FRÉQUENCE DES RECHUTES MALGRÉ LE TRAITEMENT
que si le caractère nocturne des souffrances est fréquent dans la syphilis, il peut appartenir aussi à d'autres ostéites subaiguës, congestionnées par la chaleur du lit. En outre, examinant le tibia, je le trouvai très douloureux à la pression, et normal de forme et de volume, en sorte que je ne songeai pas à la vérole, mais bien à une reprise de douleurs de croissance, ainsi que cela a souvent lieu.
Mais^ cette fois, l'évolution me démentit; lorsque l'on me fit revoir l'enfant au bout de quinze jours, ainsi que je l'avais demandé, je sentis, à la palpation, un tibia gros, cylindrique, bosselé, identique à celui que vous avez aujourd'hui sous les yeux et entre les doigts.
En dehors de toute anamnèse, le diagnostic s'imposait, avec assez de probabilité tout au moins, pour que fût institué le traitement spécifique; et d'ailleurs, à ce moment, j'appris par la mère que le père, que je savais déjà tuberculeux, est fort suspect au point de vue de la syphilis, car il s'astreint fréquemment à prendre de l'iodure de potassium depuis une « périostite » qui serait survenue quelque temps après une fièvre typhoïde et pour laquelle, malgré ce commémoratif , on l'a soumis, à l'hôpital Lariboisière, à la médication iodurée.
C'en était assez, je le répète, pour prescrire des frictions à l'onguent mercuriel, associées à 2 grammes d'iodure de potassium par jour ; dès le premier jour, les souffrances nocturnes cédèrent et l'enfant put dormir; en peu de temps le tibia devint insensible à la pression ; et lentement son volume diminua, mais sans jamais redevenir identique à celui du côté opposé.
Au bout de six semaines, à la mi-juin 1901, la malade quittait mon service, ne souffrant absolument plus : mais malgré mes conseils, le traitement ne fut pas continué, et les accidents recommencèrent en août. Cette fois, la mère était avertie, et après que je lui eus rendu sa fille, à la fin de septembre, elle consentit à la traiter avec assiduité. Malgré cela, une nouvelle poussée, cette fois encore vite calmée par des frictions mercurielles, eut lieu en mars 1903. A domicile, nous no?- s étions contentés de faire prendre, à intervalles assez fréquents, de l'iodure de potassium, et
un peu de mercure était nécessaire. Aussi, depuis cette époque, tous les trois mois environ, je prescris une quinzaine de frictions hydrargyriques : et c'est précisément ce que j'ai fait ce matin.
Je ne voudrais pas vous quitter aujourd'hui sans commenter encore quelques menus faits notés chez les malades que je vous ai présentés.
Yous avez sans doute remarqué que sur un seul d'entre eux les lésions osseuses actuelles sont multiples, ce qui m'a d'ailleurs beaucoup servi pour le diagnostic. D'une manière générale, c'est le cas habituel et à cet égard notre série présente est exceptionnelle, tout au moins si l'on a soin de chercher des lésions, même petites, là où on en trouve d'ordinaire : aux crêtes tibiales et cubitales, aux têtes radiales, aux clavicules, aux os du crâne.
Ces os sont-ils réellement prédisposés aux attaques de la syphilis? C'est possible, leur position superficielle favorisant l'action localisatrice de contusions petites et répétées. Mais peut-être aussi cette apparence est-elle exagérée par la facilité avec laquelle nous explorons ces os superficiels, sur lesquels la moindre bosselure ne saurait passer inaperçue. Quelle que soit l'explication, ils sont, le tibia surtout, les os révélateurs par excellence de la vérole tertiaire et souvent leur envahissement est symétrique .
Mais symétrique ne veut pas dire simultané, et peut-être les lésions se fussent-elles multipliées si, consultés de moins bonne heure, nous n'avions enrayé le mal par le traitement spécifique.
Au reste, chez notre grande fille, le tibia est-il seul pris et devons-nous annihiler, dans l'histoire clinique, les « douleurs de croissance » observées en 1899? Il me paraît bien plus raisonnable d'admettre que la syphilis tourmentait, à cette époque, le haut du fémur et quelques autres os profonds, dont les petites bosselures échappaient à nos doigts. La cessation spontanée des douleurs, sans mercure ni iodure, n'est contre cette opinion qu'un argument de valeur médiocre : et une fois de plus je vous mets en