ARTHRITE SUPPURÉE DE LA HANCHE CHEZ UN NOUVEAU-NÉ PRÉIVIATURÉ
OSTÉOMYÉLITE JUXTAÉPIPHYSAIRE DU COTYLE
I. — Signes et symptômes d'une arthrite aiguë de la hanche avec abcès périarticulaire. Ostéomyélite originelle probable. Quelques mots sur l'ostéomyélite aiguë des nourrissons. Pronostic défavorable.
II. — Autopsie. Ostéomyélite à staphylocoques du fond du cotyle.
Quand on étudie Tostéomyélite aiguë, on est d'abord frappé, malgré une assertion encore classique, de sa grande fréquence relative chez l'enfant du premier âge; et l'on remarque, en outre, qu'à cette période de la vie, elle offre quelques particularités, intéressantes à la fois pour le pathologiste, pour le clinicien et pour l'opérateur.
Une de ces particularités est une tendance plus grande qu'à un âge plus avancé, à infecter l'articulation voisine ; une autre est que la localisation au niveau du cotyle iliaque ou de la tête fémorale est certainement moins rare que chez l'enfant plus âgé, d'où une arthrite aiguë suppurée de la hanche.
D'autre part, on observe chez le nourrisson des arthrites suppurées assez spéciales, survenues sans cause connue, dont l'origine paraît être souvent un point limité et superficiel d'ostéomyélite. Cette lésion, de nature encore discutée et discutable., est surtout
fréquente au niveau du genou, mais elle existe aussi à la hanche oiije peux vous en montrer aujourd'hui un exemple intéressant à divers points de vue.
Vous avez sous les yeux un enfant pâle, amaigri, squelettique, à figure mince et souffreteuse, chez lequel la seule lésion extérieurement appréciable occupe la partie supérieure de la cuisse gauche. Cette région, comparée à celle du côté opposé, a au moins triplé de volume; mais la tuméfaction n'est pas uniforme, elle est divisée en plusieurs bosselures. Une de ces saillies soulève la partie antéro-interne de la cuisse, en dedans des vaisseaux fémoraux, une autre, située au-dessous de l'arcade de Fallope et parallèlement à elle, s'étend de l'épine iliaque anléro-supérieure à la racine de la verge, et sur celle-là on voit une petite cicatrice, longue de quelques millimètres, vestige d'une incision faite il y a six semaines et rapidement fermée. Ces deux bosselures sont douloureuses à la pression et fluctuantes individuellement, sans qu'on puisse renvoyer le flot de l'une à l'autre. La peau de la région fémorale antérieure n'est ni rouge, ni empâtée, la température rectale n'atteint que 38 degrés, et cependant il est certain que ces saillies fluctuantes sont pleines de pus, car en haut de la cuisse, en arrière, existe un orifice par lequel sort du pus épais et inodore. Toute la fesse et la moitié supérieure de la cuisse sont le siège d'un gonflement mou, fluctuant, qui efface le pli fessier. Dès qu'on appuie sur la région, on fait couler par la fistule du pus en abondance; et cette grande poche postérieure communique sûrement avec les deux antérieures, car la compression de celles-ci provoque de même l'écoulement du pus. Cet orifice postérieur est le résultat d'une incision, — mieux vaudrait dire d'une ponction — faite il y a 8 jours.
Il s'agit donc d'un gros abcès juxta- articulaire, caractérisé par ce fait qu'il y a du pus à la fois en avant, en arrière, en dedans; les loges ne communiquent pas assez largement entre elles pour
qu'on obtienne la fluctuation de l'une à l'autre, mais elles communiquent certainement. Pour expliquer ces poches purulentes, entourant la hanche de toutes parts, la seule hypothèse raisonnable à l'avance est d'attribuer leur origine à quelque chose qui soit au milieu des trois à la fois, c'est-à-dire à la hanche. Vous trouvez, en effet, les signes d'une arthrite de cette jointure : le fémur est immobilisé sur le bassin en flexion modérée et les tentatives de mouvements communiqués arrachent à l'enfant des cris révélateurs de souffrance.
Cet examen local n'a probablement pas été exécuté avec assez de précision dans le service d'accouchements où, après ses relcvailles, la mère a rapporté d'abord l'enfant quand il a commencé à devenir malade : d'oia une perte de temps fort préjudiciable avant l'institution du traitement chirurgical. Car la maladie est déjà ancienne, et les deux incisions que je vous ai signalées au cours de mes descriptions ne méritent pas le nom de chirurgicales.
La mère nous raconte que, sortie de l'hôpital au onzième jour, elle s'aperçut dès le lendemain, en démaillotant l'enfant, que le membre inférieur gauche était augmenté de volume ; elle ne s'inquiéta pas tout de suite, parce que la santé générale était bonne et que le nourrisson tétait comme de coutume. Au troisième jour, elle le présenta dans le service d'où elle sortait, et on diagnostiqua un abcès de l'aine, dans lequel on donna un coup de pointe. Peut-être aurait-on dû avoir l'attention éveillée par ce fait qu'il sortit, nous dit la mère, « une grande quantité de pus, » et si les signes d'arthrite ne sautaient pas aux yeux comme aujourd'hui, cela aurait pu inciter à leur recherche. Surtout il est certain, malgré la cicatrisation rapide de la première incision, qu'il y avait encore quelque chose en avant quand fut faite la seconde moucheture, qu'il eût fallu, par conséquent, drainer largement le membre de part en part, comme je vais le faire tout à l'heure.
Au reste, c'est un principe immuable, particulièrement chez le nourrisson, que les abcès profonds doivent vous inspirer grande méfiance sur ce qui se passe du côté des os et des articulations. Il y a, certainement, des abcès volumineux et chauds, tout à fait indépendants du squelette sous-jacent ; vous en avez eu réccm-