CAUSES DÉTERMINANTES
Les contractures post-convulsives sont très fréquentes. Quelques hystériques ont, après chacune de leurs attaques, des rigidités musculaires plus ou moins étendues qui se dissipent d'ordinaire, sans traitement, dans un laps de temps assez restreint, mais qui peuvent aussi s'installer à poste fixe pour des mois ou des années.
Les émotions morales figurent dans l'étiologie de la contracture hystérique comme dans celle de tous les accidents de la grande névrose. Une frayeur intense, une vive contrariété, une colère violente, un ébranlement psychique quelconque suffisent parfois pour déterminer, chez les sujets prédisposés, la rigidité permanente d'un ou de plusieurs muscles.
Mais ce sont surtout les traumatismes qui donnent lieu à la production des contractures hystériques. Il est à noter que ce ne sont pas les violences les plus fortes qui provoquent les rigidités musculaires les plus étendues et les plus tenaces. Il n'y a souvent aucun rapport entre l'intensité de la cause et celle de l'effet; un traumatisme insignifiant peut déterminer des contractures d'une désespérante ténacité. Beaucoup de faits cliniques démontrent l'exactitude de cette proposition : Brodie ^ a donné des soins à une jeune fille de dix à onze ans qui, après s'être piqué l'index gauche avec la pointe de ses ciseaux, eut une contracture douloureuse du membre supérieur correspondant. La rigidité gagna le masséter et le diaphragme. Elle fut exagérée par une opération chirurgicale et guérit spontanément, après avoir résisté à toutes sortes de traitements pendant deux années. Lasègue ^ raconte l'histoire d'une jeune fille de quatorze ans qui reçut, en jouant avec ses compagnes, quelques grains de sable dans l'œil. Il en résulta une contracture de l'orbiculaire qui dura quatre mois et se dissipa tout à coup au bout de ce laps de temps. Une enfant de douze ans, observée par le même auteur, eut une coxalgie hystérique, après avoir fait un faux pas dans un escalier. On la traita sans succès pendant trois mois. Au bout de ce temps, elle guérit subitement en arrivant sur le bord de la mer. M. Brunet ^ rapporte, dans sa thèse de doctorat, l'observation d'une hystérique du service de M. Charcot, âgée de seize ans, qui se blessa, légèrement le dos
^ Brodie, Leçons sur les affections nerveuses locales, trad. franc, par Douglas- Aigre. Paris, 1880.
2 Lasègue, Hystéries périphériques (Arch. gén. de méd., iiiin, 1878).
^ Brunet, Étude clinique et pathologique de l'état d'opportunité de contracture. Th. doct., Paris, 1883.
de la main gauche en fermant une fenêtre. Aussitôt sa main se raidit et resta contracturée pendant plus d'un an, malgré tous les traitements employés.
Les contractures post-traumatiques sont précoces ou tardives.
Les premières succèdent immédiatement à l'excitation provocatrice : un soldat blessé pendant la bataille est pris instantanément d'une contracture des fléchisseurs des doigts telle que ses mains se crispent sur son fusil sans pouvoir le lâcher (Weir Mitchell).
Les secondes se développent une heure, un jour, une semaine après le traumatisme initial. Exemples : une jeune fille de dix -sept ans tombe sur le pouce de la main gauche; une heure après la main se contracture; quatre jours plus tard la rigidité gagne les muscles de l'avant-bras et du bras. — Un garçon de quinze ans s'entrave en courant et se contusionne le dos de la main droite; trois ou quatre jours après seulement, la main devient douloureuse et se contracture. — Un garçon de seize ans tombe du haut d'une échelle et se fait une entorse à l'articulation tibio-tarsienne; la douleur immédiate s'apaise rapidement; trois jours après, douleurs fessières et rachidiennes suivies de contracture des muscles de la fesse, de la cuisse et de la jambe K
Les contractures hystéro-traumatiques - surviennent assez souvent chez des sujets chez lesquels l'hystérie ne s'est jamais manifestée par des accidents à grand fracas et pourrait, par conséquent, être très facilement méconnue si on n'en recherchait avec soin les stigmates révélateurs. Je pourrais vous citer plusieurs exemples confirmant cette proposition. En voici un que j'emprunte à M. Debove ^ : Un homme de trente-cinq ans, forgeron, a, à la suite d'une brûlure superficielle de la face postéro-externe de l'avantbras et du poignet, une contracture intense de la main gauche. Cette contracture persiste pendant cinq mois et guérit après une élongation du nerf médian. Le malade qui en était porteur n'avait jamais eu d'accidents névropathiques notables. Cependant c'était un hystérique, car en l'examinant attentivement on s'aperçut qu'il avait une hémianesthésie sensitivo- sensorielle du côté gauche et un rétrécissement concentrique des champs visuels.
1 Cas empruntés à Dubreuil et cités par Lathoult, Des spasmes traumatiques. Th. doct. , Paris, 1880.
2 Voyez, comme types de ces contractures dites réflexes, les cas présentés en 1877 à la Société de chirurgie par MM. Terrier et Duplay (Bull. Soc. de chir., octobre 1877).
=î Debove, De l'hystérie fruste, iwïnclpalement chez Vhomme {Soc. méd. des hôpitaux de Paris, 1882).
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Les contractures hystériques peuvent siéger sur tous les muscles de la vie de relation. Elles atteignent même peut-être quelquefois les fibres musculaires de la vie végétative.
Dans certains cas, elles restent limitées à un muscle ou à un groupe musculaire isolé; dans d'autres, elles s'étendent à un ou plusieurs membres, affectant indifféremment dans leur distribution les types monoplégique, hémiplégique, paraplégique ou alterne. Parfois, elles se généralisent à tous les muscles volontaires du corps.
Il est à peine besoin de dire que les incommodités qu'elles déterminent varient avec leur siège et leur extension. La contracture de l'orbiculaire des paupières est suivie de l'occlusion permanente de l'œil; celle des muscles du cou donne lieu au torticolis; celle des péroniers ou des gastro-cnémiens provoque des attitudes vicieuses du pied, etc.
Dans tous les cas, les symptômes essentiels de la contracture hystérique sont très simples et ne diffèrent pas de ceux que nous avons déjà constatés quand nous nous sommes occupés des contractures expérimentales. Pour vous mettre en mesure de les étudier sur nature, j'ai fait venir à l'amphithéâtre une de nos malades, Pauline T..., qui est atteinte, depuis une huitaine de jours, d'une rigidité permanente du membre supérieur gauche. Cet accident est survenu à la suite d'une attaque convulsive dont l'évolution n'a présenté aucune particularité saillante. Avant cette attaque, Pauline T... se servait, sans aucune gêne, de tous ses membres; aussitôt après, elle s'est aperçue que son bras gauche était raide et qu'elle ne pouvait plus lui imprimer aucun mouvement. Depuis lors, la contracture ne s'est pas modifiée.
Le membre malade est appliqué le long du corps. L'avant-bras et le poignet sont dans l'extension forcée; les doigts sont fléchis dans la paume de la main. Si l'on cherche à écarter brusquement le bras du tronc, on éprouve une résistance anormale, comme si toutes les jointures étaient ankylosées, et quand on cesse la traction, le bras revient brusquement à sa position primitive, comme s'il était mû par un ressort.
On peut cependant arriver, par un effort soutenu, à surmonter
la rigidité des articulations, à fléchir, par exemple, l'avant -bras sur le bras, et quand on y a réussi, les jointures restent dans la position nouvelle qu'on leur a donnée. Les mouvements volontaires sont complètement abolis. Les muscles contractures sont durs, fermes; ils donnent à la palpation une sensation de résistance élastique toute particulière; ils ne forment cependant pas sous la peau des saillies très volumineuses. Ils n'ont pas perdu leur aptitude à se contracter sous l'influence des excitations électriques ou mécaniques. Le phénomène de la contraction idio -musculaire s'y produit comme sur des muscles normaux.
Ajoutons que la malade n'éprouve pas de douleurs spontanées (elle est, du reste, hémianesthésique gauche), mais qu'elle se plaint d'une sensation pénible de tiraillement quand on cherche à déplacer de force les divers segments du membre malade.
Tels sont. Messieurs, les symptômes essentiels de la contracture hystérique. Dans la plupart des cas, ils existent seuls; dans les autres, ils sont accompagnés par des troubles sensitifs, trophiques ou vaso-moteurs, qui doivent être considérés comme des complications accidentelles et non pas comme des symptômes de l'affection fondamentale.
Il importe de bien connaître ces complications possibles et de se tenir en garde contre les erreurs de diagnostic qu'elles pourraient éventuellement occasionner. Parmi elles, il convient surtout de signaler l'hyperalgésie articulaire, l'atrophie des muscles et l'œdème du tissu cellulaire sous -cutané.
L'hyperalgésie articulaire coexiste fréquemment avec la contracture hystérique. Les deux phénomènes, douleur et contracture, paraissent alors si intimement associés qu'on peut se demander s'ils ne sont pas subordonnés l'un à l'autre, si la contracture n'est pas causée par la douleur et si celle-ci n'est pas la conséquence d'une lésion primitive des articulations. La question se pose assez souvent dans les cas de gonalgie et de coxalgie hystériques. Pour la résoudre, il suffit, en général, d'explorer attentivement les jointures endolories, après avoir anesthésié les malades avec le chloroforme.
L'atrophie musculaire des membres atteints de contracture hystérique n'est pas très rare. Elle se développe parfois assez rapidement pour être déjà très appréciable trois ou quatre semaines seulement après l'apparition de la rigidité des muscles. Elle se traduit à l'œil par une diminution notable des masses musculaires