IRRITATION PROBABLE PAR LES TOXINES
donner : elle ne le serait que si nons étions en mesnre d'affirmer que dans le liquide épanché il n'y a pas de bacilles, que dès lors les toxines, seules en cause, ne viennent sûrement pas d'un foyer communiquant avec la jointure. Or, je vous ai déjà dit que ces résultats négatifs, dus à l'insuffisance actuelle de nos moyens d'investigation, ne nous permettent pas d'exclure avec sûreté une lésion tuberculeuse locale. Le perfectionnement de nos procédés de laboratoire est donc indispensable pour que nous puissions entreprendre avec certitude l'étude complète des arthrites purement toxinaires.
Au reste, la possibilité de réactions articulaires aseptiques sous l'influence d'injections de toxines microbiennes est absolument prouvée, aussi bien par la clinique que par l'expérimentation. Arthralgies multiples, parfois sévères, et même épanchements articulaires ont été observés avec netteté chez bien des enfants traités par le sérum antidiphtérique ; le liquide peut même avoir l'aspect que l'on est convenu d'appeler purulent, et à l'époque où l'on faisait encore ces injections à des doses massives aujourd'hui inusitées, j'ai publié un cas de ce genre. A cette date — en 1895 — il n'était pas question de cyto-diagnostic, mais mon ami Achard, dont on connaît la compétence sur ces questions, a constaté que le pus était aseptique ; et chirurgicalement j'ai obtenu après incision une guérison par réunion immédiate, avec réparation intégrale de la jointure.
De même, après les injections de tuberculine soit chez l'homme, soit chez les animaux, on a noté des réactions articulaires analogues. Aussi pour les arthralgies, pour les épanchements résorbés vite et sans laisser de trace est-il très raisonnable de se rallier à cette patliogénie bien plutôt qu'à des lésions granuliques, analogues à. celles que Laveran a constatées, il y a déjà longtemps, dans un cas, d'ailleurs mortel, de granulie aiguë. Et c'est alors surtout — indépendamment de toute interprétation théorique — que la similitude clinique peut être grande avec le rhumatisme, puisque nous n'avons même plus l'évolution ultérieure pour nous guider, ce qui me ramène à la clinique, laquelle doit, comme toujours, avoir le dernier mot aussi bien que le premier.