‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 106 sur 175 · MUGISSEMENT HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

MUGISSEMENT HYSTÉRIQUE

tout à coup, soit spontanément, soit par suite de l'ingestion d'un verre d'eau très froide ou de l'application sur le creux épigastrique d'une compresse trempée dans l'eau froide.

Après l'accès, la malade éprouvait une sensation de lassitude générale très marquée; elle était accablée de fatigue et ne pouvait marcher qu'après avoir pris un peu de repos. Nous avons vainement cherché à arrêter ces accès par la compression des ovaires, de l'épigastre, de la colonne vertébrale, des creux sus-claviculaires, etc.

Les changements d'attitude du corps, les distractions n'avaient sur leur durée aucune influence manifeste. La marche elle-même n'en abrégeait pas la durée, bien que, comme je vous le disais il y a un instant, elle parût empêcher leur explosion, puisque jamais aucun accès n'a débuté pendant que la malade marchait.

Fin. 16. — llétrccisscmunt concentrique des champs visuels d'Alice Br.

En dehors de ces accidents spasmodiques, Alice était bien portante. Son intelligence et sa mémoire étaient parfaitement conservées; sa motilité était intacte; elle n'avait jamais d'attaques convulsives; sa sensibilité cutanée était normale, et nous ne pûmes trouver chez elle d'autres stigmates de l'hystérie qu'un rétrécissement concentrique très marqué des champs visuels (fig. 46).

Il est à peine besoin d'ajouter que la palpation du ventre, dans les intervalles des accès, et l'exploration régulière du cœur et des poumons ne permettaient de découvrir aucune altération organique appréciable des grands viscères thoraciques ou abdominaux.

Dès le jour de son entrée à l'hôpital, la malade fut soumise à Un traitement hydrothérapique régulier. En outre, on lui fit des applications de courants faradiques sur le creux épigastrique aussitôt après les repas et quelques lavages de l'estomac avant l'ingestion des aliments.

L'amélioration fut rapide, et le mugissement ne s'était pas produit depuis plusieurs semaines quand Alice quitta le service le 10 janvier 1886. Mais tout le bénéfice de nos efforts faillit être perdu par suite de deux émotions-

morales qu'il n'est pas inutile de signaler. Le 4 février, la sœur de notre malade eut, pour un motif futile, un petit évanouissement. Alice, effrayée par cet incident, fut reprise sur-le-champ d'un accès de mugissement qui dura vingt minutes. La semaine suivante, elle voulut aller visiter la tombe de son frère et eut au cimetière un second accès d'une durée à peu près égale. Depuis lors, elle se porte tout à fait bien.

J'ai tenu, Messieurs, à vous donner tous les détails de cette observation, parce qu'ils me paraissent fort instructifs.

Il s'agit, dans l'espèce, d'une hystérique sans attaques convulsives et presque sans stigmates sensitivo-sensoriels, mais ayant une tante maternelle névropathe, sujette à des attaques de spasmes rythmiques respiratoires (aboiements). A la suite d'émotions morales dépressives, de chagrins de toute sorte, elle devient triste, morose, et une frayeur arrivant sur ces entrefaites détermine un premier accès de mugissement qui se reproduit ensuite pendant des mois sous l'influence des causes les plus légères.

N'est-ce pas là le fond de l'histoire de toutes les malades atteintes de spasmes rythmiques qui ont passé sous vos yeux, et ne se dégage-t-il pas clairement de la comparaison de tous ces faits cette impression générale que des lois fixes et invariables président au développement de tous les spasmes rythmiques hystériques, aussi bien des plus simples que des plus compliqués?

b) Des spasmes respiratoires compliqués de troubles de l'articulation des mots.

La phonation peut être intéressée de diverses façons par les spasmes respiratoires. Dans certains cas, elle est simplement gênée par des soubresauts musculaires survenant à l'improviste aussitôt que les malades veulent parler.

J'en ai vu récemment un exemple curieux chez une dame de cinquante-deux ans qui, après avoir eu dans sa jeunesse des accidents hystériques non douteux, jouissait d'une excellente santé, lorsque le hasard la fit assister à la mort subite d'une personne de sa maison; elle fut prise aussitôt d'an spasme inspiratoire tout à fait singulier. Quand elle restait silencieuse, sa respiration était régulière; mais aussitôt qu'elle se disposait à parler, ses muscles inspirateurs étaient pris de secousses convulsives qui lui coupaient la parole. Il lui était impossible de prononcer une phrase; à peine pouvait- elle dire précipitamment et à voix basse quelques mots entrecoupés et difficilement intelligibles. Ce spasme a persisté

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