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Leçon d'ouverture

ne tradition ancienne et touchante veut, qu’en prenant possession de sa chaire à la Faculté de Médecine de Paris, le professeur adresse, tout d’abord, ses remerciements aux collègues qui viennent de lui ouvrir les portes de la vénérable demeure.

Les circonstances font que j’éprouve une joie profonde à m’acquitter de ce devoir en commençant par exprimer à mon excellent maître et ami, à M. le doyen Landouzy, l’expression de ma gratitude et de ma vieille affection.

Mes collègues Dejerine, Paul Segond, de Lapersonne, Gaucher, sont des amis d’enfance qui n’ont jamais cessé de me prodiguer les preuves de leur dévouement. Mon vénéré et illustre maître, M. Armand Gautier, m’a entouré d’une affection quasi-paternelle. Nombre d’autres sont demeurés mes bons compagnons de lutte pendant les belles années de notre jeunesse où nous combattions côte à côte. A tous, ce soir, je dis, du fond du cœur : Merci.

Messieurs, il est un autre usage, beaucoup plus émouvant encore, auquel le nouveau professeur ne peut davantage se soustraire en ouvrant son cours : il doit remercier aussi ses maîtres, vivants ou disparus. La route a été, pour moi, longue et quelque peu rude. La voilà, aujourd’hui, presque partout parsemée de tombeaux. Rares, trop rares, sont ceux de mes maîtres demeurés debout...

Il m’a semblé que la façon la meilleure était de consacrer aux survivants et aux morts l’hommage de mes chers souvenirs. Ce me sera l’occasion d’esquisser, pour vous, Messieurs, comme une première page d’Histoire contemporaine.

Lorsqu’au lendemain de l’Année terrible, laFaculté de médecine, fermée plus de quinze mois, à cause des horreurs de la guerre francoallemande et de la Commune, rouvrit ses portes, les études reprirent avec un entrain extraordinaire. La jeune génération, dont nous

faisions partie, se’précipitait aux cours magistraux, poussée par le légitime besoin d’apprendre et avec la volonté de ne pas perdre un temps d’autant plus précieux, qu’il était comme un dérivatif aux douleurs dont nos cœurs saignaient après le démembrement de la Patrie. Sappey, ici même, démontrait l’anatomie, et les gradins étaient combles. Charles Robin s’efforçait de nous ouvrir les arcanes de l’Histologie normale. Les cliniques de chirurgie, où nous nous empressions d’aller, tous les matins, étaient, sous la direction du « Père » Gosselin, des professeurs Richet et'Broca, envahies par une masse d’étudiants. Perdu dans la foule, sans relations médicales d’aucune sorte, le jeune déraciné du Perche, que j’étais, se désolait de ne rien voir, à l’hôpital, et de ne pouvoir disséquer, à l’ücole pratique, où le Grand Réformateur Farabeuf ne devaitarriver que six ans plus tard.

Par bonheur, sur une recommandation d’un de mes oncles, son camarade de collège, le chirurgien Léon Labbé, m’accueillit à la Pitié : il fut mon premier maître. Le voici, grâce à sa verte vieillesse, le Nestor de la chirurgie française. En 1872, Labbé était déjà un des brillants maîtres de l’Ecole de Paris. Il devait sa célébrité à son expérience clinique consommée et à sa maîtrise opératoire. Il personnifiait l organisateur infatigable de la victoire, toujours prêt à combattre, jusqu’au bout, contre le mal.

Quarante ans ont passé et le vieux maître possède, à l’Institut de France, à l’Académie

Phot. E, Pirou.

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