DES S A VOIS S
tion des huiles et des graisses, ainsi que je vous l’exposerai dans un instant.
Les savons mous sont transparents ou translucides ; mais on les rend opaques en ajoutant seulement 10 p. 100 de graisse à l'huile qui sert à leur fabrication.
En Angleterre, le savon mou est fait avec la potasse, le suif et l’huile de baleine.
En Normandie, à Elbeuf, à Louviers, à Rouen, on fait des savons mous qu’on durcit en y introduisant une certaine quantité de résine. On en consomme aussi beaucoup en Angleterre, mais on y emploie surtout l’huile de palme. Enfin, on prépare un savon de qualité inférieure, mais très-bon pour le dégraissage des laines et des draps, avec des matières grasses de rebut, telles que le flambart (graisse qui se rassemble à la surface de l’eau des chaudières où les charcutiers font cuire leurs viandes), le suif d’os, les cretons de suif, les débris de matières animales (draps, laines, etc.), les marcs d’huile, etc. Ce savon, d’odeur désagréable, est plus ou moins pâteux.
D. Savons à froid. — Quelquefois la saponification s’opère sans l’intervention de la chaleur; c’est ce qui a lieu surtout pour certains savons de toilette et pour le savon employé en médecine sous le nom de Savon médicinal.
On prépare ce dernier avec 10 parties de lessive de soude à 36° et 21 parties d’huile d’amandes douces filtrée. On incorpore peu à peu la lessive dans l’huile par l'agitation qu’on continue jusqu’à ce que toute la masse soit parfaitement homogène. Lorsqu'elle a pris la consistance du beurre mou, on la coule dans des moules en faïence où on la laisse durcir pendant un mois environ. Ce savon est très-blanc et non caustique.
E. Savons de toilette. — Ils sont à base de soude ou à base de potasse; ils exigent des soins particuliers et la plus grande pureté dans les matières premières. Avec la soude, on emploie les huiles d’amandes, de noisette, de palme, de coco, le saindoux, le suif ou le beurre; on opère généralement à froid. Avec la potasse, on ne fait usage que du suif et des graisses.
On obtient ces derniers en portant graduellement à’ l’ébullition un mélange de 15 kilogr. d’axonge et de 22kll,5 d’une solution de potasse caustique marquant 17° au pèse-sels.
Ces savons doivent être, autant que possible, dégagés d’alcali ; on y incorpore souvent des matières mucilagineuses. On brasse aussi un peu plus vivement les matières, vers la fin de l’opération, et cette manœuvre leur fait acquérir de la blancheur et une plus grande légèreté1. On les aromatise toujours, soit en y incorporant des poudres odorantes, soit en y ajoutant des essences.
Si, après avoir laissé refroidir lentement un de ces savons à base de
potasse, on le bat fortement dans un mortier, on obtient ce que les parfumeurs désignent sous les noms de Savon nacré et de Crème d'amandes.
Le savon d’amandes amères est surtout très-recherché à cause de son odeur, et parce qu’on se figure généralement qu’il entre dans sa composition de la pâte d’amandes, et, par cela même, qu’il doit être plus doux à la peau que les autres savons parfumés. C’est une erreur ; il ne diffère en rien par sa fabrication ; c’est du beau savon blanc aromatisé avec de l’essence d’amandes amères. Le Savon de Windsor , qui jouit aussi d’une si grande renommée, est un savon de suif de mouton aromatisé et coloré. On le prépare actuellement en France aussi bien qu’en Angleterre, et, pour lui donner un cachet étranger, on y met tout simplement une étiquette anglaise. Les savons de toilette de Paris sont exportés dans le monde entier.
La Poudre de savon pour la barbe n’est autre chose qu'un mélange, à parties égales, de belle farine de blé et de savon blanc desséché et pulvérisé, qu’on aromatise ensuite avec une huile essentielle ou une poudre odorante quelconque. Les compositions que l’on vend sous les noms de Saponine et de Gantéine , pour le nettoyage des gants de peau, consistent tout simplement en savon blanc en pâte et aromatisé (I).
Métamorphoses «les eôrps "ras. — Jusqu’en d 814, époque des beaux travaux de M. Chevreul et de Braconnot sur les huiles et les graisses, on croyait que ces corps gras se combinaient directement et
(I) Il est difficile de déterminer l’époque précise à laquelle eut lieu la découverte du savon ; mais bien certainement ce ne put être qu’à une époque où l’industrie de l’homme avait déjà fait de très-grands progrès. Le mot Savon que quelques auteurs font dériver du vieux mot allemand Seife , mais qui n’est que la traduction du mot latin Sapo , dont le radical Sap, signifie, en celtique, corps gras, se rencontre pour la première fois dans les ouvrages de Pline et de Galien. Pline rapporte aux Gaulois l’honneur de sa découverte ; ils le préparaient avec des cendres et du suif. (Plin. XVIII, c. xxvm.) Ce qu’il y a de certain, c’est que les Romains connaissaient l'art de le fabriquer, puisqu’on a découvert dans les ruines de Pompéi un atelier complet de savonnerie avec ses différents ustensiles et des baquets pleins de savon évidemment formé par la combinaison de l’huile avec un alcali. Ce savon était dans un état parfait de conservation, quoique l’époque de sa préparation dût remonter à plus de dix-sept cents ans. Les petits-maîtres de Rome se servaient de savon fabriqué en Germanie, comme étant le meilleur, pour teindre leurs cheveux en blond. Athénée, qui vivait 193 ans après J.-C., est le premier auteur grec dans lequel on trouve le mot sapon , savon. Aétius, qui florissait vers la fin du quatrième siècle et qui fut le premier écrivain chrétien sur la médecine, parle d’un savon noir. Les médecins arabes signalent souvent l’emploi du savon en médecine et dans le blanchiment du linge.
Les premières manufactures de savons doux de soude, tels que ceux qu’on emploie généralement aujourd’hui, paraissent avoir été établies à Savone, petite ville d’Italie, qui, au quinzième siècle, avait pour cette fabrication la réputation dont plus tard Gênes et Marseille ont joui. Pendant de longues années ces dernières villes et l’Espagne fournirent des savons au monde entier. Mais, depuis un demi-siècle, il y a des savonneries dans tous les grands centres industriels.
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intégralement avec les alcalis pour constituer les savons. Aujourd’hui, on sait qu’il en est tout autrement. Pour vous aider à bien comprendre la théorie de la saponification, je vais d’abord vous faire connaître les produits qui prennent naissance dans cette opération.
La stéarine pure, mise en contact avec les alcalis, dans des conditions convenables, se saponifie, c’est-à-dire se transforme en acide stéarique et en glycérine.
La margarine, dans les mêmes circonstances, se dédouble en acide margarique et en glycérine.
L’oléine donne lieu, de son côté, à de Y acide oléique et à de la glycérine.
1° Acides gras. — Les acides stéarique et margarique sont solides, blancs, en petites aiguilles brillantes et entrelacées; ils sont insolubles dans l’eau, mais très-solubles dans l’alcool bouillant ; ils rougissent à peine le tournesol; ils forment avec la plupart des bases des sels solides, neutres ou acides ; ils ont la combustibilité des corps gras
et fondent :
L’acide margarique, à +60°
— stéarique -4-70°
L’acide oléique a l’aspect d’une huile incolore ; à quelques degrés audessous de zéro, il se prend en une masse blanche formée d’aiguilles. 11 a les autres caractères des acides gras précédents, mais les sels qu’iî forme avec la potasse et la soude sont plus solubles dans l’eau que les stéarates et margarates des mêmes bases.
Ces acides sont représentés dans leur composition par les formules suivantes :
En combinaison A l’état de liberté,
avec les bases. c’est-à-dire hydratés.
Acide margarique. .. C34H3303 C3VH340 = C3*H33 03,H0,
— stéarique C63H3605 C68H6807 = C6SH6303,2H0,
— oléique C36H3303 C36H3*CP = C36H3303,H0.
Il existe une relation remarquable entre la composition de l’acide stéarique et celle de.l’acide margarique.» Ce dernier est plus oxygéné, et on peut les représenter tous deux comme des oxydes différents d’un même radical; ainsi :
1 équivalent de margaryle. . . . C34H33 -f- O3 = acide margarique.
2 équivalents de margaryle. .. C68H66 Os = acide stéarique.
Aussi les corps oxydants, l'acide azotique par exemple, changent l’acide stéarique en acide margarique ; c’est ce qu’explique l’équation suivante :
Acide stéarique Acide margarique
hydraté. hydraté.
La chaleur produit également cette transformation, puisqu’en distillant de l’acide stéarique à 300°, on obtient de l’acide margarique, en même temps que quelques autres produits peu importants. Voilà pourquoi, dans les produits de la distillation sèche des corps gras de nature animale, on ne trouve pas plus d’acide stéarique que dans ceux de la distillation des huiles végétales.
2° Glycérine. — La Glycérine , qui se forme toujours en même temps que les acides précédents dans l’acte de la saponification, est un corps neutre, ni gommeux ni gras, liquide, incristallisable, sans odeur, d’une consistance* sirupeuse et d’une saveur sucrée : voilà pourquoi Scheele, l’auteur de sa découverte (1779), lui donna le nom d e Principe doux des huiles.
Elle est très-soluble dans l’eau, dans l’alcool, le vinaigre; elle dissout la plupart des corps que l’eau et les huiles peuvent dissoudre; elle est légèrement hygrométrique ; elle se mêle en certaines proportions avec l’axonge et les corps gras ; elle n’est pas susceptible de rancir ni de fermenter spontanément. Elle est inflammable sur les charbons ardents presque à la manière des huiles. Elle ne s’évapore point au contact de l’air. Elle mouille les corps, les lubréfie, les assouplit, sans les graisser. Elle est décomposée par la chaleur, et l’un des produits de sa décomposition est Y Acroléine.
Elle se combine directement avec les acides sulfurique, pliosphorique, tartrique, etc., et donne des acides complexes ( sulfoglycérique , etc.), qui forment avec les bases des sels cristallisables. Pelouze et M. Berthelot sont parvenus à la combiner à tous les acides gras, avec lesquels elle produit des corps gras neutres identiques à ceux qui constituent les huiles et les graisses : c’est ainsi qu’avec l’acide stéarique, elle reforme de la stéarine; avec l’acide margarique, de la margarine; avec l’acide oléique, de l’oléine, etc. Mais, au moment où elle s'unit à ces divers acides, elle abandonne un équivalent d’eau.
Libre ou sirupeuse, elle est représentée par la formule.... C6H806,
Anhydre, telle qu’elle est combinée aux acides C6H708,
d’où il suit que la formule rationnelle de la glycérine libre = G6H705,H0.
Depuis 1 852, grâce à MM. Cap et Garot, cette singulière substance, qui jusqu’alors n’avait reçu aucune application sérieuse, s’est présentée comme un excipient précieux qui réunit à la fois la plupart des propriétés qui caractérisent deux véhicules en quelque sorte antagonistes, l’huile et l’eau. Aussi la pharmacie, la vétérinaire, la médecine, la chirurgie, la parfumerie, en font-elles maintenant un fréquent emploi ; les naturalistes, de leur côté, l’utilisent pour la conservation des pièces d’anatomie. Comme elle lubréfie et assouplit les tissus organiques, elle s’est montrée favorable dans la plupart des affections de la peau, et on la regarde comme le meilleur des cosmétiques. On la fait
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entrer dans les savons de toilette. On s’en sert encore pour rendre plus hygroscopiques les encollages ou parements des tisserands, ce qui évite à ces ouvriers l’insalubrité de leur travail dans des sous-sols humides; quelques centièmes de glycérine suffisent pour cela; il en est de môme pour maintenir à l’état de souplesse la terre des mouleurs et des sculpteurs, une foule de mordants et de couleurs d’application, pour lubréfier les organes mécaniques, pour rendre la surface du papier suffisamment absorbante afin qu’on puisse y imprimer à sec les couleurs, etc.; applications qui se multiplient chaque jour et qui promettent un avenir presque indéfini à l’emploi de cette curieuse substance.
UTitrog-lycérine. — Mais un des faits les plus curieux dans son histoire, c’est sa conversion, lorsqu’on la met en contact, à une trèsbasse température, avec un mélange d’acides azotique et sulfurique, en un liquide incolore, limpide, inodore, d’un aspect huileux, qui est, sans contredit, la plus redoutable de toutes les matières explosives.
C’est en 1847 que le professeur Sobrero, de Turin, a découvert ce nouveau composé fulminant, qu’il a nommé nitroglycérine. Sous le rapport de la constitution chimique, on peut le comparer à la cellulose trinitrée ou pyroxyline, puisque c’est de la glycérine dans laquelle 3 équivalents d’hydrogène sont remplacés par 3 équivalents d’acide hypoazotique. En effet :
La glycérine sirupeuse est représentée par Cpfl806
et la nitroglycérine par O6
Cela explique la rapidité de sa décomposition et la violence avec laquelle cette substance détone lorsqu’on la comprime. Elle ne s’enflamme pas très-facilement et ne fait que décrépiter sur le feu, mais elle fait explosion par le plus léger choc. Si je~ verse une seule goutte de nitroglycérine sur un fragment de papier Joseph et que je frappe celui-ci avec un marteau (fig. 890), vous allez entendre une détonation formidable, eu égard au si faible volume de la matière employée; avec 32 grammes, on fait éclater un bloc de fer de 20 kilogr. ; avec des quantités plus fortes on perce
des navires cuirassés aussi facilement que s’ils étaient blindés avec du verre à vitre. Naguère un bâtiment américain disparaissait en mille
Fig. 890. — Détonation de la nitroglycérine par le choc.
pièces à la suite d’une commotion accidentelle imprimée au liquide meurtrier dont il était chargé.
La nitroglycérine entre en ébullition à 185° avec dégagement de vapeurs jaunes ; à 200°, elle se volatilise rapidement, et à 217°, elle déflagre violemment.
Vous comprenez, Messieurs, qu’un produit aussi redoutable ne peut guère devenir un engin de guerre; mais, à partir de 1865, un ingénieur suédois, M. Nobel a réussi à l’appliquer au sautage des mines et des carrières, en place de la poudre de mine ordinaire. 11 offre sur celle-ci une grande économie de main-d’œuvre, attendu qu’on peut loger dans un trou de sonde de petites dimensions une force balistique dix fois plus grande. Ce procédé est exploité dans les grandes carrières de grès des environs de Saverne (Alsace), dans celles de Quenast, non loin de Bruxelles (1).
Voici comment on prépare ce liquide explosif dans les fabriques de produits chimiques : on mélange dans un vase ouvert en grès entouré d’eau froide 1 000 gram. d’acide azotique fumant à 50° et 2000 gr. d’acide sulfurique à 66°, puis on y verse brusquement 380 gr. de glycérine à 31°, en agitant avec une baguette de verre pendant dix secondes environ; le tout est déversé immédiatement dans 15 à 20 fois son volume d’eau froide qu’on a soin de remuer ; la nitroglycérine se précipite en raison de sa densité (1,60) et de son insolubilité; on la soutire à l’aide d’un robinet de fond en verre ou en grès et on la soumet à deux lavages à l’eau froide. On ne peut lui enlever les dernières traces d’acides qu’elle renferme qu’au moyen de bicarbonate de soude ou de craie. On la chauffe enfin dans une étuve à eau, à une température de 30 à 40° pour la priver d’eau qui diminue sa facilité à l’explosion.
Ce mode opératoire, adopté par MM. Pellet et Champion, donne le rendement maximum, à savoir 760 gr. de nitroglycérine, soit 200 pour 100 de glycérine.
Le soin le plus important dans cette fabrication, qui est fort dangereuse, c’est de maintenir les matières réagissantes à la température la plus basse possible, autrement elles s’échauffent tout à coup, donnent lieu à de violentes projections, à une émission de vapeurs nitreuses qui fatiguent beaucoup les ouvriers, et tout est à recommencer. En Cali-
(1) Voici comment on procède pour détacher 40 à 50 mètres cubes de roc résistant : on fore un trou de mine de 5 à 6 centimètres de diamètre et de 2 à a mètres de profondeur; on le débarrasse autant que possible de la boue et de l’eau ; on verse dans ce trou î kll,5 à 2 kilogrammes de nitroglycérine ; on y fait descendre un cylindre en bois ou en carton muni d’une mèche et d’un peu de poudre à canon ; on achève de remplir le trou avec du sable, et l’on met le feu à la mèche; au bout de 8 à 10 minutes, la mèche en combustion atteint la poudre ; presque instantanément la nitroglycérine détone, et un gros bloc de rocher se soulève et se rassied sans projection aucune. Des masses énormes se trouvent ainsi soulevées dans tous les sens et prêtes à être débitées mécaniquement.
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fornie, où l’exploitation des mines consomme une grande quantité de nitroglycérine, on refroidit les bains avec de la glace. Les mineurs l’appellent Y Huile explosive.
On ne saurait prendre également de trop minutieuses précautions dans le transport et dans l’emploi de ce composé fulminant d’une si effrayante puissance, puisque le moindre choc suffît pour le faire détoner; il détone même parfois spontanément quand il y a longtemps qu’il a été préparé. Il a déterminé de si nombreux accidents que généralement on le fabrique sur place, dans des cabanes isolées, non loin des roches à briser; en Belgique, on en a même interdit l’usage après l’épouvantable catastrophe survenue le 24 juin 1868 à Quenast et qui a coûté la vie à dix personnes.
Dynamite. — M. Nobel a réussi, après bien des essais, à paralyser la propriété explosive de cette singulière substance, tout en lui conservant, à peu de chose près, sa puissance balistique, en la mélangeant avec du tripoli, du sable fin ou toute autre matière minérale poreuse de manière à en former une poudre pâteuse qui a l’aspect de la cassonade. Il a donné à ce mélange, qui reste complètement inoffensif en dehors des conditions particulières où on le fait agir, le nom de dynamite, du grec dunamis , qui veut dire force (1).
La nitroglycérine destinée à la fabrication de ce nouveau produit doit n’être pas acide et être entièrement privée d’eau, autrement celle-ci diminue notablement le pouvoir absorbant des matières minérales pour le liquide explosif.
On emploie la dynamite en masse ou plus commodément en cartouches formées de papier enroulé. L’explosion s’obtient par une capsule fulminante attachée à une mèche de mine ordinaire, ou bien à deux fils métalliques destinés à fournir une étincelle électrique. Elle n’a pas lieu par le choc, ni par le contact de la poudre de guerre en combustion.
La dynamite a une force brisante remarquable qu’on évalue à huit fois environ celle de la poudre de mine ordinaire et elle a l’avantage de ne pas former dans les travaux souterrains de fumée nuisible ou trop incommode. Elle est surtout précieuse lorsqu’il s’agit de produire des actions locales, rapides et énergiques ; oOO à 1000 grammes suffisent pour briser une pièce d’artillerie de fort calibre ; elle permet encore de détruire instantanément des ouvrages en tôle, tels que les tabliers de
(1) Avant d’avoir employé le sable pour faire disparaître les dangers du maniement de la nitroglycérine, M. Nobel avait constaté que l’esprit de bois mélangé à ce liquide le rend inexplosible, soit à la percussion, soit à la chaleur, et qu’il suffit pour le remettre en activité, au moment de s’en servir, d’y ajouter une certaine quantité d’eau ; celle-ci s’empare de l’esprit de bois, tandis que la nitroglycérine tombe au fond du vase, d’où on la soutire avec un siphon. La découverte de la dynamite a rendu inutile l’usage de l’esprit de bois dans ce cas.
ponls métalliques sur lesquels la poudre ordinaire, beaucoup trop lente, n’a qu’une action tout à fait insuffisante. Comme son action s’exerce meme à l’air libre, elle fournit des pétards d’une grande puissance ; renfermée dans un simple bidon en zinc et allumée par une amorce fulminante, elle fait brèche à un mur, même très-solide, sur lequel on l’a appliquée.
Le transport de la dynamite ne donne lieu à aucun accident, et elle peut être impunément mouillée. Son usage s’est promptement répandu en Suède, en Danemark, en Allemagne, en Suisse, en Belgique, en Angleterre, en Afrique, en Californie. Pendant le siège de Paris, en 1870, une fabrique fut établie à Pantin dans ce qu’on appelle les Carrières d' Amérique ; elle produisit journellement de grandes quantités de cette poudre explosive ; on remplaça le tripoli par la cendre de boghead provenant de l’usine à gaz portatif. Au lieu du papier goudronné dont on se servit d’abord pour faire la cartouche, on tait usage actuellement du parchemin qui n’absorbe aucune trace de nitroglycérine.
Une autre fabrique, créée à Paulille, près de Port-Vendres (Pyrénées- Orientales), à la fin de novembre 1870, pour le service de nos armées, est maintenant une entreprise privée ; elle prépare environ 1 5000 kilogrammes de dynamite par mois pour répondre aux demandes du génie militaire, des exploitants de mines, des entrepreneurs de tunnels et de travaux sous-marins. Comme elle détone aussi- bien sous l’eau que sous terre, elle est particulièrement précieuse dans les travaux en terrains aquifères.
Dualine. — Un lieutenant d’artillerie prussien a imaginé tout récemment une nouvelle matière explosive pour l’exploitation des mines et des carrières; on l’a nommée Dualine. C’est un mélange de pyroxyline, de nitromannite, de nitroglycérine et d’amidon nitré. En faisant varier les proportions de ces substances, on obtient les effets que l’on veut produire.
On ne connaît pas le mode de préparation de cette poudre. Tout ce qu’on sait, c’est que la cellulose employée est retirée de la sciure de pin ou de peuplier, qu’on la mélange avec les autres substances et qu’on traite le tout par les acides azotique et sulfurique.
Théorie de la saponification. — Munis des connaissances précédentes, nous pouvons aborder maintenant la théorie de la saponification.
Dans cet acte, on a constaté qu’il n’y a ni absorption ni dégagement d’aucun gaz; l’air n’intervient nullement; de sorte que tous les éléments des corps gras se retrouvent en entier dans les produits de la saponification. — Lorsqu’on chauffe le mélange d’huile ou de graisse et d’oxyde métallique, les éléments des corps gras, stéarine, margarine et
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oléine, éprouvent un changement d’équilibre et se trouvent convertis en acides gras et en glycérine. Les acides, en se combinant à l’oxyde métallique qui a provoqué leur formation, forment le savon, tandis que la glycérine reste en solution dans l’eau.
Mais il y a une autre manière d’interpréter les phénomènes, qui est beaucoup plus simple et qui semble aujourd’hui plus en harmonie avec les vues philosophiques qui prédominent à l’égard de la chimie organique.
Au lieu de regarder la stéarine, la margarine et l’oléine, comme des principes immédiats neutres, comme des éléments organiques simples, on peut les considérer comme de véritables sels anhydres ou des élhers composés , formés d’acides gras et de glycérine anhydre. En effet, la composition des trois principes gras représente des stéarate , margurate et oléate de glycérine anhydre , ainsi que vous pouvez le voir par les équations suivantes:
Acide stéarique. Glycérine anhydre.
Stéarine C7‘H73010 = C68H66Os + C6H705
Ac. margarique. Glycérine anhydre.
Margarine C40H«>O8 = C3»H3303 + C6H703
Acide oléique. Glycérine anhydre.
Oléine C^Hw08 = C36H3303 + C6H703
Dès lors, pendant la saponification, l’alcali ne fait que détruire la combinaison préexistante des acides gras et de la glycérine, en substituant une base puissante, la potasse ou la soude, à une base plus faible, la glycérine. 11 en résulte des stéarates, margarates, oléates alcalins tandis que la glycérine anhydre, au moment où elle se sépare, se combine à un équivalent d’eau pour former la glycérine sirupeuse.
Margarine
ou margarate de glycérine. Margarate de potasse. Glycérine sirupeuse.
(C34H330:î -f- C6H705) KO, HO = K0,C341330 3 + C6H7O5,H0
La glycérine, en devenant libre, fixe une proportion d’eau, de même que dans la décomposition d’un sel métallique par une base, l’oxyde qui se précipite entraîne de l’eau en combinaison et forme un hydrate; de même encore que dans la décomposition par la potasse des éthers végétaux , qui sont regardés comme des composés neutres d’acide et d’éther vinique, ce dernier, en abandonnant l’acide auquel il était uni, s'associe à un équivalent d’eau pour constituer l’alcool qui apparaît.
C’est en ayant égard à cette analogie que la glycérine est envisagée par les chimistes contemporains comme un alcool spécial.
Ce qui prouve qu’il y a de l’eau fixée dans l’acte de la saponification, c’est que la somme des poids de la glycérine et des acides gras produits Hiiur.nm. — Ilf. 19
est de 4 à 5/100 plus forte que le poids des corps gras qui ont servi à les former. Et en effet, d’après M. Chevreul, 100 parties de graisse de mouton donnent à la saponification :
Acides gras secs , 92,978
Glycérine 8,000
11 résulte donc de ce qui précède, que la saponification ne serait autre chose que la décomposition d’un sel gras ou d’un éther végétal par une base salifiable qui prendrait la place de la glycérine anhydre. La reproduction synthétique de la stéarine, de la margarine, de l’oléine par la combinaison directe des acides gras et de la glycérine, ainsi que l’a effectuée dans ces derniers temps M. Berthelot, donne à cette théorie si simple de la saponification une consécration nouvelle.
En tous cas, les savons solubles étant des mélanges, en proportions variables, de stéarates, de margarates et d’oléates de potasse ou de soude, il est facile d’expliquer leurs divers degrés de dureté.
Les stéarates, margarates et oléates de soude sont toujours plus consistants et moins attaquables par l’eau que les mômes genres de sels à base de potasse.
Les stéarates, margarates de potasse et de soude sont toujours plus durs et moins solubles que les oléates des mômes bases.
Par conséquent, un savon à base de potasse sera toujours moins dur qu’un savon à base de soude;
Et un savon de potasse ou de soude sera d’autant plus dur qu’il renfermera plus de stéarate ou de margarate, et moins d’oléate.
Composition des savons. — Les savons, dont vous connaissez, Messieurs, la fabrication et la composition générale, renferment tous de l’eau, mais non en égales proportions. Très-souvent les fabricants cherchent à y en introduire la plus grande quantité possible, afin d’augmenter leur poids. Ils réussissent très-bien pour le savon blanc de Marseille et les savons unicolores , qui peuvent en recevoir des quantités assez considérables; mais il n’en est pas de môme pour le savon marbré, qui ne peut en admettre qu’une proportion fixe, au delà de laquelle la marbrure se dépose.
Voici quelles sont les quantités relatives d’acides gras, d’alcali et d’eau contenues habituellement dans les savons du commerce :
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