plus éloignés, tels que ceux qu’on remarque, par exemple, entre le sucre pur et la gomme.
L’interposition d’une membrane organique (vessie, parchemin, papier parcheminé, calicot imprégné d’albumine coagulée par la vapeur, etc.) entre deux liquides de nature différente n’empêche pas la diffusion, mais la modifie notablement, en augmente ou en diminue l’effet, suivant le genre des liquides et l’espèce de membrane qui les sépare.
Dans ce cas, étudié d’abord par Dutrochet, qui désignait le phénomène sous le nom d’osmose , on constate qu’il s’établit deux courants à travers la membrane : l’un de dehors en dedans, que le savant physiologiste appelait endosmose , l’autre dirigé du dedans en dehors qu’il nommait exosmnse. Le petit appareil ( endosmomètre ) qu’il employait pour rendre ce phénomène apparent consistait en un long tube de verre élargi à sa base que fermait un morceau de vessie; ce
tube étant rempli d’une dissolution quelconque, on le plongeait dans de l’eau pure.
Graham, en 1863, a modifié cet appareil et l’a rendu plus commode pour l’expérimentation. Le tube est remplacé par une sorte de tamis à côtes A {fig. 829) en gutta-percha dont le fond est constitué par une feuille de papier parcheminé; il reçoit le liquide à étudier ; on le fait flotter dans un vase, terrine en grès ou cristallisoir en verre B, contenant de l’eau distillée.
Si le liquide du tamis est, par exemple, un mélange de sucre et de
Fig. 829.
Appareil de Graham pour la diffusion endosmotique.