DOUZIÈME LEÇON
I. — Coxalgie à début aigu et à évolution rapide. Diagnostic avec l'arthrite aiguë non tuberculeuse, avec l'ostéomyélite. Traitement vicieux par la résection précoce.
II. — Résultat défectueux de cette opération. Hanche en flexion à angle droit et en adduction. Raccourcissement fonctionnel énorme. Lés soins consécutifs les mieux dirigés ne permettent que très difficilement de lutter contre cette attitude vicieuse. Absence d'ankylose. Luxation iliaque presque inévitable du moignon de col. Atrophie du membre. Peu d'arrêt d'accroissement du fémur en longueur.
Au début de la période antiseptique, enhardis par des succès opératoires inconnus à leurs devanciers, les chirurgiens se sont vivement attaqués aux tumeurs blanches. Grâce aux patientes et multiples expériences d'Ollier, ils connaissaient les ressources importantes que leur fournissait la méthode sous-périostée pour la régénération des articulations réséquées; grâce aux méthodes modernes créées par Pasteur et Lister, ils étaient en droit d'appliquer cette méthode à l'homme sans danger; et les résections devinrent, pour bien des lésions, une de nos plus belles conquêtes. Mais, comme vous allez le voir, la médaille eut son revers, et si je voulais aujourd'hui vous résumer en une phrase claire, trop absolue il est vrai pour être tout à fait exacte, les indications de la résection franche pour les tumeurs blanches de l'enfant, je vous dirais : ces indications sont nulles, il ne faut jamais réséquer une jointure, chez l'enfant, pour ostéo-arthrite
tuberculeuse. La hanche et le genou surtout doivent être respectés.
Cette conclusion, de toutes parts, dans tous les pays, les chirurgiens spécialement voués à la pédiatrie y sont arrivés, et c'est à peine si l'on compte encore, dans le monde entier, une demidouzaine de résécomanes attardés. Après une orgie initiale, — dont l'Amérique, l'Allemagne et surtout l'Angleterre furent le théâtre, — les plus chauds partisans de la résection se sont attiédis, puis refroidis, et ils se sont réduits, depuis dix ans au moins, à quelques rares échantillons, dont les résultats ont ceci de bon qu'ils sont, en moyenne, déplorables avec assez d'évidence pour vous mettre en garde contre toute velléité de nouvelles tentatives. Car je voudrais vous expliquer, à l'aide de deux malades que je vous amène aujourd'hui, comment et pourquoi le résultat orthopédique final doit être mauvais, et pourquoi, dès lors, la résection, parfois si remarquablement efficace chez l'adulte, est déplorable chez l'enfant.
Que cherche-t-on, par la résection franche? à supprimer tout le foyer morbide en supprimant l'articulation malade. A tout âge on y parvient en général assez bien : non pas toujours et très bien. Mais là n'est pas la question : supposez des résultats heureux à cet égard comme c'est le cas peut-être pour un des sujets que je vous présente ; et cependant, pour la hanche et le genou tout au moins, le résultat fonctionnel aboutira trop souvent à un désasire tel que vous aurez voué définitivement à l'usage de béquilles des enfants qui, traités autrement, auraient presque sûrement marché sans canne. Et cela parce que vous aurez méconnu des lois physiologiques que vous n'êtes pas en droit d'ignorer.
Laissez-moi d'abord vous narrer l'odyssée de notre premier réséqué; elle est moins longue que celle d'Ulysse, puisque nous en sommes au huitième mois seulement, mais elle est déjà pas-