ACCIDENTS GRAVES PROBABLEMENT REFLEXES
le 9 avril, l'alimentation étant d'une sobriété extrême, M. Isidor assista à une reprise inquiétante des vomissements verts, de la prostration, de Thypothermie. J'étais absent de Paris, et mon ami Lejars, qui voulut bien me remplacer auprès de la malade, se prononça encore pour l'abstention, pour les mêmes motifs que moi à la première crise. Il eut raison, car le lendemain tout était calmé, avec toutefois au pouls une faiblesse, des irrégularités, des inégalités qui ne laissaient pas de m'inquiéter.
Mais le ventre était plat, souple, indolent, sauf une légère sensibilité à la pression au point de Mac Burney ; par le toucher rectal, on ne trouvait rien dans le petit bassin. Aussi ne m'expliquai-je pas que la moindre tentative d'alimentation fût suivie de nausées, et constatant l'impossibilité de soutenir autrement que par des injections de sérum une enfant malgré cela fort affaiblie, je me décidai à réséquer vite l'appendice, ce qui fut fait le 13 avril.
L'opération vérifia de point en point notre diagnostic : l'appendice, à follicules fortement piquetés de sang, contenait un exsudât hémorragique, mais, à sa surface comme autour de lui, le péritoine, parfaitement sain et lisse, n'était même pas congestionné.
Tout alla donc, chirurgicalement, avec une simplicité parfaite: et cependant, je n'élais pas tout à fait tranquille, car le souvenir d'un cas à quelques égards analogue me hantait. Le 12 juillet dernier, je fut appelé d'urgence auprès d'une superbe jeune lille de dix-sept ans qui, le 10 au soir, en rentrant d'une course, d'ailleurs modérée, à bicyclette, avait été prise d'accidents appendiculaires nets : fièvre brusque, vomissements, point de Mac Burney douloureux, sans empâtement. Le lendemain, la fièvre tombait et il persistait seulement un peu de sensibilité à la pression localisée, mais le faciès était médiocre, fatigué, le pouls ne battait qu'à 70, mais était mou, dépressible; pas de vomissements, pas même de nausées, aucun ballonnement du ventre, partout souple. Aussi conseillai-je d'attendre, et le lendemain tout alla bien.
Le 14 juillet, à S heures du matin, eut lieu un petit vomissement et l'on vint me chercher en toute hâte. Rien n'était changé
570 APPENDICITES CHRONIQUES
quand j'arrivai, sauf la persistance d'un léger malaise nauséeux; de plus, le faciès, assez fatigué, sans être péritonéal, me fit mauvaise impression. Quoique, le ventre étant absolument plat, le point de Mac Burney fût devenu à peine sensible à la pression, je me décidai à opérer, parce que j'étais sûr d'une opération facile et rapide; parce que, d'autre part, j'étais en province et que la reprise des vomissements devait faire craindre une inflammation péritonéale débutante.
Or, le péritoine était partout sain, autant qu'on en peut juger à l'œil nu; dans l'appendice, je ne vis que deux points de foUiculite hémorragique, et cependant les accidents se précipitèrent-.
Deux heures après l'opération, eut lieu un vomissement sanglant, et à partir de ce moment, cela se répéta, si bien que la jeune fille succomba le d5, à 9 heures du matin, cyanosée, sans aucun symptôme abdominal, sans aucune élévation de température, avec un pouls de fréquence normale, mais de mollesse croissante. Autant qu'on puisse être sûr de quelque chose, j'affirme qu'il n'y a eu de péritonite ni avant ni après l'opération : mais il y a eu une affection grave, apyrétique, où l'appendice n'était probablement pas tout, quoiqu'il fût atteint d'une légère folliculite hémorragique.
Si vous faites abstraction des phénomènes terminaux, vous trouverez une certaine ressemblance entre cette malade et la précédente; et voilà pourquoi je n'étais pas pleinement rassuré, même après l'opération. Mais cette fois les événements tournèrent bien, malgré un symptôme bizarre qui m'inquiéta: opérée à 8 heures du matin, l'enfant avait, à midi, 38°7. Mais à 3 heures de l'après-midi elle n'avait plus que 38°2, à 6 heures du soir 37°5, et à partir de ce moment la température resta uniformément entre 36°8 et 37°4. Et tous les troubles cessèrent avec une brusquerie étonnante : dès que l'enfant fut reportée dans son lit, le pouls était régulier; sitôt achevé le réveil d'éthérisation, elle n'eut plus une nausée ; l'alimentation fut reprise vite et sans aucun incident. Un mois après l'opération, il n'est plus question de rien.
J'ai cru intéressant de rapprocher l'un de l'autre tous ces faits,