DE LA GUTTA-PERCHA
rais à digérer dans du sulfure de carbone ; la gelée produite est traitée par la benzine qui en dissout une forte quantité. On passe la solution dans une étofTe de laine et on chasse le sulfure de carbone par une distillation au bain-marie. On étend ensuite à volonté le résidu avec de la benzine qui donne une solution transparente.
Ce vernis, ainsi préparé, s’incorpore bien avec toutes les huiles grasses volatiles. Il se sèche très-vite, n’est nullement luisant, à moins qu’on 11e le mêle avec des vernis résineux, est très-flexible, peut s’étendre en couches minces et ne paraît pas altérable par l’air et la lumière. Il convient très-bien pour enduire les cartes géographiques, les estampes, parce qu’il ne jaunit pas le papier, ne jette pas les reflets désagréables des vernis résineux, et qu’il ne se fendille ni ne s’écaille. On peut l’employer avec avantage pour fixer les dessins au crayon et à la mine de plomb, qui supportent alors très-bien un léger frottement.
Glu marine. — En 1841, M. Jeffery a fait connaître, sous les noms de Colle navale et de Glu marine, une composition très-adhésive, élastique, insoluble dans l’eau, destinée à faire joindre ou adhérer les bois de constructions maritimes, et qu’on peut appliquer, du reste, à tous les cas où il s’agit d’opérer un rapprochement intime entre des bois, des pierres, des tissus. Cette colle est préparée en dissolvant 2 à 4 parties de caoutchouc dans 34 parties d’huile de houille, et ajoutant au caoutchouc pâteux 62 à 64 parties de résine laque pulvérisée. On chauffe le tout jusqu’à fusion complète et mélange intime, puis on coule en plaques. Pour faire usage de cette colle, on la porte dans un vase de fer à la température de + 120°, et on l’applique chaude, à l’aide d’une brosse, sur les parties qu’on veut réunir.
ÏSe la Gutta-percha.
Il vient deSingapore et de la Chine, depuis 1843, une substance qui a beaucoup de rapports avec le caoutchouc, qui en a même la composition élémentaire, C8H7, d’après Soubeiran : c’est ce qu’on appelle la Gomme de Sumatra, la Gomme Gettania, ou la Gutta-percha.
Étatnovmal. — Extraction. — Cette matière existe dans la sève descendante d’un grand arbre, V Isonandra percha, qui croît dans toute l’Asie équatoriale, notamment à Singapore, à Bornéo et dans les autres îles malaises. Pour l’extraire, on abat l’arbre, on place sous son tronc soulevé des feuilles de bananier pour recevoir le suc laiteux qui s’écoule des incisions pratiquées dans l’intérieur de l’écorce; on fait éva- 'porer ce suc à l’air en couches minces qu’on réunit ensuite en les superposant pour en former des masses irréguliCres plus ou moins épaisses, de couleur rouge ou grisâtre. Un arbre abattu peut donner, dit-on, 18 kilogr. de gutta percha brute.
Cette substance arrive en Europe sous la forme de poires ou de pains, du poids de t à 5 kilogr., qui paraissent composés de feuilles enroulées ou superposées, dures, coriaces, mais plus ou moins friables, circonstance due à la présence de l’eau, dont la quantité s’élève parfois jusqu’à 30 p. 100. On y trouve aussi interposés de la terre, des pierres et des débris ligneux. On les épure en coupant les masses brutes en tranches au moyen d’une puissante machine, divisant celles-ci par une sorte de râpage dans l’eau froide, puis pétrissant et malaxant la matière sous un mince filet d’eau, qui entraîne et délaye la terre et les pierres écrasées, en même temps qu’elle dissout les matières organiques et les sels solubles. On achève l’épuration àl’eau tiède dans plusieurs bassins, on dessèche ensuite et l’on agglomère le produit en masse pâteuse, en le chauffant à 4- li0° environ, dans une chaudière à double enveloppe, chauffée par la vapeur.
Lagutta-percha, ainsi préparée, devient assez molle pour être adhésive et facile à souder. Laminée en feuilles ou en plaques de toute épaisseur, étirée en tubes de différents diamètres, moulée sous toutes sortes de formes, elle acquiert, après s’être lentement refroidie, une solidité et une ténacité très-grandes. Toutefois il importe dp savoir qu’une petite quantité d’eau interposée suffit pour empêcher Tadhérence entre ses parties ou compromettre la résistance de ses soudures.
Composition immédiate. — La gutta-percha, complètement débarrassée de toutes les matières accessoires qui l’accompagnent, se compose, suivant Payen, de trois principes immédiats nettement caractérisés : une substance spéciale reproduisant les principaux caractères de la gutta-percha commerciale, formant plus des 3/4 de la masse totale, et deux résines indifférentes, l’une en cristaux blancs, nommée Albane (14 à 16 p. 100), l’autre amorphe, jaune et très-fusible, nommée Fluavile (4 à 6 pour 100).
Caractères distinctif». — Comme le caoutchouc, la gutta-percha est insensible à l’action de l’air, de l’humidité, de l’eau froide, de même qu’aux diverses influences qui excitent les fermentations ; mais elle peut être amollie, éprouver une sorte de fusion pâteuse, superficielle, par les rayons solaires de l’été.
Aux températures ordinaires de notre climat, de 0° à + 25°, elle est douée d’une ténacité aussi forte, à peu près, que celle des gros cuirs et d’une flexibilité un peu moindre. Elle s’amollit et devient sensiblement pâteuse vers + 48°, quoique très-consistante encore. Sa ductilité est telle, aux températures de -f- 45 à 60°, qu’on peut aisément la laminer en feuilles minces, l’étirer en fils ou en tubes. Sa souplesse et sa ductilité diminuent à mesure que la température s’abaisse. Dans l’eau bouillante,- elle devient presque fluide, si bien qu’on peut lui faire prendre la forme que l’on veut, la mouler, et, lorsqu’on la retire de l’eau, elle perd ses propriétés, tout en conservant sans altération