‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 205 sur 317 · Ô DESCENTE ARTIFICIELLE DU TESTICULE · texte numérisé non relu

Ô DESCENTE ARTIFICIELLE DU TESTICULE

à-dire depuis 1890, j'ai toujours pensé que les tentatives d'orchidopexie étaient une complication inutile de la descente artiflcielle. Tt)ujours je m'en suis tenu à la suture exacte du canal inguinal, en prolongeant cette suture à la racine du scrotum sur le cordon tendu le plus possible. Et, cela fait, j'ai toujours eu la notion qu'il y a deux variétés de cas :

Les cordons longs, qui permettent au testicule de rester abaissé ;

Les cordons courts, contre l'action desquels nous sommes impuissants, pour empêcher la réascension du testicule.

Presque tous les auteurs, je crois, sont arrivés aujourd'hui à cette conclusion ; je tiens à vous dire que depuis douze ans elle est la mienne.

Ainsi, il y a des cordons courts qui mettent à l'abaissement un obstacle absolu. Le testicule remonte contre le pubis et souvent s'y atrophie. Aussi quelques rares chirurgiens prétendent-ils que toutes les tentatives dirigées contre l'ectopie testicalaire sont vaines, que le seul traitement convenable est la castration.

Leur argumentation est que le testicule ectopique est un organe frappé de déchéance, voué à l'atrophie, incapable de sécréter des spermatozoïdes. Non seulement il est inutile, mais il est nuisible, caries statistiques prouvent qu'il est un point d'appel relativement fréquent pour les tumeurs malignes. 11 est donc ridicule de conserver une glande dont le chirurgien ne peut songer à modifier la structure, qu'il ne peut maintenir abaissée, qui s'atrophiera souvent, souvent aussi sera l'origine de douleurs névralgiques. Les douleurs sont possibles : j'ai dû châtrer consécutivement, pour ce motif, un de mes opérés, et je connais un fait semblable de mon ami Gérard-Marchant. C'est donc une éventualité rare, beaucoup trop rare pour entrer en ligne de compte dans nos déterminations opératoires.

L'atrophie ultérieure est incontestablement à craindre. En mars 1899^ j'ai communiqué à la Société de Pédiatrie les résultats obtenus par moi dans 138 cas, sur 115 sujets, et j'avais fait revoir, par mon élève et ami M. Bonnet, 62 enfants porteurs de 79 testicules opérés depuis plus d'un an. Aucun n'a vu récidiver sa

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hernie : 31 fois le résultat, au point de vue du testicule, est parfait, c'est-à-dire qu'il est impossible de dire si la hernie s'accompagnait ou non d'atrophie; 35 fois le testicule est haut situé, mais sans aucune douleur; 13 fois enfin le testicule s'est atrophié secondairement, et il y a même des cas où la palpation n'en révèle aucune trace.

Je ne vois pas ce que ces 13 malades ont perdu à l'essai de conservation, je vois bien ce qu'ont gagné les autres. Je veux bien que les teslicules remontés dans le haut du scrotum soient stériles ; cela est au moins probable ; mais l'inverse est probable pour ceux qui, souples et gros, pendent normaux dans les bourses. Et même, si c'était vrai, je conclurais contre la castration.

Dans les fonctions génitales de l'homme, il faut distinguer deux choses : la puissance au coït, la capacité reproductrice. Livrés à eux-mêmes, les testicules ectopiés sont stériles, c'est-àdire privés de spermatozoïdes; et si la lésion est bilatérale, la reproduction est interdite. Mais ne s'ensuit nullement que la puissance n'existe pas : en clientèle, n'oubliez pas la possibilité de cette dissociation, sans quoi vous seriez exposés à des ennuis. Lucas Championnière a observé dans le service de mon père un cryptorchide père de 3 enfants légitimes en mariage, alors que son sperme — vous voyez qu'il pouvait en procurer — fut trouvé par Nepveu privé de spermatozoïdes; et puisque nous avons déjà rappelé aujourd'hui un aphorisme de droit romain, retenezen un autre, is jjater est quem miptiœ demonstrant , pour ne point commettre de bévues.

C'est donc indépendamment de la spermatogénèse, peut-être par une de .ces sécrétions internes dont nous commençons à peine à entrevoir le rôle, que la glande génitale éveille le désir sexuel et la possibilité d'y satisfaire. Et cette puissance exerce, sur l'homme tout entier, physique et intellectuel, une influence capitale. H y a certainement des cryptorchides aussi infantiles, aussi atrophiés que des castrats, mais beaucoup d'autres n'en sont pas là; ils peuvent se croire semblables aux autres hommes, et gardez-vous de les détromper, car on en a vu qui se sont suicidés le jour où ils ont été au courant de leur situation réelle. C'est pour cela que, en

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pathologie testiculaire, les chirurgiens s'ingénient, quand il faut opérer, à conserver au malade au moins une apparence de testicule, un « testicule moral », comme on dit, faute de Fidéal testicule « immoral ».

Il m'est donc iaipossiblc de concéder que le testicule ectopié mérite la castration parce qu'il est stérile. Je suis fermement convaincu que, quand nous opérons une hernie avec ectopie, nous devons conserver la glande, ce qui est toujours possible. Nous sommes incapables de prédire, d'après l'examen clinique, quel sera le résultat anatomique; j'ai vu des testicules inguinaux, introuvés à la palpation, qui sont restés très bien en bas ; j'en ai vu qui, abaissables comme ceux de notre enfant actuel, ont remonté malgré tout contre le pubis. C'est seulement au cours de l'opération qu'on se rend compte de la longueur du cordon, de la traction ascensionnelle qu'il exerce. Mais sur mes opérés, au total, 31 ont tiré de l'opération un résultat complet; les autres, à supposer qu'ils n'aient rien gagné, ce que je conteste pour 35 d'entre eux, n'ont perdu que l'infime chance d'un cancer ultérieur ; un seul, souffrant encore, a dû être châtré secondairement.

Allez! et quoi qu'on prétende, écoutez, même pour les hernies avec ectopie, écoutez le précepte du vieux A. Paré, et ne vous hâtez pas « d'oster les couillons aux pauvres garçons ». Ces organes, assure le même auteur, mettent la paix dans le ménage.

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