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DU CHLOROFORME

Dans cette réaction, où le chlorure de chaux agit tout à la fois comme oxydant et comme chlorurant, l’alcool se change d’abord, eri fixant 2 équivalents d’oxygène, en acide formique, hydrogène carboné et eau :

C*HeO* + O2 = C2HO + CW* + HO.

L’hydrogène carboné passe ensuite à l’éta de chloroforme .

C2H4 + 6 Cl = C2HC13 + 3 HCi,

tandis que l’acide formique se résout en acide carbonique :

C2H03 4- HO + 2 Cl = 2 CO2 -h 2 HCl.

C’est cette dernière circonstance qui donne lieu à la vive effervescence qui accompagne la réaction.

Pur, le chloroforme est un liquide incolore, d’une apparence huileuse, d’une odeur éthérée et d’une saveur sucrée; sa densité est de 4 ,48. Il bout à -}— 6l°. 11 brûle avec une flamme verte. Il est à peine soluble dans l’eau, très-soluble, au contraire, dans l’alcool et dans l’éther. Le chlore le transforme, aux rayons solaires, en chlorure de carbone. C’est un corps assez stable, puisqu’on peut le distiller sur l’acide sulfurique, l’hydrate de potasse sec, et même sur le potassium.

Il dissout parfaitement l’iode qui lui communique une belle nuance pourpre.

Sa composition en centièmes est la suivante :

Carbone 10,05

Hydrogène... 0,83

Chlore 89,12

M. Cloëz a appelé l’attention des chimistes sur l’emploi qu’on peut faire du chloroforme comme dissolvant des corps gras et résineux, et généralement de tous les produits très-carbonés. Il dissout le caoutchouc à froid beaucoup mieux qu’aucun autre liquide, et il l’abandonne par l’évaporation avec toutes ses propriétés premières. Il dissout également en grande quantité le copal, et donne une solution limpide qui pourrait être employée comme vernis. Cette solution a été préconisée contre le mal de dents; on en imprègne une petite boule de coton, qu’on introduit dans la cavité de la dent cariée. Le chloroforme calme assez rapidement la douleur, et la résine maintient, par sa propriété adhésive, le morceau de coton dans la cavité dentaire.

Mais ce qu’il offre surtout de caractéristique, c’est d’amener promptement, lorsqu’il est respiré en très-petite quantité, l’insensibilité et l’abolition du mouvement. Cette découverte, faite par Flourens en 1847,

a été presque aussitôt appliquée aux opérations chirurgicales par le Dr Simpson, d’Edimbourg. Depuis cette époque, le chloroforme est devenu l’agent anesthésique (1) par excellence; mais son administration n’est pas exempte de dangers.

3° Éther vinique. — Dans son contact avec les acides, l’alcool donne lieu à des phénomènes intéressants que je dois vous indiquer.

En 1540, un chimiste allemand, du nom de Valérius Cordus (2), remarqua qu’en faisant bouillir un mélange d’alcool et d’acide sulfurique, il se produisait un liquide très-volatil et très-inflammable, qu’il appela huile de vitriol dulcifiée. Déjà, au commencement du quinzième siècle, Basile Valentin avait parfaitement signalé la production d’une essence agréable et de bonne odeur par la distillation du même mélange. C’est à cette prétendue huile ou essence qu’on donna plus tard le nom d ’ Éther, pour rappeler son extrême fluidité. Ce n’est guère que vers i 720 que l’usage de ce liquide commença à se répandre, d’abord en Angleterre et en Allemagne. Hanckwitz, Hellot, Geoffroy aîné, Newton lui-même, essayèrent de dévoiler la préparation de l’éther, que l’on tenait alors comme un secret. C’est Grosse, aidé de Duhamel, qui, en 1734, éclaircit cette importante question, et décrivit le procédé que l’on suit encore aujourd’hui, à quelques modifications près.

La transformation de l’alcool en éther n’offre aucune difficulté. On fait avec précaution un mélange de 7 parties d’alcool à 33° et 10 parties d’acide sulfurique à 66° (3) ; on l’introduit dans une grande cornue de verre tubulée, enfouie dans un bain de sable jusqu’à la hauteur où

(1) On appelle anesthésie, du grec anaisthesia, qui veut dire privation de sentiment, l’état d’un être animé chez lequel la sensibilité et la plupart des mouvements sont instantanément suspendus, sans que. la vie soit éteinte ou même compromise. Dans cet état, les mutilations les plus cruelles peuvent être exécutées sur l’homme et les animaux vivants sans qu’ils en aient conscience.

(2) Valérius Cordus, né à Simtshausen, dansla Hesse, en 1 5 1 5, étaitfils d’Enricius Cordus, savant médecin du quinzième siècle, d’abord professeur de poésie et d’éloquence à Erfurth. Valérius étudia aussi la médecine, mais s’appliqua plus spécialement à la botanique. En 1542, il partit pour l’Italie, où, après deux années de séjour, il mourut b Rome, des suites d’un coup de pied de cheval. Il n’était âgé que de vingt-sept ans, et avait déjà publié plusieurs ouvrages de médecine et d’histoire naturelle. 11 avait l’habitude de signer son nom à l’aide d’une sorte de rébus, composé d’un cœur [cor), auquel il ajoutait la syllabe dus, ce qui a fait croire à quelques écrivains qui avaient pris ce cœur pour un O, qu’il s’appelait Odus. (Cap — Etudes bioyruph., II. p. 87 — Vict. Masson.)

(3) L’acide sulfurique peut être remplacé par les acides pliosphorique, arsénique, lluoborique, fluosilicique, comme aussi par les chlorures de zinc et d’étain. Les liquides obtenus par l’action de ces différents corps sur l’alcool, offrent toujours la même cemposition et les mêmes propriétés ; c’est pour cela qu’au lieu de les désigner sous les noms d’éthers sulfurique , phosphorique , etc.', qui sont inexacts, puisqu’ils ne contiennent aucune trace de l’acide qui a servi à les produire, M. Chevreul a proposé, il y a bien longtemps, de leur donner le nom commun d’éther hydrutique, qu’on a remplacé depuis par celui d’éther vinique'

ÉTIIER VINIQUE. 183

le liquide doit s’élever dans la cornue (fig. 839). Celle-ci est munie d’une allonge et d’un ballon dont la tubulure pénètre dans un serpentin ordinaire. Un thermomètre est placé dans la tubulure de la cornue et il plonge dans le liquide intérieur; dans la même tubulure passe

Fig. 839. — Appareil pour la préparation de l’éther vinique.

un tube de verre recourbé qui met la cornue en communication avec un grand flacon servant de réservoir à de l’alcool à 37°, 5, et dont on peut régler l’écoulement au moyen d’un robinet.

Lorsque toutes les jointures de l’appareil sont lutées avec soin, on chauffe rapidement de manière à porter le liquide à l’ébullition; dès que le thermomètre indique 130°, on fait arriver lentement l’alcool du

réservoir supérieur, et on s’attache à maintenir la température entre 130 et 140°. Le tube qui amène l’alcool pénètre de 8 à 10 centimètres dans le mélange d’alcool et d’acide. Celui-ci se colore peu à peu ; l’acide sulfurique réagit sur les éléments de l’esprit-de-vin et le convertit en éther, qui distille et se condense dans le serpentin. On cesse de chauffer lorsqu’on a introduit dans la cornue, par le tube vertical, 1 00 parties d’alcool rectifié.

On purifie le produit distillé en le mettant en contact, pendant vingtquatre heures, avec une solution concentrée de potasse caustique, et en le distillait ensuite, au bain-marie, sur du chlorure de calcium fondu. 11 marqué alors 65° à l’aréomètre de Baumé, et ne pèse que 0,729. L’éther médicinal est toujours mélangé d’alcool ; sa pesanteur spécifique est de 0,758, et il marque KO0 à l’aréomètre.

L’éther est un liquide tout à fait distinct de l’alcool qui l’a fourni. En effet, il est bien plus mobile, plus léger; son odeur est forte, pénétrante, et sa saveur âcre, brûlante et amère.

Il est si volatil qu’il entre en ébullition à 4- 35°, 5, et qu’il se vaporise complètement, en très-peu d’instants, dans un courant d’air. Il produit, dans ce cas, un abaissement de température qui va jusqu’à — 15°. C’est à cause de cela que, versé sur la main, il produit un froid instantané, qui, dans certaines circonstances, peut devenir salutaire, comme, par exemple, pour dissiper la migraine. C’est alors sur le front et les tempes qu’on l’applique.

Il est bien plus combustible que l’alcool ; il prend subitement feu par l’approche d’une bougie, et brûle avec une flamme blanche, fuligineuse, très-étendue. Comme la vapeur d’éther se répand très-promptement à une assez grande distance dans l’atmosphère et la rend inflammable, il est toujours dangereux de transvaser ce liquide dans un lieu où il y a quelque corps en combustion. Un des jeunes chimistes les plus distingués de notre époque, Polydore Boullay, est mort à l’âge de vingt-neuf ans, le 24 mai 1 835, des suites d’une horrible brûlure que lui occasionna la rupture, entre ses mains, d’un flacon d’éther, non loin d’un foyer allumé. Plus récemment encore un jeune et savant pharmacien de Nantes a été horriblement brûlé par l’éther enflammé (i).

(1) Une des causes les plus fréquentes d’incendie au milieu des villes est l’imprudence avec laquelle on approche une lumière des liquides inflammables. Il n’est que trop commun de voir le feu se déclarer dans les caves où l’on transvase de l’esprit-de-vin, de l’étlier, des essences, des huiles de schiste, de goudron, de pétrole, etc., et bien des individus ont dû la mort à des accidents de ce genre. On éviterait tous ces malheurs en se servant de la lampe de sûreté de Davy pour pénétrer dans ces magasins, car elle ne peut déterminer l’inflammation des liquides volatils; bien plus, en versant de l’éther ou de l’essence sur cette -lampe allumée, la flamme ne dépasse pas la limite des mailles métalliques. Il serait donc à désirer que son usage s'introduisît chez les pharmaciens, les droguistes, les distillateurs, les parfumeurs, les marchands de couleurs, d’essences, de pétrole, etc. L’administration ferait une chose utile en n’autorisant

ÉTHER VINIQUE.

L’éther est à peine soluble dans l’eau. La liqueur anodine minérale d' Hoffmann, qui est généralement employée pour rappeler à la vie les personnes tombées en syncope, n’est qu’un mélange, à parties égales, d’alcool et d’éther, que Fréd. Hoffmann mit en usage au commencement du dix-huitième siècle.

Il agit comme dissolvant sur la plupart des principes immédiats fortement hydrogénés solubles dans l’alcool. Ainsi, il dissout principalement les huiles volatiles, le camphre, plusieurs résines, les huiles grasses, les graisses et le caoutchouc gonflé par l’eau bouillante. On en fait un fréquent usage, d’après cela, dans l’analyse des substances végétales et animales, pour isoler les uns des autres les principes immédiats qui sont mélangés.

Par contre, il ne dissout guère, parmi les matières minérales, que le brome, l’iode, les perchlorures d’or, de mercure, de fer, de zinc. — Lorsqu’on veut concentrer dans une petite quantité de liquide le brome dissous dans une grande masse d’eau, on la bat avec un peu d’éther qui prend aussitôt une teinte jaune foncé. — De même, quand on veut s’assurer si un liquide aqueux renferme du bichlorure de mercure, on l’agite avec de l’éther, et celui-ci, par son évaporation spontanée sur le pavillon d’un entonnoir, abandonne le chlorure métallique sous la forme d’une poudre blanche.

L’éther a la composition suivante :

Carbone . .

Hydrogène

Oxygène. .

On peut aussi le représenter par

4 volumes d’hydrogène bicarboné. 75,9 j , ^

2 volumes de vapeur d’eau 24,1 5 -+-->•

2 volumes de vapeur éthérée 100,0

Si vous comparez cette composition à celle de l’alcool, vous verrez qu’il n’y a d’autre différence entre ces deux liquides que i équivalent d’eau en moins dans l’éther.

On peut encore représenter ce dernier par (OH5)0, c’est-à-dire par un oxyde d'étliyle , et c’est ce que font les chimistes allemands.

Vous voyez donc que le radical composé C405 Éthyle,

forme un protoxyde (C4H5)0 Éther,

et un hydrate de protoxyde (C^O^O + HO Alcool.

les dépôts de liquides combustibles dans l’intérieur des villes qu’à la condition (remployer, pour tentrer et travailler dans ces dépôts, la lampe de sûreté.

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