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Aussi, malgré sa rapidité, ne devez- vous pas considérer cette cure comme une sorte de miracle qui vous laisse sceptiques : la lésion n'est pas guérie, elle est à peine améliorée, mais un symptôme a cessé, a disparu, la douleur, et par ricochet l'impotence. En sorte que vous devez conclure que cette sensibilité de l'érythème fessier et de la douleur humérale à l'action du mercure est une preuve formelle en faveur du diagnostic que j'ai posé a première vue : syphilis héréditaire de l'extrémité inférieure de l'humérus droit.
Or, pour établir ce diagnostic, il fallait, je vous le répète, que je fusse bien ancré à l'avance dans cette conviction que seule la syphilis pouvait produire une lésion semblable, car les autres signes sur lesquels je pouvais m'appuyer étaient bien vagues. Retenez ce fait, fort instructif pour les cas, encore assez fréquents dans la pratique quotidienne, où vous ne serez guidés ni par les commémoratifs héréditaires, ni par les accidents concomitants. Retenez aussi que souvent, pour déterminer la cause exacte de l'impotence fonctionnelle, il faut un examen attentif des os. En pratique, sans doute, l'importance n'est pas très grande, pourvu que vous sachiez rattacher à la syphilis, et par conséquent traiter, ces paralysies ou pseudo-paralysies, qu'elles relèA^ent d'une lésion nerveuse ou squelettique. Mais en théorie, et surtout pour le pronostic final, il n'en est pas de même, car vous n'ignorez pas avec quelle fréquence la syphilis du système nerveux laisse derrière elle, une fois éteint le processus spécifique, des tares parasyphilitiques définitives, par sclérose persistante.
Or, cette opinion que ces paralysies des nouveau-nés peuvent relever de lésions syphilitiques des centres nerveux est encore trop répandue : des faits ainsi interprétés ont été publiés par Bézy, en 1895, au Congrès de gynécologie, obstétrique et pédiatrie; et surtout je vais avoir à critiquer un mémoire inséré depuis, en 1900, par M. de Peters, dans la Revue de médecine. Deux mots sur l'état de la question, au moment des recherches de Parrot, vont vous faire saisir oii elle en était il y a trente ans et où elle en est aujourd'hui.
inSTORIQUE. CONFUSIONS ANCIENNES 11
En présence d'une semblable impotence, et malgré la conservation de quelques mouvements partiels, il est naturel que les cliniciens aient d'abord parlé de paralysie ; et c'est sous cette étiquette que se trouvent la plupart des observations anciennes, rapportées à leur vraie origine depuis que l'on commence à bien connaître la syphilis héréditaire en général et ses manifestations osseuses en particulier.
Je ne veux pas entrer dans les détails d'une étude historique partout rebattue. Mais il est utile que vous connaissiez quelques faits jalonnant cette histoire et vous montrant comment, après des observations éparses oii l'un a décrit les lésions osseuses, un autre les symptômes, tandis que peu à peu on reconnaissait l'influence de la vérole, Parrot, à partir de 1872, a pu faire une synthèse complète, à la fois anatomique et clinique.
Ainsi, dès 1834, Valleix, signalant une bizarre paralysie du membre supérieur gauche chez un nouveau-né syphilitique, constata à l'autopsie des décollements épiphysaires multiples et ne pensa pas à expliquer la paralysie par la lésion osseuse qu'il avait sous les yeux, mais bien par une altération cérébrale, que, d'ailleurs, il ne trouva point. En 18S6, Bednar vit la paralysie liée à la syphilis héréditaire, mais n'en chercha pas la cause; en 1861 Henoch (il nous le fit savoir en 1880) attribua à la syphilis de la moelle cervicale une paralysie qu'il eut à soigner.
Ces auteurs connurent donc le rôle de la syphilis mais non celui des ostéopathies, qu'ils se bornèrent à constater par hasard. Inversement, en 1869 encore, Guéniot, chez un nouveau-né que, d'après les symptômes relatés, nous jugeons aujourd'hui syphilitique, considéra que les décollements épiphysaires étaient la cause de l'impotence des quatre membres, mais ne comprit pas qu'il fallait invoquer l'influence étiologique de la vérole.
A cette époque, cependant, étaient déjà publiées des descriptions anatomiques, sans tableau clinique parallèle, dues à Ran-
vier (l864),àFournier(1865). Puis vinrent celles de Wegner (1870), et les lésions osseuses de la syphilis héréditaire précoce étaient à peu près connues, lorsqu'en 1872 Parrot, complétant cette étude de façon définitive, publia un mémoire où la clinique était en même temps élucidée.
Depuis ce moment, les travaux se sont multipliés, fourmillant d'observations très affirmatives, dues d'abord à Millard, à Comby, à F. Dreyfous, et nous savons, à n'en pas douter, que, chez les enfants au-dessous de six mois, presque toujours même au-dessous de trois mois, la syphilis héréditaire précoce est, par suite de lésions que je vais vous énumérer, la cause habituelle de ces prétendues paralysies, qui sont en réalité des impotences. Voyons d'abord quelles sont ces lésions, nous nous demanderons ensuite comment elles s'extériorent cliniquement.
Les statistiques sont peu concordantes sur la fréquence relative des lésions osseuses à l'autopsie des enfants qui succombent à la syphilis héréditaire. L'exactitude parfaite de ces relevés n'a, en pratique, qu'une importance médiocre; retenez seulement que si, de parti pris, vous faites éclater tous les os des nouveau-nés morts dans ces conditions, les altérations du squelette vous apparaîtront bien plus fréquentes qu'on ne le disait autrefois. Il en est d'ailleurs de même pour les lésions des divers viscères : leur histoire est moderne, parce qu'autrefois on ne songeait pas à les étudier.
C'est grâce aux autopsies pratiquées de la sorte qu'on a pu saisir les lésions osseuses à leur début, suivre leur évolution d'étape en étape, et enfin appliquer ces descriptions anatomiques à l'interprétation de certains symptômes encore mal connus en clinique.
Pour résumer à grands traits la description anatomique de Parrot, je vous à\vdÀ({\\\\i premier degi^é , observé chez le nouveau-né pendant la première semaine, la caratéristique anatomique est donnée par des périostoses, des ostéophytes superficiels et un épaississement de la couche chondro -calcaire du cartilage conjugal. Sous le périoste s'amasse un tissu jaune, poreux, pouvant entourer tout l'os comme un manchon, pouvant au contraire rester localisé à une partie de la circonférence.