DE LA PARAFFINE
lïoidis. On la fond ensuite pour la couler dans des moules de verre ou de métal. Elle est alors en masse, à structure rayonnée et lamelleuse.
La naphtaline a une odeur forte, caractéristique, persistante. Elle fond à + 79° et bout à -+- 220°. Elle est inflammable et répand une flamme éclairante et fuligineuse. Elle est insoluble dans l’eau, mais très- soluble dans l’alcool et dans l'éther.
Les nombreux dérivés qu’elle fournit par l’action du chlore, du brome et des agents oxydants, qui ont été parfaitement étudiés par Laurent, lui donnent un haut degré d’intérêt aux yeux des chimistes, intérêt qui s’est encore augmenté depuis qu'on a su produire avec elle plusieurs matières colorantes, ainsi que je vous le dirai plus tard.
En raison de son odeur, elle peut remplacer le camphre avec économie pour préserver les pelleteries des insectes qui les détruisent, et les préparations arsenicales pour conserver les peaux d’oiseau dans les collections d’histoire naturelle.
Paraffine. — C’est une matière solide, blanche et brillante, grasse au toucher, inodore, insipide, ductile, qui brûle avec une flamme pure et blanche, sans répandre ni odeur, ni suie, et sans laisser de résidu ; elle est très-fusible, bout entre 370 et 380°, et distille sans éprouver de décomposition.
Elle se dissout dans 28 parties et demie d’alcool bouillant, mais elle s’en sépare en belles lames nacrées par le refroidissement. Elle résiste à l’action des acides, des alcalis, et c’est à cause de l'indifférence remarquable qu’elle manifeste pour les différents agents chimiques, moins le chlore et l’acide azotique toutefois, que le baron de Reichenbach, qui l’a découverte en 1829, lui a donné le nom qu’elle porte (de deux mots latins parum affinis , qui veulent dire douée de peu d’affinité).
Ces caractères et sa grande combustibilité s’expliquent par sa composition. C’est un carbure d’hydrogène, C54H31 ou C60H60, isomère, par conséquent, de l’hydrogène bicarboné, mais dont la molécule est dans un état de condensation treize fois et demie ou quinze fois plus grand que dans ce gaz.
La paraffine a été trouvée, non-seulement dans les goudrons de houille, mais aussi dans ceux du bois et de la tourbe, dans les pétroles d’Amérique, dans le naphte ou huile de Rangoon de Birmanie, dans les produits de la distillation de la cire ordinaire, de la cire de Chine, de la cire fossile de Moldavie ou ozohérite des minéralogistes, des schistes bitumineux, notamment du boghead d’Ecosse, servant à la préparation des huiles de schiste (1).
(1) Un fait assez curieux que je ne puis m’empêcher de vous faire connaître, c’est qu’une pierre météorique tombée au Cap, en Afrique, en 1838, et une autre pierre tombée en 1857 à Kaba, en Hongrie, ont donné à M. Wôhler, qui les a analysées, une substance très-semblable à la paraffine. Ces pierres ren.lermaient aussi du charbon, provenant peut-être de la chaleur qu’elles avaient subie en entrant dans notre atmosphère. Il est évident que ces pierres météoriques avaient appartenu à une planète où se trouvaient des végétaux.
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Une circonstance à noter, c’est que le point de fusion de cotte substance varie avec son origine ; ainsi :
Celle des schistes bitumineux d’Autun fond à 33°, 0
du goudron de bois 44 ,0
duboghead, quand elle est cristallisée 45 ,0
de la tourbe 46 ,7
de la cire 52 ,0
du naplite de Rangoon 61 ,0
Ces différences si prononcées dans le point de fusion doivent faire admettre que la paraffine est un mélange de différentes espèces de carbures isomériques avec le gaz oléfiant CH14.
C’est partir de 1846 que MM. Lajonkaire et Haussoulier, des Batignolles, entreprirent l’extraction de la paraffine des huiles lourdes provenant des schistes bitumineux du bassin d’Autun. Bientôt, en Autriche, en Gallicie, en Hongrie, on se mit à exploiter pour cet objet les abondants dépôts de schistes et de lignites qui s’y trouvent, ainsi que les gisements d’ozokérite qui donne jusqu’à 35 p. 1 00 de cette substance raffinée. Enfin, en 18o0, l'Angleterre entra en concurrence en la retirant de la tourbe, du boghead, du cannel-coal, et surtout du naphte de Rangoon qui en renferme au moins 10 p. 100, et qui arrive de l’Inde en énormes quantités.
On débarrasse d’abord ces matières premières des hydrocarbures aisément volatils qu’elles contiennent par une distillation à la vapeur. Le résidu, qui, pour le naphte, ne s’élève pas à moins de 75 p. 10 >, est fondu, puis traité par 2 à 8 p. 100 d’acide sulfurique qui produit un abondant précipité noir. Après repos, on décante la matière liquide surnageante, on la lave à plusieurs eaux et on la distille au moyen de la vapeur surchauffée. Les produits qui passent jusqu’à 150° ne renferment pas de paraffine^ on les met de côté; de 150 à 330°, celle-ci commence à se produire et sa proportion augmente de plus en plus, mais ce n’est qu’à partir de 330° qu’elle apparaît en abondance, au point que les parties distillées se concrètent en se refroidissant.
Par une première fusion et un refroidissement lent, la paraffine brute cristallise en larges écailles ; on la soumet dans des sacs de toile à une pression graduée pour la dépouiller de l’huile dense qu’elle retient. On la fond une seconde fois et on l’agite avec 50 p. 100 d’acide sulfurique en la maintenant à la température de 180°. Au bout de deux heures, elle se sépare de l’acide ; on la soumet à deux lavages à l’eau bouillante, puis on la coulé en gâteaux, qu'on presse entre des plaques chaudes. On la refond une dernière fois, en lui ajoutant 5 p. 100 d’acide stéarique, et on la coule en pains qu’on livre au commerce.
MM. Cognet, Maréchal et Cie, de Nanterre, opèrent le raffinage de la paraffine brute d’une manière plus économique et plus complète en l’empâtant avec une petite quantité de sulfure de carbone ou
DU CAOUTCHOUC
d’huile légère de houille, et la soumettant à une pression modérée ; ces liquides entraînent avec eux les matières goudronneuses. Après deux ou trois traitements semblables, la paraffine est d’une grande blancheur.
Grâce à ces perfectionnements, cette matière, dont la production en France dépasse un^nillion de kilogrammes, est devenue pour l’indusrie des bougies une matière première moins coûteuse que le suif.
La bougie de paraffine pure est très-belle, tout à fait incolore et inodore, d’une diaphanéité rappelant celle du camphre. Elle brûle sans répandre de fumée et ne coule pas; mais elle ne peut rester droite ; elle se déforme, se courbe et ne saurait être employée dans cetv état. Il faut absolument qu’elle soit- associée à une matière plus dure, comme l’acide stéarique ou la cire du myrica. Les bougies confectionnées avec ce mélange sont de qualité irréprochable et peuvent être livrées à des prix moindres que les bougies stéariques proprement dites.
Une grande partie de la paraffine entre chez nous dans les bougies stéariques, à raison de 5 à 10 p. 100, quand on veut, nonobstant l’élévation de prix, en augmenter la transparence et en détruire l’excès de cristallisation. On l’introduit de même dans la cire blanche, pour obtenir tout à la fois un peu plus de transparence et un peu moins de cherté.
On consomme aussi la paraffine pour les allumettes d’un certain genre, pour la préparation du papier négatif en photographie, pour divers produits de la parfumerie et de la pharmacie, pour des apprêts d’étoffes à couleurs délicates, pour ceux des tulles et pour plusieurs autres menus emplois des arts industriels. Dans les laboratoires, on futilise pour remplacer les bains d’huile, parce qu’elle reste liquide à une température très-élevée sans s’altérer.