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Il est facile, d’après cela, de concevoir la transformation de l’alcool en éther. Il suffît tout simplement d’enlever au premier la moitié de l’eau qu’il contient. Eh bien ! c’est là le rôle de l’acide sulfurique dans l’acte de l’éthérification. En enlevant à l’éther le volume d’eau qu’il renferme encore, on en ferait du gaz hydrogène bicarboné; c’est ce que l’expérience démontre.

Mais celte simplicité d’action n’existe pas en réalité. Les expériences de Faraday, d’Hennell, de Sérullas et d’autres chimistes contemporains ont démontré les faits suivants :

A froid l’acide sulfurique et l’alcool se combinent et constituent un acide complexe qu’on a nommé Acide sulfovinique.

Acide sulfurique. Alcool. Eau. Acide sulfcrvinique.

2(S03,H0'' + C*H602 = 2 HO + [C'*RSO,UO,ï SO3)

Cet acide se combine très-bien aax bases et donne des sels dans lesquels 1 équivalent de celles-ci remplace l’équivalent d’eau de conslitution, de sorte que le sulfovinate de baryte , qui cristallise en tables d’une grande beauté, est représenté par la formule :

OH30,BaO, 2S03.

L’acide sulfovinique est le type d’une série d’acides viniques constitués de la môme manière.

Mélangé d’alcool et chauffé à 140°, il se décompose en éther et en eau qui se vaporisent, et en acide sulfurique hydraté qui reste. Eh bien ! c’est là ce qui arrive dans l’acte de l’éthérification , lorsqu’on introduit 1 alcool à9o° du réservoir supérieur; l’acide sulfovinique contenu dans la cornue se partage en vapeur d’éther et en vapeur d’eau, qui distillent et dont le poids est rigoureusement égal à celui de l’alcool employé, et l’acide sulfurique hydraté, qui s’est régénéré, peut reproduire la même série de phénomènes tant qu’on continue à le mettre en contact avec de nouvel alcool. C’est Boullay père qui, en 1807, a reconnu ce fait si important pour la fabrication de l’éther.

A une dose peu élevée, l’éther cause une sorte d’ivresse, accompagnée de faiblesse générale, mais qui se dissipe promptement. 11 n’est pas bien prouvé qu’il puisse agir sur l’homme comme poison, quoique, d’après Brodie et Orfila, il exerce une action funeste sur les animaux. Onsaif, parexemple, que le chimiste Bucquet, le maître du célèbre Fourcroy, et qui est mort à l’âge de trente-quatre ans, d’un squirrhe des intestins, prenait j usqu’à un litre d’éther par jour, tandis que c’esi ordinairement par gouttes qu’on l’administre comme calmant.

Dans le courant de 1846, le docteur américain Jackson a constaté dans ce liquide une nouvelle et précieuse propriété. Inspiré avec l’air, pendant quelques minutes, la vapeur d’éther plonge le cerveau dans

ÉTHER VINIQUE. 187

un état d’inertie, d’engourdissement tel qu’il ne perçoit plus la douleur, et que les mutilations les plus cruelles peuvent être exécutées sur l’homme et les animaux vivants sans qu’ils en aient conscience. On avait jusqu’ici vainement cherché dans l’ivresse alcoolique, le narcotisme opiacé, le magnétisme, les moyens d’épargner à l’humanité les tortures auxquelles la soumettent les opérations chirurgicales. L’ivresse éthérée produit cet admirable résultat; aussi maintenant pour un grand nombre de ces opérations détermine-t-on d’abord l’insensibilité à l’aide de l’éther que l’on fait respirer au moyen d’appareils plus ou moins commodes. On fui substitue fréquemment le chloroforme, parce que celui-ci a une action beaucoup plus rapide. Mais l’administration de ces agents anesthésiques exige la plus grande prudence, car la promptitude avec laquelle ils opèrent sur les centres nerveux fait bien vite franchir la faible distance qui sépare la période de stupéfaction de la période d’asphyxie ; aussi connaît-on un assez grand nombre de cas de mort produits par l’inspiration de l’éther et du chloroforme. Parmi les victimes de ce genre, je mentionnerai le docteur anglais Glover, qui, en 1859, s’est empoisonné involontairement en cherchant à compléter des expériences spéciales sur l’anesthésie par le chloroforme (1).

La grande volatilité de l’éther et la force élastique de sa vapeur ont été mises à profit par un ingénieur français, M. du Tremblay, pour remplacer la vapeur d’eau dans les machines des navires. Au lieu de condenser la vapeur d’eau sortant du cylindre d’une machine ordinaire et qui se perd sans utilité, M. du Tremblay l’amène en contact avec les parois d’un récipient contenant de l’éther: celui-ci absorbe de la chaleur, la condense et fournit une masse de vapeur qui va faire

(1) Un négociant de Grosswardin (Hongrie) avait, en 18f:0, confié à un voiturier plusieurs caisses de drogues et d’épices, arrivées de Vienne, pour les conduire jusqu’à Klausenbourg. Il lui avait surtout recommandé une des caisses où se trouvaient des bouteilles. Cet homme s’imagina qu’elle contenait d’excellentes liqueurs, et pendant une halte, il l’ouvrit et en tira une bouteille pleine de chloroforme. Il en goûta, en fit*goûter à six autres paysans, dont deux, qui en avaient pris davantage, s’endormirent à l’instant même. Croyant que c’était de l’eau-de-vie très-forte, il en offrit encore à d’autres personnes. Celles qui en buvaient peu tombaient dans un engourdissement dont elles sortaient bientôt; la simple odeur suffisait même à en étourdir quelques-unes. Mais deux des individus qui en avaient pris le plus étaient des cadavres moins de deux heures après. Voyant cela, le voiturier repartit en toute hâte pour Klausenbourg.

Mais la justice se mit à sa poursuite, et on le ramena à Lock, son village, où son imprudence avait causé ce malheur. Lui-même était fort malade; le lendemain encore .il courait de grands dangers. La bouteille avait contenu 500 gr. de chloroforme , et près des deux tiers avaient été bus. L’autopsie des cadavres eut lieu au bout de trois jours, le 29 septembi’e. Les visages étaient fort rouges, les oreilles écarlates, les yeux pâles et ternes, les membres d’un violet foncé ; on remarquait à la bouche et à la langue des traces de brûlure. Il n’y avait plus de sang dans les ventricules du cœur, tout ce liquide avait reflué vers le cerveau.

mouvoir un piston dans un cylindre particulier, dont le travail vienl s’ajouter à celui de la vapeur première.

C’est cette heureuse combinaison de deux vapeurs de liquides bouillant à une température différente qui a fait donner à ces nouvelles machines le nom de machines à vapeurs combinées. 11 résulte d’essais définitifs et d’une pratique de plusieurs années, à Marseille, à Alger, à Cette, en Angleterre, que l’emploi de l’éther donne une économie de combustible égalé au moins àoO p. 1 00.

L’éther laissait quelques craintes, non justifiées cependant, à cause de son inflammabilité. M. Lafont, officier de marine, lui a substitué avec avantage le chloroforme, non inflammable et qui jouit d’une force élastique supérieure à celle de l’éther. Plusieurs navires du gouvernement marchent au moyen de ce système. Des essais tentés plus récemment à Londres par M. du Tremblay semblent indiquer que l’aldéhyde présenterait des avantages encore plus grands que ceux qui sont fournis par le chloroforme.

Des Gommes.

État naturel. — A la fin

Fig. 840. — Acacia d’Égypte. — Arbrisseau à la gomme arabique.

commerce nous procure sous les n

l’été, à l’époque de la maturité des fruits, vous avez pu remarquer, Messieurs, que la plupart de nos arbres fruitiers (abricotiers, amandiers, cerisiers, pêchers, pruniers, etc.), laissent exsuder à travers leur écorce un liquide épais etvisqueux, qui bientôt se durcit à l’air, en larmes ou en morceaux arrondis, transparents et rougeâtres, d’une cassure vitreuse et d’une saveur fade. Cette matière est ce que les naturalistes désignent depuis longtemps sous le nom de Gomme.

Souvent, l’excrétion de ce suc n’ayant pas lieu naturellement, on la détermine au moyen d’incisions longitudinales qu’on pratique sur l’écorce des arbres. C’est ainsi qu’en Afrique, et notamment au Sénégal, on provoque l’écoulement de la gomme qui existe en forte proportion dans les vaisseaux des nombreuses espèces d 'acacias ( fig . 840) qui ornent ces contrées, et que le ms de Gomme arabique , Gomme du

DES GOMMES. 1 89

Sénégal , Gomme de Barbarie , Gomme de l’Inde, parce qu’il en vient de Java.

Dans l’Asie Mineure et autres parties de l’Orient, de petits arbrisseaux, nommés astragales ( fig . 841), contiennent dans leurs vaisseaux un suc gommeux très-épais, qui a peine à se faire jour à travers leur écorce;

Fig. 841. — Astragale de Perse fournissant la gomme adragante.

aussi apparaît-il au dehors sous forme de lanières ou de fils minces, contournés et vermiculés, blancs et opaques. C’est ce qu’on appelle la Gomme adragante.

Le suc gommeux ne se trouve pas seulement dans la tige des arbres. On le rencontre dans les autres organes des végétaux ; mais alors il y est intimement ou profondément renfermé; aussi ne peut-il pas en sortir naturellement. On est obligé, dans ce cas, pour l’extraire, de déchirer ou de piler ces organes, et de faire agir sur eux l’eau froide ou chaude qui isole la gomme des autres principes en la dissolvant. Il en résulte une liqueur visqueuse et gluante, qu’on nomme habituellement mucilage.

Les racines de consoude, de mauve, de guimauve et de beaucoup d’autres plantes; les racines bulbeuses ou oignons de jacinthe, de lis, de tulipe, de colchique, de scille, etc.; les feuilles charnues et grasses, celles de la mauve, de la guimauve* de la bourrache, etc. ; la plupart des fucus et des lichens ; les semences de lin, de fenugrec, etc. ; les pépins de fruits, de coings, etc., cèdent à l’eau chaude une abon-

dante proportion de gomme ou de mucilage - aussi le liquide prend-il souvent, par le refroidissement, l’apparence d’une gelée.

Les tubercules desséchés des orchis ( fig . 842j, qui nous arrivent de la Turquie, de l’Anatolie et de la Perse, sous le nom de Salep, se transforment, par une ébullition prolongée, en un mucilage transparent, parce qu’ils sont presque entièrement composés de gomme unie à quelque peu d’amidon.

Composition immédiate. — Vous le voyez, Messieurs, les gommes sont très-abondamment répandues dans les végétaux. Mais, telles qu’elles exsudent naturellement des tiges ou qu’on les extrait des racines et des graines par l’action de l’eau bouillante, ce sont des mélanges plus ou moins complexes. On y trouve, en effet, des matières salines, des matières grasses et azotées, de la matière colorante verte, de l’amidon, et un ou plusieurs principes gommeux distincts qui en forment la majeure partie. Trois de ces principes, isolés et caractérisés en 1831 par Guérin Varry, méritent d’être connus.

L’un de ces principes gommeux, désigné sous le nom d ’Arabine, est entièrement soluble dans l’eau, à laquelle il donne une consistance de sirop épais. C’est lui qui forme la partie soluble et mucilagineuse des différentes gommes et mucilages des graines et des racines, qui constitue presque en totalité les gommes arabique et du Sénégal.

Un autre de ces principes gommeux, appelé Bassorine , est insoluble dans l’eau froide ou chaude ; mais il l’absorbe, s’y gonfle considérablement, et forme alors une matière gélatiniforme ou un mucilage trèsépais. C’est ce principe qu’on trouve en grande quantité dans la gomme adragante, dans le salep, dans la gomme de Bassora, etc.

Enfin, un troisième principe gommeux, qu’on a distingué des deux autres par le nom de Cérasine, est insoluble dans l’eau froide, où il se gonfle, mais soluble dans l’eau par une ébullition prolongée qui le change complètement alors en arabine. C’est lui qui constitue la partie insoluble à froid des gommes de France ou de nos arbres fruitiers.

M. Fremy, qui a soumis, en 1860, les gommes à de nouvelles recherches, se fait une tout autre idée de leur nature. 11 regarde Yarabine, non comme un principe immédiat neutre, maià comme un composé de chaux avec un acide très-faible, soluble, qu’il nomme acide gummïque. Sous l’influence de la chaleur, ou sous celle, de l’acide sulfurique concentré, cet acide éprouve une modification isomérique qui le rend insoluble et que M. Fremy distingue sous le nom d’acide métagummique. Ce serait ce dernier qui, uni à la chaux, constituerait

Fig- 842. — Orchis mâle qui fournit le salep.

DES GOMMES

la cérasine ou la gomme insoluble de nos arbres fruitiers. Quant à la bassorine , ce serait une substance gélatineuse acide se rapprochant de l’acide métagummique, mais ne pouvant être confondue avec lui.

Caractères distinctifs. — Dans tous les cas, les matières gommeuses, quelle que soit leur constitution, ont pour caractères communs :

\ 0 D’être solides, incristallisables, sous forme de morceaux irréguliers, incolores, vitreux ou cassants, insipides ou fades, inodores;

2° De ne point s’altérer au contact de l’air sec ;

3° De ne point être colorables par l’iode ;

4° D’être tout à fait insolubles dans l’esprit de-vin, qui les précipite de leur dissolution aqueuse sous forme de flocons blancs, mous et opaques;

5° D’être converties par l’acide sulfurique faible, à la température de + 96°, d’abord en dextrine , puis en glucose ;

6° De ne point éprouver la fermentation alcoolique, comme le sucre;

7° D’être converties par l’acide azotique bouillant en acide oxalique et en un autre acide particulier que Scheele a découvert en 1780, et qu’on désigne sous le nom d ’ Acide mucique.

Acide mucique. — Cet acide, qui n’existe ni libre ni combiné dans la nature, ne s’offre qu’en poudre blanche, presque insipide et à peine soluble dans l’eau. — 100 parties d’arabine ou de belle gomme arabique, traitées par 400 parties d’acide azotique à une douce chaleur, produisent de 14 à 26 parties d 'acide mucique.

Cet acide est bibasique ; on le représente par la formule C12H8014, 2 HO.

Composition élémentaire. — Séchées à -b 130°, les gommes ont la composition suivante, d’après MM. Mulder et Schmidt :

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