‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 19 sur 317 · DIFFICULTÉS DU DIAGNOSTIC AU DÉBUT · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DU DIAGNOSTIC AU DÉBUT

poursuivi parla médication dans tous les recoins et, de même que l'ostéomyélite prolongée est sujette à des rechutes incessantes, de même la syphilis héréditaire tardive des os, du tibia surtout, subit trop souvent des réchauffements successifs.

Ce matin même m'a été amenée, par sa mère, a la consultation — pour simple surveillance, cette fois — une fille maintenant âgée de quinze ans et demi et que je soigne depuis l'âge de dix ans et demi. Son tibia gauche, cylindrique et bosselé, est indolent, mais depuis plusieurs années il ne diminue plus de volume : son diamètre est accru d'un quart environ, et cet état me paraît définitif. Ce n'est pas lui que j'ai cherché à amender quand vous m'avez entendu conseiller à la mère quelques semaines de traitement, en insistant sur l'iodure de préférence au mercure : mon but a été de prévenir des poussées ultérieures, que doit nous faire craindre le passé de la malade. Yoici le résumé de cette histoire clinique, instructive en outre en ce qu'elle vous fera saisir quelques difficultés de diagnostic dont je n'ai pas encore eu l'occasion de vous entretenir.

Celte fille, solide, rouge, respirant la santé, n'ayant aucun stigmate de vérole, m'a été confiée pour la première fois le 9 décembre 1899. Elle se plaignait, depuis trois semaines environ, de douleurs mal déterminées dans le membre inférieur droit, d'abord au cou-de-pied, puis tantôt à la jambe et tantôt à la cuisse, puis à la partie postérieure de la crête iliaque. Le 4 décembre, cela fut au point que l'enfant boitait et fut mise au lit : malgré cela, douleur et claudication persistèrent, en sorte que je fus consulté.

Au premier abord, cette histoire devait me faire songer à des douleurs de croissance. De ces douleurs on abuse souvent, et je vous mets en garde contre la fréquence avec laquelle elles servent aux familles, et même aux médecins, à expliquer des troubles causés, en réalité, par des lésions sérieuses, tuberculeuses surtout, qu'on laisse évoluer sous le couvert d'une symptomatologie insidieuse. Ces douleurs existent cependant, dues probablement à une ostéomyélite subaiguë , non suppurante , avec un tableau semblable à celui que j'avais sous les yeux. Je me méfiai néanmoins de la tuberculose et voici pourquoi :

Quelques années auparavant, j'avais opéré la sœur de la malade pour une synovite tuberculeuse des fléchisseurs palmaires; je savais que, sur sept enfants, quatre étaient morts dont sûrement un de méningite et un d'entérite tuberculeuses; je savais que, de ces contagions, était responsable un père bacillaire. La connaissance approfondie de la famille m'aiguilla donc dans le sens de la coxalgie, et j'examinai attentivement la hanche. Or, si je ne trouvai pas d'atrophie musculaire de la cuisse, pas d'adénopathie inguinale, j'éveillai une douleur nette par pression sur la partie antérieure de la tête fémorale et je constatai une légère limitation du mouvement d'abduction. C'était insuffisant pour conclure avec certitude, d'autant mieux que la pression était encore douloureuse, quoique moins, sur le grand trochanter et vers l'épine iliaque antéro-supérieure ; mais la prudence étant la mère de la sûreté, j'instituai le traitement par l'extension continue.

L'événement ne justifia pas mes craintes et sembla vérifier, au contraire, l'hypothèse de douleurs décroissance onde poussée rhumatismale bénigne. En effet, pendant le séjour à l'hôpital furent ressenties des douleurs dans le membre supérieur gauche et je prescrivis 2 grammes de salicylate de soude par jour. Peu à peu, les souffrances se calmèrent, dans le bras d'abord, puis dans la hanche et le grand trochanter et, le 44 janvier, la malade rentrait chez elle n'accusant plus aucun trouble appréciable du côté de la hanche. Pendant son séjour à l'hôpital, l'apyrexie était à peu près complète, mais pas tout à fait , car la température vespérale s'était maintenue aux environs de ST^S et trois fois avait atteint 38 degrés.

Ces constatations allaient bien ensemble, et j'avais conservé de tout cela un souvenir assez précis pour rapporter à la même cause des douleurs qui survinrent dans la jambe gauche, au niveau du tibia, vers le mois d'avril 1901. On me raconta, sans doute, quand je fus consulté pour la première fois, que ces douleurs, sourdes et continues pendant la journée, devenaient surtout vives pendant la nuit, et qu'elles réveillaient assez souvent la malade; on m'apprit aussi qu'elles s'accompagnaient d'une céphalée également nocturne surtout. Mais je vous ai dit tout à l'heure

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