‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 177 sur 317 · NE PAS FAIRE LA CASTRATION · texte numérisé non relu

NE PAS FAIRE LA CASTRATION

n'agissent pour ainsi dire jamais ; les autres semblent volontiers partisans de la castration précoce. Je crois sage de rester à égale distance de ces deux extrêmes, et d'agir localement avec une énergie proportionnée à celle des lésions, mais en considérant la castration comme une ressource suprême, à laquelle on n'a presque jamais besoin de recourir.

Pourquoi a-t-on parlé ici de castration ? Pour deux motifs : à cause de la tendance habituelle du processus à renvahissement rapide de proche en proche ; à cause de l'intégrité ordinaire des vésicules et de la prostate. Car la discussion théorique sur l'origine de la tuberculose génitale de l'adulte dans l'épididyme ou dans la prostate, offre un intérêt pratique considérable : les adversaires de la castration précoce chez l'adulte ne se bornent pas à contester que cette mutilation, moralement d'autant plus pénible qu'elle devra souvent êlre bilatérale, soit une sauvegarde bien grande contre l'infection générale, le foyer testiculaire leur semblant peu à craindre à cet égard ; ils pensent, surtout, qu'il y a presque toujours dans la prostate, des lésions qui menacent le bas-fond de la vessie et contre lesquelles nous sommes désarmés. Cette argumentation tombe donc à faux pour l'enfant, et il ne reste plus qu'à nous demander s'il faut souvent couper court, par la castration, à un processus aigu, qui gagne vite de proche en proche, le long du cordon. Or, quoi qu'on en ait dit, cette manière de voir me paraît erronée.

Une seule fois, chez un enfant de neuf mois, pour une tumeur grosse, prenant le cordon, et que je croyais un sarcome, j'ai trouvé, après castration, une infiltration tuberculeuse diffuse, caséeuse, sans abcès collecté, et je n'ai pas eu regret d'avoir sacrifié l'organe. Si, en pareil cas, je portais le diagnostic exact, il est probable que de parti pris je châtrerais, sans grand espoir toutefois d'arrêter le mal propagé le long du cordon; chez mon malade, j'ai obtenu la guérison par première intention, puis j'ai perdu le sujet de vue ; mais Hutinel a constaté la récidive dans le moignon de cordon chez un enfant qu'il avait fait opérer par F. Terrier. La forme aiguë diffuse est rare, et il n'est pas démontré que la castration y soit efficace. Quant aux trois autres castrations que j'ai

Broca. — Leçons cliniques, 2^ série. 23

354 TUBERCULOSE TESTICULAIRE

pratiquées, l'une fut le résultat d'une erreur de diagnostic dont je vous ai parlé tout à l'heure; une autre me sembla utile pour abréger la cure, mais je me garderai d'en affirmer la nécessité absolue. La troisième me parut prudente pour compléter la cure radicale d'une hernie avec tuberculose du sac. Encore n'en suis-je pas sûr, parce que dans deux cas semblables, avec lésions épididymaires un peu moins avancées il est vrai , mais cependant caséeuses, j'ai conservé le testicule et les enfants ont été revus guéris au bout de quatorze et de quinze mois.

Les indications de la castration sont donc exceptionnelles, et certes, je n'y songe pas aujourd'hui : je ne songe même pas à porter le bistouri ou le fer rouge dans cet épididyme, qui peut fort bien ne pas suppurer. Dans quelques jours, l'enfant quittera mon service muni d'un banal suspensoir, et c'est seulement si la lésion suppure que j'interviendrai. Dans un abcès un peu gros, je pousserais, après évacuation au trocart, quelques gouttes d'éther iodoformé ; je pourrais aussi bien inciser la poche et la nettoyer à la curette. De là, parfois, des cicatrisations rapides, surtout si l'abcès a évolué vite, avec des phénomènes inflammatoires de quelque acuité : le 13 août 1893, par exemple, j'ai incisé, cautérisé au chlorure de zinc et tamponné à la gaze iodoformée un abcès aigu, qui fut cicatrisé en dix-huit jours.

Mais souvent il n'en sera pas ainsi ; spontanée ou chirurgicale, l'ouverture reste fistuleuse. Alors le meilleur modificateur me paraît être le fer rouge, sous forme de pointes de feu profondes, au thermocautère.

Est-ce à dire que ces cicatrisations seront toutes définitives ? Hélas non ! Il persiste toujours un testicule volumineux, dans lequel, pendant très longtemps, restent à craindre des reviviscences du mal, tout comme, pendant des années, est à redouter la formation d'un abcès dans un épididyme qui, cependant, a d'abord été gros mais indolent, non enflammé. 11 y a quelques jours, on m'a amené de nouveau, à l'hôpital Tenon, un garçon de quatre ans que j'avais guéri, par les pointes de feu, d'une fistule tuberculeuse du testicule gauche. Depuis le 27 octobre la plaie était complètement cicatrisée, lorsque, le IS janvier, la fistule se rouvrit, à

Page 1