‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 89 sur 317 · RELATIONS DE LA TUBERCULOSE ET DU RHUMATISME · texte numérisé non relu

RELATIONS DE LA TUBERCULOSE ET DU RHUMATISME

YI

Quelles sont les relations cliniques de la tuberculose et du rhumatisme? La réponse de Poncât est simple et claire :

« De même que chez un blennorragien, indemne d'une autre infection, une manifestation articulaire spontanée, quelconque, doit être considérée comme étant a priori^ do nature blennorragique, toute arthrite chez un luberculeux doit être aussi, et de la même façon, rapportée à la tuberculose. »

Et dès lors Poncet a fait établir par ses élèves des statistiques sur la fréquence des manifestations articulaires dites rhumatismales, avant ou pendant leur tuberculose, chez des tuberculeux médicaux ou chirurgicaux. Or, à Leysin, F.-O. Merson a trouvé 1 rhumatisant sur 5 malades; à l'Antiquaille de Lyon, Bouveyron note le rhumatisme articulaire chez 12 lupiques sur 30 ; et Trebeneau, sur 100 tuberculeux médicaux et 100 chirurgicaux, a relevé chez 34 des arthralgies (19), des synovites aiguës, subaiguës ou chroniques (15). Tout cela, c'est de la tuberculose, baptisée à tort rhumatisme, dont on n'a plus qu'à étudier les formes en les comparant à celles du rhumatisme vrai, lequel en somme n'existerait pas chez les tuberculeux.

Pour les manifestalions rhumatoïdes contemporaines d'une tuberculose principale, cutanée, chirurgicale, médicale, la démonstration est raisonnablement valable. Mais pour les atteintes préalables — ou même pour celles consécutives à la guérison, comme je vais en relater un exemple, — la discussion est permise. Oii est la preuve qu'avant la lésion pour laquelle en ce moment nous le soignons, un malade était déjà par avance tuberculeux? Diles-le, si vous voulez, parce que dans les centres urbains nous le sommes à peu près tous, et tout le monde sait la fréquence des tubercules pulmonaires guéris à l'autopsie de malades morts de tout autre chose; mais alors, cela nous mènerait bien loin. Poncet part de celte idée que « l'identité de nature, de phénomènes pathologiques multiples cliez un même malade, cbez un même infecté, est presque une loi clinique ». Or, là est sans doute l'exagération, car

RELATIONS DE LA TUBERCULOSE ET DU RHUMATISME d59

les associations microbiennes, favorisant ou empêchant les infections mixtes, ne sont plus à démontrer.

L'obscurité du débat est forcément grande, je le sais, parce qu'avant d'élucider complètement les rapports du rhumatisme, je ne dirai pas seulement avec la tuberculose, mais avec toutes les infections, il faudrait d'abord savoir au juste ce que c'est que le rhumatisme. Or, si nous connaissons bien cliniquement et thérapeutiquement le rhumatisme polyarticulaiie aigu, nous sommes loin d'êtie fixés sur sa nature exacte ; malgré des efforts récents et fort intéressants, sa bactériologie n'est peut-êlre pas définitive; et surtout nous ignorons quels sont ses liens diathésiques avec le rhumatisme chronique. Quant à ce dernier, les relations entre elles de ses diverses modalités sont encore discutées. En sorte que, tout en étant forcés d'admettre qu'il y a, chez un grand nombre de sujets que nous appelons « rhumatisanls », un ensemble de phénomènes de nutrition que nous attribuons à « l'arlhritisme », nous sommes non moins forcés de reconnaître que nos définitions sont bien vagues; et cependant, pour déterminer les relations du rhumatisme et de la tuberculose, il serait bon de savoir d'abord ce que c'est que le rhumatisme.

Nous le savons cliniquement, je vous le répète, pour le rhumatisme articulaire aigu, et pour celui-là je pense qu'on aurait tort de nier son existence chez les tuberculeux, d'attribuer toujours à la tuberculose les polyarthrites aiguës dont ils peuvent souffrir, à l'inverse de nos devanciers, qui alors, quel que fût l'état du sujet, diagnostiquaient toujours un rhumatisme.

L'erreur, certainement, n'est pas rare, car nous ne sommes pas fixés sur tous les détails cliniques, et elle l'était moins encore avant les travaux répétés de Poucet. Je l'ai sûrement commise plus d'une fois, et voici un cas où elle me paraît bien probable. Il y a longtemps déjà, en 1894, j'ai publié dans le Bulletin médical une leçon sur les arthrites rhumatismales des vertèbres cervicales, et à côté d'observations non contestables, il en est une où l'évolution ultérieure n'a pas confirmé mon diagnostic premier K

Page 1